LETTRE A S. E. LE CARDINAL DESPREZ
sur r « Histoire de la Cathédrale Saint-Etienne1 »
Le premier volume de Toulouse chrétienne , consacré à Saint- Etienne, cathédrale de Toulouse, sera distribué à peu près en même temps que le présent Bulletin. Nous croyons devoir reproduire l’Epitre dédicatoire placée en tête de cet ouvrage.
Institut catholique de Toulouse, le 5 avril 1890.
Monseigneur,
Le Comité de Toulouse chrétienne, que Votre Eminence daigna, dès la première heure, honorer de son haut patronage et de ses plus chauds encouragements, commence, après deux années de travaux préliminaires, la série de ses publications.
L’histoire religieuse de Toulouse était un sujet trop riche et trop vaste pour ne pas dépasser de beaucoup les forces du travailleur le plus solide et le mieux doué. L’idée de le traiter en monographies détachées, confiées chacune à un auteur différent sous la même direction et d’après un même plan général, avait été conçue depuis quelques années par un fervent catholique, qui est en même temps un des plus savants chercheurs de cette ville. C’est encore grâce à lui surtout que l’idée a pris corps par la formation de notre Comité. L’Institut catholique de Toulouse en est devenu comme naturellement l’âme et le centre, et le professeur d’histoire ecclésiastique de notre Faculté de théologie, l’organisateur et le guide autorisé. Il explique lui-même, dans l’Introduction placée en tête de ce volume, l’objet et le cadre de l’entreprise, depuis longtemps approuvés par Votre Eminence.
1 Extr. du Bull, de Vlnst. 1890.
LÉONCE COUTURE
Au reste, I’Histoire de la cathédrale de Saint-Etienne suffirait à faire saisir au public intelligent notre esprit et notre méthode. Il ne s’agit ici ni de haute érudition, ni d’édification pure et simple : il s’agit d’histoire, de vraie et solide histoire, fondée sur les documents authentiques sans en être surchargée, capable de soutenir l’examen de la critique la plus sévère et en même temps d’exciter l’intérêt de toute personne lettrée non indifférente au glorieux passé de Toulouse la Sainte. N’est-ce pas là le seul moyen sûr de démontrer, même aux indifférents, l’action bienfaisante de l’Eglise ? N’est-ce pas dès lors, sur le terrain historique, l’apologétique la plus appropriée aux goûts et aux besoins de ce temps ?
Chaque auteur garde, d’ailleurs, dans ce programme imposé à tous, sa note et ses préférences personnelles. On ne s’étonnera donc pas de trouver dans I’Histoire de Saint-Etienne plus d’archéologie et d’art qu’il n’y en aura peut-être dans la plupart des volumes suivants. Votre Eminence n’ignore pas que M. de Lahondès a fait dans cette cathédrale de véritables découvertes, qu’il aurait eu bien tort de ne pas mettre en pleine lumière. S’il paraît, en revanche, narrateur un peu rapide de certains faits ecclésiastiques, il y a lieu de considérer que plusieurs de ces faits pourront être repris en sous-ordre dans telle ou telle monographie ultérieure.
Peu de temps après l’organisation de notre Comité, Monseigneur, Votre Eminence daignait nous presser de mettre la main à l’œuvre pour lui permettre de goûter avant sa mort les fruits de l’arbre à peine planté qu’Elle venait de bénir. Aujourd’hui, en déposant ce premier volume à ses pieds comme prémices d’une œuvre qui Lui est chère, nous avons encore cette satisfaction de Lui annoncer, pour paraître à bref délai, plusieurs autres monographies déjà prêtes.
C’est notre vœu le plus ardent et notre plus douce espérance, comme ce sera notre meilleure garantie de succès, que le nom et les bénédictions de Votre Eminence protègent et recommandent, à leur naissance, une longue suite de volumes après celui-ci. Puissent-ils ne point paraître trop indignes de l’honneur qui doit rester attaché à toutes les œuvres de Votre glorieux épiscopat !
Tels sont, Monseigneur, les vœux que je suis à la fois heureux et confus d’exprimer à Votre Eminence, au nom du Comité qui a bien voulu, pour honorer la Faculté libre des lettres de votre Institut catholique, me choisir pour président. Daignez les agréer, avec l’assurance du dévouement et de la vénération profonde de celui qui a l’honneur d’être, Monseigenur, de Votre Eminence, le très humble et très obéissant serviteur et fils.
LETTRE A M. L’ABBÉ BAZY
sur la « Vie du B Jean de la Barrière »
Monsieur l’abbé,
Je vous remercie du plaisir et du bien que vous m’avez fait en me procurant la lecture de votre manuscrit sur la Vie du Vénérable Jean de la Barrière.
Ce saint homme n’était pas un inconnu pour moi ; appliqué depuis longtemps à l’histoire ecclésiastique et littéraire de la Gascogne, j’avais rencontré votre héros en étudiant son illustre ami, le cardinal d’Ossat, et son disciple infidèle, le Petit Feuillant. J’avais donc apprécié déjà la noblesse de son caractère et la prodigieuse austérité de sa vie.
Votre livre n’en a pas moins été pour moi toute une révélation. Sur tous les points de cette vaste carrière, qui touche à Toulouse, à Paris et à Rome, qui se mêle aux mille événements de la période la plus dramatique de notre histoire, vous avez des renseignements abondants, souvent nouveaux, toujours précis et instructifs.
L’impartialité de vos jugements, la mesure que vous avez su mettre dans l’appréciation des partis et des hommes, à une époque si difficile et si troublée, la noble simplicité de votre récit ajoutent encore à l’intérêt du sujet. Je vous félicite surtout d’avoir laissé parler souvent soit votre héros, soit ses contemporains. Les belles pièces inédites que vous insérez dans votre narration suffiraient, ce me semble, pour assurer le succès de votre ouvrage.
D’ailleurs, il vient à son heure. Jean de la Barrière fut un de ces réformateurs inspirés qui, en rétablissant l’observance monastique dans toute sa rigueur, travaillèrent à relever la foi et les mœurs d’une époque profondément atteinte par l’hérésie, l’indifférence et le relâchement. Notre temps n’est-il pas en proie aux mêmes fléaux ? La Vie de Jean de la Barrière est propre à réveiller au moins les âmes chrétiennes de leur funeste torpeur. Puisse-t-elle donc aller à beaucoup de mains ! Puisse-t-elle aussi contribuer à rétablir un culte jadis autorisé par l’autorité pontificale !
Je sais que c’est là un de vos vœux les plus chers, et je suis heureux de m’y associer publiquement.
Veuillez agréer, etc.