‹ Enseignement méthodique de la versification française avec des sujets d'exercises graduésChapitre 54 sur 62 · ADIEUX DE GRESSET AUX JÉSUITES · texte numérisé non relu

ADIEUX DE GRESSET AUX JÉSUITES

Je dois tous mes regrets aux sages que je quitte^ J'en perds avec douleur l'entretien vertueux; Et si dans leurs foyers désormais je n'habite, Mon cœur me survit auprès d'eux.

(1 ) On sait que Grasset dut sortir de la compagnie des Jèsoites 2i cause du fâchea\ éclat que fit le poème intitulé Fert-yert^ dans lequel l'auteur s'amose à tourner en ridicule les religieuses d'un couvent de l'ordre de la Visitation. On conçoit que la légèreté d'une pareille production ne pouvait se concilier avec la gravité du caractère religieux. A cette époque, les Jésuites étaient en butte aux accusations les plus violentes. Gresset avait vécu chez eux comme un frère, il les connaissait donc intimement. Esprit léger, mais homme droit et franc , Gresset eut la noble pensée de protester contre les calomnies par lesquelles on noircissait dès lors la réputation de l'ordre illustre auquel il avait appartenu, et qui était contraint de l'exclure» L'esprit anti-monastique qui règne dans les poésies de Gresset rend son témoignage précieux. Dans la bouche d'un hoDune qui ne parle ordinairement des couvents que pour en rire et eu plaisanter, cet hommage rendu aux Jésuites devient une réfutation puissante des diatribes encore débitées de nos jours par la tméàraue calomnie. Les vers que Gresset adiossait à un de ses amis, en quit^nt les Jésuites, sont rarement cités, bien qu'ils fassent également bouneur au talent et au cœur du poète.

Car ne les crois pas tels que la main de T^nvle

Les peint à des yeux prévenus.

Si ta ne les connais que sur ce qu'en publie

La ténébreuse calomnie ,

Ils te sont encore inconnus.

Lis, et vois de leurs mœurs des traits plus ingénus.,' Qu*il m'est doux de pouvoir leur rendre un témoignage Dont Tintérét, la crainte» et l'espoir sont exclus!

A leur sort le mien ne tient plus.

L'impartialité va tracer leur image.

Oui, j'ai vu des mortels, fên dois ici l'aveu^

Trop combattus^ connus trop peu; J'ai vu des esprits vrais, des cœurs incorruptibles. Voués à la Patrie^ à leurs Rois^ à leur Dieu ,

A leurs propres mauw insensibles , Prodigues de leurs jours, tendres^ parfaits amis,

Et souvent bienfaiteurs paisibles

De leurs plus fougueux ennemis ,

Trop estimés enfin pour être moins haïs.

Que d'autres, s*exbalant dans leur haine insensée,

En reproches injurieux, Cherchent en les quittant à les rendre odieux. Pour moi, (idéle au vrai, fidèle à ma pensée. C'est ainsi qu*en partant je leur fais mes adieux,

Grbsset.

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