‹ Enseignement méthodique de la versification française avec des sujets d'exercises graduésChapitre 57 sur 62 · LOUIS XVII · texte numérisé non relu

LOUIS XVII

Le jeune Dauphin, désigné dans le morceau suivant sous le nom de Louis XVII, fotenfenné, en 1792, dans la tour du Temple, avec la reine sa mère, et son père Louis XVI , roi de France. Le roi et la reine sortirent oientôt de la geôle pour monter sur Féchafaud , et le ieune Louis XVII resta orphelin dans la prison. Le poëte feint que cet enfant vient aexpirer pendant son sommeil; et que son âme s'envole de la prison au del, où les anges accourent à sa rencontre.

En ces temps-là , du ciel les portes d'or s'oavrirent , Da saint des saints ému les feux se décou?rlreut ; Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés ; Et les élus voyaient^ lumineuses phalanges.

Venir une jeune âme entre dé jeunes tnges Sous les portiques étoiles.

€*élait un bel enfant qui fuyait de la terre; Son œil bleu du malbeur portait le signe austère ; Ses blonds cheveux flof talent sur ses traits pâlissants ; Et les vierges du ciel, avec des chants de fête, Aux palmes du martyre unissaient ^r sa tête La couronne des innocents.

On entendit des voix qui disaient dans la nue :

— « Jeune ange, Dieu sourit k ta gloire ingénue ; Viens, rentre dans ses bras pour ne plus en sortir ; Et vous qui du Très-Haut racontez les louanges,

Séraphins, prophètes, archanges , Courbez-vous , c'est un roi ; chantez, c'est un martyr? »

— « Où donc ai-je régné? » demandait la jeune ombre. « Je suis un prisonnier, Je ne suis point un rof .

Hier je m'endormis au fond d^une tour sombre. Où donc ai-je régné? Seigneur^ dites-le-moi.

Hélas ! mon père est mort d'une mort bien amére , Ses bourreaux, ô mon Dieu, m*ont abreuvé de 6el; Je suis un orphelin ; je viens chercher ma mère , Qu'en mes rêves j'ai vue au ciel. »

Les mges répondaient : » c Ton Sauvear te réclame. Ton Dieu d'un monde impie a rappelé ton &me.

Fuis la terre insensée où Ton brise la Croix , Où jusque dans la mort descend le régicide.

Où le meurtre , d'horreur avide, Fouille dans les tombeaux pour y chercher des rois t

— « Quoi I de ma longue vie ai-je achevé le reste? o Disait-il : « tous mes maux les ai-je enfin soufferts? Est-il vrai qu'un geôlier, de ce rêve céleste

Ne viendra pas demain m^éveiller dans mes fersP Captif, de mes tourments cherchant la fin prochaine, J'ai prié : Dieu veut-il enfin me secourir ?

Ohl n'est-ce pas un songe? A-t-il brisé ma chaîne? Ai-je eu le bonheur de mourir?

» Car vous ne savez point quelle était ma misère? Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs ; Et lorsque je pleurais, je n'avais pas ma mère, Pour chanter à mes cris, pour sourire à mes pleurs. D*un ch&timent sans fin languissante victime , De ma lige arraché comme un tendre arbrisseau , J'étais proscrit bien jeune , et j'ignorais quel crime J'avais commis dans mon berceau.

» Et pourtant, écoutez : bien loin dans ma mémoire» J'ai d'heureux souvenirs avant ces temps d^efTroi , J'entendais en dormant des bruits confus de gloire y Et des peuples joyeux veillaient autour de moi. Un jour tout disparut dans un sombre mystère ; Je vis fuir l'avenir à me» destins promis ; Je n'étais qu'un enfant, faible et seul sur la terre , Hélas 1 et j'eus des ennemisi

» Ils m'ont jeté vivant sous des murs funéraires; Mes yeux voués aux pleurs n'ont plus vu le soleil ; Mais vous que je retrouve , anges du ciel , mes frères , Vous m*avez visité souvent dans mon sommeil.

Mes jours se sont flétris dans leurs mains meurtrières, Seigneur , mais les méchants sont toujours malheureux ; Oh ! ne soyez pas sourd comme eux à mes prières ,

Car je viens vous prier pour eux. Yictob Hugo.

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