‹ Enseignement pratique dans les écoles maternelles; ou, Premières leçons à donner aux petitsChapitre 45 sur 81 · DESSIN USUEL · texte numérisé non relu

DESSIN USUEL

n serait aussi très désirable que vous pussiez dessiner d'idée et rapidement, sur le tableau noir, en face de vos élèves réunis au gradin ; cela vous aiderait beaucoup à faire comprendre vos récits, et donnerait plus d'intérêt à une scène morale ou à une définition quelcon^quje. Il n'est pas un des sujets que vous avez à traiter qui ne devînt plus intelligible et plus attrayant par la représentation de la chose dont

il s'agît. La parole ne pénètre pas toujours jusqu'à l'esprit; la chose, ou à son défaut l'image, attire toujours le regard et arrive souvent ainsi jusqu'à l'esprit rebelle. Par les images on varie les occupations, on rappelle la gaieté parmi les enfants dans les jours de langueur, et on les ramène au calme dans les moments d'eflervescence.

Les grandes images sont donc une excellente ressourcé dans une salle d'asile* ; mais ces images s'achètent!,., puis, quelque considérable que soit votre collection, elle sera toujours insuffisante. Vous sentirez à chaque leçon nouvelle, à chaque nouveau récit, qu'il vous majique bien plus d'images encore que vous n'en possédez.

Sachez donc, s'il se peut, faire des dessins vous-mêmes: vous y gagnerez entre autres avantages celui d'apprendre à vos enfants ce que c'est que dessiner, comment s'exécutent toutes ces images qui les charment tant, et que nous aimons cdmme eux à tout âge. Cette connaissance ouvrira chez eux un nouvel ordre ^ d'idées. Vous ne toucherez pas un crayon sans exciter aussitôt l'attention, et ce sera toujours avec un plaisir extrême que vos élèves verront la représentation d'un sujet qui les occupe naître peu à peu dans votre esquisse, se développer à chaque trait, ressortir, se prononcer de plus en plus, prendre vie, se terminer enfin, et, sur cette planche nue tout à l'heure, apparaître conmie par enchantement, à leurs yeux ravis, une scène ou un objet qui leur plaît et les captive. Vos enfants y gagneront en plaisir et vous en considération; car ils sentiront que ce que vous venez d'exécuter n'est point dû à votre crayon inerte, mais à la supériorité de votre savoir ^

Vous ferez passez ainsi sous leurs yeux, en dessins ou en

1 . Voyez les catalogues dMmages de la Librairie Hachette : Enseignement par les yeux.

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images, vous leur ferez détailler et comparer le cheval d'Europe, nerveux et rapide, le lent et lourd éléphant d'Asie ; le coq matineux, dont le sommeil n'interrompt point la vigilance, le cygne élégant qui vogue sur les fleuves, et l'aigle hardi qui plane au plus haut des airs. Vous leur ferez reconnaître et comparer encore l'utile et modeste pommier, dont les fruits rustiques nous procurent une boisson abondante, et le cocotier du désert, dont la tige élancée porte un fruit laiteux qui désaltère et fortifie l'Africain épuisé.

Vous représenterez un ou plusieurs castors occupés à bâtir leurs maisonnettes ; et lorsque ensuite vous raconterez leur histoire, quand vous direz qu'ils habitent l'Amérique, la Russie, qu'ils sont doux de caractère, qu'ils ne sont nullement querelleurs, qu'ils vivent en paix avec leurs semblables; qu'ils sont laborieux, et qu'ils bâtissent eux-mêmes, de leurs adroites petites pattes, les jolies maisons qu'ils habitent, vos enfants ayant sous les yeux les castors et les maisonnettes elles-mêmes, s'intéresseront bien davantage aux qualités de l'animal.

Un autre jour viendra l'histoire de la cicogne blanche, de ce grand oiseau de passage, au long bec rouge, aux pattes hautes, robustes et rouges comme le bec ; de cet oiseau qui recherche le voisinage des villes, fait son nid dans les vieilles tours, dans les ruines, se nourrit de poissons et de serpents ; qui non seulement élève ses petits avec une grande tendresse, mais encore soutient, protège à son tour ses parents devenus vieux, et les nourrit chaque jour des premiers produits de sa chasse ou de sa pêche. Bel exemple à citer pour prévenir chez les enfants l'ingratitude ou l'oubli.

Puis, aux enfants cruels envers les animaux, on ferait

voir un chien fidèle retirant son maître des'flots qui l'en -

gloutissaient, ou guidant avec sollicitude la marche inc er-

taine d'un vieillard aveugle; une biche apprivoisée nourrissant de son lait l'enfant de Tinfortunée Geneviève de Brabant ; le lion d'Androclès se refusant, quoique affamé, à dévorer son ancien ami, etc. ; un enfant sensible au malheur des autres, partageant son dîner avec un enfant pauvre ; le noble Julien, agenouillé près du berceau de sa sœur, et promettant à leur mère chérie, dont l'âme est au ciel, de protéger la petite orpheline, et de travailler désormais comme un homme.

Tous ces croquis plairont, attacheront plus qu'on ne saurait dire : ils imprimeront les leçons dans la mémoire d'une manière ineffaçable, et ils augmenteront l'affection que vos enfants vous portent, en raison de tous les plaisirs que vous saurez leur donner.

Il n'est point nécessaire, pour exécuter les choses dont je vous parle, que vous appreniez à dessiner pendant plusieurs années et selon toutes les règles de l'art; vous n'avez pas à faire des tableaux pour la postérité. Ce que je vous demande, ce sont quelques ébauches fugitives et sans prétention. La condition essentielle, c'est que vos dessins n'offrent rien de ridicule ni de contraire à la nature, à moins que vous ne le fassiez avec intention, et pour éprouver le goût ^ de vos enfants, ce qui ne doit arriver que rarement. Mais r pour dessiner naturellement des choses naturelles, bien con- ; nues, bien observées, il vous faut principalement (avec tôu- [ tefois quelques notions de dessin) de la justesse dans le coup d'oeil pour saisir les proportions des parties entre elles, ' pour distinguer les traits importants de la figure que vous voulez représenter; et une certaine habitude de main qu « V ous aurez bientôt acquise par l'exercice *.

1. Un cours de dessin distribué dans ce but, et selon les Tues qui sont

' exprimées ici^ fait partie du plan général d'études établi au Cours pratique

I des salles d*asiie, fondé à Paris par M. le ministre de l'Instruction publique.

Si VOUS désiriez montrer à vos enfants un tableau trop grand pour être apporté devant l'estrade, ou trop petit pour être bien vu d'un peu loin, vous pourriez facilement le copier dans les dimensions convenables, au moyen des carrés de proportion dont les dessins [PL 6, flg. 1) vous enseigneront lusage. Voici le procédé : sur un papier à calquer, de la grandeur du tableau dont vous voulez prendre copie, tracez des carrés égaux entre eux, et donnez à chaque rangée horizontale et verticale un numéro d'ordre.

Sur un papier à dessin, de la grandeur que vous voulez donner à votre copie, tracez au fusain des carrés en nombre égal à ceux de la première feuille, mais plus grands si vous voulez faire la copie plus grande que l'original, plus petits si vous voulez faire la copie plus petite.

Donnez à chaque carré de cette seconde feuille le numéro du carré auquel elle correspond dans la première.

Le reste de l'opération se devine ; il ne s'agit plus que d'appliquer sur l'original le papier transparent ainsi divisé en carrés, et de reproduire ensuite dans chaque carré de la copie les parties du tableau qui se montrent dans les carrés marqués des mêmes numéros. Ceci fait, vous enlevez les traces du fusain, et il se trouve que la différence de grandeur entre les carrés des deux feuilles a déterminé la différence des dimensions entre l'original et la copie. ^

et organisé par madame Pape. Ce cours, composé par madame Bibron Belloe se trouve à la Librairie Hactiette.

Généralement on ne se préoccupe pas d'exercer chez les enfants le sens de l'ouïe ; de le rendre capable de reconnaître les bruits extrêmement variés qui frappent sans cesse nos oreilles, et que nous avons coutume de discerner moins par le sens de Touîe, que par l'habitude de voir les objets qui les produisent. Pour un enfant dont on exerce plus ou moins l'oreille par de bonnes leçons de musique, combien d'autres sont entièrement laissés sans culture auditive ! Et encore est-il certain que ceux auxquels on apprend la musique sont, -en dehors des sons musicaux, tout aussi inaptes que les autres, à distinguer la nature et l'origine des bruits quel- <;onques. L'expérience en a été faite, au naïf étonnement des personnes appelées à la constater. L'homme civilisé est évidemment, sous le rapport de l'ouïe, bien inférieur à l'homme sauvage, qui perçoit et distingue le moindre bruissement avec une sûreté parfaite.

De cette omission dans l'éducation physique résultent des inconvénients de plus d'un genre. D'abord, l'enfant ne se trouve point préparé à apprendre la musique, et il n'ost pas non plus habitué à écouter, qualité pourtant précieuse et fort rare. Il reste ainsi expose à entendre mal, et à tirer de ses erreurs d'audition des conséquences souvent fâcheuses*.

1. Un instrument à été imaginé pour donner de Texpérience à roreille i l'^scoure, par M"*» Pape. Librairie Hachette.

Après les chants journaliers des enfants auxquels vous ne sauriez apporter trop de soin, de justessse et de modération, la musique doit suivre, plutôt comme moyen d'exercer la voix et l'oreille, que comme objet de science théorique.

La différence naturelle des sons de la voix humaine, leur progression ascendante ou descendante, dont les intervalles sont indiqués par les degrés de la gamme, les rapports de ces intervalles ou degrés, la connaissance au moins pratique de la mesure, enfin le nom des signes ou caractères adoptés pour retracer les modulations du chant ; voilà, ce me semble, les principaux éléments que la raison et une sage sollicitude permettent d'enseigner à des enfants pour la plupart au-dessous de six ans, dont l'attention est déjà réclamée par tant d'autres sujets.

En passant de l'asile dans les écoles plus avancées, les enfants verront souvent interrompre ces études, si même il n'arrive pas, dans beaucoup des localités, qu'elles soient tout à fait abandonnées. Dans le premier cas, il sera bon de donner aux enfants des notions assez claires pour que, négligées pendant la prédominance des autres études, le souvenir en revienne facilement aux enfants lorsqu'ils seront jugés en état de passer à la classe de musique.

Dans le dernier cas, celui où la musique devrait être abandonnée, il serait au moins inutile de dépenser beaucoup de temps à commencer une étude qui ne devrait avoir pour l'élève ni conclusion ni résultats. Et pourtant il faut l'ébaucher, ne fût-ce que pouc en faire naître le sentiment et le goût. Le goût de la musique est un des plus puissants moyens de réformation des mœurs du peuple. Qui n'a senti, en entendant les chœurs populaires des diverses sociétés chorales, que les jeunes ouvriers initiés à leur tour aux pures

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jouissances de l'art, sauraient bientôt les préférer aux jouissances grossières qui longtemps leur furent seules accessibles ; et que ce besoin providentiel qui rapproche l'homme de son semblable, se trouverait plus noblement satisfait dans un concert que dans une taverne? Préparons donc, dans la limite qui nous est assignée, cet enseignement salutaire. L'école maternelle ne doit rester étrangère à rien de ce qui peut réjouir l'âme et la moraliser.

Une méthode appliquée longtemps dans les salles d'asile de Paris, est celle de M. Duchemin-Boisjousse, qui l'a élaborée en vue spéciale des petits enfants.

Le fond de cette méthode repose principalement sur l'appréciation auditive des sons et des intervalles, et leur indication sur la portée, abstraction faite d'abord de la clef, et par conséquent du nom des notes.

Malheureusement, une méthode de musique, si excellente qu'elle puisse être, ne peut être employée que par une personne assez musicienne elle-même pour produire avec justesse les intonations, et pour les juger dans ses élèves en les ramenant sans cesse au diapason. Un instrument de petite dimension, à son fixe et toujours parfaitement juste, suppléerait à l'inhabileté de la voix; mais en existe-t-il? Il faut donc que vous commenciez par avoir la voix et l'oreille justes; il faut aussi que vous connaissiez avec précision les exercices que vous devez enseigner, et qui sont présentés avec ordre dans la méthode que nous avons citée.

Plusieurs de ces exercices peuvent se chanter en marchant, et se transmettre des moniteurs à la masse, comme les chants du calcul et autres, par le seul travail de la mémoire. Cette acquisition ne coûte rien aux enfants, et ils se trouvent pourvus, sans fatigue, des chants sur lesquels vous aurez ensuite à les faire étudier.

MUSIQUE. ^ ?g3

PREMIÈRE LEÇON

r Appréciation de la différence des sons.

La première leçon de musique aura pour objet la seule appréciation de la diJBférence des sons de la voix, sans aucune mention des notes. Vous annoncerez à vos élèves ce nouvel exercice comme un jeu; vous intéresserez leur esprit par l'appât d'une difficulté à vaincre, puis vous vocaliserez deux notes, d'abord assez distantes l'une de l'autre, comme do et sol, ou même vous donnerez l'octave, afin de rendre plus sensible la difiérence des sons ; puis vous demanderez à vos enfants si les sons ort été plus aigus ou plus graves, ce qu'on exprime par les mots : montants ou descendants.

Quand l'oreille des enfants aura été bien exercée, et saura distinguer sans hésitation les sons plus élevés des sons plus graves, vous chanterez l'Qctave en nommant les notes, sans les indiquer nulle part, et en vous adressant à l'oreille seule de vos élèves. Dès qu'ils sauront solfier de mémoire, vous leur ferez voir une portée de grande dimension, sans notes ni clef, et, sans annoncer le rapport qu'il y a entre le chant et cette portée, vous demanderez simplement :

D. Que voyez-vous là?

R. Des lignes droites horizontales parallèles.

D. Combien y a-t-il de lignes droites horizontales parallèles?

R. Cinq.

D. N'y pourrions-nous pas mettre de petites marques, pour noter les sons de notre voix, en montant quand notre voix monte, et en descendant quand notre voix descend?

En le disant, placez une note quelconque, suivie de la note ou des deux notes suivantes, sans en dire le nom, faites-les vocaliser en montant plusieurs fois, puis ajoutez peu à peu les autres notes ea développant toute l'octave. Alors fnitcs

vocaliser en montant et en descendant, sans oublier à chaque émission de voix d'indiquer avec une baguette la note que vous chantez. Ceci vous facilitera dans la suite l'appréciation des intervalles entre les sons, en les représentant à l'esprit d'une manière presque matérielle.

DEUXIÈME LEÇON

Notation sur la clef de sol.

Après avoir répété la vocalisation des notes de la gamme, faites une clef de sol sur la gauche de la portée en disant :

Regardez ce que je fais là.

Posez bien distinctement l'extrémité intérieure de la clef de sol sur la deuxième ligne en partant du bas, faites-le remarquer aux enfants, et appelez leur attention sur la gracieuse forme de la clef, composée d'une seule ligne courbe.

D. Est-ce encore là une ligne droite?

En disant cela parcourez du doigt, silencieusement, les contours de la clef.

R. Non, c'est une ligne courbe.

D. Celte jolie forme de ligne courbe, dont la pointe est sur la deuxième ligne en bas, s'appelle une clef... une clef de... Elle a un nom... que je sais... Dois-je vous le dire, êtes-vous assez sages?

L'intérêt et l'imagination des enfants s'éveillent à ce jeu, et quand vous dites : clef de sol, tous les enfants saisissent ce mot qui, ne se rattachant/^owrewx, à aucune idée, n'aurait point été retenu sans la préparation qui l'a précédé.

Maintenant demandez, en indiquant les notes de la portée :

D. Sauriez-Yous me dire laquelle de toutes ces notes est le sol?

Comme il serait possible qu'on ne sût pas vous répondre, vous ajouterez, après avoir laissé le temps de chercher :

D. Puisque la clef de sol est placée sur la deuxième ligne en montant, c'est que sans doute la note qui est aussi sur la deuxième ligne en montant s'appelle..?

Les enfants, mis sur la voie, devineront alors que cette note est le sol demandé, et ils seront certainement plus heureux d'avoir fait eux-mêmes cette petite découverte, que si vous leur eussiez épargné le mérite de réfléchir en leur indiquant le soi.

Aidez Fintelligence par des questions lucides, assez bien formulées pour éclairer la réponse, mais ne la rendez pas oisive en soufflant à l'enfant des réponses toutes faites, qui ne resteront pas dans son souvenir s'il ne fait que les répéter sans y participer.

La connaissance du sol sur la portée sera votre point de départ pour enseigner les autres notes. Ainsi, en solfiant du sol au mi, du mi au ré, vous arriverez au do grave, d'où vous remonterez l'octave tout entière. Continuez de solfier jusqu'à ce que vos enfants soient en état de nommer toutes les notes prises au hasard ; mais ne perdez jamais de vue que le terme de chaque leçon doit être l'instant qui précède celui où la leçon ennuierait. Ayez le tact de pressentir ce dernier moment, afin de le prévenir toujours.

TROISIÈME LEÇON

Des intervalles.

Faites remarquer à vos enfants qu'aucune des notes de la gamme n'est placée sur le même rang que les autres, mais qu'elles sont toutes un peu au-dessus ou au-dessous les unes

des autres, les unes sur la ligne, les autres dans Yinterligne;

Que les lignes et les interlignes forment des degrés ;

Que la distance d'un degré à l'autre s'appelle intervalle.

Faites compter ce qu'il y a d'intervalles entre les deux rfo, en comptant les lignes d'abord, les interlignes ensuite, et additionnant ces deux nombres, qui vous donneront huit degrés. Dites alors que deux notes portées sur deui degrés qui se touchent, comme do et ré, marquent un intervalle de seconde; si elles sont écartées de trois degrés, comme do et mi, eUe marquent un intervalle de tierce; si elles le sont de quatre degrés, elles marquent un intervalle de quarte; vous arriverez ainsi à l'intervalle de huit degrés, appelé octave.

Insistez sur l'intonation, et la connaissance des intervalles, car ces connaissances sont la base de la lecture musicale.

Exercez sur des intervalles pris au hasard, comme vous avez fait pour le nom respectif des notes ; par exemple, en indiquant d'abord sur le tableau un do ou un rni, demandez quel est cet intervalle ? et les enfants devront vous répondre : une tierce. Indiquez un do et un sdl, et ils devront reconnaître une quinte. Un mi et un la, et ils nommeront une quarte. Chantez les intervalles désignés, et faites-les répéter aux enfants.

Puis, comme contre-épreuve, demandez àplusieurs enfants successivement un intervalle de seconde, ou de sixte, ou d'octave ; et il faudra qu'ils vous donnent les notes placées à ces intervalles sur la clef de sol, puisque c'est la seule dont vous vous soyez encore occupés.

Pour vous assurer que vos élèves ont bien retenu soit le nom des notes, soit la différence des intervalles; faites quelquefois descendre un enfant du gradin, remettez-lui la baguette qui sert à indiquer, et priez-le de vous désigner les

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notes ou intervalles que vous lui demanderez, ou que vous lui ferez demander par d'autres enfants. Vous pourriez quelquefois faire descendre, pour indiquer les notes, un enfant qui n'aurait pas été attentif, et que vous voudriez faire repentir de son indifférence ; mais il ne faudrait risquer cette épreuve que sur un enfant dont les sentiments d'honneur fussent déjà assez développés pour le rendre accessible à celui de la honte ; car s'il ne souffrait pas un peu de la petite humiliation que vous lui préparez, son indifi'èrence serait d'un funeste exemple pour les autres.

Analogie entre la portée et la main*

Lorsque les leçons précédentes auront été bien apprises, présentez de nouveau une portée aux regards de vos enfants et demandez :

D. Combien y a-t-il de lignes droites horizontales dans une portée?

R. Cinq.

D. Bien, mes enfants. Ne connaissez-vous pas quelque autre chose qui soit divisé aussi en cinq parties, comme la portée que voici est divisé en cinq lignes?

Si les enfants ne songeaient pas d'eux-mêmes à leur main terminée par cinq doigts, vous les y feriez penser, soit en regardant la vôtre avec attention, soit en comptant tout bas les doigts d'une de vos mains. Ce qui ne sera certainement pas nécessaire si vous avez seulement un ou deux enfants intelligents et vifs.

Quand cette analogie des cinq doigts de la main et des cinq lignes de la portée sera reconnue, ce qui n'arrivera point sans causer une grande gaieté, vous direz sur le ton de la bonne humeur, qui, du reste, à quelques rares excep-

tions près, doit être toujours dans votre air et dans votre accent :

Eh bien, faisons donc de nos doigts comme si c'était une portée de musique, et jnettons-y des notes. Ainsi, nous aurons toujours chacun une portée à notre disposition. Voyons, étendez votre main droite en écartant les doigts. Tenez, comme je le fais.

Étendez la main droite en avant, de manière que le pouce se trouve en haut ; puis, à chaque note, vous ferez remarquer que vous la placez sur vos doigts exactement au même degré que celui qu'elle occupe sur les lignes de la portée.

Regardez : le do grave* est au-dessous de la première ligne, mais il n'y touche pas; je le place au-dessous de mon petit doigt sans qu'il y touche.

En disant ceci, placez l'index de votre main gauche, dont les autres doigts seront fermés, à deux centimètres environ au-dessous et en travers du petit doigt de la main droite. Continuez, en invitant les enfants à vous imiter.

Le ré est sous la première ligne et y touche; je le place au-dessous de mon petit doigt et j'y touche.

Le mi est sur la première ligne; je le place sur mon petit doigt qui est le premier.

Le fa est entre la première ligne et la deuxième; je le place entre mon petit doigt et le doigt suivant qui s'appelle Vannulaire.

Le sol est sur la deuxième ligne comme sa clef; je le place sur le doigt qui s'appelle l'annulaire.

Le la est entre la deuxièuie ligne et la troisième; je le place entre mon doigt de sol et mon grand doigt.

Le si est sur la troisième ligne, qui est la ligne du milieu ; je le place sur mon grand doigt, qui est aussi le doigt du milieu.

Le do est entre la troisième ligne et la quatrième; je le place

1 , Ayez soin de nommer toujours grave le do qui est à la ligne supplémen* taire, pour le distinguer de Taulre , que vous appellerez simplement do.

entre mon grand doigt et le doigt qui s'appelle l'index, et qui est aussi le quatrième.

Voilà toute notre octave. Solfions à présent.

Vous solfiez en recommençant à marquer les notes sur Tos doigts, dans Tordre que vous venez de dire.

Cette leçon amusera extrêmement les enfants. Ils essayeront tous de vous imiter. D'abord ils imiteront fort mal : ne vous en inquiétez pas ; n'en reprenez que quelques-uns, et reprenez-les en riant. Il leur faudra plus de temps et de répétitions pour retenir cette leçon que pour beaucoup d'autres. Les lignes se ressemblent, les notes se ressemblent aussi, et conune il n'y a que la petite différence de leurs places respectives qui les distingue et leur fait attribuer un autre nom, les enfants auront besoin d'une certaine pratique pour les reconnaître sûrement.

Recommencez souvent cette leçon ; attachez-vous à perfectionner l'imitation chez deux ou trois de vos élèves les plus intelligents, et ceux-ci vous serviront de moniteurs jusque dans les récréations, en enseignant aux autres ce jeu qu'ils seront tout fiers de savoir les premiers.

La transposition alternative des notes sur la portée et sur les doigts, aura l'avantage de mettre, pour ainsi dire, chaque enfant en possession d'un instrument sur lequel il pourra répéter à toute heure les exercices qu'on lui aura enseignés.

Il a été inventé une suite de procédés plus intéressants encore, et réellement pédagogiques. Sous le titre attrayant de : Jeux musicaux \ M"® Chassevant, professeur de musique, a distribué en trois séries les véritables éléments de l'étude musicale. Le premier jeu, qui produit au premier

1 . Les Jeux musicaux se trouvent chez l'auteur, professeur au Conser- ▼atoire de Genève.

wboràV illusion Au loto, enseigne d'une manière positive, indubitable, les notes et les intervalles. Le deuxième jeu renferme tous les signes de la musique détachés et mobiles. Au moyen de ces signes qu'ils disposent à leur gré sur une portée, les enfants peuvent écrire telle phrase de chant qu'on leur fait entendre, et en composer eux-mêmes. Toutes les combinaisons de la mesure et de l'intonation, ordinairement si difQciles, sont ici rendues palpables et familières. On peut dire que le signe mobile est à l'étude de la musique ce qu'il a été à l'imprimerie des livres. Le troisième jeu a poiu" objet spécial les gammes et les accords. C'est, on le voit, Y enseignement par les yeux appliqué à tous les éléments de la musique.

Il existe d'autres méthodes de musique plus ou moins connues. L'une d'elles, particulièrement, produit dans tous les établissements supérieurs aux salles d'asile des résultats extrêmement sûrs et rapides : c'est la méthode Galin-Paris- Chevé».

Dans celle-ci, les chiffres de la numération sont employés pour représenter la relation, le rapport des sons entre eux. Il en résulte une précision, une netteté mathématiques, qui rendent cet enseignement accessible, sans efforts, à toutes les intelligences. Si la nature seule fait les musiciens, la méthode Chevé fait comprendre à tous la constitution même de la musique.

Il est malheureux que cette excellente méthode ait été l'objet de polémiques ardentes, plus faites pour embrouiller les choses que pour les éclaircir ; car la vérité est coname la flamme : elle ne brille que dans le calme ; si on l'agite, elle s'enveloppe de fumée.

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