‹ Enseignement pratique dans les écoles maternelles; ou, Premières leçons à donner aux petitsChapitre 38 sur 81 · NUMÉRATION. — CHIFFRES · texte numérisé non relu

NUMÉRATION. — CHIFFRES

Le premier des exercices est naturellement la numération simple : 1,2, 3, jusqu'à cent et plue, à l'aide des deux rangées horizontales du boulie>niunérateur'. Vous compterez, soit en mesure seulement,soit sur l'air qui est noté à la fin de ce volume {PL 2).

Viendra ensuite l'addition par deux, chantée sur le même 1. Par Madame Pape-Carpaatier. Hachette et C».

air; ou Taddition par trois, par quatre, scandée seulement.

La soustraction par d, par 2, par trois : de 20 j'ôte 1, combien reste-t-il? et les enfants répondent : 19» — De 19 j*6te 1, combien reste-t-il ? 18, etc.

La distinction des nombres pairs et des nombres impairs, que vous ferez connaître mécaniquement, en les divisant par moitiés : la moitié d'un nombre pair fonnant toujours un nombre entier^ et la moitié d'un nombre impair donnant toujours un nombre et une fraction. Ainsi, la moitié de 2, nombre pair, donne 1 ; et la moitié de 3 , nombre impair, donne 1 1/2. La moitié de 8 donne 4 ; tandis que la moitié de7 donne 3 1/2.

Ces différents exercices, y compris l'addition et la soustraction par § et par 10, ne sont pas difficiles, même pour déjeunes enfants. Cependant il faut toujours consulter l'aptitude du grand nombre, afin de rester le plus possible à la portée de toutes les intelligences.

Quand vos enfants sauront compter jusqu'à 10, vous leur ferez connaître les chiffres imprimés sur de petits cartons joints au boulier-numérateur, en commençant par le zéro : 0, 1,2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, et ayant soin de présenter d'abord au bas du boulier le nombre exprimé par le chiffre que vous posez sur le tableau. Lorsqu'ils sauront compter jusqu'à 100, vous commencerez à leur faire remarquer la gradation qui existe dans la grosseur des boules du bouliernumérateur, en allant de la droite vers la gauche. Vous leur apprendrez cette convention ingénieuse de l'élévation progressive des ordres d'unités appelée système décimal; convention qui rend le calcul simple, facile, et que le boulier-numérateur rend visible et évidente comme si c'était une réalité naturelle.

140 Calcul.

Lorsqu'un enfant montre de l'aptitude au calcul, faites-le sortir des rangs pour venir faire glisser lui-même, sur le boulier, les nombres que vous lui indiquerez. Je dis ici de Vaptitiide^ car si les qualités morales sont les premiers titres aux fonctions dumême ordre, les qualités intellectuelles doivent conunander le choix quand il s'agit, moins d'une récompense à accorder, que d'une leçon à donner sous forme de causerie à tout l'auditoire.

Indiquez un nombre à l'enfant que vous avez choisi, et demandez-lui de compter ce nombre. Si c'est 5, je suppose, vous direz : « Mettez au bas du boulier le chiffre représentant ce nombre d'unités. »

L'enfant fera glisser cinq boules.

Faites glisser à votre tour un certain nombre de boules, au-dessous de dix, et demandez-lui de vous indiquer les chiffres qui expriment ce nombre. Quand vos enfants sauront suffisanunent le rapport des nombres avec les chiffres, vous pourrez entrer dans des développements plus étendus, et demander, en désignant un 6, par exemple :

D. Combien vaut un 6 tout seul?

R. Six unités.

D. Qu'est ce qu'une unité P

R. C'est un objet entier.

D. Montrez-moi six unités.

L'enfant fera tomber six boules.

Pénétrez-les encore bien de cette notion fondamentale de Tunité, avant d'aller plus loin : on peut tout varier sans rien confondre, et il ne faut pas accoutumer l'esprit des enfants au désordre.

Quand il en sera temps, passez à l'analyse ou décomposition des nombres au-dessus de 1 0. On peut la faire chanter, tantôt sur un rhythme uniforme, tantôt sur un air de vieille

CALCUL. i4J

chanson, notés l'un et l'autre à la fin de ce volume {PL 3). On chante en faisant glisser une boule à chaque nombre : Un entier s'appelle unite\ deux entiers sont deux vni-^ tés, etc. ; et ainsi jusqu'à 10, où Ton dit sans chanter : Dix unités font une dizaine. .

D. Qu'est-ce donc qu'une dizaine?

R. Uoe dizaine est la réunion de iO unités.

Faites sentir l'analogie qui existe entre lés mots dix et dizaine^ douze et douzaine^ vingt et vingtaine, cent et centaine.

D. Quels chiffres faut-il pour représenter 10? R. Un 1 et un G.

Posez 10.

D. Dix et un font?

R. Onze.

Faites glisser les boules et chantez : Onze^ une dizaine plus un. — Douze, une dizaine plus deux, etc. — Dixneuf, une dizaine plus neuf. — Sans chanter : Vingt, deux dizaines.

D. Pourquoi dit-on : vingt, deux dizaines?

R. Parce que dans vingt il y a juste deux fois dix ou deux dizaines.

D. Et combien deux dizaines donnent-elles d'unités? R. Vingt.

D. Quels chiffres faut-il pour représenter vingt? R. Un 2 et un 0.

Quand les enfants sauront bien répondre ainsi jusqu'à 1 00, et dizaine par dizaine, vous pourrez les interrompre dans le cours d'une dizaine, en leur demandant tout à coup quels chiffres il faut pour représenter le nombre qu'ils viennent de nommer, soit trente-sept.

Si l'enfant ou les enfants auxquels vous vous adressez

étaient embarrassés pour vous répondre, chantez le commencement de la phrase qui contient le nombre demandé : Trente-sept... L'air de ce chant les remettant sur la voie, Us achèveront : Trois dizaines plus sept.

D. Quel chiffre faut-il pour trois dizaines?

R. Un 3.

Posez.

D. Quel chiffre faut-il pour sept unités?

R. Un 7.

Posez le 7 où il doit être.

D» Quels chiffres faut-il donc pour représenter trente-sept unités? R. Un 3. et un 7.

Vous pourrez interroger ainsi sur n'importe quel nombre pris au hasard.

Ne faites aucune observation sur la place qu'occupent les chiffres à Tégard les uns des autres. Comme l'augmentation de valeur déterminée par l'ordre des colonnes est toute conventionnelle, il n'y a point d'explication à en donner, sinon que la chose est ainsi. Point d'autre moyen non plus pour la fixer dans la mémoire, que l'habitude et le souvenir des yeux. Quand vos enfants seront accoutumés à voir toujours les unités les plus fortes à gauche, vous pourrez leur parler de la colonne des unités et de la colonne des dizaines. Vous serez compris parce qu'on aura vu^ et que l'on saura de quoi vous voulez parler.

S'il arrivait, lorsque vous demanderez quels chiffres il faut pour tel nombre,- qu'on vous nommât les unités avant les dizaines, ce qui, dans l'ordre établi, mettrait les uns à la place des autres, et ferait, par exemple, 05 au lieu de SO, ne répondez pas : « C'est mal; » il vaut mieux le démontrer

CALCUL. ua

ci rendre les enfants juges de leur propre faute. Témoignez seulement un peu d'étonnement à cette réponse, comme si c'était une nouveauté difficile à comprendre. Cette manière éveillera déjà leur attention sur ce qu'ils ont répondu, beaucoup plus que ne le ferait un blâme arbitrairement exprimé. Posez ensuite les chififres comme ils vous ont été indiqués, 05, et faites-leur subir l'épreuve de la position respective.

D. A quelle colonne se trouve le 5?

R. A la colonne des unités.

D. Cela fait donc cinq unités? Je les marque.

Faites tomber cinq boules au boulier.

D. A quelle colonne se trouve le 0?

R. A la colonne des dizaines.

D. Combien ajoute-t-il à la colonne des dizaines? H. Rien.

D. Cela ainsi posé ne fait donc pas plus de cinq?... Vous disiez que cela ferait cinquante?

Si les enfants ne réfléchissaient pas spontanément à la transposition du 0, vous devriez l'opérer très ostensiblement, uis vous recommenceriez les questions :

D. A quelle colonne se trouve^ etc.

Les yeux alors ayant aidé Tintelligence, les enfants répondront juste ; et, grâce à cette analyse méthodique, ils ne seront plus embarrassés, dans la suite, pour poser ou pour lire aucun nombre.

On peut conduire les enfants à nommer des nombres assez considérables, quand ils savent par cœur cette nomenclature progressive : unités^ dizaines, centaines^ — mille^ dizaines de mille^ centaines de mille^ — millionSy dizaines de millions, centaines de millions. Tout ce qui

s'apprend par les yeux est facile à retenir. J'ai eu des enfants de moins de six ans qui se faisaient un jeu de nommer des nombres de neuf chiffres — centaines de millions. — Mais, je le répète, pour suivre dans leur essor quelques intelligences exceptionnelles, avides de savoir, et devançant, pour ainsi dire, l'enseignement, il ne faudrait pas négliger le soin des intelligences médiocres, qui ont d'autant plus besoin de sollicitude, et qui d'ailleurs composent toujours la grande majorité.

Il y a encore mille manières de varier les exercices sur le boulier-numérateur, et d'y fixer les yeux etl'attention. Il ne ^aut pas toujours chanter, d'abord parce qu'il ne faut abuser de rien ; puis de peur que les enfants ne sachent point compter autrement ; enfin, et surtout, parce qu'un chant sans relâche pourrait fatiguer la poitrine des enfants.

Avec le calcul théorique, vous enseignerez surtout le calcul pratique ; vous ferez voir et connaître à vos enfants les différentes monnaies de France, leur disant quelle matière les compose, quel symbole elles portent. Yous ferez connaître la valeur particulière de chaque pièce, et sa valeur relative par rapport à d'autres pièces.

Si vous montrez une pièce de cinq centimes, et que vous demandiez : « Qu'est-ce que ceci ? » tout le monde répondra : « C'est un sou. — Oui, direz-vous, cela s'appelait un sou autrefois, mais ce nom est vieux. J'en connais un autre plus nouveau, et plus précis, c'est le nom de cinq centimes. i>

Convenez avec vos enfants que cinq centimes et un sou ont la même valeur ; ce qui sera bien plus facile à faire concevoir si vous pouvez en même temps présenter cinq centimes.

Yous jouerez au marchand avec vos élèves, et vous les payerez, où vous ferez payer, soit avec de petites pierres, soit

avec de la menue monnaie qui, après le jeu, vous sera remise intégralement, soyez-en sûr. Ces jeux vous donneront Foccasion de faire des comptes, des échanges, des trafics de toute sorte. Veillez à ce que la probité y soit toujours respectée. Ne laissez point les enfants tricher^ c'est-àdire jouer avec la mauvaise foi, de peur qu'ils ne se familiarisent avec elle.

Quand vous demanderez à vos élèves : Comment pose-t-on tel nombre? il se pourrait que quelqu'un d'entre eux, songeant à votre crayon, vous répondit, comme cela m'est arrivé : Avec du blanc. De même qu'un jour, à cette question : Où trouve-i'On la filasse? le fils d'un filassier me répondit : Sur la veste à papa. Il voyait en effet sa mère enlever tous les soirs des vêtements de son père la filasse qui s'y trouvait attachée. Je compris que je m'étais exprimée d'une manière équivoque, et je sentis l'importance qu'il y a à n'employer que l'expression propre des choses. Mais je m'aperçus aussi que, malgré tout ce qu'on peut faire pour choisir des mots qui soient à la fois précis et compréhensibles pom* les enfants, qui en comprennent si peu, il y a toujours, dans certaines phrases, un vague qu'il est impossible d'éviter. Tout ce qu'on peut faire, quand on ne trouve pas un tour ou un mot propre, c'est de rechercher au moins l'expression la plus communément adoptée. Dans ce cas, la précision est suppléée par l'habitude.

Paraissez, avant tout, prendre plaisir à donner la leçon, pour que vos élèves aient du plaisir à la recevoir. Si vous vous ennuyiez, ils s'ennuieraient. Les enfants sont un miroir fidèle où viennent se refléter les moindres sensations de la personne qui agit sur eux.

Tenez donc éveillés votre zèle et votre intérêt pour tenir

éveillés ceux des autres ; appelez à votre aide l'entraînement de rimitation. Excitez-le chez l'enfant, mais par le désir de bien faire avec tous ses condisciples, non par l'orgueilleuse émulation qui dit à chacun : Isole-toi et sois le premier. Surtout gardez-vous de vous impatienter ou de punir lorsqu'un enfant n'apprendra pas assez vite : c'est probablement que son heure n'est pas encore venue ; et le dégoût, que ne manquerait pas de faire naître votre sévère façon d'agir, la retarderait infailliblement. Rendez l'étude aimable, au contraire, et tâchez de faire pressentir la douceur de ses fruits.

Les couleurs sont pour l'enfant ce qu'il y a de plus sensible dans la nature ; elles détournent son attention de la matière et de la forme. Cependant il ne les connaît pas, car a ne sait ni les nommer, ni s'en souvenir. Quand il ne les voit plus, il les confond, et ce n'est que par une longue habitude de les voir qu'il apprend enfin à les distinguer. Ici encore je ne parle que de nos enfants du peuple dont l'intelligence a été laissée à elle-même, et non de ces heiu*eux enfants, nés dans le monde du loisir et de l'instruction, et que, dans lem* famille, chacun développe à l'envi.

Le rouge est la plus brillante des couleurs ; l'enfant la regarde la première, et il en est si flatté que, si on lui en apprend le nom, toutes les couleurs qu'il verra désormais il les appellera rouges, si elles lui plaisent. Il a vu et entendu nommer peut-être les couleurs verte, bleue, jaune ; mais une seule a produit en lui une sensation profonde, c'est le rouge ; les couleurs les plus opposées la lui rappellent, et ce ne sera qu'avec effort qu'il en détachera son attention pour la fixer enfin sur les autres couleurs.

Cet effort, adoucissons-le, et tâchons d'abréger par notre industrieuse amitié le temps de l'inexpérience, c'est-à-dire de toutes les erreurs possibles. On ne saurait trop le répéter : parce qu'un enfant pourra un joiu* apprendre de luimême telle ou telle chose bonne à connaître, il ne faut point

conclure qu'il est inutile de la lui enseigner dès aujourd'hui, si la chose est facile et sans danger. Ce serait méconnaître le dommage du temps perdu. Il y a une foule de notions qui ne semblent pas utiles pour le moment, et qui ne le çont pas, en effet, comme application immédiate, mais qui ont une grande valeur conune exercice de l'esprit, comme gymnastique de rintelligence^ dit madame Tastu.

Les leçons sur les couleurs seront extrêmement simples €t variées ; elles intéresseront beaucoup les enfants et seront pour eux faciles à retenir.

PREMIÈRE LEÇON

Le rouge.

Montrez d'abord une fleur, un morceau d'étoffe, d'un beau rouge, qui puisse servir de type pour cette couleur ; ensuite, devant vos enfants réunis à l'estrade, faites trier par un ou plusieurs d'entre eux, dans un grand nombre d'échantillons variés, ou dans une boîte de pains à cacheter, tous ceux qui sont rouges ; et soumettez les choix faits au jugement des camarades.

Faites encore chercher et nommer tout ce qu'il y a de rouge dans la salle, dans votre vêtement ou dans celui de vos enfants. Exercez-les d'abord uniquement sur des objets qu'ils ont sous les yeux ; et plus tard, quand la couleur rouge leur sera assez familière pour qu'ils puissent se la représenter en idée sans la voir, vous les exercerez de mémoire sur des objets hors de leur vue.

Alors vous leur ferez chercher et nommer tout ce qu'ils peuvent avoir vu de rouge dans la nature :

Dans l'homme, les lèvres, les gencives et la langue

COULEURS. i41>

sont rouges. — Il en est de même chez la plupart des animaux.

— Les coqs et les poules ont une crête et deux jabots rouges.

— Les dindons ont une espèce de jabot rouge aussi; et sur la tête, sur le cou, des peaux rouges appelées mcmbranes. fls ont même sur le nez un appendice de chair rouge qui pend et qui est appelé caroncule.

— Les canards-dindes ont le tour des yeux rouge,

— Quelques pigeons ont les pattes rouges.

— Le rouge-gorge, le bouvreuil, ont des plumes rouges à la gorge •

— Le chardonneret en a sur la tête.

— Les perroquets en ont quelquefois à la poitrine et quelquefois aux ailes.

-^ Il y a de gros perroquets, nommés aras, qui sont presque entièrement rouges; ainsi que d'autres grands oiseaux, appelés ^amaw ^5.

— Il y a des poissons rouges, etc., etc.

— Dans les fleurs, il y a des roses rouges, des œillets rouges, des géraniums rouges, des pavots rouges, des dahlias, des primevères, des pâquerettes rouges, etc., etc.

— Dans les fruits, il y a des pêches, des fraises, des celises, des tomates, des framboises, des groseilles rouges, etc.

DEUXIÈME LEÇON

Le bleu.

Faîtes voir à vos enfants quelque objet qui soit d'une belle^ couleiu* bleue, et recommencez des exercices analogues,, mais non exactement semblables à ceux que vous avez pratiques pour le rouge.

i50 COULEURS.

La nature végétale ofire moins de bleu que de rouge ; aussi vous chercherez du bleu dans l'industrie, dans les arts.

— Le ciel nous paraît bleu quand il fait chaud et beau.

— Le bluet, le myosotis, les fleurs de chicorée, sont de couleiu* bleue.

— Il y a une pierre précieuse appelée turquoise^ qui est aussi de couleur bleue.

— Les petits morceaux d'indigo dont se servent les blanchisseuses pour rendre le linge d'un beau blanc sont également bleus.

— Il y a du papier bleu, du drap bleu de la cotonnade bleue, etc., etc.

TROISIÈME LEÇON

Le jaune.

Un autre jour, faites de même connaître la couleur jaune, si chère aux enfants dans les boutons d'or, les genêts sauvages, les iris d'eau, les nénuphars.

Beaucoup d'autres fleurs sont encore jaunes : les soleils, les topinambours, les primevères des champs, plusieurs jasmins, plusieurs dahlias, des œillets, les jonquilles, les pâques, les soucis, les fleurs du chou.

Parmi les fruits, il y a des citrons, des prunes de mirabelle.

— La chair des melons, des potirons, est jaune.

— Les blés mûrs sont jaunes, etc.

— Parmi les anhnaux, il y a de petits oiseaux entièrement jaunes, comme les serins, ou qui n'ont de jaune que quelques parties, comme les chardonnerets, quelques perroquets, etc.

COULEURS. lîîl

— Ily a des chiens et des chats qui ont le poil d'un certain jaune.

— Les rayons du soleil paraissent quelquefois jaunes.

— Enfin, For est jaune; le cuivre allié au zinc fait du .diton ou cuivre jaune ; le soujfre est jaune, etc., etc.

QUATRIÈME LEÇON

Le vert.

Plus tard, et quand vos enfants sauront reconnaître chacune de ces trois couleurs, les nommer, et les distinguer partout, apportez une palette blanche en terre de pipe, afin que les couleurs s'y détachent mieux, puis placez dessus en triangle :

Du vermillon.

Du j aune de chrome ,

Du bleu de Prusse éclairci d'un peu de blanc. [Voyez planche 4, fig. 1.)

Dites à vos enfants que ces trois couleurs sont appelées couleurs simples, parce qu'elles ne sont composées d'aucune autre; et couleurs premières, ipSTce que, avec celles-là, on peut composer les autres couleurs.

Pour le prouver, invitez vos enfants à regarder ce que vous allez faire : prenez un peu de bleu, et placez-le entre le bleu et le jaune. Ajoutez--y une égale quantité de jaune, et mélangez avec le couteau à couleurs. Vous verrez subitement apparaître un beau vert. Interrogez à ce moment la physionomie de vos pupilles: elle vous révélera leur naïf étonnement, et cette démonstration gravera profondément dans : leur mémoire l'idée, le nom, et la composition de la couleur ^ verte.

i32 COULEURS.

Faîtes ensuite quelques exercices sur cette couleur, qui abonde dans la nature, et remettez à une autre fois l'expérience suivante.

CINQUIÈME LEÇON

L*orangé.

L'occasion étant venue, présentez votre palette dans Tordre où vous l'avez laissée ; les mêmes cisconstances matérielles nous aident puissamment à retrouver la même sensation, et souvent l'idée qui nous avait fui.

Faites reconnaître et nonuner les quatre couleurs déjà connues, et demandez :

D. Combien y a-t-il de couleurs simples et premières?

R. Trois.

D. Nommez les trois couleurs simples et premières.

R. Le rouge, le jaune et le bleu.

D. Pourquoi sont-elles appelées couleurs simples ?

R. Parce qu'elles sont produites sans mélange d'aucune autre.

D. Pourquoi les appelle-t-on couleurs premières?

R. Parce que Ton peut avec elles composer toutes les autres.

D. Avec quelles couleurs avons-nous déjà composé le vert?

R. Avec le bleu et le jaune.

D. Voyons ce que nous allons composer avecle jaune et le rouge...

Mélangez du jaune et du rouge dans l'intervalle qui sépare ces deux couleurs, et le mélange vous donnera V orangé. Cette couleur, moins connue que le vert, causera d'abord quelques méprises : on vous dira que c'est du jaune ; ne dites point non; montrez seulement le jaune, et demandez, en indiquant d'abord l'orangé :

D. Est-ce que cette couleur composée est pareille à cette couleur êimple ?

R. Non.

D. Alors elle ne doit pas avoir le même nom... Réfléchissez; ta-

chez de vous rappeler si vous n'avez jamais vu quelque chose, un fruit... qui sent bon,... qui est rond comme une pomme... et dont la peau,... l'écorce est de cette couleur-là V

Après avoir fait un peu chercher, montrez une orange, et faites-vous-en dire le nom ; puis confrontez-en la couleur avec celle que vous avez composée de jaune et de rouge, et dites que cette couleur porte le nom de l'orange, qu'elle s'appelle V orangé.

Faites chercher cette couleur dans la nature et dans les productions de l'industrie, mais surtout, et avant tout, parmi les objets offerts présentement aux regards ; cette couleur est encore trop peu connue pour être fidèlement retrouvée par le souvenir seul.

SIXIÈME LEÇON

Le violet.

Apportez de nouveau la palette dressée dans l'ordre où on Ta déjà vue, repassez brièvement tout ce qui a été dit précédemment sur les couleurs ; puis, faisant remarquer que le rouge et le bleu n'ont pas été mélangés, paraissez curieuse de savoir quel serait le résultat de ce mélange. Opérez-le dans l'espace qui est entre le rouge et le bleu, et le violet ayant paru, demandez le nom de cette couleur à vos enfants ; faites-la-leur chercher partout où elle se trouve autour de vous, appliquant toujours le nom à la couleur, pour joindre l'un à l'autre dans l'esprit de vos enfants [Voir planche 4, fig. 2.)

En décidant avec vous-même, le matin, quelle couleur vous occupera dans la journée, vous aurez l'attention de placer çà et là dans la salle le plus que vous pourrez d'ob

jets de cette couleur, pour les avoîr sous la main et faire pratiquement vos démonstrations.

SEPTIÈME LEÇON

Le noir et le blanc.

A la leçon suivante, demandez encore pour ne pas le laisser oublier :

D. Combien y a-t-il de couleurs simples et premières ?

R. Trois : le rouge, le jaune et le bleu.

D. Pourquoi appelle-t-on ces couleurs simples et premières?

R. Parce qu'elles sont produites sans mélange d'aucune autre.

D. L'orangé est-il aussi une couleur simple?

R. Non, car l'orangé est composé de jaune et de rouge.

D. Le \ert est-il aussi une couleur simple ?

R. Non, car le vert est composé de bleu et de jaune.

D. Le violet est-il aussi une couleur simple ?

R. Non, car le violet est composé de rouge et de bleu.

D. L'orangé, le vert et le violet ne sont donc pas des couleurs premières ?

R. Non.

D. On les appelle probablement des couleurs composées et secondaires ?

R. Oui.

D. Que veut dire second ?

R. Qui suit le premier.

D. L'orangé, le vert et le violet sont donc appelés couleurs secondaires, parce qu'ils sont produits immédiatement après les couleurs premières?

D. Nommez les trois couleurs premières ?

R. Le rouge, le jaune et le bleu.

D. Nommez les trois couleurs composées et secondaires.

R. L'orangé, le vert et le violet.

Le noir et le blanc ne sont des couleurs que pour les arts ou l'industrie. Pour la science le noir n'est que l'absence complète, et le blanc la réunion totale des couleurs.

Montrez donc de la peinture noire et de la peinture blanche, et mélangez-les pour produire le gris; en opérant, comme aux leçons précédentes.

Puis servez-vous-en pour modifier, en nuance claire et en nuance foncée, chacune des six couleurs que vous avez enseignées, ne traitant qu'une couleur chaque jour, et faisant des exercices sur les nuances. Il serait inutile de multiplier ces nuances autant qu'elles peuvent l'être; il suffira de produire les deux principales, l'une en foncé, l'autre en clair, pour que les enfants comprennent par analogie la dégradation des autres {Voir planche 4).

HUITIÈME LEÇON

L*arc-en-ciel.

Quand vos enfants pourront facilement se représenter les couleurs, en idée, et fidèlement, parlez de Varc-en-^iel, de ce phénomène admirable, de cette courbe la plus ncagnifique, la plus grandiose que puisse rêver l'imagination ! et si, un jour, un arc-en-ciel vient à se montrer dans l'air, entraînez vos enfants au dehors, afin qu'ils puissent apercevoir cette merveille de Dieu.

Rappelez-leur que l'arc-en-ciel brilla après le déluge; qu'il fut pour Noé un signe de la protection divine, et un témoignage de la promesse que fit le Seigneur de ne plus inonder la terre.

Il serait difficile de faire comprendre à des enfants aussi jeunes la décomposition de la lumière par le prisme et l'arcen-ciel. La lumière? ils ne l'ont jamais vue; comment pourraient-ils y admettre des couleurs ? Savent-ils seulement (si vous ne le leur avez pas dit) que la lumière est ce quelque chose qui leur permet de voir autour d'eux? Savent-ils que.

lorsqu'à fait nuit, c'est parce que la lumière s'est retirée ? Dites-leur donc simplement, en leur montrant l'arc-en-ciel, que ces belles couleurs sont produites par les rayons du soleil^ passant à travers les gouttes de pluie qui forment les nuages.

Et, de plus, comme vous savez* :

1® Que la lumière décomposée présente à l'œil six, ou, si l'on veut, sept couleurs, savoir : le rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu, V indigo et le violet ;

2" Que les gouttes d'eau, comme le verre triangulaire appelé prisme, ayant la propriété de décomposer la lumière, c'est-à-dire de séparer les couleurs qui la composent, lorsque les rayons lumineux du soleil traversent l'eau légère des nuages, ils y sont soudain décomposés, suivant la forme circulaire du globe de feu qui les projette ;

3° Que ce phénomène, quoique souvent produit, n'est rendu visible à notre horizon qu'à l'heure où nous sommes placés entre le soleil et le nuage ;

Puisque, dis-je, vous connaissez ces eflets et ces causes, si un ou deux de vos enfants désiraient en apprendre plus que vous n'en avez dit à la masse, vous seriez toujours en mesure de satisfaire, à l'aide du prisme, à leurs intéressantes questions.

Entendez-vous avec la personne qui vous seconde dans la direction de votre classe pour vous faire adresser par elle, devant vos enfants, les questions sur lesquelles vous jugerez bon de les éclairer. Ce nouveau mode d'interrogation variera celui où vous vous adressez directement à vos élèves, et leur apprendra des choses qu'ils n'auraient point l'idée de vous

'2. Un maître doit toujours savoir plus qu'il n'enseigne, par les motift pnês dans la préface de ce livre.

COOLËORS. 157

demander. Vous pourrez, de cette manière, leur enseigner la nature et l'usage des principales couleurs employées dans l'industrie et dans la peinture, et dont voici un choix que vous pouvez varier selon l'occasion.

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