‹ Enseignement pratique dans les écoles maternelles; ou, Premières leçons à donner aux petitsChapitre 37 sur 81 · OU · texte numérisé non relu

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i26 LECTORE.

sont que le produit de ces douze sons simples diversement

combinés.

L'articulation estFouvrage de la langue et des lèvres, agissant de diverses façons sur les dents et sur le palais. Les articulations simples sont représentées par les dix-huit signes que voici, avec leurs variantes dans quelques cas.

f — ph

gn — »

ch — »

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Grâce à ces dix-huit articulations, qui, comme les sons simples, ont été combinées entre elles et ont formé des articulations composées, on est parvenu à diversifier.les émissions de la voix ou du so7iy au point de former tous les mots de notre dictionnaire. Aussi l'articulation est-eUe la partie difficile de la lecture et de la prononciation. Proférer un son est une faculté naturelle à l'enfance coname à l'animal ; modifier le son par une articulation^ c'est déjà de la science acquise, et ceci n'appartient qu'à l'espèce humaine.

En résumé, tout le mécanisme de la lecture reposant sur des S071S et des articulations, H faudra faire de ces deux éléments une étude méthodique, et insister pour en faire bien comprendre la différence et l'usage.

Les autres conseils que j'aurais à vous donner ne porteraient que sur la manière de diriger les leçons, et sur le

ton, Tensemble de votre personne quand vous les donnez vous-mêmes. A l'enseignement de la lecture plus qu'à tous les autres, il importe que l'attention soit captivée , et vous devez faire d'autant plus de frais pour la fixer, que les commencements de la lecture offrent moins d'attrait par eux-mêmes.

C'est ce qui a rendu si opportune et si utile l'introduction ' dans cet enseignement du procédé connu sous le nom de pkonomimie^ .

Le procédé phonomimique plaît aux enfants, il satisfait à leur besoin de gaieté et de mouvement, et en même temps il grave la lecture dans leur souvenir d'une manière prompte, agréable et certaine, avantage que l'on est loin d'obtenir quand on se sert des moyens ordinaires.

La découverte de ce procédé s'est fait longtemps attendre, mais enfin elle a été faite, et c'est à M. Auguste Grosselin qu'en revient l'honneur. Ou plutôt, comme lui-même se plaisait à le dire, c'est son petit-fils qui a imaginé le ^vocéiéphonomimiquey en usant, pendant les leçons, de la li berté de moyens que le grand-père, transformé en instituteur, laissait à l'imagination de son petit élève.

L'enseignement de la lecture par le procédé phonomimique est basé sur cette observation remarquable (quoiqua non remarquée par le plus grand nombre), que les mots imprimés ou écrits qui font l'objet de la lecture, étant la reproduction des mots parlés y il doit être d'autant plus facile et plus rapide d'apprendre à lire, qu'on l'enseignera en décomposant les mots écrits de la même manière que les mots parlés. Pour peu qu'on ait de jugement, on voit aussitôt quelle simplicité résulte de cette manière de procéder. En

1. Mot grec qui signifie : iett sous enseignés par les gestes.

{■2b LECTURE.

effet, la parole, comme je viens de le dire, ne se compose que de deux éléments : le son et Tarticulation ; tandis que les mots écrits se composent d'un grand nombre de lettres.

Prenons pour exemple le mot mouton.

Si on décompose ce mot écrit comme s'il était parlé, on n'y trouve que quatre éléments : deux sons et deux articulations. M'OU't-on. Si on le décompose lettre par lettre, au lieu de quatre éléments on en a six ; c'est-à-dire qu'on a augmenté la difficulté dans la proportion de cinquante pour cent.

Quant au procédé de démonstration, il est tellement approprié aux exigences physiques et aux aptitudes intellectuelles des petits enfants, qu'on pourrait l'appeler véritablement un i^TOcédé physiologique. Il consiste à appeler leur attention sur chaque son ou articulation, en y attachant ridée d'un animal ou d'un fait connu d'eux ; puis à graver ce son ou cette articulation dans leur souvenir, en leur faisant exécuter un mouvement imitatif du fait ou de l'animal correspondant à la fois au son parlé qu'on leur fait prononcer, et au signe écrit qu'on leur fait lire.

Ainsi le mot chapeau sera exécuté de la manière suivante :

ch Les enfants mettent un doigt sur la bouche pour représenter le silence : chut/

a Les enfants lèvent la main pour exprimer l'admiration : Ah I

p Les enfants soufflent sur le dessus de leur main en faisant une petite explosion avec les lèvres, comme pour chasser une plume : p !

eau Les enfants étendent vivement les mains en avant comme pour exprimer la répulsion : Ohl

Pour le mot bonheur j la lecture se fait ainsi :

b Les enfants portent le pouce au côté de leur tête pour figurer la corne du bœuf,

o Même mouvement que pour le son eau de chapeau.

n Les enfants indiquent leur nez.

heu Les enfants portent la main à la poitrine pour imiter le soupir eul

r Les enfants font le moulinet avec la main pour indiquer la roue qui tourne K

L'enseignement de l'orthographe, qui semble laissé en dehors, au début de la lecture, comme il fest toujours dans Tusage de la parole, se trouve néanmoins préparé par le procédé analytique dont il s'agit. Les enfants, plus observateurs qu'on ne pense, ne mancruent jamais de remarquer en lisant ainsi que certains sons et certaines articulations s'écrivent avec deux ou trois lettres, tandis que beaucoup d'autres s'écrivent avec une seule. Étonnés de cette différence, ils en demandent tout naturellement la raison. Et le maitre n'a plus qu'à profiter de leur utile curiosité pour donner à ses élèves une leçon d'orthographe.

Dès l'origine des salles d'asile, on recommanda aux directrices de couper fréquemment leurs leçons par de petits mouvements gynmastiques, dans le but d'entretenir chez les enfants la santé et la bonne humeur. Et certes l'on fit bien. C'était une des meilleures pensées que l'on put mettre en pratique. Mais malheureusement les mouvements adoptés furent bien naïfs... pour ne pas dire plus ! Et : les Petites marionnettes^ et: Savez-vous planter des clous ^ etc., etc.,

1. Voyez Enseignement de la lecture à Vaide du, procédé phonomimique, faisant partie da cours d^éducation et d'iDstruction, par M°>« Pape-Carpan< lier. Librairie Hachette.

amenèrent souvent un sourire peu flatteur sur les lèvres des visiteurs irréfléchis. Pourtant, ces mouvements étaient utiles, très utiles. Leur seul tort était de ne répondre à aucune idée, de ne renfermer aucun enseignement. Les mouvemonts imitatifs du procédé phonomimique sont non-seulement un excellent moyen mnémonique pour renseignement de la lecture, mais ils ont l'avantage d'être, en même temps, des exercices gymnastiques gracieux et intelligents.

Ce que la grammaire présente d'accessible à des enfants de rage des nôtres est très restreint, et, si nous voulons retirer quelque fruit réel de nos leçons, nous devons procéder à cet enseignement bien plutôt par une pratique variée que par des définitions théoriques. Cette méthode, du reste, est celle des bons instituteurs. L'expérience et le zèle intelligent apprennent à ne recourir aux théories que pour régulariser et assurer les applications.

Le genre et le nombre sont des connaissances à la portée de DOS élèves. Celle du nom l'est également ; mais il n'y faudra exercer les enfants que sur les noms qui le sont invariablement, tels que ceux-ci : Cheval^ arbre^ papier^ moulin, fusil, tableau. Il faut éviter l'analyse grammaticale des noms qui sont tantôt substantifs, tantôt adjectifs ou pronoms : Ami, curieux^ méchant^ personne^ chaud; de ceux qui repré- / sentent des sentiments ou des actes de l'âme : Joie^ colère^ amitié ; ou des créations idéales : Malheur^ destinée, espérance. Les uns sont trop complexes, les autres sont trop abstraits. L'objet de notre enseignement est de donner les notions simples des choses ; bornons-nous là. Puisque le nombre des noms est indéfini, choisissons de préférence ceux dont l'objet matériel frappe nos sens; et laissons les exceptions, les difficultés plus ou moins clairement résolues, aux

maîtres qui les expliqueront à nos élèves quand ils seront devenus les leurs. '

La diflférence des nombres singulier et pluriel sera facilement comprise, par cette raison que les yeux seuls jugent matériellement si l'objet qu'ils voient est seul, ou s'il y en a plusieurs. La vue aide l'intelligence à distinguer le singuliei du pluriel, mots plus difficiles à retenir, assurément^ que ce qu'ils expriment n'est difficile à comprendre.

Cependant, comme on n'a pas toujours sous les yeux les personnes ou les objets dont on parle, il faut encore de petits mots pour indiquer le nombre, comme il en faut pour indiquer le genre. Ces mots sont les articles un ou /e, pour un objet du genre masculin, quand il n'y en a qu'un seul, comme: un mouton ou le mouton; une ou la pour une chose du genre féminin, quand il n'y en a qu'une seule, comme : une raquette ou la raquette. S'il n'y a qu'un seul mouton, qu'une seule raquette, c'est le nombre singulier.

S'il y avait plus d'une raquette ou plus d'un mouton, il y en aurait plusieurs; ce serait alors le nombre jo/wnc/, et le petit mot qui indiquerait ce nombre pluriel serait des ou les: des moutons, les raquettes. Y eût-il deux moutons ou dix mille, deux raquettes ou vingt-cinq, peu importe; dès qu'il ^ a plus d'un objet compté, ce n'est plus le singulier qui existe, c'est forcément le pluriel.

Il y a encore d'autres mots qui expriment le pluriel ; ce sont les mots dont on se sert pour compter, excepté ww et une y qui expriment toujours le singulier; mais au delà, depuis deux jusque aussi loin qu'il est possible d'aller, tous ,fes noms de nombres expriment la pluralité : Trois j vingt ^ cent^ mille, etc. Enfin les mots un et une, le et la étant les indices les plus communs du singulier, c'est par eux qu'il faudra le faire distinguer du pluriel.

GRAMMAIRE. iZl

La distinction du genre est assez nette dans le langage usuel pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en donner une ex* plication d'ailleurs sujette à des inconvénients. Un homme ^ un cheval sont du genre masculin. Une femm^j une hirondelle sont du genre féminin. A quoi donc reconnaîtrons nous le genre des personnes ou des choses dont nous parlons ? A V article que l'usage nous fait placer devant le nom ; à ce petit mot qui est un ou le pour les objets du genre masculin : Un cheval, le soleil ; et que l'on change en une ou /a pour les objets du genre féminin : Une petite fille, la rivière.

Ainsi, que vos pupilles sachent sûrement, solidement, que les mots une et la sont les désignations convenues du genre féminin ; que les mots un et le sont les désignations convenues du genre masculin, et il ne leur faudra plus qu'un peu d'habitude pour se rappeler le genre de tous les . objets qu'ils connaissent.

PREMIÈRE LEÇON

Mots.

Présentez un alphabet et demandez :

D. Qu'y a-t-il sur ce tableau*?

R. Des Jettres.

D. A quoi servent les lettres?

Personne ne sachant vous le dire, écrivez sur le tableau, d'une manière visible pour vos enfants, un mot simple et court, comme joajoa; faites-le lire et demandez :

D. Quand nous lisons ces lettres, ainsi rangées àcôté les unes des autres, cela vous fait-il penser à quelqu'un?

1. Pour la distinction des lettres en sons et articulations, voyez ce qui vient d'être dit îli l'article Lec:ure^

R. Oui, madame.

D. A qui donc?

R. A notre papa.

D. Eh bien l mes enfants, les lettres rangées de manière à nous faire penser à quelqu'un ou à quelque chose composent des mots. Les mots servent à exprimer^ à faire connaître tout ce que nous voulons. Quand vous dites : J'ai faim, vous dites des mots. Si vous dites : Je vais me coucher, ce sont encore des mots que vous répétez, comme vous les avez entendu répéter à d'autres personnes; car nous parlons tous avec des mots, et les mots écrits sont composé» de lettres, comme ceux que je viens d'écrire. A quoi donc servent les lettres de l'alphabet? Le savezvous maintenant?

R. A composer des mots.

D. A quoi nous servent les mots?

R. A parler.

D. Charlotte, dites-moi un mot?

L'enfant n'en trouvera pas, car c'est la première fois que vous parlez de ces choses ; et quand même elle aurait déjà parfaitement compris, le défaut d'exercice est comme une seconde ignorance.

D. Eh bien I fillette, vous ne trouvez pas de mots? R. Non, madame.

D. Pourtant, voilà que vous m'en dites deux... Oui, vous m'avez dit non, qui est un mot, et madame, qui est un autre mot. Non^ madame^ cela fait deux mots. Lorsque vous parlez, vous dites des mots, puisque nous ne pouvons nous expliquer qu'avec des mots- Faites chercher les mots à ceux qui ont mérité cette distinction. Faites décomposer les phrases en mots, les mots en syllabes, les syllabes en lettres, et variez de toute manière.

DEUXIÈME LEÇON

Noms.

Un autre jour, repassez la leçon précédente rapidement ; puis, en présentant divers objets, faites-les désigner chacun par leur nom.

GRAMMAIRE. i83

D. Qu'est-ce que ceci?

R. C'est un livre.

D. Ce mot livre est donc le nom de cet objet?

R. Oui, madame.

D. Cet autre objet a-t-il an nom?

R. Oui, c'est une chaise.

D. Le mot chaise est donc le nom de cet objet-là?

Et ainsi des autres objets.

D. Il paraît que tous les objets ont un nom?

R. Oui, madame.

D. Oui, tous les objets ont un nom, comme toutes les personnes ont aussi un nom. Félix a le nom de Félix, Juliette a le nom de Ju< liette, sa sœur a le nom de Flavie, et vous avez tous chacun votre nom, qui me sert pour vous appeler, et qui vous sert pour connaître que c'est vous qu'on appelle.

TROISIÈME LEÇON

Suite des noms.

D. Qu'est-ce qu'un nom?

R. C'est un mot qui sert à nommer les personnes ou Jes choses. D. Mouillé, est-ce que ce serait encore un nom? R. Mouillé, n'est pas un nom.

R. Bien. Mais comment reconnaissez-vous cela? R. Parce que mouillé n'est point le nom d'une personne ni celui d'une chose.

Développez, soyez clair, et charmez.

QUATRIÈME LEÇON

Nombre.

Présentez un objet, une noisette, par exemple, et demandez :

D. Qu'est-ce que ceci ?

R. C'est une noisette.

De l'autre main faites voir beaucoup de noisettes.

D. Qu'est-ce que cela?

R. Des noisettes.

D. Pourquoi donc dites-vous ici une noisette et là des noisettes?

Il est presque certain que plusieurs enfants répondront, par une logique naturelle :

R. C'est qu'il y en a plus d'une.

D. On dit donc une quand il n'y a qu'une chose, et des, quand il y en a plus d^une, c'est-à-dire plusieurs ?

CINQUIÈME LEÇON

Genre.

Présentez encore les noisettes, pour rapp;Uer l'idée des nombres qu'elles vous ont servi à donner ; faites répéter les mots unsy pour une noisette, des, pour plusieurs noisettes, et prenant avec vous une petite fille, demandez d'un air enjoué;

D. Qu'est-ce que cette petite personne-là?

R. C'est une petite fille.

D. Pourquoi dites-vous une petite ûlleî R. Parce qu'il n'y en a qu'une auprès de vous. D. Et qu'est-ce que ces petites personnes-là qui sont assises sur ce côté du gradin ?

R. Des petites filles.

D, Pourquoi donc dites- vous des petites filles à présent? R. Parce qu'il y en a plus d'une, ou plusieurs, D. C'est très bien, mes petits enfants.

Prenez avec vous un petit garçon et demandez :

D. Qu'est ce que cette autre personne-là?

R. C'est un petit garçon.

D. Comment, un petit garçon? Tout à l'heure vous ne disiez pas wn vous disiez une, en parlant de cette petite fille. Pourquoi donc ne dites-vous pas une petit garçon?

En faisant ces questions, il faut encore que votre air soit gai et souriant, pour avertir vos enfants qu'ils sont dans le vrai et que votre question n'est point un blâme déguisé.

Glissez ici le mot genre, sans l'expliquer. L'emploi et l'usage que vous en ferez l'expliqueront autant qu'il est nécessaire.

Enfin, voyez ce qui est dit plus haut à l'article Genre j et traitez ce sujet en dialogues de la manière la plus agréable. N'oubliez jamais que dans tout ce que vous dites il faut une certaine somme d'agrément pour intéresser vos auditeurs ; et que, moins il y en a dans le sujet de la leçon que vous donnez, plus il en faut dans votre personne.

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