‹ Enseignement méthodique de la versification française avec des sujets d'exercises graduésChapitre 17 sur 62 · STANCES, STROPHES, COUPLETS · texte numérisé non relu

STANCES, STROPHES, COUPLETS

La stcmce est une suite de vers formant un sens complet. Ce mot sta/ace vient d'un mot italien qui signifie repos. On donne en particulier le nom de stances à des pièces de poésie composées d'un certain nombre de stances. On trouvé des exemples de stances dans l'élégie intitulée VAnge et V Enfant y et dans le Siècle Pastoral. (2)

(1) Vers à analyser sous le rapport de Tharmonie imitative, pour appliquer les remarques faites dans les paragraphes précédents.

J'aime mienx un ruisseau qui sur la molle arène En des près pleins de fleurs lentement se promène, Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux, Roule plein de gravier sur un terrain fangeux.

Et tandis qu'au fuseau la laine obéissante Suit une main légère/urie main plus pesante Frappe ^ coups redoublés l'enclume qui gémit. La lime mord l'acier et l'oreille en frémit.

Soudain l'onde en grondant s'enfle dans ses prisons ; Un bruit impétueux roule du haut des monts , D'un mugissement sourd la rive au loin résonne Et des bois murmurants le feuillage frissonne.

(2) Tous les morceaux de poésie cités comme exemples ue trouvent dans notre recueil intitulé : les ferais Orne-

Les stances sont irrégulières ou régulières. Les stances irrégulières ont plus ou moins de vers, de mesures différentes, et les rimes sont diversement entremêlées : ces stances sont donc envers libres. On peut citer pour exemple le Dithyrambe sur Vimmortalité de l'âme, parDelille. (Page 109.)

Les stances régulières présentent un nombre déterminé de vers qui sont assujettis, pour le mètre et pour le mélange des rimes, à une règle qui s'observe dans toute la pièce. Exemple : VOde contre les Hypocrites. {Page H6.)

Les stances se nomment strophes dans l'ode, et couplets dans la chanson.

Dans les pièces de poésie intitulées stances , chaque stance n'a ordinairement que quatre, cinq ou six vers. Exemple : le Siècle Pastoral. (Page 107.)

Une stance s'appelle quatrain, si elle a quatre vers; exemple : VAnge et l'Enfant; — sixain, si elle en a six; exemple : VOde sur Bonapa/rte; — huitain ou octave, si elle en a huit ; exemple : plusieurs strophes de la pièce intitulée iowwjrr//, par Victor Hugo;— dixain si elle en a dix; exemple: Ode sur lamort de J.-B. Rousseau. i^dige^ 110-114.)

menis de la Mémoire, qae nous avons publiés il y a plusieurs années, et dont nous préparons la 6« édition. Mais pour éviter au lecteur rembarras des recherches, nous plaçons à la fin de ce volume (page 107), les différents morceaux cités dans ce chapitre : nous ne les donnons pas en entier, parce qu'il nous a semblé que quelques fragments suffisaient pour atteindre notre but.

On trouve encore dçs stances de trois vers qu'on appelle tercets ; mais on ne peut les employer seules pour une pièce : il faut les joindre à des stances d'un plus grand nombre de vers. Les tercets proprement dits, c'est-à-dire formant une stance détachée, ne sont usités que dans la poésie libre.

Les vers qui sp trouvent le plus souvent mélangés dans les stances, sont l'hexamètre ou alexai>drin, et le vers de huit syllabes oi^ celui de six.

On n'emploie pas ordinairement plus de deux mesures diflférentes pour une stpuce. Le sens doit être complet à la fin de chaque stance. (1) Les stances se terminent {fresque toujours par un^ rime masculine , et elles commencent par une rime féminiiie ; car il ne faut pas qu'une stance se termine par une rime de même nature que celle qui comnience la stance suivante.

Il faut même éviter que la rime qui termine la stance offre une consonnance avec la rime du vers suivant. Ce serait une faute, par exemple, de terminer une stance par l'adjectif imprévu et de mettre le mot vue à la rime du premier vers de la stance suivante.

Les stances doivent être en rimes croisées : les rimes plates soutiendraient mal le ton de l'ode, et manqueraient de grâce dans les stances légères.

(1) Quelquefois il n'y a qu'une simple suspension : c'est lorsqu'on annonce un discours, lorsqu'on fait une énumération, ou lorsque la strophe renferme une longue j^ase secondaire conuneuçant ordinairement par si ou lorsque.

Dans les stances de cinq vers , Tune des deux rimes est triple, tandis que l'autre n'est que dou- : ble , comme on le voit dans plusieurs strophes de la Mort de Jeanne d'Arc. (Page 114.)

La stance de six vers , la plus employée, a ordinairement un repos après le troisième vers, rarement après le quatrième. Exemple : UOde sur Bonapartey(p. HO) et l'ode de Jean-Baptiste Rousseau, Sur V aveuglement des hommes du siècle. (P. 415.)

La stance de sept vers a un repos après le quatrième vers, de sorte qu'elle est, pour ainsi dire, formée d'un quatrain et d'un tercet, (1) Exemple : L'ode de Jean-Baptiste Rousseau, Contre les Hypocrites. (Page H6.)

Dans ces stances de sept vers, une des rimes de la première partie de la stance, c'est-à-dire du quatrain, passe dans la seconde partie ou tercet, et se trouve, par conséquent, répétée trois fois.

La stance de huit vers a un repos au milieu, elle est donc partagée en deux quatrains : elle se compose bien de vers de huit syllabes seuls ou mélangés avec des alexandrins. (Les alexandrins seuls ne peuvent pas être employés avec bonheur dans . une stance qui a plus de six vers.)

On divise ordinairement la stance de neuf vers en un quatrain, un tercet et un distique (deux vers liés ensemble par le sens). Exemple :

Dans ces jours destinés aux larmes, Où mes ennemis en fureur

(1) Quelquefois le tercet précède le quatrain.

* Aiguisaient contre moi les armes * De l'imposture et de Terreur ;

Lorsqu'une coupable licence Empoisonnait mon innocence, Le Seigneur fut mon -seul recours. :

J'implorai sa toute-puissance, Et sa main vint à mon secours.

On peut renverser cet ordre., en mettant d'abord un tercet, puis un distique, pour finir par uiï quatrain.

La stance de dix vers se divise en un quatrain suivi de deux tercets :1e repos apn>s le quatrain est bien marqué; il doit être plus faible entre les deux tercets.

La stance de dix vers, de sept ou de huit syllabes, est la plus majestueuse; Ô'est aussi celle qui est la plus usitée pour les odes. On en voit de beaux exemples dans ïOde à la Fortune, et dans YOde sur la mort de Jean-Baptiste Rousseau, Ces deux morceaux remarquables offrent aussi le modèle de la meilleure distribution des rimes pour la stance de dix vers.

On trouve des stances de plus de dix vers; mais elles sont peu usitées, et le goût les réprouve comme trop étendues.

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