LES MANUSCRITS DE l’« HISTOIRE DE SAINT LOUIS
La bibliothèque nationale possède les deux principaux : l’un apporté, dit-on, de Bruxelles par le maréchal de Saxe en 1744 (Fonds franc. 13.568) ; l’autre trouvé à Lucques par Sainte-Palaye et acheté en 1741 par la bibliothèque royale pour la somme bien modique de 360 livres (Fonds franc. 10.148). Un troisième, fort semblable au second, est une propriété particulière. Ces deux derniers sont du seizième siècle, et présentent le texte de Joinville rajeuni conformément au langage et à l’orthographe du temps de François Ier. Le manuscrit de Bruxelles, au contraire, est de date plus ancienne et de langue plus archaïque, et a pu être pris longtemps pour l’original ou une copie littérale de l’original. Il est reconnu aujourd’hui qu’il est, pour l’écriture, du milieu du quatorzième siècle et que le langage y a été modifié selon l’usage de cette époque.
Mais il faut marquer avec précision la provenance, la parenté et la valeur respective de ces trois manuscrits.
On peut s’étonner d’abord qu’ils soient si peu nombreux. Cela démontre que l’œuvre de Joinville, quoique digne à tous égards d’une meilleure fortune, fut négligée, presque oubliée au quatorzième et au quinzième siècles. Aussi ne trouve-t-on dans la littérature de ces deux siècles ni témoignage, ni citation, ni même imitation quelconque de YHistoire de saint Louis. Sans doute les autres biographies du saint roi, en particulier celle que rédigea Geofïroi de Beaulieu son confesseur, ayant un caractère plus édifiant, plus