RAPPORT
présenté au Conseil municipal d’Auch, sur le classement et l’inventaire des archives de la ville 1
J’ai eu l’honneur d’adresser il y a quelque temps à M. le Maire de la ville d’Auch une partie de l’inventaire manuscrit de vos archives municipales, et j’apprends que mon travail a été envoyé, par l’intermédiaire de M. l’archiviste du département, au ministère de l’intérieur, pour y être soumis à l’examen de la commission qui dirige la publication des inventaires des archives départementales et municipales de l’Empire. Il est de mon devoir de faire connaître l’étendue et la portée de ce travail au Conseil municipal qui m’a fait l’honneur de me confier les archives de la ville d’Auch.
Lorsque je suis entré en fonction, il y a un an, le classement de presque toutes les séries de ce dépôt était déjà fait. M. Amédée Tarbouriech, mon prédécesseur, dont vous avez hautement apprécié le zèle et l’aptitude pour ces utiles travaux, en faisant succéder partout l’ordre à la confusion, avait rendu ma tâche facile. Après cet arrangement général, il avait commencé la rédaction de l’inventaire : déjà ont été imprimées par ses soins toute la série AA, Actes constitutifs de la commune, et la partie la plus considérable de la série BB, Administration communale. Les délibérations municipales qui contiennent l’histoire de votre ville dans la période la plus agitée des temps modernes ont été analysées par lui avec un soin tout spécial.
Je n’avais qu’à prendre la suite de la rédaction en m’inspirant de sa méthode. Toutefois, j’ai cru devoir laisser provisoirement en suspens la suite de la série BB et les séries suivantes jusqu’à GG (Instruction publique...), par où j’ai commencé mon travail de
i Extr. de la Rev. de Gasc., 1868.
LÉONCE COUTURE
rédaction. Comme l’impression de l’inventaire devait marcher assez lentement, et que chaque série imprimée a d’ailleurs sa pagination distincte, il m’a semblé urgent d’aborder, entre les séries qui restent à inventorier, la plus confuse, la plus intéressante et la plus riche. Il fallait au plus tôt mettre de l’ordre dans le fonds de l’ancien collège, qui constitue la masse la plus considérable de vos archives, et qui est composé surtout de pièces détachées (il y en a plusieurs milliers), tandis que les autres séries sont presque toutes composées de registres reliés.
Le classement et l’inventaire de ce fonds spécial ont marché de front ; ils ne sont pas encore entièrement terminés ; mais sauf empêchement imprévu, je promets qu’ils le seront dans le courant de l’année, et qu’au 1er janvier prochain, il n’y aura pas une pièce de vos archives municipales qui ne soit à son rang, dans sa série et dans son carton respectifs.
Les vingt-quatre registres ou cartons dont j’ai déjà présenté l'Inventaire sommaire renferment environ 3.600 actes anciens, de nature et d’importance diverses, mais tous appartenant au fonds du collège royal de la ville d’Auch. Permettez-moi de toucher en quelques mots les principales questions auxquelles se rapporte cette masse de papiers et de parchemins.
C’est d’abord l’histoire de notre ancien collège, le plus célèbre établissement d’instruction publique de tout le Sud-Ouest. Vos archives municipales possèdent encore, sinon en original, du moins en copies authentiques, les actes constitutifs de cette espèce d’université : lettres de François Ier appliquant à la construction du collège les legs du cardinal de Clermont-Lodève ; lettres et privilèges, en faveur du même collège, des rois Henri II, Charles IX et Henri IV.
La première période de l’histoire du collège, pendant laquelle il fut régi par des maîtres laïques, s’étend de 1543 à 1589. Elle est fort peu connue et cependant bien intéressante, puisque cet établissement compta parmi ses professeurs quelques-uns des hommes les plus célèbres de cette grande et glorieuse époque : Turnèbe, l’honneur de la philologie classique au seizième siècle, Muret, le premier des latinistes modernes, Nostradamus, si fameux par ses quatrains prophétiques, Bernard du Poey, un des plus anciens poètes qui aient écrit des odes en français, etc. Les papiers de vos archives qui se rapportent à cette période du collège ne sont pas les plus nombreux ; et presque tous sont relatifs à des questions de propriété ou aux recettes et dépenses annuelles. Ils fournissent cependant d’utiles indications ; et en les rapprochant des délibéra-
RAPPORTS ALLOCUTIONS
S’il
tions municipales du même temps et des renseignements répandus dans des documents imprimés, il n’est pas impossible de retracer un tableau satisfaisant du collège d’Auch avant les jésuites : c’est un travail que j’espère offrir moi-même au Conseil municipal de cette ville, dans un an ou deux.
En 1589, bail du collège aux religieux de la Compagnie de Jésus, par le vicaire général, le chapitre métropolitain et les consuls. 'Les jésuites l’occupèrent jusqu’à leur suppression en France (1762). La plus grande partie des pièces de la série se rapporte à leur administration. Quelques-unes intéressent directement l’histoire ; par exemple, un acte curieux, que j’ai déjà fait imprimer en entier, relatif aux accusations dont les jésuites du collège furent l’objet au commencement du règne d’Henri IV ; des contrats concernant la construction de la chapelle du collège ; des relations de missions prêchées en divers lieux par les Révérends Pères, etc., etc. Mais la plupart de ces vieux actes sont des titres de propriété ou des pièces de procédure. Et cependant il est très heureux qu’ils aient survécu aux intérêts qui les ont fait naître.
En effet, il y a là une énorme quantité de documents d’une véritable importance historique, non seulement pour Auch, mais pour beaucoup de localités du département du Gers et des contrées voisines.
Par exemple, les principaux revenus du collège d’Auch, dès sa fondation, consistaient en une partie des dîmes paroissiales du Bas-Armagnac. Aussi presque toutes les paroisses de ce pays ont dans nos archives leur dossier plus ou moins lourd : procès-verbaux de visite, actes de fermage, compromis, procès, jugements, etc. Et dans tout cela, mille indications précieuses sur les édifices religieux, sur l’administration ecclésiastique et civile, sur les familles notables, sur l’état matériel et moral, etc. Voici les noms de quelques-unes de ces localités : Aignan, Nogaro, Sos, Arblade, Perchède, Isotges, Viella, Sorbets, Sabazan, Barbotan, Panjas, Laujuzan, Pouydraguin, Thermes, Gastelnavet, Fromentas, Avéron-Bergelle, etc.
La pièce la plus importante de ce groupe était sans contredit le procès-verbal du commissaire royal chargé, sous François Ier, de visiter toutes ces églises pour fixer la quotité de leur contribution respective. Ce précieux document qui formait un gros volume, et où nous aurions trouvé des renseignements positifs sur l’état de l’Armagnac au milieu du seizième siècle, a été malheureusement égaré. Mais nous en avons une analyse instructive dressée sous l’administration des jésuites ; et peut-être l’original se retrouvera-t-il encore.
LÉONCE COUTURE
Je crois devoir signaler de plus une grande quantité de pièces concernant le prieuré de Sainte-Dode. Le dernier prieur et seigneur de cette localité céda tous ses droits au collège d’Auch, au commencement du dix-septième siècle. C’est pourquoi tous les actes concernant le prieuré et la commune de Sainte-Dode sont arrivés au collège d’Auch et en ont grossi les archives ; il y. en a de toutes sortes, depuis le onzième siècle jusqu’au dix-huitième : lettres pontificales, paréages, chartes de coutumes, titres relatifs à la chasse, à la justice, au moulin, à la rectorie, etc.
Vous voyez, Messieurs, que le fonds du collège d’Auch a une bien autre importance historique qu’on ne s’y attendrait à propos d’un établissement provincial d’instruction publique. J’en ai rédigé l’inventaire avec une extrême concision, que m’a paru exiger le grand nombre des pièces de procédure accumulées dans chaque carton. J’ai cependant réussi, j’espère, à présenter en quelques pages une idéè sommaire d’environ trois mille six cents documents rangés en vingt-quatre cartons. Je dois dire que ce travail de classement et d’inventaire m’a été bien facilité par un Répertoire rédigé au dixhuitième siècle sous la direction des jésuites du collège, et surtout par une ébauche de rédaction qu’a bien voulu me céder mon prédécesseur, M. Amédée Tarbouriech.
Ce secours va me manquer pour la suite de mon œuvre. Mais je pourrai y mettre plus de temps que par le passé. Il vient de m’être assuré, à partir de ce mois, dans l’établissement où je professe, beaucoup plus de loisirs qu’il ne m’en était accordé jusqu’ici ; et désormais je pourrai consacrer presque chaque jour plusieurs heures aux archives municipales dont vous avez bien voulu, Messieurs, me confier le classement et la garde.
En vous offrant, avec cette esquisse du travail accompli, l’assurance de ma bonne volonté pour la prompte et convenable exécution de celui qui me reste à faire, j’ai l’honneur de vous demander :
1° De continuer le crédit annuel de 200 francs destiné à couvrir les frais d’impression de Y Inventaire-sommaire des archives municipales d’Auch ;
2° De me permettre de publier le présent rapport, pour mettre nos concitoyens au courant de recherches qui intéressent l’histoire de leur ville, et dont le résultat ne pourra être livré au public qu’à un terme encore éloigné, après le complet achèvement de l’impression de Y Inventaire-sommaire.