UNE INSCRIPTION LATINE DE JOSEPH DE MAISTRE
On ne s’étonnera pas, j’espère, que des Notes sur nos grands écrivains français s’étendent jusqu’à l’auteur du livre du Pape. Un professeur de Sorbonne exprimait publiquement, il y a quelques années, le regret qu’on n’eût pas encore introduit dans les classes de nos collèges quelques parties des œuvres du comte de Maistre. Cela viendra peut-être ; mais en attendant le grand apologiste a le droit d’être compté parmi les classiques français.
L’édition de ses Œuvres complètes, publiée dernièrement en quatorze volumes, à Lyon (Vitte et Perrussel, 1885), révèle pour la première fois au public la plus grande partie d’une correspondance épistolaire non moins intéressante par le mérite littéraire que par l’importance des faits et des jugements. Plusieurs opuscules inédits ou dispersés en diverses publications ont encore été réunis dans cette précieuse collection, qui ne paraît pourtant pas avoir reçu tous les soins désirables pour la pleine satisfaction des lecteurs amis des beaux livres.
On n’a pas négligé du moins — et on a eu bien raison — d’y insérer (t. VIII, 363-401) dans leur texte original les Animadversiones sur un ouvrage de l’archevêque russe Méthodius, opuscule théologique rédigé en latin par l’illustre écrivain. Quoique le latin de Joseph de Maistre soit moins sûr que son français, on y trouve toujours la force et l’agrément qui caractérisent sa manière. A ce titre, il me semble qu’il y a lieu de rechercher tout ce qui pourrait exister çà et là de morceaux latins dus à sa plume. En voici un que je déterre d’un recueil périodique de littérature latine, destiné au monde des collèges, et publié sous la Restauration par J.-B. Barbier-
Vémars ( Barberii Hermes Romanus, n° 10, mars 1817, p. 470). C’est une inscription qui devait être gravée (l’a-t-elle été réellement ?) sur une colonne érigée par le commerce de Riga en l’honneur de l’empereur Alexandre. « Elle est, déclare le journaliste, de M. le comte de Maistre, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. le roi de Sardaigne en Russie ».
SÆVA NEC SÆCULIS UNQUAM AUDITA GRASSANTE TYRANNIDE,
QUUM JAM FERALI SÆVIENTE BELLO EUROPÆ COGNATIO PENE EVANESCERET,