‹ Enseignement pratique dans les écoles maternelles; ou, Premières leçons à donner aux petitsChapitre 25 sur 81 · HISTOIRE D*UN GRAIN DE MIL · texte numérisé non relu

HISTOIRE D*UN GRAIN DE MIL

Modération dans ses désirs. — Sage lenteur de la Providence.

Il était une fois une petite fille qui s'appelait Aimée ; et, en effet, elle était si douce et si aimable que tout le monde l'aimait.

La maman de la douce Aimée avait de ces jolis petits oiseaux jaunes qu'on nomme serins ou canaris, parce que les premiers sont nés dans les îles Canaries , tout près de l'Afrique, cette partie du monde où il fait si chaud. C'était Aimée qui soignait les serins, qui leur donnait à manger, qui nettoyait leur cage tous les jours ; et comme elle ne les effarouchait jamais, ils n'avaient point peur d'elle ; au contraire, ils aimaient à la voir s'-approcher ; ils lui chantaient leurs plus beaux airs comme pour la remercier, et quand leur cage était ouverte, ils volaient sur les épaules de leur bonne maîtresse, jouaient dans ses grands cheveux toujours bi^n peignés, et becquetaient tout doucement ses mains, comme s'ils eussent voulu les baiser.

Ils ne se trouvaient point malheureux d'être en cage parce qu'ils y étaient nés, et qu'ils y avaient été nourris longtemps par leur père et leur mère.

Les serins qui sont dans un pays où il fait très chaud, aiment beaucoup le soleil ; aussi Aimée accrochait-elle leui cage à la fenêtre, pour qu'ils en eussent quelques rayons.

Les serins mangent de la laitue, du mouron, du chènevis, du millet. Un jour, Aimée vit que des grains de millet étaieni tombés de la cage sur la terre ; elle voulut les balayer, mais sa maman hii dit : « Laisse-les, ma fille, laisse ces grains de mil sur la terre, tu verras quelque chose... » Aimée était obéissante, elle laissa les grains de mil.

C'était au printemps, dans cette jolie saison où les végétaux reconamencent à pousser. Environ huit jours après, Aimée aperçut à la place d'un des grains de mil une petite pointe d'herbe si petite ! si petite ! qu'elle ne dépassait pas la terre. Aimée n'y toucha pas, elle voulut savoir ce que le bon Dieu allait faire pousser là. Le lendemain la pointe d'herbe avait grandi; elle dépassait un peu la terre, et l'on voyait au bout la petite coque du grain de millet. Mais la coque était ouverte et vide ; ce qu'elle avait contenu était resté en terre et avait fait pousser la tige. Le lendemain, Aimée revint et regarda; la pointe d'herbe avait encore grandi, et déjà deux petites feuilles commençaient à se former. « Ah! dit Aimée, c'est un pied de millet qui va venir à cette place; je vais donc savoir comment se forment ces jolies grappes que mes oiseaux aiment tant! Que je suis contente ! que je suis heureuse ! » Elle aurait bien voulu ne pas quitter sa jolie petite plante ; cette plante était si faible, si facile à arracher ou à casser, qu'Aimée craignait toujours ; coname si le bon Dieu, qui fait pousser les moindres plantes, n'était pas là pour les protéger aussi! Mais il fallait aller à l'école, et la sage enfant n'aurait voulu pour rien au monde manquer à faire ce qui était son devoir. Mais tous les soirs, quand son devoir était accompli, elle courait s'age-

nouiller auprès de sa plante pour la mieux voir, et tous les soirs elle s'apercevait que la tige s'élevait davantage. Déjà les deux premières petites feuilles s'étaient allongées ; il en avait poussé d'autres au-dessus qui s'allongeaient à leur tour, il y en avait encore deux nouvelles qui commençaient à se séparer de la tige. La tige elle-même était devenue haute d'un demi-mètre, et la gentille Aimée n'avait plus besoin de se mettre à genoux pour bien la voir. Oh! mes petits, disait-elle à ses serins, chantez ! chantez bien ! vous avez semé un grain qui pousse ; s'il vient une grappe elle sera pour vous. »

Cependant la grappe ne poussait pas, ou, si elle poussait, c'était dans l'intérieur de la tige ; on ne la voyait pas encore. Aimée commençait à s'impatienter un peu. « Attends, ma fillette, lui disait sa mère, attends, il faut le temps pour tout : ce qui €e fait trop vite est presque toujours mal fait. » Et comme la petite fille était soumise, elle reprenait patience.

Un jour enfin deux autres feuilles s'ouvrirent , et la douce Aimée vit tout à coup entre ces feuilles... quoi?... une grappe ! cette grappe de millet qu'elle attendait depuis si longtemps! Elle aurait voulu déjà la cueillir pour la donner à ses serins, mais le grappe était trop verte. Ahuée pensa qu'elle n'était pas mûre, et elle ne la coupa pas afin de la laisser jaunir.

Peu à peu les feuilles s'ouvrirent d'avantage ; la grappe en sortit tout à fait, grossit, et devint longue à peu près comme le quart de la tige. A cette grappe, il y avait un grand nombre de petites boules. Aimée croyait que c'étaient les fruits ; mais un matin, toutes ces petites boules s'étant ouvertes, Aimée n'^n vit sortir qu'une sorte de petite fleur : les boules n'étaient pas les fruits ; ce n'étaient encore que

les boutons. C'est pourquoi, les boutons s'étant ouv erts, la grappe se trouvait toute fleurie. Aimée fut bien surp rise, et fort chagrine de ne pas encore tenir cette grappe de grains mûrs qu'elle désirait tant. Elle s'imagina qu'elle s'était trompée, que ce n'était point là du millet, et elle se mit à pleurer. Mais sa maman la consola, lui assura que c 'était bien véritablement un pied de mil, que presque toutes les plantes produisent ainsi des fleurs d'abord, et que c'est à la place des fleurs que se forment ensuite les fruits.

La maman assura encore que les grains se formeraient ; mais elle répéta qu'il fallait attendre, que ce qui se fait trop vite est souvent mal fait. Aimée trouvait que tout cela était bien long. Elle se mit en colère, et dit qu'elle voulait la grappe tout de suite ! « Eh bien, ma fille, lui dit sa bonne mère, coupe-la, et tes petits oiseaux n'auront rien. » Aimée sentit qu'elle avait fait une faute ; elle pria sa mère de la lui pardonner; elle redevint docile et ne coupa point la grappe.

Elle eut bien raison. Après quelques jours, les petites fleurs tombèrent; à leur place il se trouva de véritables grains, d'abord petits, mous et verts ; mais peu à peu ils grossirent. La saison de l'été avait remplacé la saison du printemps. Le soleil, qui avait ramené les grandes chaleurs, fit mûrir les grains; ils devinrent jaunes, durs, et la grappe était alors si belle, si lourde, qu'elle faisait pencher la tige!... « Coupe cette grappe, ma chère Aimée, dit enfin la maman, coupe-la ; tu lui as laissé le temps de mûrir, ellf est mûre ! »

Je vous laisse à penser si la jeune enfant fut heureuse; elle remercia de tout son cœur le bon Dieu qui arrange si bien toutes choses; puis elle courut, enchantée, porter la grappe de mil à ses oiseaux bien-aimés.

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