‹ Enseignement primaire élémentaire: méthode de langue française (volume 2)Chapitre 367 sur 373 · GRAMMAIRE: LES SUPPOSITIONS VAINES. LE REGRET · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE: LES SUPPOSITIONS VAINES. LE REGRET

On vous a conté l'histoire de la poule aux œufs d'or. Dans son avarice, le paysan l'avait tuée, et quand il vit qu'il ne trouvait aucun trésor dans ^ ^ son ventre, et qu'il n'avait plus son œuf d'or quotidien, il se mit à geindre: ~ « Ah! si j'avais su, je t'aurais gardée, ma pauvre poule, je t'aurais choyée. J'aurais dû me contenter de cette aubaine qui m'arrivait tous les jours. Si seulement je n'avais pas écouté les mauvais conseillers ! Que n'ai-je au moins attendu quelque temps! Maintenant, il est trop tard. »

Il est trop. tard! Toutes les suppositions que fait le paysan se rapportent au passé : si j'avais su ... si je n'avais pas écouté ... Pour les exprimer, il emploie, non plus l'imparfait de l'indicatif, mais le plus-que-parfait, dans la proposition subordonnée, et le passé du conditionnel dans la principale : ... je f aurais gardée ...je f 'aurais choyée. 2 \ On peut dire aussi, avec les deux verbes au second passé du conditionnel : si /eusse su, ye /'eusse gardée; mais cette forme est peu usuelle.

Plus loin, le paysan dit : J'aurais dû me contenter de cette aubaine, en employant seulement la proposition principale ; et si je «'avais pas écouté les mauvais conseillers ! en employant seulement la subordonnée. Chacune de ces propositions suffit à exprimer le regret. C'est même la façon la plus ordinaire de le marquer.

Plus bas : Que n'ai-je attendu ... sous forme exclamative, exprime aussi le même sentiment. On dirait de même : Que ne m'avez-vous écrit!

Quand on fait des suppositions qui concernent le passé, on emploie le plus-que-parfait de l'indicatif dans la subordonnée commençant par si, et le passé du conditionnel dans la principale :

Si /avais réfléchi, j'aurais pris cette route.

Cette forme indique que la chose ne s'est pas produite, la z l supposition ne s'étant pas réalisée.

o>\ On peut remplacer le conditionnel par l'imparfait de l'indicatif: Si j'avais pris ce chemin, je m'égarais.

En n'employant que l'une ou l'autre des deux propositions de cette phrase, on exprime le regret de n'avoir pas fait l'action exprimée par le verbe :

Si j'avais travaillé! J'aurais dû le prévoir!

\ On exprime encore le regret au moyen d'une proposition \ exclamative : Que ne m'avez-vous averti!

Ex. lBe6.°^ Exprimez sous d'autres i Comme fait le mauvais enfant.

''ormes la phrase qui indique une \ En écrivant cette parole,

supposition vaine : l Je crois sentir mon cœur qui fend.

> Rajeuni de Villon {143-2- 1480).

Regrets d'un poète. ^^^^ 1566.] f Faites l'analyse dé-

Je sais, si j'eusse étudié S taillée de celte phrase :

Au temps de ma .jeunesse folle, s Gerbe de blé, si tu pouvais parler!

A de bonnes moeurs dédié, | si tu pouvais dire combien il a fallu de

J'eusse maison et couche molle! | gouttes de notre sueur pour t'arroser!

Mais hélas ! je fuyais l'école, s. George Sand.

Langue française. — Troisième livre. 345

1567. RÉCITATION : Regrets.

Hélas! si j'avais su, lorsque ma voix qui prêche T'ennuyait de leçons, que sur toi, rose et fraîche, Le noir oiseau des morts planait inaperçu : Que la fièvre guettait sa proie, et que la porte Où tu jouais hier te verrait passer morte... Hélas! si j'avais su!

Je t'aurais fait, enfant, l'existence bien douce ; Sous chacun de tes pas, j'aurais mis de la mousse 1 Tes ris auraient sonné chacun de tes instants; Et j'aurais fait tenir, dans ta petite vie. Un trésor de bonheur immense... à faire envie Aux heureux de cent ans!

Loin des bancs où pâlit l'enfance prisonnière. Nous aurions fait tous deux l'école buissonnière, Dans les bois pleins de chants, de parfum et d'amour; J'aurais vidé leurs nids pour emplir ta corbeille; Et je t'aurais donné plus de fleurs qu'une abeille N'en peut voir en un jour.

Mais je ne savais pas... et je prêchais encore; Sûr de ton avenir, je le pressais d'éclore, Quand, tout à coup, pleurant un long espoir déçu, De tes petites mains je vis tomber le livre; Tu cessas à la fois de m'entendre et de vivre; Hélas! si j'avais su!

Hégésippe Mobeau. Œuvres choisies. Akiilc Pkaid, rUit.

a568. DICTÉE : La morale et les pratiques machinales.

Il n'y a pas de milieu : ou l'homme ne prétend vivre que dans le cercle étroit des pratiques habituelles, des traditions courantes, des usages établis, et le fait est qu'alors il les laisse déchoir, les appauvrit sans cesse, les dessèche, faute de sève et de vie intérieure; ou, au contraire, tout acte de soumission à l'ordre et à la loi, aux disciplines reçues, est pour lui l'occasion de les revivre en esprit, d'y acquiescer de cœur, et comme de renouveler l'acte de foi primitif qui les introduisit dans la pratique humaine; et ce renouvellement est tel qu'il renouvelle non seulement l'homme lui-même, mais qu'il fait sur la tige ancienne reverdir le rameau des préceptes de vie, qu'il l'accroît et le nourrit, et qu'il prépare ainsi, par une poussée de sève lente, mais continue, les moissons abondantes des expériences nouvelles.

Arthur Hannequin, philosophe français (1856-1905).

[Ex. 1569.] V 1. Combien de cas î ranges? — 5. Que veut dire : acquiescer

l'auteur reconnatt-il dans l'observation ! à la loi? faire reverdir le rameau des

(le la morale? — 2. Qu'est-ce qu'une | préceptes de vie? — 6. Comment a été

pratique machinale? — .3. Expliquer > formé le verbe reuerd/r? — 7. Indiquez

l'expression : il n'y a pas de milieu. | les propositions subordonnées qui

— 4. Qu'appelle-t-on : traditions cou- l dépendent de l'adjectif tel.

346 Méthode Brunot-Bony.

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