GRAMMAIRE : L'IDENTITE, LA CONFORMITÉ
Une des grandes aberrations du temps présent est que l'on veut vivre, non point suivant ses goûts particuliers ou d'après ses ressources, mais selon les goûts ou la fortune du voisin. On s'épuise pour avoir le même train que lui, surtout pour en avoir l'apparence. Je ne sais qui a dit que si l'homme pouvait ne faire que les sottises dont il éprouve une réelle jouissance, il serait déjà à mi-chemin vers la sagesse.
Pour caractériser le train que désirent les personnes dont on parle, on n'a pas employé un adjectif qualificatif quelconque : luxueux, coûteux, mais on l'a rapproché de celui du voisin, et on a constaté qu'il lui ressemblait, qu'il y avait identité entre eux; on a dit : le même train que lui.
On peut se servir aussi des adjectifs : semblable, pareil, identique.
En disant : vivre selon les goûts du voisin, on indique que, sans aller jusqu'à l'identité avec les goûts du voisin, cette façon de vivre a, avec ces goûts, un rapport de conformité.
On marque la ressemblance, l'identité entre les choses au moyen des adjectifs : semblable, pareil, identique, même. Ces deux maisons sont pareilles.
L'adjectif même signifie souvent que les choses comparées ne sont que des cas particuliers d'une seule chose : Nous repassons par le même chemin. La boutique n'a qu'un seul et mê'ine prix : Of. 65.
On marque la conformité entre les choses, les êtres ou les actions au moyen des mots : comme, ainsi que, conformément à, suivant, selon....
Agir selon ses désirs, d'après les conseils de ses parents.
Les expressions : suivant que, selon que, marquent souvent une alternative : Suivant qu'on traite l'enfant doucement ou non, son cœur s'épanche ou se referme.
La conformité peut exister avec un fait qui n'est que supposé :
J'écoute mon oncle, comme s'il était mon père. En ce cas, lorsque la proposition qui marque supposition est employée seule, elle équivaut à une exclamation négative : Comme si j'étais sa domestique ! (je ne suis pas sa domestique!)
Ex. 1441. °l? Indiquez les exprès- \ parce qu'elle est la santé de l'âme;
sions qui expriment une comparaison, et celles qui marquent la conformité :
La vertu.
La vertu est une habitude de vivre selon la raison; et comme la raison est la principale partie de l'homme, il s'ensuit que la vertu est le plus grand bien qui puisse être en l'homme.
Elle vaut mieux que les richesses, parce qu'elle est notre véritable bien; elle vaut mieux que la santé du corps,
elle vaut mieux que la vie, parce qu'elle est la bonne vie, et qu'il serait meilleur de n'être pas homme que de ne pas vivre en homme, c'est-à-dire de ne pas vivre selon la raison, et faire de l'homme une béte.
BossuET (1627-1704).
[Ex. 1442.] °f Essayez de citer tous les adjectifs qualificatifs qui servent à marquer l'identité, l'analogie, la ressemblance, entre deux choses.
Langue française. — Troisième livre. 317
1443. RÉCITATION: Uunion fait la force.
Lorsqu'un arbre est seul, il est battu par les vents et dépouillé de ses feuilles; et ses branches, au lieu de s'élever, s'abaissent comme si elles cherchaient la terre.
Lorsqu'une plante est seule, ne trouvant point d'abri contre l'ardeur du soleil, elle languit et se dessèche, et meurt.
Lorsque l'homme est seul, le vent de la puissance le courbe vers la terre, et l'ardeur de la convoitise des grands de ce monde absorbe la sève qui le nourrit.
Ne soyez donc point comme la plante et comme l'ai'bre qui sont seuls; mais unissez-vous les uns aux autres, et appuyez-vous et abritez-vOus mutuellement.
Si l'on VOUS demande : « Combien êtes-vous? » répondez : « Nous sommes un, car nos frères, c'est nous, et nous, c'est nos frères. »
Lamennais (1782-1854). Paroles d'un Croyant-
Ex. 1444. °l? 1. Quel nom portent < Ex. 1445. "^ 1. Quelles sont, dans la les affirmations populaires d'un usage récitation, les expressions ou les procourant comme : l'union fait la force? positions qui marquent la conformité? — 2. Que signifie : être battu par les — 2. Citez des comparaisons qui sont vents? — 3. Quel est le sens du verbe \ formellement exprimées. — .3. Indiquez languir appliqué à une plante? — 4. j des comparaisons non exprimées, mais Qu'est-ce que l'auteur entend par la \ qui résultent de la succession des convoitise des grands ? l idées.
1446. COMPOSITION FRANÇAISE : Abus des comparaisons.
« // faut avouer, dit Micromégas, que la nature est bien variée. — Oui, dit l'Académicien, la nature est comme un parterre dont les fleurs... — Ah.' dit l'autre, laissez là votre parterre. — Elle est, reprit l'Académicien, comme une assemblée de blondes et de brunes, dont les parures... — Eh! qu'ai-je à faire de vos brunes? dit l'autre. — Elle est donc comme une galerie de peinture dont les traits... — Eh non! dit Micromégas, encore une fois, la nature est comme la nature. Pourquoi lui chercher des comparaisons? — Pour vous plaire, répondit l'Académicien. — Je ne veux point qu'on me plaise, répondit son interlocuteur; je veux qu'on m'instruise. D'après Voltaire.
Dans le texte de Lamennais cité plus haut, les comparaisons sont indispensables à l'expression même de la pensée. Dans le second texte, elles ne sont qu'un verbiage dont l'interlocuteur s'impatiente.
CONSEIL : Il ne faut recourir à la comparaison qu'autant qu'elle éclaire ce qu'on veut faire connaître; on doit éviter les comparaisons qui ne sont que du remplissage; il faut également s'abstenir des comparaisons populaires vraiment usées : beau comme un astre, fier comme un paon, bon comme le pain...
Ex. 1447. "f Indiquez le sens des i Qui veut noyer son chien l'accuse de
proverbes suivants, en recherchant les \ la rage.
comparaisons qui leur ont donné nais- \ Qui trop embrasse mal étreint.
sance : \ Il faut battre le fer pendant qu'il est
Pierre qui roule n'amasse pas mousse. < chaud.
Brunot bt Bonv. — Troisième livre. 11
Méthode Brunot-Bony.