MAIS NON SUFFISANTE
Autrement : « D’après mon adversaire, l’union de l’âme de N. avec telle matière est la condition requise pour que telle matière soit le corps de N. Réponse : la condition nécessaire, je l’accorde ; la condition suffisante, je le nie. Il faut l’union de l’âme ; mais il faut aussi l’être et l’organisation propres du corps humain et de tel corps humain en particulier 1. »
III. — Pascal a réfuté jusqu’ici le système de la « philosophie eucharistique » par deux arguments pris, l’un de l'intégrité du corps de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, l’autre de la vraie notion de changement. Il va développer une troisième preuve prise de l’idée d’identité corporelle.
personne du Verbe, les deux natures restant distinctes avec leurs formes (vie et opération) particulières.
« Les choses ainsi entendues, et elles ne peuvent l’être autrement, il n’y a plus de comparaison entre l’union hypostatique et la transsubstantiation ou changement complet, absolu, du pain et du vin au corps et au sang de Jésirs- Christ dans la sainte Eucharistie. »
1 A cet argument de Pascal, tiré de l’idée de changement, et qui est sérieux quoiqu’il l’ait compromis par des exemples mal choisis, se rapportent beaucoup de raisons fournies par les théologiens qui ont discuté le système de Desgabets. Par exemple, celles-ci de Vuitasse : « lm Quod in Eucharistia non tantum debeat esse corpus Christi, sed etiam caro et sanguis Christi : panis autem posset forte dici corpus Christi, non vero ipsius caro, etc. 4m Quod ibi admittendum sit corpus Christi omnibus organis instructum ad functiones animæ necessariis et quale in hominibus est : at in pane, etc. » (Bossuet, êd. Vivès, t. XXX, p. 561.) #
1. Il faut, d’après les exigences du dogme catholique, non seulement que l’hostie soit changée au corps de Jésus-Christ, mais encore que toutes les hosties soient son corps, un même et unique corps : ce qui n’a pas lieu dans le système exposé, puisque, d’après ce système, chaque hostie est et reste un corps parfaitement distinct. Qu’importe que tous ces corps soient unis à la même âme ? mes deux bras sont informés par la même âme, et pourtant ce sont deux bras. Le bras gauche n’est pas le droit. Cette distinction s’impose surtout à un cartésien, qui professe comme un principe nécessaire que l’impénétrabilité est une propriété du corps et qui ne peut songer à faire pénétrer chaque hostie par toutes les autres pour arriver ainsi à en faire un seul corps 1.
2. Pascal entend repousser ensuite une autre façon de concevoir l’identité du corps humain. Les cartésiens soutiennent qu’elle ne consiste pas dans l’identité matérielle : deux agrégats différents de matière sont le même corps s’ils sont informés par la même âme ; ainsi le corps d’un homme à sa naissance et celui qu’il a quelques années plus tard sont deux corps vraiment distincts et différents, si on les considère quant à la matière ; mais si on les considère précisément comme corps humain , ils ne sont qu’un seul et même corps idem numéro.
Voilà le principe dont l’application au système exposé se comprend d’elle-même. Nous avons vu tout à l’heure comment Nicole y répondait assez faiblement. Quant à Pascal, il semble admettre l’accord de l’identité corporelle avec la multiplicité matérielle moyenant la condition de « temps successifs ; » mais il la rejette « dans un même temps » :
Identité de numéro au regard du même temps exige l’identité