DE LA MATIÈRE
Et pour le montrer, il énonce ironiquement cette assertion que son adversaire doit admettre et qu’il croit, lui Pascal, simplement absurde :
Ainsi si Dieu unissait mon ame a un corps a la Chine (sous-
1 « Qui a jamais ouï dire à aucun Père, à aucun auteur ecclésiastique, à aucun fidèle, que l’union hypostatique ou personnelle du Verbe s’étendît réellement à un nombre innombrable de corps ? Tous ont regardé cette union ineffable comme le privilège de la chair unique conçue dans le sein de la Vierge par l’opération toute-puissante de l’Esprit-Saint. » Duguet, Traité dogmatique de VEucharistie, p. 261.
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entendu, sans la séparer de mon corps qui est à Paris), le même corps, idem numéro (qui est à Paris), serait a la Chine.
Cela est fort clair, plus clair que la dernière phrase du fragment de Pascal, qui s’explique cependant assez naturellement par le contexte général, comme on va le voir, à la fin de la paraphrase par laquelle je résumerai ce trop long commentaire.
On me pardonnera cette apparente témérité de faire parler Pascal lui-même. Il s’agit de retrouver sa pensée et non pas son langage. D’ailleurs, ce procédé a été employé pour éclaircir les textes sacrés, et dès lors il est à l’abri du reproche d’irrévérence. On distinguera ici, au premier coup d’œil, de ma paraphrase, imprimée en italique, le texte de Pascal, imprimé en lettres capitales. Ce texte est reproduit tout entier, sauf la petite phrase sur l’union du Verbe à l’homme , phrase sur laquelle je me suis déjà suffisamment expliqué.
Mon adversaire prétend expliquer le changement de Vhostie au corps de Jésus-Christ par la seule union de l’âme de Jésus-Christ à l’hostie. Après cette union, elle est « toute » le corps de Jésus-Christ, dit-il en son patois ; mais il ne peut dire qu’elle est « tout » le corps de Jésus-Christ, puisqu’elle n’est qu’une minime portion de la matière unie à son âme, portion absolument distincte, soit du corps glorieux de Jésus-Christ qui règne dans le ciel, soit des autres hosties consacrées.
Encore n’a-t-il pas le droit de dire, dans sa théorie, que le pain devient le vrai corps de Jésus-Christ. Le pain n’est pas moins du pain, quoiqu’on le suppose uni à une âme. L’Union de deux choses, sans changement dans la substance d’aucune d’elles, ne fait point qu’on puisse dire que l’une devient l’autre. Ainsi, l’ame étant supposée unie au corps sans changement, le feu uni au bois sans changement, on ne pourra certes pas dire que le corps a été changé en âme ni que le bois a été changé en feu. De même l’hostie étant unie sans changement à l’âme de Jésus-Christ, sera-t-il vrai de dire que l’hostie est devenue le corps de Jésus-Christ ? En aucune manière. Mais pour qu’on puisse dire que le pain devient le corps de
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Jésus-Christ , ou en général qu’une substance en devient une autre,
il FAUT un CHANGEMENT QUI FASSE QUE LA FORME DE L’UNE DEVIENNE
la forme de l’autre, que la forme de la seconde devienne la forme de la première ; et partant, pour que la substance du pain devienne la substance du corps de Jésus-Christ, il faudra que la vie et V organisation du corps de Jésus-Christ prennent la place de la forme et de l’être propre du pain.
Mon adversaire n’en convient pas, et il prétend que tel corps est le corps de tel homme précisément et uniquement parce qu’il est uni à l’âme de cet homme. Parce que la matière unie à mon âme constitue mon corps et que mon corps sans mon ame ne ferait pas le corps d’un homme, pour la même raison, d’après lui, mon
AME UNIE A QUELQUE MATIÈRE QUE CE SOIT FERA MON CORPS. Sophisme évident ; il ne distingue pas la condition nécessaire d’avec la condition suffisante : l’union de telle âme à une portion de matière est nécessaire pour constituer le corps de tel homme ; elle est nécessaire, mais non suffisante. Il faut de plus l’organisation, la vie, etc., propres au corps humain et à tel corps humain.
Autre absurdité. Mon adversaire doit croire, avec tous les catholiques, que toutes les hosties consacrées sont le vrai corps de Jésus-Christ, un seul et même corps. Il le dit en effet, et il fait consister l’identité de ce corps dans l’union de toutes les hosties à une seule et même âme. Mais quoi ! mes deux bras sont informés par la même âme et cependant je ne puis dire qu’ils ne font qu’un seul et même bras : Le bras gauche n’est pas le droit. Mon adversaire, bien entendu, n’a garde d’admettre que les hosties se pénètrent les unes les autres de façon à ne former qu’un corps ; il professe que l’impénétrabilité est une propriété essentielle des corps.
Pour démontrer que l’identité numérique du corps n’exige pas l’identité matérielle, il s’appuie sur le changement de matière qui se fait peu à peu dans chaque corps humain. Mais cet accord de l’identité numérique du corps avec sa multiplicité matérielle n’est vraie que moyennant la succession. Identité de numéro, identité numérique du corps humain, au regard du même temps, exige l’identité de la matière. En admettant le contraire, on blesse ouvertement le sens commun. Ainsi si Dieu unissait mon ame a un
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corps qui serait a la Chine, sans la séparer de mon corps, du corps qui existe et qui agit ici, il faudrait dire que le même corps, IDEM NUMERO, qui est ici, serait en même temps a la Chine ! Ce ne serait pas moins absurde, moins contraire au sens commun que de dire : Cette rivière 1, la même rivière qui coule la, sous nos yeux, est IDEM NUMERO que celle qui court en même temps a la Chine.
Quand je me suis mis à ce modeste travail, je n’avais que la pensée de satisfaire une curiosité bien naturelle et bien légitime en donnant un sens précis à un fragment obscur et jusqu’à ce jour inexpliqué. On me pardonnera d’avoir été si long ; il a fallu faire connaître une théorie fort oubliée de notre temps 2, mais qui a vivement préoccupé les solitaires de Port-Royal et Bossuet luimême. Peut-être le fragment de Pascal ainsi éclairé laissera-t-il saisir, sous sa forme indécise, les principaux traits de ce grand écrivain : l’ardeur de sa foi et de son zèle contre toutes les nouveautés inventées, comme le dit Mme Périer, « par la subtilité de l’esprit » ; — l’insuffisance de sa préparation théologique ; — son souci d’écrivain resté, malgré son génie original, quelque peu disciple du chevalier de Méré, ne perdant pas l’occasion de dauber sur le patois de son adversaire ; — la force et la fécondité de son argumentation contre un système ingénieux ; — l’usage familier des comparaisons les plus frappantes, prises de son propre corps, de l’eau qui coule devant lui ; — enfin, cette ironie qui pousse l’interlocuteur à l’absurde et qui est bien de l’auteur des Provinciales.
1 « Pour entendre la dernière phrase, dit Havet, il faut supposer que l’eau est la même dans toutes les rivières. » Dieu merci, nous voilà arrivés à comprendre cette phrase sans recourir à une supposition aussi étrange. Havet aurait mieux fait de mettre expressément tout ce moreau de Pascal parmi les choses qu’il n’entend pas.
2 On en trouve encore pourtant une réfutation dans le cours de théologie manuscrit de l’abbé Gillet, et j’ai noté plus haut une théorie rosminienne qui en procède.
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APPENDICE
Analyse et extraits d’un ouvrage inédit de Bossuet :
« Examen d’une nouvelle explication du mystère de l’Eucharistie 1 »
La méthode dont M. Arnauld et M. Nicole ont fait usage pour réfuter les nouvelles explications philosophiques du mystère de l’Eucharistie est pleinement conforme à celle que M. Bossuet a employée dans un écrit, qui, jusqu’à présent, est demeuré manuscrit. Il est intitulé : Examen d’une nouvelle explication du mystère de V Eucharistie. Cette explication est précisément la même que celle de D. des Gabets. M. Bossuet la fait consister à laisser dans l’Eucharistie toute la substance du pain et du vin, en la faisant animer de l’âme du Fils de Dieu. Ce prélat regarde cette explication comme contraire à la foi de l’Eglise, qui nous apprend, dit-il, que le pain et le vin dans l’Eucharistie sont changés au même corps de Jésus-Christ, en substance, que celui qui a souffert sur la croix et qui est aujourd’hui glorieux dans le ciel, quoiqu’il ne soit pas dans l’Eucharistie de la même manière, y étant dépouillé de tout ce qu’il avoit de sensible sur la terre et de tout ce qu’il a de glorieux dans le ciel.
M. Bossuet ne nomme pas les auteurs de cette explication. Il se contente de dire qu’on l’attribue à Descartes, et il ajoute : Je me souviens d’avoir ouï dire qu’un de ses disciples ayant eu envie de le publier, un autre, mieux instruit, fut averti par quelques théologiens qu’elle ne passeroit pas. Elle demeura arrêtée de ce côté-là. M. Bossuet parle peut-être ici du système de D. des Gabets, dont MM. Arnauld et Nicole arrêtèrent la publication et dont, en effet, il ne paroît pas qu’il ait été question depuis. On dit, poursuit M. Bossuet, qu’un religieux d’un très saint ordre a publié un écrit pour la soutenir ; mais sa théologie, qu’on sait avoir été très libre, pour ne pas dire trop licencieuse, et nullement approuvée par ses confrères, ne donne guère d’autorité à cette opinion 2.
Quoi qu’il en soit des auteurs de l’explication dont il s’agit,
1 Sur ce fragment de la « Préface historique et critique » des ouvrages philosophiques d’Arnauld, qui m’a semblé bon à reproduire ici comme complément de mon travail sur le Fragment de Pascal et en même temps comme supplément à toutes les éditions des Œuvres de Bossuet, voir plus haut, page 107, note 2.
2 Nous ignorons de qui M. Bossuet parle ici. Nous savons seulement qu’un jésuite, fort attaché à la philosophie de Descartes, avait la même opinion sur l’Eucharistie que celle que M. Bossuet réfute, et expliquait d’une manière
M. Bossuet a cru qu’il étoit de l’intérêt de la justice et de la vérité de la distinguer de celle que M. Descartes expose lui-même dans ses Ecrits publics, principalement dans ses Méditations métaphysiques et dans ses Réponses aux quatrièmes objections, et de ne la regarder que comme des conséquences fausses et outrées que quelques-uns de ses disciples tiroient de ses principes.
Comme cet ouvrage manuscrit de M. Bossuet est rare, nous croyons devoir rapporter ici le morceau dont il s’agit, comme justifiant tout à la fois l’explication de Descartes et le jugement que M. Arnauld en porta dans le même temps.
« Elle ne quadre en aucune sorte (dit M. Bossuet, en parlant de « l’explication nouvelle qu’il combat) avec ce qu’enseigne M. Des- « cartes lui-même dans sa Réponse aux quatrièmes objections, « puisqu’il s’y donne beaucoup de peine à expliquer, selon les « principes de sa Philosophie, les espèces et les apparences du pain « et du vin dans ce mystère ; ce qui n’auroit aucune sorte de « difficulté dans cette opinion, n’y ayant rien de fort surprenant « que les espèces ou apparences, ou les accidents, comme on « voudra les appeler, se conservent dans une matière qui ne change « point et où l’on suppose que la substance du pain et du vin « demeure toujours 1. J’ajoute, continue M. Bossuet, que ce « philosophe (M. Descartes) exclut manifestement la présence du « pain, lorsqu’il dit que le changement de la substance du pain et « du vin en la substance de quelque autre chose emporte que cette « nouvelle substance soit contenue sous les mêmes termes sous « qui les autres étoient contenues, ou qu’elle existe dans le même « lieu où le pain et le vin étoient auparavant. Par conséquent, le « pain et le vin sont ici présupposés n’exister plus, et une nouvelle « substance est entendue mise en leur place ; et il ajoute un peu « après que, dans cette conversion ou changement, le corps de « Jésus-Christ est précisément contenu sous la même superficie , « sous qui le pain seroit contenu s’il étoit présent. Il ne veut donc
nouvelle et particulière plusieurs autres vérités de la foi. Il avait composé un écrit à ce sujet qui avait à peu près pour titre : Concordia fidei cum scientiâ. Ce jésuite ayant été déféré à son général, il eut ordre d’aller à Rome ; mais étant arrivé en Italie, il s’échappa, revint en France, et de là passa en Hollande, ensuite en Angleterre, où l’on croit qu’il a apostasié. Nous tirons ces faits des Observations de M. du Vaucel sur la philosophie de Descartes.
i M. Bossuet prouve, dans la suite de cet Ecrit, qu’on ne peut concilier cette explication avec le dogme de la présence rélle, en supposant, comme faisaient quelques-uns de ses partisans, que Dieu organise le pain tout entier, ou chaque petite parcelle sensible ou insensible dont il est composé, à la manière du corps humain. Ib. n° v.
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« pas, encore un coup, que le pain soit présent, et il suppose que le « corps de Notre-Seigneur est mis à sa place ; quoique néanmoins ,
« poursuit-il , il ne soit pas là proprement, comme dans un lieu,
« mais sacramentellement et de cette manière d’exister qui est « mentionnée dans le Décret du concile (de Trente) dont il « rapporte les paroles : ce qui est infiniment éloigné de l’opinion « qu’on vient de rapporter, dans laquelle le pain subsiste, et où « cette manière sacramentelle dont le corps de Jésus-Christ est « présent n’a aucun lieu. Il (Descartes) poursuit son raisonnement « en ces termes : L’Eglise n’a jamais enseigné, du moins que je « sache, que les espèces du pain et du vin qui demeurent au « sacrement de l’Eucharistie soient des accidents réels qui sub- « sistent miraculeusement ■ tout seuls, après que la substance à « laquelle ils étoient attachés en est ôtée. Et il finit enfin toute la « matière par cette conclusion : Tant s’en faut que, selon l’expli- « cation que je donne, il soit besoin de quelque miracle pour « conserver les accidents, après que la substance du pain en est « ôtée, qu’au contraire, sans un nouveau miracle (par lequel les « dimensions fussent changées) ils ne peuvent pas être ôtés. Et un « peu après : Il n’g a rien en cela d’incompréhensible ou de difficile « que Dieu, créateur de toutes choses, puisse changer une subs- « tance en une autre, et que cette dermere substance demeure « précisément sous la même superficie sous qui la première êtoit « contenue. On voit donc qu’il agissoit dans tout ce discours selon « la commune présupposition des catholiques. Si dans quelque « écrit particulier il a proposé ou hasardé autre chose, je ne m’en « informe pas ; il me suffît d’avoir montré dans un écrit qu’il a « publié, et que lui-même il a toujours appelé le plus sérieux de « tous ses ouvrages, c’est-à-dire dans ses Méditations métaphy- « siques, et dans leur suite, qu’il a toujours supposé avec les autres « catholiques l’absence réelle du pain et la présence aussi réelle « du vrai corps de Jésus-Christ, au lieu que cette opinion élude, « comme on a vu manifestement, l’une et l’autre. »
M. Bossuet, après avoir combattu en elle-même la nouvelle explication, attaque, comme inutile et dangereux, le but et le motif que ses auteurs s’étaient proposés, savoir d’accorder par ce moyen le mystère de l’Eucharistie avec la raison. « Si on me demande « maintenant, dit ce prélat, comment je conçois ces choses, je « réponds avec confiance que je ne les conçois pas, mais que je » crois très certainement que Dieu les peut faire. La bonne philo- « sophie nous apprend que Dieu nous peut demander la croyance
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« de plusieurs choses incroyables et inconcevables ; et Descartes « a lui-même expressément reconnu et établi ce principe. » Voici les paroles qu’il en rapporte : Surtout , dit ce philosophe, nous tiendrons pour règle infaillible que ce que Dieu a révélé est incomparablement plus certain que le reste ; afin que si quelque étincelle de raison sembloit nous suggérer quelque chose au contraire., nous soyons toujours prêts à soumettre notre jugement à ce qui vient de sa part 1.
Ainsi, conclut M. Bossuet, quand même cette étincelle de raison dont parle Descartes nous suggéreroit qu’on ne peut concevoir la substance du corps sans étendue, je n’en dois pas moins croire, dit-il, selon la révélation, que je reçois (dans l’Eucharistie) toute la substance du corps de Jésus-Christ, unie à la personne du Verbe, quoiqu’il soit bien visible que je n’en reçois pas toute l’étendue ni toute la quantité qu’il a dans le ciel, sans m’embarrasser de cette étendue que je ne reçois pas ; puisque c’est par sa substance et non par son étendue que le corps de Jésus-Christ est uni au Verbe, et par conséquent qu’il me sauve.
Ce prélat ne refuse pas cependant d’entrer dans quelque explication pour faire voir qu’en soutenant le dogme de la présence réelle dans toute son intégrité, on n’est pas obligé de rejeter la définition du corps, telle que Descartes l’a donnée, parce qu’on peut reconnaître avec lui que Dieu a pu mettre dans le corps quelque chose de plus inconnu et en même temps plus intime que cette extension actuelle, dont ce philosophe compose la définition ordinaire du corps. « Sans donc entrer en dispute, continue M. Bossuet (n° xiv), « sur l’essence du corps, je puis répondre qu’il me suffit que Dieu « y puisse connoître ce quelque chose de plus foncier, pour ainsi « parler, que ce que nous y reconnoissons ; ce qui n’empêchera « pas que nous ne définissions le corps, par rapport à nos usages « et à nos idées, sans préjudice des droits de Dieu et de la science « ou puissance absolue.
« Des savants cartésiens, poursuit-il, m’ont assuré qu’on trou- « veroit dans M. Descartes cela même que je viens de dire, en « termes aussi précis. A la vérité, cet endroit ne m’est pas encore « tombé sous la main : mais j’ai vu dans M. Rohault, qui ne « faisoit guère que répéter plus brièvement ce que son maître « avoit dit, ces paroles remarquables : Que si quelqu’un nous « vouloit objecter qu’il se pourroit peut-être faire que Dieu eût « mis dans la matière quelque chose que nous ne connoissons pas,
1 Descartes, Principes, première partie, n° 6, p. 53.
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« et qu’aucun homme vivant n’est pas même capable de connoître, « en quoi il auroit fait consister son essence , nous n’avons rien « autre chose à lui répondre, sinon que Dieu étant le maître, il a « pu faire les choses comme il lui a plu, n’ayant garde d’entre- « prendre de décider par notre raison ce que notre raison ne peut « atteindre 1.
« Il montre par ces paroles, continue M. Bossuet, qu’en défi- « nissant le corps une substance étendue, il n’a prétendu le définir « que par rapport à nos idées naturelles, sans pour cela supposer « qu’il n’y ait pas dans le corps quelque chose de plus profond et « de plus intime. »
M. Bossuet (n° xvi), sans se départir de cette réponse, qui est essentielle, dit-il, et non seulement à la portée de tout le monde, mais très satisfaisante et très suffisante, entre dans une plus profonde discussion pour les Philosophes capables de métaphysique, en montrant par M. Descartes lui-même que, sans renverser la « définition ordinaire, par laquelle on pose que le corps est la « substance étendue, de même qu’on pose que l’âme ou l’esprit est « la substance qui pense... et qu’ainsi l’on définisse les choses par « leur acte, ce n’est pas à dire pour cela qu’on en constitue « l’essence dans l’acte même. » Il termine cette discussion, dans laquelle il n’est pas de notre objet de le suivre, par cette conclusion: qu’on ne doit point opposer les sentiments de Descartes sur l’essence du corps au dogme de l’Eucharistie, comme s’ils étoient plus embarrassants ou moins propres que ceux de l’Ecole à expliquer le mystère de la présence réelle (n° xvm).
l Rohault, Traité de physique, première partie, ch. vu, n° 9, p. 38.