‹ Enseignement primaire élémentaire: méthode de langue française (volume 2)Chapitre 295 sur 373 · LECTURE : La bonne soupe · texte numérisé non relu

LECTURE : La bonne soupe

Voici lautomne. Deux jeunes enfants vont ramasser les feuilles mortes . Ils ont descendu la côte en courant. Ce n'est point un jeu, c'est un travail. Mais ne croyez point que ces enfants soient tristes parce qu'ils travaillent. Le travail est sérieux, il n'est pas triste.

Voilà les enfants à l'œuvre. Cependant le soleil qui monte réchauffe doucement la campagne. Des toits du hameau s'élèvent des fumées légères. Les enfants savent ce que disent ces fumées. Elles disent que la soupe aux pois cuit dans la marmite. Encore une brassée de feuilles mortes, et les petits ouvriers prendront la route du village.

La montée est rude. Courbés sous le sac ou penchés sur la brouette, ils ont chaud, et la sueur leur monte au front; ils s'arrêtent pour respirer. Mais la pensée de la soupe aux pois soutient leur courage. Poussant et soufflant, ils arrivent enfin. Leur mère, qui les attend sur le pas de la porte, leur crie de loin : « Allons, les enfants, la soupe est trempée. »

Anatole France. Enfants des Villes et Enfants des Champs, Ilachetic et Ci», élit.

993. COMPOSITION FRANÇAISE : Le Style coupé et le style périodique.

Il ne restcùt plus dans la campagne, en partie rendue à son silence, que deux ou trois groupes de vendangeurs, ce que dans le pays on appelle des « brigades)^; et un grand mât surmonté d'un pavillon de fêle, planté dans la vigne même où se cueillaient les derniers raisins, annonçait en effet que la brigade de M. Dominique se préparait joyeusement à « manger l'oie », c'est-àdire à faire le repas de clôture et d'adieu où, pour célébrer la fin du travail, il est de tradition de manger, entre autres plats extraordinaires, une oie rôtie.

Fro.mentin. Dominique, Plon-Nourrit et C'e, édit.

Si l'on compare cette phrase avec celles de la lecture, on est frappé de leur dilTérence de longueur. Ici les rapports entre les propositions sont marqués par des conjonctions ou des pronoms conjonctifs : que, ce que, et, où.... La phrase de Fromentin forme une période, elle appartient au style périodique.

Anatole France, au contraire, évite les conjonctions, quand le lecteur peut aisément deviner les rapports des idées qui se succèdent dans les propositions. 11 emploie le style coupé. Chez un écrivain habile, ce dernier est plus clair et plus rapide. C'est tantôt l'un, tantôt l'autre de ces styles qui convient.

CONSEIL : Il ne faut pas multiplier les conjonctions. Souvent la succession de propositions bien faites et bien disposées indique assez les rapports qui existent entre ces propositions.

Ex. 994. 'f Indiquez quels rapports s II y a des terrains où l'homme pouvait

existent entre les diverses phrases du l plus aisément mouvoir sa charrue, bâtir

texte suivant, et quelles conjonctions l ou se creuser des demeures; pendant

auraient pu exprimer ces rapports : \ des siècles, les populations se concen-

Dans nos contrées, les fleuves, avec l trèrent sur ces localités favorisées,

leurs bords encombrés de marécages, $ Vidal de la Blague.

d'arbustes et de broussailles, ne se i

prêtaient guère aux établissements hu- \ [Ex. 995.] °^ Transposez en style

mains. Les hommes se sont établis de | coupé la phrase de Fromentin citée

préférence sur les terrains découverts. \ plus haut.

212 Méthode Brunot-Bony.

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