‹ Enseignement pratique dans les écoles maternelles; ou, Premières leçons à donner aux petitsChapitre 23 sur 81 · L'udjuinlc · texte numérisé non relu

L'udjuinlc

Larose a cassé la tête de votre belle poupée ; vous en avez eu beaucoup de chagrin, mais vous n'avez rendu aucun mal au petit étourdi ; vous avez été bonne, mon Hélène ; venez, vous méritez d'être protectrice !

« Et vous, Gustave, qui paraissez désirer beaucoup être protecteur, à votre tour aussi: examinons votre conduite... Mon enfant, qu'avez-vous fait hier? Vous avez dit une grosse injure à la bonne, qui avait la complaisance de laver votre visage tout sali !... Ce matin vous avez déchiré votre mouchoir, et vous en avez fait un fouet pour fouetter vos camarades... L'autre jour, vous avez fait semblant de mesurer votre bras avec le bras du bon petit Lambert, et c'était pour lui donner une tape sur la figure. Samedi dernier... mais en voilà assez... Vous voyez bien, mon enfant, que, jusqu'à ce que vous ayez une meilleur conduite, vous ne pouvez pas être nommé protecteur : vous ne sauriez pas protéger. »

Ceci donne une idée du reste de l'examen, qui d'ailleurs ne dut pas être beaucoup prolongé. Les enfants, admis ou refusés, venaient de ressentir des impressions toutes nouvelles, de découvrir des jouissances inconnues, et de comprendre qu'il peut y avoir dès ce monde une récompense à la vertu.

Pour s'assurer ensuite que la signification du mot protecteur avait été bien comprise, la maîtresse adressa aux enfants les questions suivantes, ayant soin, comme il faut toujours le faire, de les formuler de manière à en présenter le côté le plus analogue à ce qui venait d'être dit :

La maîtresse : « Quand vous êtes avec moi, mes petits enfants, qui est-ce qui vous protège? — Les enfants : C'est vous, madame. — La maîtresse : Et quand vous êtes chez votre maman, est-ce encore moi qui vous protège ? — Les

prendre soin ! Eh bien, je vais le remplacer ; je vais faire comme si j'étais la maman. Viens, ma petite, lui dit Marie, viens avec moi. Puis elle la releva, essuya avec son mouchoir les larmes de Tenfant, la prit par la main, et s'étant chargée du grand panier, elle la conduisit à la salle d'asile- Eh bien, mes amis, savez-vous ce que Marie faisait pour cette petite fille? — Les enfants : Elle la protégeait. — Justement! elle était sa protectrice, le frère n'ayant pas eu le soin d'être son protecteur.

« Voyons, mes enfants, qui de vous veut protéger les petits ? — Tous : Moi ! moi ! moi ! moi ! — Tous vous voulez protéger, mais vous ne le pouvez pas tous. Un protecteur doit être plus fort et surtout plus sage que ceux qu'il protège... Alexis, commençons par vous ; êtes-vous digne d'être protecteur? Attendez que je me rappelle comment vous vous comportez tous les jours... Le matin vous arrivez à huit heures en amenant vos deux petits frères, c'est bien. Vous lisez au tableau n^ 9 ; donc vous êtes attentif aux leçons ; <î'est encore bien. L'autre jour, vous avez séparé deux ■enfants qui se battaient : c'est bien. Mon ami venez vous asseoir près de moi, vous méritez d'être nommé protecteur. » L'enfant, pour la première fois heureux et récompensé de sa vertu, vint en hâte auprès de la maîtresse, et le bonheur qui rayonnait dans ses traits excitait encore davantage le désir des concurrents.

« A votre tour, Hélène. Voyons, vous êtes monitrice de travail, c'est déjà bon signe ; cela me prouve que madame Brassard * est contente de vous. Puis tous les jours vous avez la complaisance de faire dîner la petite Mélanie bien proprement, et le soir vous l'emmenez chez elle sans l'abandonner dans la rue ; c'est bien. L'autre jour, Théodore

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