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A L’ACADÉMIE FRANÇAISE

L’Académie française va se mettre à élaborer la huitième édition de son Dictionnaire, qui sera probablement livrée au public dans cinq ou six ans. L’édition précédente fut publiée en 1879.

Il s’agit, bien entendu, non du Dictionnaire historique de la langue française, mais du dictionnaire de l’usage. L’Académie a sagement renoncé à la confection du premier : au train dont marchait ce gigantesque travail, entrepris depuis une quarantaine d’années et à peine commencé, il n’aurait pu arriver à son terme avant un siècle ou deux ; auquel cas, il n’aurait plus été, au moins dans sa première moitié, qu’un document fort incomplet et, pour ainsi dire, archéologique.

Il s’agit donc du Dictionnaire de la langue française simplement. Mais qui ne sait que ce livre, le « Dictionnaire de l’Académie », fixe à la fois les lois du langage et celles de l’orthographe ? Pour le premier point, les écrivains peuvent, à leurs risques et périls, s’émanciper plus ou moins des arrêts de ce code grammatical, et la liberté à cet égard semble s’affirmer de plus en plus, surtout dans certaines écoles. Poètes et prosateurs des nouvelles couches ne se font pas faute d’introduire dans leurs pages les plus soignées des mots et des tours absolument inconnus à notre littérature classique et au glossaire officiel qui en représente la tradition. Mais pour l’orthographe, c’est tout différent : celle de l’Académie fait loi dans tous les ateliers typographiques.

Ce fait est incontestable. Et pourtant il semble que certains cri-

i Extr. du Bull, de l’Inst., 1893.

tiques Fignorent ou le perdent de vue en abordant la question très actuelle , on le sait, de la réforme orthographique. Ils disent, par exemple, que l’Académie a pour mission, non d’introduire des changements, mais de les consacrer lorsqu’ils ont été amenés et déjà établis par l’usage : ce qui constitue une fin de non-recevoir absolue à l’encontre des propositions même les plus modestes adressées à l’Académie dans le sens de la réforme orthographique.

Mais cette doctrine, très plausible en principe et in abstracto, qui se trouve même confirmée par l’histoire de l’Académie pendant près de deux siècles, et qu’elle a proclamée elle-même, je crois, à plusieurs reprises dans cette période, est aujourd’hui annulée par des circonstances nouvelles contre lesquelles il n’y a pas de raison qui tienne : rien n’est brutal comme un fait.

Or, en fait, voici l’alternative en face de laquelle se trouve à cette heure l’orthographe française: ou bien il faut la déclarer immuable, pétrifiée dans tous ses détails actuellement codifiés par le Dictionnaire, — et qui oserait soutenir cette hérésie contre laquelle protestent toute la philosophie du langage et toute l’histoire de notre langue ? — ou bien c’est à l’Académie de la régler en y introduisant les changements reconnus possibles, désirables et opportuns. Car l’Académie est chargée en droit des intérêts de la langue, et en fait ses arrêts font loi chez tous les typographes. De sorte qu’il est à peu près impossible d’imprimer d’après une orthographe modifiée, et encore plus impossible de faire accepter du public de telles modifications en dehors de son autorité formellement engagée.

Quels sont, en réalité, les changements opportuns au moment où nous sommes ? Dans une étude que plusieurs de nos lecteurs n’ont pas oubliée, nous avons essayé, non pas de les préciser, mais d’en indiquer le caractère général et le principe. On a beau jeu de nous dire aujourd’hui que l’orthographe phonétique est, pour le français surtout, une pure utopie. C’est accordé depuis longtemps ; mais il est également certain que le progrès inéluctable en fait et désirable en droit s’est fait et se fera dans le sens du phonétisme (sans le réaliser jamais absolument). On a cessé d’écrire estre, parce que depuis longtemps on avait cessé de le prononcer pour prononcer être ; on a cessé d’écrire les François parce que depuis plus de deux siècles on disait Français. En thèse générale, qu’exprimera la graphie si elle n’exprime pas la prononciation ?

Je sais bien qu’on veut lui faire exprimer aussi l’étymologie, et

LÉONCE COUTURE

peut-être, en effet, y a-t-il lieu de combiner entre eux ces deux principes souvent opposés. Mais qu’on passe au moins condamnation sur les cas presque innombrables où l’orthographe ou plutôt la cacographie actuelle blesse l’étymologie sans indiquer exactement la prononciation.

Donc, la réforme orthographique s’impose. Et ceux qui, pour la repousser, se sont appuyés sur la défaite des néographes de tout ordre depuis trois ou quatre siècles ont oublié ces détails de premier ordre : c’étaient presque tous des phonétistes absolus que ces révolutionnaires de I’a b c, et c’étaient, de plus, des hommes étrangers à l’histoire de la langue, histoire qui, à vrai dire, n’existait pas encore, et des écrivains sans mission, sans mandat reconnus. Aujourd’hui, au contraire, c’est en s’appuyant sur l’histoire de la langue, sans compter d’autres graves raisons, que presque tous les professeurs de philologie française de l’enseignement supérieur officiel ou libre réclament du seul corps constitué pour résoudre les questions de cet ordre une réforme orthographique sérieuse.

Qu’importe que des divergences assez graves se produisent entre les divers essais qui ont paru en ce genre ? Les réformateurs les plus zélés et les plus hardis ont reconnu que le changement, ici comme partout, devait être successif et lent ; et, de plus, ces hommes qu’on traite de révolutionnaires se sont montrés exemplairement soumis à l’autorité, puisqu’ils ont reconnu à l’Académie française seule le droit de prononcer sur la valeur et l’opportunité de leurs propositions et de les faire passer au bon moment de la théorie à la pratique.

L’Académie française ne pouvait se récuser, en face de ces réclamations à la fois si nombreuses, si autorisées, si respectueuses et si pressantes. D’ailleurs, l’urgence de préparer une nouvelle édition du Dictionnaire ne permettait pas de longs atermoiements. La Commission du Dictionnaire a donc été invitée à élaborer, avant de mettre la main à la révision du texte, un projet général de corrections et améliorations. Ce projet, rédigé par M. Gréard, a reçu des éloges à peu près unanimes pour ce qui est de la netteté et de l’habileté de la forme. Il sera tout à l’heure question du fond. Au reste, ce rapport est assez étendu; il a été imprimé à très peu d’exemplaires, et on peut assurer qu’il n’a guère été lu en entier par les journalistes de tout ordre qui ont prétendu le discuter magistralement. Parmi les lecteurs du Bulletin , beaucoup doivent le mieux connaître, grâce à la bonne pensée de M. l’abbé Ragon, qui l’a reproduit intégralement dans V Enseignement chrétien. Néanmoins, il faut bien en donner ici, pour justifier les réflexions que

nous exprimerons dans un instant, un résumé rapide, dont se sont contentés même les grands journaux.

« La Commission du Dictionnaire propose les modifications suivantes :

« 1° Supprimer les majuscules dans les noms communs qui ne commencent point les phrases. On n’écrira plus : Hérodote est le père de l’histoire et François Ier, le père des lettres ;

« 2° Supprimer partout les tirets qui ont été déjà proscrits arbitrairement d’un certain nombre de mots composés.

« Pourquoi écrit-on eau de rose et eau-de-vie ?

« Toutefois, le tiret serait maintenu :

« Lorsqu’il remplace, en fait, la conjonction d’union : un dictionnaire français-latiu, c’est-à-dire un dictionnaire français et latin ; un enfant sourd-muet , l’armée franco-russe , trente-trois ;

« Lorsqu’il est destiné à indiquer une concomitance, une connexité, une fusion intime : un aveugle-né, une tragédie mort-née, un président-né ;

« Lorsqu’il marque un lien de parenté : petit-füs, grand-oncle ;

« Lorsqu’il sert à caractériser, par le rapprochement de deux mots qui, isolés, n’offrent plus le même sens, un usage spécial, technique : le grand-livre.

« 3° Supprimer l’accent circonflexe et régulariser l’emploi des accents grave et aigu :

« Y a-t-il lieu de continuer à écrire avènement et événement, latrie et idolâtrie ; il plaît et il tait, religieux et irréligieux, rebelle et rébellion, tenace et ténacité, serein et sérénité, s’énamourer et s’enorgueillir ou s’eniver ?

« On a substitué l’accent grave à l’accent aigu dans sève, piège, collège, assiège. Pourquoi laisser l’accent aigu dans dussé-je, puissé-je, aimé- je ?

« Est-il nécessaire de distinguer par un signe extérieur la article de là adverbe, des article de dès conjonction, ou conjonction de où adverbe, alors que la fonction du mot dans la phrase établit nettement la différence ?

« L’apostrophe disparaît des mots composés, étroitement réunis par l’usage : on écrirait s’entraider et non s’entr’aider. Le tréma ne serait plus de mise quand il ne redoublerait pas le son de la voyelle.

LÉONCE COUTURE

« 4° Ecrire conformément à la prononciation française les mots empruntés à l’étranger, ce qui est déjà un fait accompli pour quelques-uns. On écrit bifteck et non beaf steak, pourquoi ne pas écrire brec au lieu de break, spline au lieu de spleen, etc. ?

« Appliquer la règle du pluriel à tous les mots latins francisés. Pourquoi orthographier des agendas et des errata ?

« 5° Régulariser le genre des mots suivant leur origine : ne pas dire un hémisphère, quand on dit une atmosphère.

« Garder Ve muet de préférence aux mots féminins ; pourquoi écrire réfectoire quand on écrit chauffoir, dortoir ?

« Ne pas changer l’orthographe d’un mot suivant la place qu’il occupe dans la phrase. N’est-il pas bizarre qu’on écrive une demiheure et une heure et demie ?

« Simplifier les chinoiseries orthographiques de tout et de même, considérés comme adjectif et comme adverbe. Ces chinoiseries occupent à elles seules six colonnes du Dictionnaire actuel.

« 6° Supprimer l’y quand il se prononce comme i et le remplacer par un tréma quand il se prononce comme deux i.

« Supprimer dans les voyelles doubles celle des deux qui ne se prononce pas ; écrire seur et non sœur, pan et non paon.

« 7° Rayer les doubles et les triples consonnes inutiles à la prononciation, spécialement 17i, remplacer le ph par 1’/.

« 8° Unifier l’orthographe des mots qui, dans leurs composés, redoublent sans raison certaines lettres ou les suppriment, comme siffler et persifler, souffler et boursoufler, tonner et détoner.

« 9° Remplacer ent par ant dans tous les qualificatifs employés adjectivement ou substantivement, et dans leurs dérivés.

« Ainsi éviterait-on le désaccord de fond entre président et présidant ; ainsi éviterait-on encore pour l’orthographe des yeux : un affluent et ils affluent, un expédient et ils expédient.

« 10° Transformer Yx en s dans les pluriels et dans les personnes de certains verbes. »

N’essayons pas de reprendre en sous-œuvre un tel projet ou plutôt une telle quantité de projets variés, et n’en cherchons pas la synthèse ; ce serait trop laborieux et peut-être impossible. Car on n’y voit pas de principe nettement posé, et, quoique annoncé surtout comme « simplification de l’orthographe, » le programme de

M. Gréard renferme encore autre chose, par exemple des faits de syntaxe et des changements dans le genre des noms.

Constatons seulement que l’accueil fait à ce programme, soit à l’Académie, soit dans la presse, n’a probablement pas répondu tout à fait aux vœux de la Commission et de son habile rapporteur.

Cette opposition, nullement universelle, mais assez imposante par le nombre et même par la valeur de quelques noms, n’est pas faite pour décourager les partisans de la réforme orthographique. Ils avaient d’excellentes raisons de s’y attendre avant qu’elle ne se produisît. Ils ont peut-être aujourd’hui le devoir de se demander si le contenu même du rapport, d’ailleurs si remarquable, n’explique pas trop certaines répugnances.

Parmi les raisons qui devaient faire présager une vive opposition, mettons hardiment en première ligne les difficultés même de l’orthographe française. On veut la réformer parce qu’elle est compliquée, longue et laborieuse à apprendre, — et précisément ceux qui la savent y tiennent en raison directe de la peine qu’elle leur a coûté et en vertu du privilège aristocratique (ce n’est pas trop dire) qu’elle leur asssure en face du profanum vulgiis.

« Personne aujourd’hui, dit Sainte-Beuve (mais il parle surtout des dames), ne veut se passer d’orthographe. C’est un signe de première éducation, et celles même qui n’en ont pas eu tiennent à s’en donner le semblant. Au pis, on prend un maître de français. Mais que cette parfaite orthographe, si on la posssède par usage et d’enfance, est donc rare ! Et je ne sais pourquoi je n’ai l’air de parler ici que des femmes : les hommes y manquent bien souvent. J’ai vu, j’ai reçu des lettres d’hommes, même les plus instruits d’ailleurs, des lettres pleines de sens ou de bonne information, et qui avaient de ces taches vraiment fâcheuses. Un savant qui passe pour orientaliste vous écrira, par exemple : « Le jour de nôtre arrivée... nous causammes... » Un autre, des plus experts dans la langue française romane, dans notre vieille langue du moyen âge, vous dénoncera dans un événement d’hier un fait « grâve » Rien, à mes yeux, ne trahit son homme comme une faute d’orthographe. C’est presque toujours par une faute d’orthographe qu’on laisse passer le bout de l’oreille. Celui qui m’écrit qu’il a « de curieux authographes » peut savoir le turc ou le chinois, mais, à coup sûr, il n’a pas fait ses simples études classiques. Combien d’auteurs, même de nos jours, combien de critiques et de juges ou qui se donnent pour tels auraient besoin de se souvenir que l’orthographe est le commencement de la littérature ! »

Sans doute, en écrivant cette page curieuse, Sainte-Beuve ne son-

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geait pas du tout à la réforme orthographique, il la rejetait plutôt implicitement. Il n’en est pas moins vrai qu’il fournissait là, sans le vouloir, des raisons plausibles aux réformateurs, en leur permettant de plaider pour des hommes choisis parmi « les plus instruits », qui pourtant n’avaient pu se plier aux chinoiseries de l’orthographe française. Il n’en est pas moins vrai surtout — et c’est tout ce qui nous occupe ici — qu’il exprimait énergiquement la raison d’amour-propre, pour ne pas dire d’orgueil, inconscient peut-être, mais très réel et très puissant, qui attache à la cause de l’orthographe d’aujourd’hui la plupart de ceux qui se flattent de la savoir.

« Jamais, disait récemment une dame à un partisan de la réforme orthographique, jamais vous ne me persuaderez d’entrer dans vos vues pour arriver à écrire comme ma cuisinière. — Votre cuisinière écrit sans règle, et contre les règles, Madame. Or, nous ne prétendons pas abolir les règles, mais les simplifier, ce qui pourra tout au plus permettre quelque jour aux cuisinières, non pourtant sans quelque étude, d’écrire comme leurs maîtresses. Quel mal y aurait-il à cela ? »

Ainsi, la raison que nous venons de toucher a beau être forte en fait, elle n’en est pas moins déraisonnable en droit. Il en est de même, disons-le hardiment, d’un autre motif très prisé cependant, même par des juges nullement méprisables : c’est la prétendue « raison esthétique ». Nous avons plaidé ici même, au nom du beau comme au nom de l’utile, pour la simplification. Nous n’avions pas su voir que la beauté du « mot écrit » était constituée précisément par l’étrangeté même du type. Thijmbra est superbe, paraît-il, tandis que Timbra est laid ou grotesque. On oppose de même Orphée à Orfée, Thermopijles à Termopiles, etc., etc., etc. Eh bien ! nous aurions dû nous y attendre. Notre vieille thèse reste absolument vraie, et pourtant l’assertion de nos adversaires a sa vérité relative. Il suffît, pour se rendre compte de cette antinomie, de ne pas ignorer tout à fait les lois psychologiques de l’habitude et de l’association des idées et des sensations. Toute forme qui s’éloigne du type habituel nous choque — jusqu’à ce que le nouveau type soit lui-même passé en habitude. — Toute idée grandiose, gracieuse, poétique, communique quelque chose de ces qualités au mot écrit qui la représente aux yeux du lecteur, et par là même ces yeux sont blessés d’un changement quelconque dans la graphie du mot, — jusqu’à ce que cette graphie modifiée soit devenue par l’usage le vêtement normal de l’idée.

Il ne s’agit donc que d’une transition un peu laborieuse sans doute, mais beaucoup plus aisée et beaucoup plus rapide qu’on ne

pourrait croire. En voici une preuve entre mille. Tout Français lettré qui n’a pas étudié les langues du midi se sent la vue choquée, comme d’une laideur, à regarder seulement le titre d’une philosophie espagnole ou italienne. De part et d’autre, il lit füosofia. Oh ! la grotesque orthographe ! Oh ! l’orthographe de cuisinière ! Eh bien, dites-lui d’étudier quelques jours une de ces deux langues, l’éducation de son œil sera faite et il s’étonnera lui-même de trouver que filosofia a tout à fait bon air.

Non, ni l’attachement instinctif aux chinoiseries de notre orthographe, ni l’habitude qui nous en fait accepter, admirer, aimer les formes les plus arbitraires, n’ont le droit de prévaloir contre les graves raisons présentées ici même dans le temps en faveur de la simplification. Encore moins doit-on s’arrêter aux difficultés qu’on y oppose au nom de l’étymologie et de la prononciation, puisque, en thèse générale, l’étymologie et la prononciation ont tout à gagner aux réformes réclamées.

Il reste pourtant une difficulté sérieuse, profonde, et qui réclame de la part des réformateurs beaucoup de prudence et de discrétion. C’est la difficulté de changer les habitudes universellement reçues et établies comme règle ; c’est, au fond, la loi même du langage écrit, comme du langage parlé, qui ne permet que des changements successifs et presque insensibles. Dans l’espèce, sans doute, les arrêts de l’Académie, malgré une préparation d’assez longue main, auront nécessairement quelque chose de subit et comme un caractère révolutionnaire qui gênera et déconcertera un moment le commun des lettrés. Mais c’est une raison de plus — il y a longtemps qu’on l’a dit — pour qu’elle procède à la réforme lentement et par parties. Ne pas vouloir redresser tout du premier coup et choisir, pour commencer, un très petit nombre de faits, mais de faits généraux des plus féconds en applications, tel était l’idéal pratique. M. Gréard s’y est-il conformé ? That is the question. Le fait est qu’il y a beaucoup, beaucoup d’observations dans son rapport. Admettant qu’elles soient toutes justes, n’auront-elles pas le défaut d’être trop nombreuses pour le degré d’attention et de volonté qu’il est permis de supposer à la masse du public écrivant ? Et ne serait-il pas souverainement fâcheux que la multitude des corrections proposées compromît l’œuvre tout entière ? Un philologue français très apprécié, M. Clédat, a déjà inauguré, dans une revue spéciale qu’il dirige, une réforme orthographique partielle en

se bornant à ces deux points : uniformité dans la formation des pluriels (x ramené à s) et dans la conjugaison des verbes en eler, cter (jamais de doublement de consonne). Sur ce dernier point, il a été trop modéré peut-être. Puisqu’il écrit : la flamme étincèle, pourquoi ne pas écrire aussi : le feu lance des ètincèles ? L’introduction de trois ou quatre simplifications de ce genre suffirait à rendre notre orthographe dix fois plus simple, et il est difficile de croire qu’elle rencontrât une sérieuse opposition.

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