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CHAPITRE XIIL Rcoze DE CHICAGO.—TYPE DE L'ECOLE DE L'AVENIR

En montrant le fonctionnement de l'Ecole Diderot à Paris, nous avons fait observer que l'enseignement manuel, ainsi que l’enseignement pédagogique, proprement dit, qu’on y donne, sont plus élevés que ces mêmes enseignements à l’école primaire.

La même observation doit être faite par rapport à l'Ecole d’enseignement manuel de Chicago, dont nous allons maintenant nous occuper.

Cette Ecole, qui occupe un superbe édiice de quatre étages, est

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DANS L'ÉOOLE PRIMAIRE, 33

située sur le principal boulevard de la ville, Comme celles dont nous avons déjà parlé,cette Ecole est ‘ le type de l’école de l'avenir ; l’école qui glorifie le travail ; l’école qui engendre la puissance ; l’école où le cerveau anime les muscles, où la pensée dirige le mouvement, où l'esprit, l'œil et la main coustituent une invincible et triple alliance. C’est l’école que Locke a rêvée, que Bacon a désirée, et que Comenius, Pestalozzi et Frabel se sont vainement efforcés d'établir.”

L'école d'enseignement manuel de Chicago, quoique elle ne De de subvention ni de l'Etat, ni de la ville, est une école

ublique.

Elle a été établie par les membres du Club commercial. Dans leur grande expérience et dans leur longue pratique des affaires, ces membres avaient compris que la destruction de l'apprentissage tendait à faire grandement décroître la puissance industrielle LM l'Amérique ; aussi, après une discussion approfondie, se décidèrent. ils à fonder une école d’enseignoment manuel, pour laquelle ils souscrivirent une somme de cent mille dollars.

L’aphorisme de Bacon : “ L'éducation est la culture de la légitime familiarité entre l'esprit et les choses,” a pris corps à l’Acole de Chicago. Les élèves dessinent les objets, puis les fagonnent à la forge, à l’établi, au tour; non pas princinalement afin qu'ils puissent entrer dans des ateliers, et faire avez plus de facilité des objets semblables ; mais afin qu'ils puissent devenir plus forts intellectuellement et moralement. Afin surtout qu'ils puissent atteindre une plus grande portée d'esprit, une puissance plus variée d’expression pour de pouvoir résoudre les problèmes de l’existencee, quand ils entreront dans la vie active.

Le principe de l'éducation à l'Ecole de Chicago est que l’idée ne doit jamais être isolée de l’objet qu’elle représente. D'abord parce que l’idée qui est la perception réfléchie ou l’apparence de l’objet est moins clairement définie que l’objet lui-même ; secondement, parce que l’objet joint à l'idée rend l'impression bien plus intense. Séparée de l’objet, l’idée ne présente rien de réel, c’est un fantôme. L'objet est la chair, le sang, les os, les nerfs de l’idée. Qu'on essaye, par exemple, de faire comprendre à un enfant qui n’a pas de connaissance de la forme, comment est faite la terre. Quelques explications qu’on lui donne, il ne comprendra pas, il n'aura pas une idée exacte. Mais qu’on lui présente une orange, une balle et qu’on lui dise : ‘“ La tèrre est comme cela,” l'enfant comprendra et cetteimpression ne s’effacera plus de son esprit.

Le “ Kindergarten ” est le père de l'école de l’enseignement manuel. Le Kindergarten vient le premier et conduit logiquement à l’école d’enseignement manuel; le même principe les étaye tous les deux. Dans l’un comme dans l’autre, on cherche à faire naître la puissance en s’occupant des objets en même temps que des idées, Tous les deux ont des méthodes communes d'instruction, et doivent s'adapter à toute la durée de la période scolaire, ainsi qu’à toutes les écoles. à

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L'école d'enseignement manuel de Chicago tend, par l'éducation manuel, au complet développement de l'âge viril. Elle est, par:dessus tout, destinée à unir par des liens indissolubles la science et l'art, conférant ainsi au travail la dignité la plus haute et la plus méritée.

Et ainsi, lorsqu'il sera bien démontré que l'éducation atteint son degré le plus élevé par la combinaison ue l’enseignement manuel avec l'enseignement intellectuel, le travailleur éprouvera un légitime orgueil ; car le sentiment intime que chacun de ses efforts intelligents l'instruit et l'élève parmi ses semblables, donnera plus de nerf à son bras et plus d’excitation à sou cerveau, el lui apportant l'espérance et le courage.

A l'école de Chicago, on est convaincu que rien ne stimule et ne vivifie plus l'intelligence que l'usage des outils. L'enfant qui commence à faire un travail est amené d’abord à penser, à raisonner, à conclure. À mesure qu'il avance il est mis en contact avec les puissantes forces de la nature. S'il veut diriger, contrôler, appliquer ces forces, il doit d’abord se rendre maître des lois qui les gouvernent ; il doit rechercher les causes des phénomènes de la matière, et il serait bien étonnant si ces études ne le conduisaient pas à étudier les phénomènes de l'esprit, Ainsi l’enseignement des yeux et des mains réagit sur le cerveau, le pousse à faire des excursions dans le royaume des découvertes scientitiques, à la recherche des faits, pour, sous des formes pratiques, les appliquer à l'établi ou à l’enclume.

L'histoire des inventions et des découvertes prouve avec évidence la vérité de cette proposition que les investigations mécaniques, avec les outils dans les mains, amènent les facultés intellectuelles au plus huut point d'activité et d'excellence,

On peut véritablement dire que la pratique de l'outil stimule le développement de l'intelligence. On x remæmqué à Rotterdam, Hollande, que les élèves qui emploient lu moitié de la journée à des études intellectuelles et l’autre moitié à des travaux manucls, font des progrès aussi rapides que Ceux qui passent toute lu journée à étudier dans les livres et à méditer. Les mêmes résultats ont été constatés en Russie, en Bohême, un Angleterre.

Si dans l'école où l'enseignement manuel est donné, l'élève fait des progrès intellectuels aussi rapides que l'élève qui est élevé duns les autres écoles, il s'en suit que i'habileté dans l'usage des outils et la connaissance de la mécanique pratique sont un gain net pour les élèves qui suivent le nouveau système d'éducation. Æt bien plus, puisque le peu d'élèves des rares écoles où se donne l’enseignement manuel font des progrès intellectuels égaux aux nombreux élèves des nombreuses écoles de l'ancien régime et puisque ils font de tels progrès dans un nombre d’heures d'étude moitié moins grand, on voit de suite combien est grand le préjudice que subissent ces millions d'élèves instruits par l'ancien système.

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