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LA BIBLIOGRAPHIE DE JOINVILLE

La bibliographie, la connaissance raisonnée des manuscrits et des éditions diverses d’un livre, n’est pas du tout, par elle-même, une vaine curiosité. Elle constitue d’abord un élément essentiel de l’histoire littéraire, et un secours fort utile pour l’appréciation d’un ouvrage. Compter les copies ou les éditions qui en ont été faites, c’est donner la mesure de l’estime qu’il a obtenue ; les distribuer selon les temps et les lieux, c’est au moins préparer l’histoire de son influence sur les idées, sur le langage et sur les mœurs.

En second lieu, la bibliographie est indispensable pour la critique des textes littéraires. On ne peut établir un texte, choisir la vraie leçon, corriger les fautes, sans consulter et juger les manuscrits et les éditions. Et cette critique des textes, dont on sait l’importance pour les auteurs anciens, n’est pas moins essentielle pour la littérature française elle-même. Ce n’est pas peu de chose, dans l’étude attentive de nos chefs-d’œuvre oratoires ou poétiques, d’hésiter sur l’authenticité d’une expression. Une simple faute typographique peut mettre le désordre, le mauvais goût, le faux enfin, à la place des beautés les plus solides, et par là déconcerter ou égarer notre raison. « Il est tout à fait désagréable, dit un juge délicat des œuvres de l’esprit, de ne pas savoir si ce qu’on lit est le comble et le sublime de la passion et de l’art ou une faute d’impression plus grosse que de coutume, et de se mettre en frais de rhétorique pour justifier ce qui s’explique très simplement peut-être par une sottise de copiste ou de compositeur ».

Cette connaissance raisonnée des manuscrits et des éditions est surtout requise pour la lecture intelligente des textes français qui

i Conférence d’explication des auteurs français. (Extr, du Bull, de Vlnst., 1885 et 1886).

LÉONCE COUTURE

n’ont pas été publiés par leurs auteurs et qui ont été plus ou moins remaniés par les éditeurs : ainsi les Pensées de Pascal et presque tous les Sermons de Bossuet ; mais elle est encore plus nécessaire pour l’étude du texte de YHistoire de saint Louis , par Joinville, indiqué par le programme de la licence ès lettres. Ce texte, en effet, a cela de particulier que, quoique établi par M. Natalis de Wailly d’après la comparaison la plus attentive des éditions précédentes et des manuscrits, il s’en éloigne notablement, ayant été ramené scientifiquement à l’orthographe du temps de Joinville, très altérée même par le meilleur et le plus ancien manuscrit.

Ne craignons donc pas d’entrer dans quelques détails : 1° sur les manuscrits aujourd’hui subsistants de YHistoire de saint Louis ; 2° sur les éditions du même ouvrage antérieures à celles de M. de Wailly ;e 3° enfin sur la manière dont cette dernière a été conduite.

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