DONNÉES PAR M. NATALIS DE WAILLY
Nous n’avions annoncé que Y édition de M. de Wailly (au singulier) ; c’est-à-dire l’édition officielle, la première et la seule dans laquelle la langue et l’orthographe de Joinville aient été scientifiquement rétablies, l’édition de 1868 enfin ; mais, comme l’illustre savant avait déjà donné l’année précédente un texte de Joinville
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supérieur à celui de toutes les publications antérieures, nous dirons d’abord quelques mots de l’édition de 1867.
Elle parut chez Adrien Leclère, imprimée avec luxe en format grand in-8°, avec fac-similés du manuscrit de Bruxelles. Quoique conforme en somme à ce manuscrit, elle était loin de le reproduire servilement, comme l’avaient fait Capperonnier et les éditeurs venus après lui. On avait cru en 1761 que le manuscrit apporté de Bruxelles était original. Partant on avait dû le reproduire avec une fidélité absolue ; on avait rejeté avec mépris, ou peu s’en fallait, le manuscrit de Lucques. Mais depuis, l’examen plus éclairé de l’écriture et du langage avait donné des résultats tout différents, qui imposaient d’autres devoirs aux éditeurs. On était sûr que ni le manuscrit de Bruxelles ni celui de Lucques ne représentaient exactement le texte original de Joinville ; qu’ils étaient l’un et l’autre rajeunis pour la langue ; que le premier était bien plus ancien et bien plus rapproché du vrai texte que le second, mais que celui-ci, venant comme celui-là et indépendamment de lui, d’un exemplaire original, pouvait tout aussi bien faire autorité et même à tel ou tel endroit le corriger légitimement. Du reste, les précédents éditeurs, malgré leur préjugé sur l’antiquité du manuscrit de Bruxelles, avaient paru soupçonner la valeur propre de celui de Lucques. Capperonnier y avait pris des variantes utiles, qu’il avait placées au bas des pages de l’édition de l’imprimerie royale. Daunou l’imita sur ce point ; même il ne craignit pas d’introduire dans le texte quelques leçons empruntées à ce manuscrit et qu’il était bien obligé de trouver meilleures que celles du prétendu original.
M. Natalis de Wailly, le premier, traita chacun des manuscrits selon ses mérites. Leurs différences mêmes, grâce à la connaissance parfaite qu’il avait de la langue française du treizième siècle, lui révélèrent souvent avec une pleine évidence la leçon authentique de l’auteur. C’est surtout la déclinaison à deux cas, usitée dans le français du treizième siècle, mais disparue dans le courant du quatorzième, qui avait induit à de graves erreurs les deux copistes, surtout celui du manuscrit de Lucques, qui est du seizième siècle seulement. Ainsi, dès la première phrase de Y Histoire de saint Louis, l’original (perdu) portait : « A son bon signour Looys... Jehans, sires de Joinville, ses seneschaus de Champaigne, etc. » Ses seneschaus, c’est le cas-sujet singulier de son seneschal (casrégime). Le copiste du manuscrit de Bruxelles, qui n’est que d’un demi-siècle postérieur à Joinville, ne s’y est pas trompé; il a rajeuni le texte, comme on l’en avait chargé, mais sans contre-sens : il a écrit (on peut voir le fac-similé dans l’édition in-12 de F. Didot) :
« A son bon seigneur Looys... Jehan sire de Joinville, son seneschal de Champaigne, etc. » — Au contraire, le copiste du manuscrit de Lucques, qui travaillait deux siècles plus tard pour, Antoinette de Bourbon sur l’exemplaire du château de Joinville, n’a pas compris ses seneschaus , qui lui paraissait un solécisme comme il le paraît à un lecteur de nos jours ignorant de la grammaire du vieux français. Il a corrigé à sa manière, en changeant une seule lettre, mais en altérant le sens ; il a écrit : « Jean sire de Joinville, des seneschaux de Champaigne, etc. » Les fautes de ce genre sont très nombreuses dans le reste du manuscrit du seizième siècle ; elles ne manquent pas absolument dans celui du quatorzième. Mais on comprend qu’un philologue de la valeur de M. de Wailly, en saisissant le secret de ces fautes, en confrontant des différences de texte dans deux leçons rajeunies à différentes époques, et indépendantes l’une de l’autre, ait pû fixer bien souvent la leçon authentique absente de tous les manuscrits.
Le travail magistral de M. de Wailly devait paraître définitif. On n’aurait pas le texte original de Joinville, mais on en posséderait une version postérieure d’un demi-siècle seulement, et très exacte, il n’y avait plus moyen d’en douter. Il ne restait qu’à s’écrier avec Sainte-Beuve (dans une causerie pourtant antérieure à l’édition d’Adrien Leclère et aux belles recherches de M. de Wailly) : « Aimable sénéchal de Champagne, que de peines et d’efforts il a fallu, que d’ Académiciens des Inscriptions faisant la chaîne et mis au bout les uns des autres, pour arriver à sauver de toute corruption et de toute injure, et pour nous rendre au naturel et dans sa simplicité, ce que vous dictiez si gaiement en cheveux blancs dans le joli langage ou ramage de votre jeunesse, et en vous promenant d’un pied encore ferme dans la grande salle du château de Joinville. »
Mais non, il restait à désirer et à faire mieux encore. On n’avait qu’un texte rajeuni, quoique fort ancien et fort voisin de l’original. On devait désirer l’original même. M. Paulin Paris écrivait en 1839, à la fin de ses Nouvelles recherches sur les manuscrits de Joinville : « Peut-être ce volume de Louis le Hutin, que Charles V avait encore par devers soij, est-il en Belgique, en Italie, en Russie même, où déjà nous avons en 1815 retrouvé l’admirable livre de prières de saint Louis. Peut-être le propriétaire d’un vieux château de France, peut-être l’un de ceux qui nous écoutent en est-il, sans le savoir, le fortuné possesseur. Peut-être encore le vieux manuscrit de Joinville aura-t-il, au quinzième siècle, excité la cupidité des Anglais, et qui sait si quelque nouvelle excursion bibliographique
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ne remettra pas au jour le volume dont on a depuis si longtemps perdu la trace ? » Cela n’est pas impossible, même aujourd’hui ; mais on comprend que dès 1867 on dût faire peu de fond sur une telle espérance.
Aussi, laissant de côté la chance peu vraisemblable de la découverte d’un exemplaire original, on devait se demander si le manuscrit de Bruxelles, dont l’exactitude rigoureuse (sauf la langue) était démontrée par sa confrontation avec des manuscrits du seizième siècle d’origine différente, ne pouvait pas servir de base à une édition corrigée scientifiquement , ramenée par une critique attentive et sûre à la langue et à l’orthographe de Joinville lui-même. Evidemment cela n’était pas impossible. Il y avait au moins un homme qui pouvait accomplir cette tâche délicate. Mr de Wailly avait démontré sa parfaite connaissance de la matière dans son édition de 1867. Il achevait de montrer tous les détails du langage et de l’orthographe de l’auteur dans son beau Mémoire sur la langue de Joinville. ( Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, 1868, page 329). Sur les nombreuses et pressantes instances de ses disciples et de ses lecteurs, l’illustre savant consentit à faire cette édition définitive de Joinville, qui offre ce caractère singulier, que le texte en est établi avec le secours des manuscrits et des éditions, mais pourtant en s’écartant des uns et des autres.
Voici le titre exact de cette édition : Histoire de saint Louis, par Jean sire de Joinville, suivie du Credo et de la Lettre a Louis X, texte ramené à l’orthographe des chartes du sire de Joinville et publié pour la Société de l’Histoire de France par M. Natalis de Wailly, membre de l’Institut. Paris, veuve Jules Renouard, 1868. - — Grand in-8°, de xliij-410 pages.
Dans la préface, le savant éditeur commence par avouer l’étrangeté apparente de son dessein. «; Qu’un tel système soit de nature à inspirer la défiance, dit-il, je n’en disconviens pas ; cependant, puisque la Société de l’Histoire de France a consenti à la prendre sous son patronage, on ne se refusera pas à écouter sans prévention les motifs qui le peuvent justifier. Je vais donc essayer de montrer que tous ces changements, quoiqu’ils se comptent par milliers, ne sont pas le résultat d’une tentative aventureuse, mais la conséquence naturelle d’un progrès sage et mesuré, qui arrive en son temps. J’ajoute que ces modifications sont de pure forme, et qu’elles portent uniquement sur des détails d’orthographe sans toucher en rien au fond des récits. Le texte de Joinville, qui avait subi autrefois de graves altérations, on est sûr aujourd’hui de le posséder complet et pur de tout mélange ; il ne s’agit donc plus que d’en modifier les
traits accessoires : entreprise modeste, mais nécessaire, qui a pour objet de rendre à la langue de notre vieil historien sa véritable physionomie, dénaturée dans les copies peu fidèles qui nous sont parvenues. »
Mais si l’entreprise était à la fois facile et nécessaire, pourquoi donc M. de Wailly ne l’avait-il pas abordée plus tôt ? Pourquoi avaitil suivi, dans son édition de 1867, l’orthographe rajeunie du manuscrit de Bruxelles ? En voici le motif, exposé par lui-même : « Je savais que, dans la plupart des manuscrits du treizième siècle, l’observation des règles... n’est jamais constante, qu’on les voit tour à tour suivies ou méconnues à quelques lignes de distance, et que la régularité orthographique des textes ne dépend pas seulement de leur date, mais de l’attention et de la science grammaticale du clerc qui les a transcrits. » On pouvait écarter ce scrupule en observant que les fautes d’un copiste, fût-ce le premier de tous, n’étant que des fautes, ne font pas loi, et qu’un texte doit toujours, dans une édition critique, être traité d’après l’orthographe du temps et du pays auquel il appartient. Mais de plus, ici, M. de Wailly s’est assuré, en bien cherchant, que l’orthographe du sire de Joinville, ou plutôt de ses copistes (car il dictait au lieu d’écrire lui-même), était de fait très régulière. Il a donc pu, connaissant une fois leur orthographe, la rétablir exactement dans toute V Histoire de saint Louis.
Avant de dire sur quelles pièces de conviction il a pu asseoir un système complet de graphie auquel il a dû soumettre ensuite tous les mots de son texte, il est peut-être utile d’offrir aux lecteurs un échantillon de ce travail de correction. Ce morceau, pris au hasard, et cité d’après la leçon du manuscrit de Bruxelles, d’une part, et, d’autre part, d’après le texte rétabli par M. de Wailly, donnera quelque idée du nombre et de la nature des changements qu’il a introduits dans son édition, aujourd’hui imposée officiellement aux aspirants à la licence ès lettres.
Texte nu ms. de Br. Texte rétabli par M. de W.
Le saint roi] me conta que plu seurs gent des Aubigois vindrent au conte de Montfort, qui lors gardoit la terre de Aubijois i pour le roy, et li distrent que il venist veoir
Li sainz roys me conta que pliisours gens des Aubigois vindrent au comte de Montfort, qui lors gardoit la terre des Aubijois 1 pour le roy, et li distrent
1 Aubigois, Aubijois, deux graphies différentes du même mot à deux lignes de distance. Mais c’est là ce que nous appelons l 'orthographe d'usage, peu fixée au treizième siècle ; aussi M. de Wailly n’y a-t-il guère touché ; il a corrigé au contraire tout ce qui tient à la grammaire, parce que cette dernière était régulièrement arrêtée dans le vieux français.
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le corps Nostre-Seigneur, qui estoit devenuz en sanc et en char entre les mains au prestre. Et il leur dist : « Alez le veoir, vous qui [ne] le créez ; car je le croi fermement aussi comme sainte Esglise nous raconte le sacrement de l’autel. Et savez-vous que je y gaignerai, fist le conte, de ce que je le croy en ceste mortel vie aussi comme sainte Esglise le nous enseigne ?
Je en aurai une couronne es ciex plus que les angres, qui le voient face à face, par quoi il couvient que il le croient. »
que il venist veoir le cors Nostre- Signour, qui estoit devenuz en sanc et en char entre les mains au prestre. Et il lour dist : « Alez le veoir, vous qui ne le créez ; car je le croi fermement, aussi comme sainte Esglise nous raconte le sacrement de l’autel. Et savez-vous que je y gaignerai, fist li cuens, de ce que je le croy en ceste mortel vie aussi comme sainte Esglise le nous enseigne ?
Je en avérai une coronne es ciex plus que li angre qui le voient face à face, par quoi il couvient que il le croient. »
On peut observer dans ces corrections : 1° de simples fautes d’attention : gent pour gens, de pour des ; 2° des variétés de lexicologie : couronne avait pris la place de coronne ; 3° des faits de morphologie ou de grammaire proprement dite : aurai avait pris la place d9 avérai. Mais les faits de déclinaison sont toujours les plus importants : li angre, disait le texte primitif, l’absence de Ys marquant le sujet-pluriel ; les angres, écrit le copiste du temps de Charles V, parce que, de son temps comme aujourd’hui, l’accusatif pluriel (illos angelos ) était devenu le pluriel simplement, sans distinction de cas. Le saint rog était aussi, sous sa plume, un singulier sans distinction de cas ; le copiste de Joinville, qui distinguait soigneusement le cas-sujet du cas-régime au moyen de Es final, avait certainement écrit Li sains rogs, que M. de Wailly a rétabli. Un fait de déclinaison plus étrange, s’est le nominatif latin cornes, donnant le cas-sujet li cuens, et l’accusatif comitem donnant le casrégime comte. Il n’y avait plus trace de cette déclinaison dans le manuscrit. On peut remarquer, du reste, que l’auteur de la copie de Bruxelles, appartenant à une époque où la règle de Ys ne pouvait être encore tout à fait oubliée, et la voyant observée dans l’exemplaire qu’il suivait, s’y conforme lui-même quelquefois. Il écrit dans le morceau ci-dessus devenus (suj. sing.), et, à la dernière ligne, il (suj. pluriel).
Faisons connaître maintenant les secours qu’a eus M. de Wailly, indépendamment de la connaissance générale du français du treisième siècle, pour établir avec sûreté le texte de Y Histoire de saint Louis.
Il a eu 1° les éditions et surtout les manuscrits déjà cités de cet ouvrage. On a vu que, même en s’écartant de la leçon primitive, les manuscrits la font deviner plus d’une fois.
Il a eu 2° une lettre de Joinville au roi Louis X, en date du 8 juin 1315, conservée en original à la Bibliothèque nationale (Ms., F. fr. 12.764, p. 82). Ce n’est qu’une page, mais bien authentique, et dont la graphie offre à la fois la parfaite observation de la règle de l’s final, et les dialectismes champenois ( our final pour eur ; ei pour é ; donney pour donné).
Il a eu 3° un monument littéraire bien plus considérable : le Credo de Joinville. C’est une traduction du Symbole des Apôtres, accompagnée à chaque article d’assez longues explications. Joinville le fit écrire sous sa dictée, il le déclare lui-même, « en Acre, après que les frères du roi en furent partis, et avant que le roi allât fortifier la ville de Césarée, en Palestine, » ce qui nous reporte entre août 1270 et avril 1272. Mais le bon sénéchal en fit faire plus tard une seconde édition, qui est celle qui nous reste et qui porte (§ XXXIX) la date de 1287. Le manuscrit (Bibl. nat., F. fr. 1445, puis 7857) est à peu près contemporain et mérite toute confiance, quoiqu’il fasse désirer quelque autre exemplaire de « ce petit manuel illustré, qui a dû consoler autrefois bien des âmes avant de devenir pour les modernes une curiosité archéologique. » Ainsi parle M. de Wailly lui-même, qui a donné place au Credo de Joinville dans son édition de 1868, dont il occupe les pages 271-288.
Mais quelle que fût la valeur de cet ouvrage dans la question de l’orthographe de Joinville, elle n’était pas à l’abri de toute difficulté, puisque la patrie du manuscrit et de son copiste n’était pas connue. Aussi le docte éditeur a-t-il dû chercher ailleurs, dans les archives mêmes du château de Joinville, des pièces contemporaines du vieil historien, qui lui fournissent des renseignements positifs sur les habitudes graphiques de sa chancellerie. Il fallait trouver un certain nombre de chartes écrites pour Joinville lui-même, sous ses yeux, peut-être sous sa dictée, probablement par tel et tel des clercs auxquels il dicta depuis sa précieuse histoire. M. de Wailly a été assez heureux pour réunir un bon nombre de ces précieux documents. Il en a publié le recueil dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes (1867, p. 557), et il a calculé lui-même que le texte de ces pièces originales, prises ensemble, représente à peu près la cinquième partie de YHistoire de saint Louis. « C’est là, disait-il, dans son Mémoire sur la langue de Joinville , que j’ai cherché la véritable orthographe du manuscrit original tel qu’il fut exécuté sous les yeux de Joinville, par un des clercs de sa chancellerie ; c’est là que je crois avoir retrouvé sa langue, exempte de toutes les altérations qu’y ont introduites des copistes d’un autre temps et d’un autre pays. »
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Ce qui a dû affermir le savant éditeur dans la pensée de régulariser l’orthographe de Y Histoire de saint Louis , c’est que l’orthographe de ces chartes est d’une régularité à peu près irréprochable.
« J’ai constaté, dit M. de Wailly, que dans les chartes de Joinville, la règle du sujet singulier est observée 835 fois et violée 7 fois seulement ; encore dois-je dire que 5 de ces violations se rencontrent dans une même charte... qui n’est connue que par une copie faite au siècle dernier. Si l’on fait abstraction de ce texte, il reste 2 violations contre 805 observations de la règle. La règle du sujet pluriel est observée 588 fois, et violée 6 fois : ce qui donne, au total, 1423 contre 13, en tenant compte même de 6 fautes commises dans le texte copié au siècle dernier. »
Ainsi, ce n’est qu’avec un ensemble très satisfaisant d’appuis authentiques que M. de Wailly a rétabli le texte de Joinville ; et s’il est exagéré de croire que ce texte, tel qu’il nous le donne, est absolument et rigoureusement original, c’est être au-dessous de la vérité par trop de modestie que de dire avec l’éminent éditeur : « ... Joinville lui-même, s’il revenait au monde, aurait quelque raison de trouver son œuvre plus reconnaissable dans ce volume que partout ailleurs. »
Au reste, le suffrage unanime des juges compétents, dans toute l’Europe, a consacré l’autorité du texte de YHistoire de saint Louis, établi par M. Natalis de Wailly, et c’est avec toute raison que ce texte a été désigné officiellement comme classique, soit pour l’enseignement secondaire, soit pour les examens de la licence ès-lettres.
L’illustre et vénérable éditeur en a donné une reproduction en 1874, chez Firmin Didot, avec une traduction en français moderne en face du texte, et avec divers enrichissements, entre autres une excellente carte géographique de M. Longnon.
Les étudiants n’ont d’habitude sous la main que la petite édition classique de Joinville, de la librairie Hachette (1881, in-18). Ils ne doivent pas trop s’en plaindre. La préface, composée par M. de Wailly exprès pour ce petit volume, est un morceau très substantiel et très distingué. Elle est suivie de Notions sur la langue et la grammaire de Joinville, qui ne laissent rien à désirer pour le but spécial de cette publication. Les mots vraiment difficiles sont éclaircis dans le petit glossaire qui termine l’ouvrage. Enfin, plusieurs corrections de détail ne se trouvent que dans cette modeste édition et la rendent utile même aux personnes qui possèdent soit le volume de la Société de l’histoire de France (1868), soit celui de Didot (1874).
Toutefois, les étudiants feront bien de consulter quelquefois,
dans Fun de ces derniers, le précieux et complet Vocabulaire placé à la fin, qui renferme tous les mots et toutes les formes de mots du texte, avec renvoi précis aux passages afférents ; c’est un secours inappréciable pour les études de grammaire. Ils pourront aussi consulter avec avantage la traduction de M. de Wailly ; c’est d’autant plus aisé que la maison Hachette en a fait une édition populaire a très bon marché (1 fr. 25 c.). Cette traduction, ou plutôt cette copie simplement rapprochée du français moderne et mise à la portée de tous, sans rien enlever à l’original de son tour naïf et de sa vivacité d’expression, est fort utile aux débutants, non seulement pour comprendre, mais pour goûter les émouvants récits et les vives descriptions du vieil historien de saint Louis.