CHAPITRE VII. | Ecoze ToURNEFORT.—TRAVAIL DANS LES ATELIERS
Dans un rapport de M. Lang, directeur de l’école Lamartinière à Lyon, à la date de 1884, nous trouvons des détails précis sur le classement des élèves et l'organisation du travail à l’école Tournefort. *‘ Cette école, dit-il, comprend deux catégories bien distinctes d'élèves : lo les enfants de l'école primaire proprement dite, formant, suivant leur âge et leur degré d'avancement, quatre classes de cinquante élèves chacune; 20 les élèves de la classe dite spéciale ou complémentaire, qui sont au nombre de cinquante, soit en tout deux cent cinquante écoliers,
“ Les élèves sont à l’école 8 heures et demie par jour; dès leur entrée à l’école, les enfants vont aux ateliers manuels.”
Les enfants restent en général quatre ans à l’école primaire; le nombre d’heures consacrées aux divers travaux manuels varie chaque année. Ainsi : “ En première année, les élèves ont trois heures par semaine de technologie, deux heures de modelage, une heure de menuiserie et de forge et une heure de leçons de choses à l'atelier.
‘* En deuxième année, deux heures de technologie, deux heures de modelage, deux heures de menuiserie et de forge.
“ En troisième année, deux heures et demie de technologie, deux heures de modelage, trois heures de menuiserie, tour et forge.”
‘“ En quatrième année, une heure et demie de technologie, deux heures de modelage et trois heures de menuiserie, tour et forge.”
M. Lang indique ensuite l’organisation du travail pour la classe spéciale ou complémentaire. Cette classe comprend deux catégories d'élèves : lo ceux qui ont leur certificat d’études ou quise préparent pour l'obtenir; 20 ceux qui sont en retard pour leurs études primaires, mais qui sont âgés d'au moins douze ans. Nous donnerons plus tard des détails sur cette classe spéciale,
“ Il y a à l'école Tournefort, ajoute M. Lang, sept maîtres de travaux manuels ; deux pour la menuiserie. deux pou le tour, deux pour la forge et l’étau et un pour le modelage,
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Il y a dans les ateliers huit établis, deux tours à bois, un tour pour le fer, douze étaux, une forge et trois machines à percer.”
L'écononie la plus stricte règne dans tous ces ateliers, où l’on utilise jusqu'au moindre morceau de bois; on peut ainsi arriver à des résultats importants avec des ressources très restreintes,
MM. Dauteuil et Fontaine, instituteurs dans le département de la Somme, ont visité l’école Tournefort en 1885, et ils parlent comme suit des ateliers :
‘“ Les murs de l'atelier où se font l’ébénisterie, la marqueterie, le tournage du bois et du fer, sont recouverts de spécimens des travaux d'élèves, représentés par de très petites pièces et disposés graduellement depuis le travail du début jusqu'aux ouvrages difficultueux exécutés par les plus grands et les plus habiles des élèves.
‘“ Le second atelier, où sont installés la forge et plusieurs étaux, a aussi ses murs garnis de pièces ajustées, à côté desquelles on en aperçoit d’autres indiquant les différentes phases par lesquelles le fer en lames ou en barres a dû passer avant do dovenir outil, instrument ou pièces quelconques... C'est vraiment l'enseignement du travail rendu sensible par l’aspect et de la façon la plus propre à frapper l'esprit de l'enfant.
‘ Les élèves sont exercés à tour de rôle, dans ces ateliers, pendant un nombre d'heures qui vario suivant leur âge, ou plutôt suivant la classe à laquelle ils appartiennent ; mais tous y prennent
art,
‘“ Ainsi les commençants de six ans reçoivent de petites planchettes de Om, 25, sur Om, 15 et Om,05 d'équarissage, sur lesquelles les traits au crayon ont été faits. Ils en suivent les lignes avec la râpe, après avoir assujetti ces planchettes dans un étau de sculpteur. D'autres exercices à la scie ou bédane succèdent,
‘€ À la forge, ils traînent des limes sur de larges surfaces planes de fer et frappent à l’enclume sur du plomb.
‘ Au tour, ils apprennent à faire marcher lu pédale et s'exercent peu à peu à tourner les cylindres avec la gouge et le fermoir.
‘ Quant au modelage, ils s’exercent en dessinant sur l’ardoise et en imitant, au moyen de la glaise, les petits modèles en relief qu’on ne met entre les mains, Les outils des élèves sont faits dans ’école.”
Comme le dessin accompagne toute espèce de travail, et qu'aucun ouvrage n’est exécuté sans, au préalable, avoir été dessiné, il se ‘orme à l’école Tournefort des véritables petits artistes. On en a la preuve en y remarquant, en grand nombre, des chapiteaux très bien sculptés, des feuilles d’acanthe, des médaillons et des bustes d’une réelle valeur.
La méthode suivie dans cette écôle, dit M. Bourgueret, “ consiste
‘à tenir toujours éveillée l'intelligence, tandis que les bras fonc-
tionnent, à subordonner l'outil à la pensée, en sorte que le travail manuel, bien loin de nuire au développement intellectuel, y contribue pour une grande part; à faire de ce genre de travail une récréa-
tion, une récompense plutôt qu’une tâche obligatoire ; enfin, elle a. pour objet de susciter et d'utiliser toutes les aptitudes de l'enfant, pour déterminer en son esprit une vocation nette et inébranlable.”
Cette méthode, pour répondre au besoin de l'enfant d'agir et de créer, a voulu donner un objet à son activité. M. Laubier, s'inspirant des paroles du rapporteur de la Commission sénatoriale chargé d'examiner le projet de loi sur les écoles manuelles, s'est efforcé “ d'éveiller d'abord les sens de la vue et du toucher; de familiariser l'œil avec la régularité des formes, l'harmonie des couleurs ; d’'exercer la main, dès l’âge le plus tendre, pour lui donner l'adresse, l'aisance, la sûreté du mouvement ; de faire remonter l'élève d’une idée à une autre, de l'exemple au principe pour revenir de la règle à l’application.”
En employant ces moyens d'exécution, et en appliquant les principes posés par M. Salicis, créateur de l’enseignement manuel rimaire, M. Laubier a obtenu les plus grands succès dans l'école
ournefort qu'il dirige avec tant d'habilité,
Ces succès sont tels qu’on sortant de cette école, les élèves n'ont plus besoin que d’une année, ou deux années au plus, d'apprentissage. Ils trouvent tous, dès leur sortie, de bonnes places dans les ateliers, et un grand nombre de patrons, comprenant la valeur d’un enseignement ainsi pratiqué, viennent très souvent demander des apprentis à l’école Tournefort,
CHAPITRE VIII Ecoze ToURNEFORT—LES DIVERSES OLASSES.— ‘L'école Tournefort comprend 5 classes dans lesquelles les cours pratiques : modelage et sculpture, menuiserie, tours au fer et au bois, serrurerie, forge, ont un nombre d'heures égal à :
2 hrs par sem. pour la 4e cils. (6 ans, 7 ans)
4 je . 3e ‘“ (8 ans, 9 ans) 5 e à 2e ‘(10 ans,11 ans) 7 ée # fe ‘“ (12 ans,13 ans) 16 L ‘ clas spéciale (14 ans, 15 ans)
Le nombre d'heures consacrées au travail manuel est donc en raison directe du degré de chaque classe,
Les 250 élèves de l’école sont répartis dans les ateliers de telle sorte qu'ils vont deux fois par semaine au modelage, une fois à la forge et deux fois à la mexuixerie,
Il n’y a d'exception à: règle que pour les élèves dont les parents désignent une cerli ne spécialité; ces élèves vont alors