COMMENTAIRE
D. Tout est il vraisemblable dans ce conte?
R. Non; il y a du vraisemblable, mais il y a aussi du faux. , D. Qu'y a-t-il de vraisemblable dans ce qui arriva au premier chemin?
R. L'activité et la vigilance de la bergeronnette et l'excellence des conseils qu'elle donnait.
D. Qu'y a-t-il de faux?
R* Que ce soit une bergeronnette qui ait donné ces bons conseils, parce que les oiseaux ne raisonnent pas.
D. Les oiseaux parlent-ils?
R. Oui, quelques-uns; mais comme le langage que nous leur apprenons n'est pas celui que Dieu leur a donné, ils ne comprennent pas ce qu'ils disent.
D. Quels sont les oiseaux auxquels on apprend le plus facilement à parler?
R. Ce sont les perroquets, les pies, les sansonnets.
D. Qu'y a-t-il de vraisemblable dans ce qui arriva au deuxième chemin?
R. Tout ce qui arriva dans le deuxième chemin'est vraisemblable ; car on peut cueillir des fleurs, courir après les papillons, et les chiens peuvent manger notre pain si nous n'y prenons gardé.
D. Qu'y a-t-il de vraisemblable dans ce qui arriva au troisième chemin?
R. L'habileté du joueur de vielle, les tours de force du singe, l'envie que Jeannette eut de danser, et sa quenouille emportée parle corbeau si elle n'était pas très grosse.
D. Qu'y at-il encore de vraisemblable à l'égard des vaches?
R. Que Jeannette ne les ayant pas mieux gardées, ses vaches se soient perdues.
L'enseignement de la lecture dans les salles d'asile a été autrefois très contesté. On craignait qu'il n'y eût des inconvénients à ce que d'aussi jeunes enfants fussent assujettis à une étude abstraite, rendue plus difficile par de nombreuses irrégularités; et la sollicitude des autorités, prévenant l'abus d'un enseignement si utile, a tranché la question comme un nœud gordien : on a proscrit l'enseignement luimême.
Alors, sans doute, on crut bien faire, et agir paternellement. L'enseignement de la lecture n'avait pas encore été approprié à l'enfance. Au milieu d'un ensemble d'éducation nouvelle, facile et riante, que l'intelligence maternelle venait d'inaugurer pour les petits enfants, la lecture demeurait froide, triste : il valait mieux cent fois l'écarter que d'introduire avec elle la fatigue et l'ennui dans les établissements qui doivent tout changer en bonheur.
Et cependant on sentait alors, comme aujourd'hui, que la lecture étant une des principales sources de nos connaissances, elle doit logiquement marcher de front avec nos premières études.
Cette opposition d'intérêts entre le besoin de gaieté des enfants, qui fait redouter pour eux une tension d'esprit pénible , et leur besoin de s'instruire, qui réclame les études nécessaires; cette opposition ne peut se concilier que par un
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mode d'enseignement qui produise les résultats en épargnant les fatigues.
Pour cela, il faut dégager la lecture de toutes ses irrégularités, de ses exceptions, de ses fantaisies, et ne renseigner aux petits enfants c{uepar les syllabes et les mots dont les lettres conservent leur valeur alphabétique^ ou régulière.
Ainsi, on écartera les mots dans lesquels Vu prend le son d'un 0, conmie dans dXbum.
On ne connaîtra Yy que dans les mots où il a la valeur d'un i, lyre^ msvtyre : et l'on évitera les mots où il représente deux 2, comme noyer ^ étayer.
Le son en ne sera présenté que dans les syllabes où il se prononce an : mentir, menton ; et on l'évitera dans les cas exceptionnels où il se prononce in : mentor, examen.
Le c et le ^ ne seront d'abord enseignés que dans les syllabes où ils gardent l'articulation dure : cave, cdne, cwve, gazon, riyole, ai^w ; ils seront ajournés devant Ye et Yi qui les adoucissent : ceci, îorge, Vigile, ainsi que le ç qui équivaut à s.
Le 5 entre deux voyelles sera également éloigné, parce que dans ce cas il prend la valeur du z.
Même exclusion pour les syllabes où le t se prononce s, comme initié, action.
Le a: ne sera connu que dans les mots où il garde l'articulation es qui lui est le plus ordinaire : axe, ea:trême.
On évitera encore les syllabes qui renferment des lettres muettes ou dormantes, amenées par l'étymologie, le nombre ou le temps du verbe, mais insensibles dans la prononciation : pain, carotte. Us marchaient.
Enfin, on enseignera la lecture en ce qu'elle a de conforme aux règles élémentaires, et on laissera pour un âge plus avancé les difficultés accidentelles qui, si elles viennent en
même temps que ces règles, en troublent nécessairement l'application ' .
La lecture ainsi réduite à sa plus facile expression devient aisée à comprendre ; elle intéresse les enfants comme un jeu, et, sans les fatiguer, leur fait accomplir un progrès important pour l'avenir.
Rien de plus simple en effet que la lecture ramenée ainsi à ses premiers éléments. Deux parties seulement la constituent: le son et Y articulation. Distinguer ces deux classes de signes et connaître leur action réciproque, c'est savoir lire.
Le son écrit représente le son naturel produit par le jeu de l'air dans le larynx, et poussé au dehors par une émission simple, sans plus d'art ni d'étude qu'il n'en faut au petit enfant pour pousser des cris, c'est-à-dire des sons^ dès son entrée au monde.
Les lettres de la langue française expriment douze sons simples, figurés de différentes manières, et dont quelquesuns se modifient tantôt par un accent, tantôt par le seul usage. Ces douze sons simples, les voici :
e — eu
— au ei — è ai — è ei — é on — om
Tous les autres sons composés, appelés diphthongues, ne
1. Voir le nouveau syllabaire des galles d'asile, par madame Pape-Carpantier. HaclieUe et C«.