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L'ŒUVRE DE SAINT-NICOLAS—SES TROIS SECTIONS

L'œuvre dite de Saint-Nicolas, qui a atteint de nos jours un déve-

destes,

Elle date de 1827, et fut fondée par un pieux ecclésiastique, homme d’un esprit élevé et surtout d’un grand cœur, M. l'abbé Béranger.

Frappé de l’influence souvent néfaste qu’avaient sur les ouvriers avec lesquels ils sont toujours en contact des contre-maîtres irréligieux et révolutionnaires, M. Béranger voulait, tout en instruisant les enfants destinés à être ouvriers, former dans de bonnes écoles, les plus intelligents, les plus instruits, afin qu’ils pussent devenir des contre-maîtres habiles en même temps que des hommes reli-

ieux. ' Dans ce but, il réunit à Paris, dans une mansarde, sept enfants auxquels il donna un instituteur qui, tour à tour, les instruisait et les faisait travailler manuellement.

L'initiative privée venait de fonder une grande et belle œuvre ; | il fallait la soutenir, l’éteudre, l’établir solidement, | De graves difficultés se présentaient, résultant d’abord du double enseignement qu'on voulait donner : enseignement intellectuel, enseignement manuel. Ce double enseignement exigeait deux sortes de fonctionnaires: des instituteurs, des chefs d'ateliers. De plus, ; il fallait que ces fonctionnaires consentissent à suivre la même direc- : ë tion, à se bien pénétrer du but poursuivi. En outre, il y avait à : craindre qu'après la mort de M. Béranger, on ne trouva persoune qui voulut accepter la responsabilité de diriger et d'administrer une œuvre si vaste.

Mgr Béranger, car ce digne prêtre était devenu Monseigneur par je un baut témoignage du pape Grégoire XVI, songea à créer une congrégation pour lui confier la direction de son œuvre. Il échoua \ à dans ce dessein.

L'œuvre périclitait; bientôt elle allait mourir ; son fondateur pria alors, 1858, S. Em. le cardinal Morlot de l’accepter telle qu’elle était avec sa prospérité très réelle, puisque plus de onze cents enfants s'y trouvaient, mais aussi avec son déficit.

Mgr Morlot reçut donc cette œuvre des mains de Mgr Béranger ; son successeur, Mgr Darboy, lui apporta le concours de son zèle et de son ardent dévouement. Après la mort de cet illustre archevêque dont le “souvenir est désormais confondu avec les gloires de Paris,” Mgr Guibert continua à cette œuvre la sollicitude que lui avaient témoignée ses prédécesseurs, et en accepta la présidence. * L'utilité de l'œuvre m'était bien démontrée,” disait l’archevêque de Paris en 1872. Puis, à la même époque, Mgr Gui- d bert félicitait les membres du conseil d'administration d’avoir ! donné aux enfants, pour maîtres, des Frères qui ne sont pas des industriels, mais ‘“ des hommes qui font vœu d'élever la jeunesse sans en tirer le moindre profit temporel.” Il les louait aussi d’avoir “ compris que l’enseignement donné à Saint Nicolas devait être * professionnel, c’est-à-dire approprié aux carrières que les enfants à, étaient destinés à suivre.”

Peu après que Mgr Morlot eut reçu l’œuvre des mains de Mgr Béranger, on $e résolut à offrir au F. Philippe, supérieur des Frères des Ecoles Chrétiennes, de charger sa congrégation de diriger Ÿ Saint Nicolas de Vaugirard ; le révérend Frère accepta. |

Le conseil d'administration, qui jusqu'alors avait mis au service de l’œuvre son zèle éclairé et son dévouement à toute épreuve, continua ses fonctions sous la nouvelle direction, Comme par le passé, À il eut sous son contrôle mensuel les finances, les études et les ateliers.

Les Frères, eux, furent chargés de l’enseignement et de la surveillance de tout le personnel, des maîtres ouvriers, des chefs d’ateliers. Ils vivent et s'administrent suivant leur règle sans que le coûseil d'administration puisse s’immister dans les questions de dis-

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cipline religieuse et de nomination du personnel qui demeure tout entier sous la dépendance du supérieur de la congrégation.

L'œuvre de Saint Nicolas, qui a pour but de donner aux enfants une instruction primaire et professionnelle, compto trois sections :

Une à Saint Nicolas de Vaugirard, à Paris; l’autre, à Issy, près Paris ; la troisième à Igny, dans le département de Seine-et-Oise.

À Igny se trouvent deux cents enfants à qui, outre l’enseignement intellectuel, on donne un enseignement plus particulièrement agricole.

Cet enseignement est si excellent qu'il a été décerné, cette année, à ces élèves, de nombreuses récompenses. Au concours régional de Melun, ils remportent dix prix ; au concours de Saint-Germainen-Laye, sept prix, dont un grand prix d'honneur ; au concours général de Paris, douze prix et une mention ; au concours horticole de Paris, sept prix et une mention. (Rapport officiel.)

A Issy, on compte neuf cents enfants de 7 à 12 ans qui reçoivent une bonne instruction primaire et qui apprennent, en outre, dans le vaste jardin de la communauté, à devenir des jardiniers émérites,

Aujourd’hui, les cours de la rue de Vaugirard ont pris une importance remarquable, et leur réputation a, depuis de longues années, franchi les limites de la France. L'institut comprend 1200 élèves environ qui reçoivent une instruction plus développée. En effet, outre les matières enseignées dans les écoles primaires ordinaires, on leur apprend les divers genres de dessin, la physique, la chimie, la géométrie, la musique,

L'enseignement manuel tient une grande place à Saint-Nicolas de Vaugirard, car l'œuvre a surtout pour but, suivant en cela la généreuse pensée du fondateur, de faire des apprentis habiles et d'arriver même à produire de bons contre-maîtres.

Rien de plus admirable que l’organisation et le fonctionnement des ateliers dans lesquels la plupart des branches de l’industrie parisienne sont représentées, Les élèves ont le choix parmi quinze métiers différents. Ils peuvent devenir relieurs, tourneurs en opti-

. que, compositeurs typographes, imprimeurs typographes, monteurs

en bronze, ciseleurs sur métaux, facteurs d'instruments de musique en bois, menuisiers, selliers, malletiers, sculpteurs sur bois, graveurs sur bois, facteurs d'instruments de précision, graveurs-géographes, mécaniciens.

Les enfants qui fréquentent ces établissements appartiennent, en général, à des familles pauvres qui ne pourraient s'occuper d’eux en aucune manière et les laisseraient vagabonder dans les rues et se perdre pour la société et pour la religion.

Quand ils en sortent, grâce à l'instruction intellectuelle et au métier qu’on leur a appris, ces élèves, pour la plupart, sont d’excellents ouvriers, quelques-uns deviennent des patrons fort experts ; et il n’est pas rare de rencontrer parmi eux des artistes. (Revue des Deux-Mondes, mare 1864.)

De nos jours, malgré la crise industrielle qui fait baisser le

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taux du travail, le salaire des jeunes apprentis, au lendemain du jour où ils ont quitté l’école, n’est pas inférieur à 4 fr. 50. Grand nombre d’entre eux gagnent de 6 à 7 fr. Tel graveur à été rétribué, deux mois après sa sortie, au prix de 15 fr, par jour; un sculpteur sur bois a pu arriver à la sommo de 20 fr, par journée de travail. (Documents inédits )

En outre, des récompenses et des hommages publics sont décernés, chaque annéo, aux enfants qui suivent les cours de Saint- Nicolas.

L'atelier de ciselure a envoyé à l'exposition de Londres une garniture de cheminée d’une valeur de 4,000 fr. Cet ouvrage, d’une exécution fort délicate, est une merveille d'élégance et d'harmonie. Il supporte hardiment la comparaison avec los œuvres sorties de l'école de bronze de Paris.

Un meuble offert au Souverain Pontife Léon XIIT a obtenu une médaille d'argent à l'Exposition des arts décoratifs; une bibliothèque, provenant également des ateliers d’ébénisterie de la rue de Vaugirard, à fait l'admiration de tous les connaisseurs. C'était assurément la plus belle œuvre de menuiserie qu'on pût voir au Palais de l'Industrie de Paris, l’année dernière. (Rapports officiels. __ Documents inédits.) Un grand nombre de planches de la carte d'état-major général qui figureront à l'Exposition de 1889 ont été dessinées dans l'atelier des graveurs géographes.

Mais ce qui doit surtout intéresser le moraliste et le chrétien, c’est que ces enfants, dont la destinée était de devenir la proie du vice, ont été rendus d’utiles et bons citoyens et ont acquis des sentiments de morale et de piété, aussi bien que le souci de leur dignité.

Le prix de la pension est modique, 30 fr. (6 piastres) par mois. Moyennant cette petite somme, les élèves sont complètement entretenus de tout. A leur arrivée à l'établissement, on les dépouille de leurs vêtements que les parents emportent, et on leur donne l’uniforme de Vaugirard.

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