JEAN-MICHEL
Obligation de l'àge. — Influence de l'exemple.
Il y avait une fois un jeune garçon, appelé Jean-Michel. Il avait une petite sœur nommée Maria. Jean-Michel avait liuit ans, et comme sa sœur n'en avait que quatre, le devoir du frère était d'être plus sage qu'elle, afin de lui donner toujours de bons exemples. Jean Michel était grand et se portait très bien. Maria était très faible et toujours malade. Elle marchait avec beaucoup de peine, n'allait guère vite; mais Jean-Michel était bon frère, et quand ils allaient quelque part ensemble, il la portait sur son dos ou la soutenait par la main. La pauvre petite sœur s'ennuyait souvent; mais Jean-Michel l'amusait, lui récitait de belles histoires, lui apprenait les lettres de l'alphabet, lui dessinait des bonshommes et des maisons sur le sable de leur cour. Il l'emmenait souvent promener dans le jardin, et avait toutes sortes de complaisances pour elle. Le jardin était très grand et très beau. Il y poussait des fleurs de beaucoup d'espèces, telles que des roses, des œillets, des jasmins, des myrtes et des dahlias. Il y avait aussi des arbres fruitiers, tels que des pêchers, des poiriers, des pruniers ; et comme Jean- Miche! n'était pas gourmand, qu'il ne touchait jamais à an seul fruit, la petite Maria n'y touchait pas non plus, car elle avait pris l'habitude de faire comme faisait son frère. Un jour, par exemple, Jean-Michel, s'étant sali en nettoyant ses souliers, alla se laver les mains. Eh bien, la petite Maria, qui pourtant n'avait pas les mains noires, voulait se les laver comme son frère. Un autre jour, il y avait un pauvre enfant qui pleurait parce qu'il avait faim, et qu'il n'avait
rien à manger ; Jean-Michel avait des fruits, il les partagea avec le pauvre enfant ; eh bien, la petite Maria voulut par- '. tager aussi les siens, comme son frère. Malheureusement, une fois, Jean-Michel commit la grande faute de se mettre j en colère et de battre le chien de son papa; la petite Maria se mit en colère comme son frère, et jeta au pauvre chien une pierre qui le frappa dans TjBil gauche!... Le malheureux chien poussa un cri de douleur et s'enfuit sans rendre le moindre mal à ces enfants cruels. Il souffrit bien longtemps et devint borgne, c'est-à-dire que son œil, n'ayant pu guérir, il perdit la faculté de voir. Pauvre Médor!... Jean-Michel et Maria eurent beaucoup de chagrin de s'être mis en colère et d'avoir fait un si grand mal à leur bon chien qui les aimait tant; mais ils n'y pouvaient plus rien.' Bien souvent la plus grande punition d'un coupable est de ne pouvoir réparer la faute qu'il a commise.
Il arriva un autre malheur encore : Jean-Michel aurait dû mettre toute son attention à ne donner à sa sœur que de bons exemples ; mais il était un peu étourdi et ne réfléchissait pas toujours. C'est un grand défaut ! vous allez voir
Il y avait derrière la maison un fossé plein d'eau ; ce fossé était profond et large. On y trouvait beaucoup de grenouilles, mais pas de poissons. Les grenouilles aiment les eaux qui ne coulent pas, qui sont arrêtées, stagnantes ; les eaux couvertes de joncs, d'herbes, et au fond desquelles il y a de la •boue épaisse, de la vase^ ce qui fait appeler ces eaux des eaux vaseuses.
Les poissons, au contraire, n'^^imentpas les eaux vaseuses ; il préfèrent les eaux claires, limpides, au fond desquelles on peut voir les petits cailloux ; de sorte qu'on trouve des poissons dans les rivières bien plutôt qu'on n'en trouve dans les fossés. Jean-Michel ne savait pas cela. Un jour, croyant
trouver du-poîsson, il eut envie de pêcher dans ces eaux va* seuses ; avec un bout de fil. et une grande baguette il se fit une ligne, puis il alla s'asseoir sur le bord du fossé. La petite sœur Maria, qui suivait tous les exemples de son frère, vint s'asseoir auprès de lui et voulut pêcher aussi.
Jean-Michel, le malheureux petit imprudent ! au lieu de s'en aller bien vite avec elle, la laissa venir auprès de lui, lui prêta même sa ligne, sans songer qu'ils pourraient tomber tout deux dans le fossé profond !
Il est pourtant bien dangereux de s'asseoir ainsi au bord de l'eau ! La mère des deux enfants, leur papa, toutes les personnes qui leur voulaient du bien, leur avaient plus d'une fois recommandé de ne pas le faire ; mais ils ne les avaient pas écoutés, et voyez s'ils eurent bientôt lieu de s'en repentir.
Ils étaient donc assis tous deux sur le bord du fossé. Ce bord était en pente. La petite Maria s'ennuyant de ne pas prendre de poissons en cet endroit, veut jeter sa ligne plus
loin, elle fait un mouvement ce mouvement la fait
glisser! elle roule en bas et disparait, au fond de l'eau!
Son frère, saisi d'effroi, se penche en avant pour rattraper sa sœur; mais lui-même, n'ayant point où se retenir, glisse après elle, et disparaît comme elle dans le fossé !
C'en était fait d'eux, ils allaient se noyer, mourir !
Mais le bon Médor avait suivi les enfants. Depuis longtemps il avait oublié le mal qu'il avait reçu, et il ne voulait point s'en venger, loin de là. Quand il vit le frère et la sœur tomber dans le fossé, il se jeta à la nage, plongea jusqu'au fond, saisit la petite fille par sa robe et la ramena, avec beaucoup d'efforts, jusque sur le bord du fossé. Puis il se jeta encore une fois à la nage pour sauver Jean-Michel. Le jeune garçon était plus lourd à retirer de l'eau que la petite fille ; aussi le
brave Médor eut-il beaucoup plus de peine à le remonter auprès de sa sœur. Il y parvint cependant, après des efforts incroyables, mais il était épuisé, hors d'haleine; il se coucha auprès des deux enfants et se mit à les lécher doucement comme pour les ranimer, car ils étaient sans connaissance.
Pendant que ces choses se passaient, la mère des deux enfants ne sachant ce qu'ils étaient devenus, les cherchait dans lame, les demandait aux voisins; personne ne les avait vus. Il lui vint à Tesprit qu'ils étaient peut-être allés vers le fossé, quoiqu'ils n'y allassent jamais ; elle y courut, et que devint-elle, la pauvre mère, en trouvant son fils et sa fille étendus sur l'herbe, et presque morts! En les voyant, tout mouillés et couverts de vase, ainsi que le brave Médor, elle devina le malheur qui était arrivé, et le dévouement du chien. Elle prit entre ses bras ses deux enfants qui étaient toujours évanouis, elle les emporta, les déshabilla et les coucha dans leurs petits lits bien chauffés.
On fit venir le médecin, et la bonne mère soigna et veilla ses enfants, en suppliant Dieu de les guérir. Il guérirent en effet. Mais les enfants profitèrent de cette grande leçon. Jean-Michel ne fut plus ni étourdi, ni désobéissant ; il grandit en sagesse et ne donna plus que de bons exemples à sa sœur, qui, à son tour, imitant son frère, devint aussi sage que lui.
Quant à Médor, qui leur avait sauvé la vie, les enfants l'aimèrent avec une véritable reconnaissance. Ils eurent grand soin de lui tant qu'il vécut, et ne se permirent plus aucun mauvais traitement envers lui ni envers tous ces animaux qui sont quelquefois plus généreux que les hommes.