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Gratiam tuam, quæsumus, Domine, mentibus nôstris infùnde

2. ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui incarnatiônem cognôvimus,

3. per passionem ejus et Crucem ad resurrectionis glôriam perducdmur.

Nôstris infùnde, c’est le cursus planus ; — incarnatiônem cognôvimus, c’est le cursus tardus ; — glôriam perducdmur, c’est le cursus velox.

Expliquons-en les lois.

Le cursus planus consiste à placer le repos après un mot de trois syllabes, accentué sur la pénultième, en ayant soin que le mot précédent ait aussi l’accent sur l’avant-dernière : nôstris infùnde.

Le cursus tardus finit par un mot de quatre syllabes, avantdernière brève, mais il faut alors que le mot précédent ait l’avantdernière accentuée : incarnatiônem cognôvimus.

Le cursus velox consiste à finir par un mot de quatre syllabes accentué sur l’avant-dernière, précédé d’un mot de trois syllabes ou davantage, accentué sur l’antépénultième : glôriam perducdmur.

Rien de plus facile que de vérifier ces lois dans les oraisons du missel ou du bréviaire. Quelques-unes de ces oraisons, sans doute, y sont étrangères, soit à cause de leur composition moderne (l’usage du cursus s’étant perdu depuis le quinzième siècle), soit pour d’autres raisons ; mais l’immense majorité de ces pièces liturgiques obéissent aux lois du rythme. On peut donc vérifier, après s’être

LÉONCE COUTURE

bien pénétré de ces lois, sans négliger quelques menus détails qui peuvent, au premier abord, déconcerter les novices. Ainsi, il faut bien se rappeler le rôle ordinaire du monosyllabe, qui se joint, pour l’accentuation, à un autre mot. Dès lors in-ménte terminera bien un cursus planus : « reficiâmur in ménte » ; — quæ sûmpsimûs, peut terminer un cursus tardus : « sacraménta quæ sûmpsimiis » ; prolâta sunt peut terminer également un cursus tardus : « verba prolâta sunt » ; — Enfin pour le cursus velox il y a jusqu'à trois manières de remplacer le quadrissyllabe paroxyton de la fin : 1° un monosyllabe suivi d’un trissyllabe paroxyton : « proficiant et salûti » ; 2° deux monosyllabes suivis d’un dissyllabe : « cérnitur et in terra » ; 3° deux dissyllabes de suite : « Spiritus Sàncti Déus ; propitius plébi tûæ ». Dans ce dernier cas, il y a deux accents toniques au lieu d’un sur les quatre syllabes qui terminent le cursus ; mais tout mot quadrissyllabe paroxyton (comme perducamur ) a réellement deux accents : l’un secondaire sur la première syllabe, l’autre principal sur la troisième. Il suffît de faire ici cette remarque, la théorie de Y accent secondaire n’étant pas indipensable pour l’étude actuelle.

Essayons maintenant cette vérification. Pour n’être pas suspect de choisir mes textes, j’eus soin de citer, dans ma note de l’année dernière, toutes les collectes de la semaine où je l’avais rédigée, et qui se trouvait être la Semaine de la Passion. Je réédite cette série d’oraisons, dont j’ai eu soin de séparer les membres par des traits, et de noter les cursus en mettant comme exposant après le dernier mot de chacun de ces cursus une initiale ou des sigles d’interprétation aisée : pl = cursus planus ; t — cursus tardus ; v = cursus velox.

Dimanche. Quæsumus, omnipotens Deus, familiam tuam propitius respice : ut, te largiente, regàtur in côrpore t, — et, te servante, custodiâtur in ménte P1.

Lundi. Sanctifiea, quæsumus, Domine, nôstra jejûnia *: — et, cunctarum nobis indulgentiam propitius largire culpârum P1.

Mardi. Nostra tibi, Domine, quæsumus, sint accépta jejünia t : — quæ nos et expiando gratia tua dlgnos efficiantt, — et ad remedia perdûcant letérna pi.

Mercredi. Sanctiflcato hoc jejunio, Deus, tuorum corda fidelium miseràtor illustra pi : — et quibus devotionis praéstas afféctum pi, — præbe supplicantibus pium benignus audition pl.

Jeudi. Præsta, quæsumus, omnipotens Deus : ut dignitas conditionis humanæ per immoderdntiam sauciâta v, — medicinalis parcimoniæ studio reformé tur v.

Vendredi. Cordibus nostnis, quæsumus, Domine, gratiam tuam benignus infunde pi : — ut peccata nostra castigatione voluntâria cohibéntes v, tcmporaliter pôtius macerémur v, — quain suppliciis deputémur æternis pi

ETUDES LATINES

Samedi. Proliciat, qùæsumus, Domine, plebs tibi dicata piæ devotiônis affectu P1 — ut sacris actiônibus érudita v, — quanto Majestati tuæ fit (jrâliort. — tanto donis potiôribus augeâtury.

J’aurais mieux fait peut-être de citer des formules que la plupart des catholiques savent par cœur. J’ai indiqué, au commencement de ce travail, l’oraison de la Sainte Vierge, Grcttiam iuam. Celle du Saint Sacrement est encore plus remarquable par la symétrie des coupes et la distribution des cursus :

Deus, qui nobis sub sacraménto mirâbili t — passionis tuæ memôriam reliquisti v, — tribue, quæsumus : ita nos corporis et sanguinis tui sacra mystéria venerâri v — ut redemptionis tuæ fructum in nobis jügiter sentiâmus v.

Un demi-repos dans le préambule est marqué par un cursus tardus : sacraménto mirâbili ; mais le repos final du préambule, le repos final de l’oraison et la coupe intermédiaire sont marqués par trois cursus veloces de l’effet le plus solennel.

J’ose prier les ecclésiastiques qui me lisent de s’exercer à scander les coupes des oraisons de leur bréviaire. Cette étude, faite en dehors de la récitation de l’office, bien entendu, pourra leur préparer quelques distractions involontaires dans l’accomplissement de ce devoir : j’ai déjà reçu en ce sens des plaintes amicales. Mais au-delà de cet inconvénient passager, elle les disposera — précieux avantage ! — à mieux goûter l’art profond et le sens intime de ces admirables formules.

Je ne me dissimule pas que cette brève esquisse suggère de nombreuses questions auxquelles je n’ai pas répondu le moins du monde : l’origine du cursus liturgique, son histoire, sa vraie prononciation, son usage pour la critique des textes, que sais-je encore ? Sans me flatter de résoudre ces divers problèmes, je pourrai bien, si cet article intéresse les lecteurs de la Musica sacra, leur en dire quelque chose un peu plus tard.

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