CHAPITRE XVIII CoNCLUSION
Après avoir cité des rapports d'hommes les plus compétents ; après avoir fait assister nos lecteurs aux délibérations si pratiques du Congrès International du Havre; après avoir donné comme exemples— exemples qu’il nous eut été facile de multiplier — les écoles Tournefort, Diderot, Saint-Nicolas, de Chicago, il nous semble que l'introduction de l’enseignement manuel dans l’école doit avoir cause gagnée dans notre pays, comme sa Cause est déjà gagnée dans la plupart des nations européennes et aux Etats-Unis.
Notre conclusion, que ceux qui nous ont suivi dans ce travail ont déjà pressentie, sera de réclamer l'introduction du travail ma-
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nuel dans le plus grand nombre possible d'écoles communales du Canada, ou tout au moins dans celles de I4 province de Québec.
L'enseignement manuel de l'enfant fuit partie intégrante de l'éducation des jeunes générations; il la complète, l'agrandit, la rend apte à donner à toutes les facultés de l'enfant leur complet développement. Grâce à lui, les qualités ja se développent, endaut que l'enseignement intellectuel ait épanouir les qualités intellectuelles.
Cette question est d'un intérêt majeur pour l'avenir de notre jeune pays, et devrait attirer l'attention de nos hommes d'Etat. En ÿ donnant tous leurs soins, en employant à sou profit leur légitime influence, ils rendraient un service signalé à notre province et contribueraient pour beaucoup à sa prospérité et à sa richesse, Cur, de tout temps, les nations les plus prospères et les plus puissantes ont été celles qui ont donné le plus de soins à l’éducation de leurs enfants, etqui ont le plus poussé cette éducation sous le rapport des arts et des sciences.
L'apprentissage dans l'atelier privé n'existe certainement pas plus dans la province de Québec que dans les autres pays; les mêmes raisons—raisons que nous avons exposées— sy opposent. Pour remédier à ce mal, il n’y a qu’un remède : l'introduction de l’enseignement manuel dans l'école primaire d’abord, puis dans l'école plus élevée.
Cet enseignement donné à nos enfants produira les meilleurs résultats, et contribuera à les rendre des ouvriers hors ligne, Les Sanadiens-Français, c'est un fait reconnu de tous, ont des aptitudes extraordinaires pour tous les travaux manuels. Si, dès leur enfance, ces aptitudes avaient été cultivées par l’enseignement manuel ; si on leur avait théoriquement montré à travailler Le bois, les métaux, l'argile, etc., quels habiles ouvriers ne seraient-ils pas devenus, et, par suite, à quelle hauteur n'aurait pas atteint notre industrie,
De plus, l’enseignement manuel introduit dans l'ecole aura pour effet de retenir ces nombreux jeunes gens qui quittent les campagnes et les villages et envahissent les villes. Partout on voit avec douleur ces fils de cultivateurs ou d'ouvriers de village abandonner la profession de leurs parents pour devenir commis, avocats, politiciens.
Et comment pourrait-il en être autrement avec l'éducation actuelle ?
Pendant tout le temps qu’il passe à l’école, le fils de l’ouvrier ou du cultivateur n'est occupé qu’à développer son intelligence, qu'à prendre le goût des choses de l'esprit. Aussi, à sa sortie, il ne connait rien du métier de son père, il le trouve fort au-dessous de sa valeur personnelle, il le méprise presque. Il se hâte donc d'abandonner ses parents, d'accourir à la ville avec son bagage intellectuel, bien léger hélas, et la plupart du temps, il fait un déclassé. : '
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Il en serait tout autrement si l’enseignement manuel était donné dans l'école.
L'enfant en apprenant à travailler manuellement, avec ordre et méthode, en se donnant au genre de travail vers lequel il se sent porté, en se rendant compte des propriétés de la matière qu'il emploie, prend goût à son travail, en comprend l'importance et la dignité. Et quand il sort de l’école, au lieu de dédaigner l’état de son père, il ne pense au contraire qu’à l'exercer, à son tour, en y apportant les modifications ot les améliorations que l’enseignement de l’école lui a fournies.
Nous savons que les avantages de l’enseignement manuel dans l'école sont pa dans notre ville. Sous peu cet enseignement fonctionnera duns l'orphelinat Saint François-Xavier de la rue Ste- Catherine et plusieurs écoles protestantes s'apprêtent à le donner.
C’est déjà un progrès ; mais c’est loin d’être suilisant.
“ La question est trop vaste, les intérêts en jeu sont trop importants pour les abandonner aux efforts ordinairement faibles et souvent intermittents du petit nombre.” Cette question doit être prise en main par nos gouvernants, par nos législateurs, par le conseil d'instruction publique de la Province.
L'enseignement manuel devant être donné dans l’école par l’instituteur, * car on fera plus facilement d’un instituteur un ouvrier, que d’un ouvrier un instituteur, ” et comme dit M. W. Smith : “ les instituteurs ordinaires doivent enseigner les élémunts de toutes les matières du programme de l'édncation, ” c'est aux directeurs de nos Ecoles Normales à qui incombs la première tâche ; c'est à eux à former des instituteurs capables de donner cet enseignement. L'exemple de ce qui s’est fait à Berne prouve qu'il suffit de quelques semaines seulement à un instituteur pour se rendre maître des travaux manuels qu'il devra enseigner dans son école,
Puis, comme cela a eu lieu en Suède, dès que les instituteurs auront été formés, l’enseignement manuel devra être introduit dans les écoles modèles d'abord ; dans les autres plus tard. Une adjonction aux programmes déjà existants règlera cette importante question.
En finissant ce travail, nous nous hâtons de déclarer que nous n'avons nullement eu la prétention de faire un traité approfondi et complet sur un sujet aussi vaste, aussi important, Nous avons tout simplement cherché à éveiller l'attention, à provoquer les recher:ches de ceux qui onten mains l'éducation dans notre province. Nous espérons avoir donné des preuves assez claires et assez nombreuses de la nécessité de l’enseignement manuel dans l’école et des excellents résultats qu’en retireraient nos enfants pour avoir dissipé toutes les objections.
Si cependant des doutes subsistaient encore, nos gouvernants, ou les membros du conseil de l'instruction publique pourraient faire faire des enquêtes dans les écoles avoisinantes, à Chicago, à Brook-
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lyn, à New-York, etc, et nous sommes convaincus que ces enquêtes seraient toutes favorables à la thèse que nous avons soutenue.
Nous ne pouvons mieux terminer cette étude qu'en citant de nouveau ces paroles de M. le sénateur Corbon : ‘“ L'enseignement manuel est voulu par la nature même; ilest voulu pour répondre au génie inventif et transformateur de la société moderne ; enfin. il est voulu par la solidarité des facultés de l'être humain. Ajoutons qu'il serait impossible de lui trouver un inconvénient, et qu'il n’a, au contraire, que des avantages, ”
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