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MAIS IL NE PEUT DIRE QU’ELLE EST TOUT LE CORPS DE JÉSUS-CHRIST

Le défenseur de la philosophie eucharistique pris à partie par Pascal, tenant à montrer la conformité de ses idées avec les paroles du Concile de Trente ( per consecrationem...conversionem fieri totius suhstantiæ panis in suhstantiam corporis Christi ), avait employé cette formule : « l’hostie est toute le corps de Jésus-

Christ. » Là-dessus, le railleur impitoyable traite ce langage de patois , à cause du rapprochement un peu étrange d’un adjectif féminin et d’un nom masculin ; mais en même temps il repousse la formule quant au fond : « Dans votre opinion, dit-il équivalemment, l’hostie est toute le corps, transeat ; mais, n’étant qu’une minime partie de la substance eucharistique répandue sur toute la terre, elle n’est pas tout le corps ; et elle doit l’être d’après la croyance catholique. »

Cette argumentation me semble prouver que Pascal n’avait pas sous les yeux le texte de Descartes dans sa lettre au P. Mesland ; car cette difficulté y est plus ou moins prévenue par un assez long raisonnement, que je n’ai pas à juger, mais qui exigeait discussion, et qui se termine ainsi : « Quelque matière que ce soit, et de quelque quantité ou figure qu’elle puisse être, pourvu qu’elle soit unie avec la même âme raisonnable, nous la prenons toujours pour le corps du même homme, et pour son corps tout entier, si elle n’a pas besoin d’être accompagnée d’autre matière pour demeurer jointe à cette âme. »

Pascal avait-il en vue quelque autre écrit de Descartes, par exemple cette prétendue lettre à Arnauld sur le même sujet dont

LÉONCE COUTURE

il a été parlé ci-dessus ? C’est plus que douteux. Malgré le peu d’estime de Pascal pour certaines parties de la philosophie de Descartes, je ne puis croire qu’il eût appliqué, même dans le laisser-aller d’une rédaction provisoire, à un tel homme et à un tel écrivain, l’injure renfermée dans cette expression : patois. Il est infiniment plus probable que Pascal aiguisait ses armes contre quelque disciple peu célèbre de Descartes, tel, par exemple, que le P. Desgabets.

II. — La première phrase de notre fragment renferme donc un premier argument de Pascal contre la « philosophie eucharistique », et cet argument est tiré de V intégrité essentielle du corps de Jésus-Christ. Dans les quatre ou cinq phrases qui suivent paraît un argument nouveau, tiré de la vraie notion de changement ( conversionem du texte déjà cité du Concile de Trente).

1. Pascal va démontrer d’abord qu’il n’y a pas changement de substance dans l’hypothèse de Descartes, et ici, quoique sa pensée me paraisse assez claire, je dois avouer que son raisonnement manque de netteté. Voici son texte :

L’union de deux choses sans changement ne fait point qu’on

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