CONTRE LES HYPOCRITES
Ode tirée du psaume LVIL
Si la loi du Seigneur vous touche (i}« Si le mensonge vous fait peur, Si la justice en votre cœur Régne aussi bien qu'en votre bouche ; Parlez, fils des hommes, pourquoi Faut-il qu'une haine farouche Préside aux jugements que vous lancez sur moi?
C'est vous de qui les mains impures Trament le tissu délesté
(\) Tota chargé des liens de son iniquité. Ce Il'est paS SealeiOent OOetrèS-
belle image : c'est nne grande pensée morale, revêtue de tout ce que Kexpression poétique a pu ajouter à son énergie.
(2) Orgueilleuse moisson. De parcUles éplthètes, a dit un grand poëte, sont de bonnes fortunes en poésie.
(3^ JV« paiera point,,, le prix de sa rançon, C'eSt l'exprCSSion même dU FOi-
prophète : « Non , personne ne pourra payer la rançon de son âme. »
(4) Si la loi du Seigneur vous touche^ etc. Cette stropbe est un modèle de la manière dont il fsiut conduire la phrase poétique : la période est admirablement soutenue, les repos bien ménagés, pour l'oreille et pour le sens. 11 Caut remarquer aussi la belle etpression des jugemems lancés» au lieu ^ portés, qui eût été le mot du prosateur.
HT
Qui fait trébucher l'équité CtJ Dans le piège des Impostures ; Lâches , aux cabales vendus , Artisans de fourbes obscures , Habiles leulemeot à noircir les rertus.
L^hypocrite» en fraudes fertile (S) , Dés ^enfance est pétri de fard ; 11 sait colorer avec art Le fiel que sa bouche distille ; Et la morsure du serpent Est moins aigoé el moins subtile Qae le venin caché que sa langue répand.
' Mais de ces langues diffamantes (3) Dieu saura yenger l'innocent.
Je le verrai , ce Dieu puissant Foudroyer leurs (êtes fumantes.
Il vaincra ces lions ardents , Et dans leurs gueules écumantes Il plongera sa main , et brisera leurs dents.
Ainsi que la vague rapide D'un torrent qui roirle à grand bruit Se dissipe et s'évanouit Dans le sein de la terre humide ; Ou comme l'airain enflammé Fait fondue la cire fiutde Qui bouillonne à Taspect du brasier allamé (i) ;
(4) Qui/aù trêhtuher Véqmti, Dans h piése d«s Hmposturt*,
Cette image est pleine k la foi» de sens et de justesse.
(a) L'fypoerite, en fraude* JertUe . CtC.
Cette strophe rappdie les belles stances que Ricine adresse am rois, contre la calonmie, dans le chœor da Ille acte d'Esther : « Rois, chasses 1» ealoomie, etc.
(5) Mëis de cet langues di/f amantes, etC.
Le Bran se récriait d'admiration devant cette ode , qu'il regardait comme '« mieujs rimêe, peut-étref qw l'on connût. C'ef^t on mérite sans doute, surtout pour les vers lyriques, et c'est pour cela que nous en citons la majeure partie. Hais il y a encore autre chose d'admirable dans cette ode, c'est la richesse ènei^ue de l'expression, c'est la vigueur du coloris et la force du pinceau : et Et dans leurs gueules écornantes n plongera sa main, et brisera leurs dents. »
(4) Fait fondre la are finide
Qui ioudionnê à V aspect du irasUr allumé.
Cette comparaison el la précédente, q«i sont si bien daàsNe gëoie et dans-
Ainsi leurs grandeurs éclipsées S'anéantiront à nos yeux ; Ainsi la justice des cieux Confondra leurs lâches pensées.
Leurs dards deviendront impuissants »
Et de leurs pointes émoussées Ne pénétreront plus le sein des innocents^
Avant que leurs tiges célèbres Puissent pousser des rejetons ; Eux-mêmes » tristes avortons Seront cachés dans les ténèbres ; Et leur sort deviendra pareil Au sort de ces oiseaux funèbres (1) Qui n'osent soutenir les regards du soleil.
Ceux qui verront cette vengeance Pourront dire avec vérité Que Tinjuslice et l^équité Tour à tour ont leur récompense.
Et qu'il est un Dieu dans les cieux (2), Dont le bra« soutient IMnnocence, Et confond des méchants Torgueil ambitieux.
J.-B. ïlOUSSEA1î<