‹ Enseignement pratique dans les écoles maternelles; ou, Premières leçons à donner aux petitsChapitre 46 sur 81 · Chez M. Amand Chûvé, 3G, rue Vivienne, Paris · texte numérisé non relu

Chez M. Amand Chûvé, 3G, rue Vivienne, Paris

Je ne puis ici vous exposer cette méthode justement renommée, si commode pour initier clairement Tintelligence aux principes organiques de la science musicale, et si féconde qu'elle a déjà inspiré des améliorations notables, quoique non avouées, dans les méthodes anciennes.

Rarement un progrès se réalise tout d'une pièce, comme le désireraient bien légitimement ses premiers promoteurs. C'est un lingot qui se divise, se monnaye pour ainsi dire, et demeure, sous cette forme, acquis au fonds de la richesse sociale.

Courage donc, institutrices, cœurs maternels qui aimez vos enfants, votre art, plus que vous-mêmes !

Quels que soient vos labeurs, vos tribulations, et la lenteur avec laquelle se réalisent vos espérances, soyez persuadées que vous ne roulez pas le rocher de Sisyphe. Ne vous lassez donc point. Semez autour de vous le bien et la vérité, coûte que coûte 1 Dieu vous voit et vous seconde : la moisson mûrira dans vos champs I

PREMIÈRE LEÇON

Points cardinaux.

Un jour de soleil, lorsque tout le monde sera dans la cour, vous demanderez à vos enfants de vous indiquer à quel point du ciel le soleil se trouve actuellement? — s*il était à ce même point le matin, à huit heures par exemple? — et s'il y sera encore le soir?

Les enfants sauront ou ne sauront pas vous répondre ; mais vous profiterez de cette ouverture pour leur apprendre que l'endroit où le soleil apparaît le matin (et vous le désignerez) , où il semble se lever j se nomme pour cela le levant; que Fendroit où il se trouve au-dessus de nous, vers midiy se nomme pour cela le midi; et que l'endroit où il disparaîtra le soir, où il semblera se coucher y se nomme pour cette raison le couchani.

Puis vous leur demanderez, enleurmontrantlenord, s'ils ont jamais vu le soleil de ce côté. Sur leur réponse négative, que vous confirmerez, vous leur apprendrez que ce côté-là, vers lequel on ne voit jamais le soleil du point de la terre que nous habitons, se nomme le nord. Vous fixerez ces quatre points dans la cour par des Objets immobiles, et yons jouerez à les faire reconnaître, ainsi que leurs noms, par vos enfants.

Par exemple, si telle est l'orientation de votre établisse-

ment, vous pourrez dire, ayant le visage tourné au nord :

Attention ! et souvenez- vous bien ! lenord est du côté de la salle, en face de nous; le midi est du côté de la rue, derrière nous; le levant est du côté de ma main droite; et le couchant du côté de ma main gauche.

Ceci vous prépare déjà à la situation des points cardinaux sur les cartes. Dites à vos enfants que ces quatre points s'appellent les quatre points cardinaux; faites-leur répéter vos paroles en surveillant leur prononciation, et recommencez cet exercice de mille manières variées et amusantes.

DEUXIÈME LEÇON

Plans.

Le lendemain ou plusieurs jours après, selon le temps qu'il vous aura fallu pour enseigner solidement la connaissance des points cardinaux, vous demanderez à vos enfants, toujours pendant la récréation, s'il ne serait pas possible de faire sur du papier le dessin horizontal^ de la cour. Attachez à cette entrepri|g l'intérêt d'une difficulté pour la rendre plus attrayante, et fixez sur ime feuiUe de papier, et à leurs places respectives ayant le nord en haut, les divers objets qui garnissent la cour, tels que hangars, bancs, pompe, murs, portes, arbres et parterre.

Mais comme les plans ne représentent les lieux que d'une manière géométrique, vous expliquerez soigneusement quel est l'objet représenté par chaque partie de votre plan. Il serait très naïf, sans doute, qu'un peintre écrivit au-dessous du portrait qu'il aurait fait d'après nature : « Ceci est le

!• Le mot horizontal a été expliqué dans la leçon de desgin linéaire.

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portrait de M. UQ tel. » Mais ici ce n'est pas la même chose, et un plan, quelque exact qu'il soit, est loin d'avoir le même aspect que les lieux qu'il représente.

Votre dessin fera merveille lorsqu'il sera compris, et votre invention trouvera des imitateurs. Tous voudront faire après vous le dessin horizontal de la cour, et comme le papier manquera, vous leur conseillerez, avec intention, de tracer leur plan sur le sable. Servez-vous alternativement du mot dessin horizontal et du mot plan, pour faire sentir qu'ils ont la même signification, et pour pouvoir un jour vous passer du premier, qui aura servi à introduire le second.

Vous verrez bientôt vos enfants tracer partout, à l'aide de petits morceaux de bois ou de pierres à défaut de couteau, des plans de la cour. Observez toujours que le nord soit à sa place.

TROISIÈME LEÇON

Topographie.

Rentrés en classe, parlez de nouveau des quatre points cardinaux, et, de concert avec vos enfants, fixez ces points dans l'intérieur de la salle pour les avoir désormais à votre portée.

Puis, sans annoncer ce que vous allez faire, copiez sur le tableau noir le dessin horizontal ou plan par terre de la cour; faites-en reconnaître, de mémoire, les différents traits, les points cardinaux, et voilà vos enfants initiés sans effort à li connaissance de la situation réelle de ces points dans Tespace, et à leur situation conventionnelle sur les cartes.

Ces premières notions une fois possédées d'une manière exacte et sûre, vous passerez à l'étude de la géographie proprement dite.

Vous tracerez d'abord sur votre tableau le plan de votre rue, et vous marquerez votre maison d'une manière distincte . Vous indiquerez les autres maisons, surtout celles qui sont bien connues de vos enfants, pour leur servir de point de reconnaissance et d'orientation. Puis vous ajouterez les rues adjacentes (mais en négligeant alors les maisons), les rivières, les ponts, enfin toute la ville, ou plutôt un nombre de rues qui sera censé la ville. Seulement, il faudra que les points connus : rivières, places ou édifices, soient établis le plus possible selon leurs rapports de situation et de distance.

Procédant ainsi du connu à l'inconnu (ce qui est bien, en tout, la seule méthode logique), vous ajouterez à votre ville quelques bourgs voisins, les villes principales du département, et enfin le contour du département tout entier. Dans l'intérieur de ce département vous tracerez, le plus exactement possible, le cours des principales rivières qui le traversent, les prenant un peu avant leur entrée dans le contour, et les conduisant un peu après leur sortie. Si même leur embouchure n'était pas trop éloignée de la limite départementale, vous feriez bien de la figurer, afin de faire comprendre ce que l'on entend par V embouchure d'une rivière. Vous n'auriez pour cela qu'à fondre votre trait de crayon représentant la plus faible rivière, dans un trait plus large représentant la rivière plus grande qui la reçoit. Cette reproduction du plan des départements sera chose facile ; vous n'aurez qu'à la copier d'après les cartes des départements ou même d'après une carte de France.

Vous figurerez le chef-lieu de département par im rond d'une certaine grandeur ; les chefs-lieux d'arrondissement par des ronds un peu moins grands que les chefs-lieux de département ; les chefs-lieux de canton par des ronds moins grands que les chefs-lieux d'arrondissement ; et enfin par

des ronds encore plus petits les bourgs ou villages qui pourront être connus de vos enfants, soit parce qu'ils sont dans le voisinage de votre ville et qu'on y va à la fête, soit parce qu'il s'y sera passé un fait mémorable ; ou qu'il s'y exerce une industrie particulière ; soit enfin parce qu'ils bordent les rivières que vous avez tracées, et avec lesquelles ce sera un moyen de faire plus ample connaissance.

L'étude de cette carte ne sera pour ainsi dire qu'un exercice de mémoire facilité par les yeux. Cette fois, ne manquez pas de rappeler le plan ou dessin horizontal de la cour, et dites que ceci est de même le plan ou dessin horizontal du département. Pour rendre plus sensible la nature d'un plan de ce genre, aidez-vous delà démonstration d'une tige qui, coupée horizontalement, offre des dessins distincts, comme celle de la fougère ; d'un œuf dur qui, coupé en travers, offre un cercle jaune entouré plus ou moins régulièrement d'une zone blanche. Faites comprendre l'analogie qui existe entre tous ces plans horizontaux ; ceci est capital pour l'intelligence de ce que vous enseignez.

QUATRIÈME LEÇON

Notions sur le département.

Voici de quelle manière vous pourrez faire votre leçon de département :

Je prends le département de la Sarthe, parce que c'est le mien ; vous ferez étudier le vôtre [Voir pi. 6, fig. 2, à la fin du volume).

Après avoir fait connaître seulement les principales villes : le Mans, la Flèche, Mamers, Saint-Calais, faites connaître les principales rivières : la Sarthe, le Loir, THuisne; indi-

quez-en la direction et l'embouchure ; puis faites-en suivre le cours. Dans les premières leçons, il vaudra mieux dire la RIVIÈRE la Sarthe^ la ville du Mans, que de dire la Sarthe, le Mans. Il se pourrait qu'un enfant répétât ces noms comme il les aurait entendus sans se rendre compte de ce qu'ils expriment ; mais, s'il dit la rivière la Sarthe, la ville du Mans^ il saura forcément que l'une est une rivière et que l'autre est une ville. Les enfants apprennent beaucoup de choses à notre insu, mais, en même temps, nous les croyons souvent instruits de choses bien simples que pourtant ils ignorent ; c'est que leur propre spontanéité est le véritable agent de leurs progrès.

Suivant donc le cours de la rivière, et le désignant sur la carte, vous demanderez :

D. Par quel côté, ou quel point cardinal, la rivière la Sarthe entre-t-elle dans le département?

R. Par le nord.

D. Dans quelle grande ville passe-t-elle?

R. Dans la ville du Mans.

D. Dans la ville du Mans? L*y avez-vous vue?

Beaucoup d'enfants diront : Non.

D. Mes enfants, vous dites non bien vile! Vous souvenez-vous qu'il faut réfléchir avant de parler? Réfléchissez donc bien : avezvous vu dans la ville du Mans une rivière?

R. Oui, madame.

D. Dans quel endroit Tavez-vous vue?

R. Sur le pont Napoléon ^

D. Sur le pont ou sous le pont ? :

direz-vous en souriant.

R. Dessous.

D. Pensez donc à ce que vous dites, mes petits amis! Eh bien : cette rivière a un nom... Savez-vous ce nom?

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