‹ Enseignement secondaire moderne. Homère. L'Odyssée, traduction française de Madame Dacier, revue et corrigée avec analyse et extraitsChapitre 26 sur 93 · I. Minerve apparaît en songe à Nausicaa, fille du roi · texte numérisé non relu

I. Minerve apparaît en songe à Nausicaa, fille du roi

des Phéaciens.

Pendant que le divin Ulysse, accablé de sommeil et de lassitude après tant de travaux, reposait tranquillement, la déesse Minerve se rendit au milieu de la cité des Phéaciens. lie entre dans un magnifique appartement où était couchée la fille du roi Alcinoüs, la belle Nausicaa, semblable aux déesses et par les qualités de l’esprit et par celles du corps. Dans la même chambre, aux deux côtés de la porte, couchaient deux de ses femmes, qui tenaient des Grâces le don de la beauté; les riches battants de la porte étaient fermés.

La déesse se glisse comme un souffle léger jusqu’au lit de Nausicaa, se place au-dessus de sa tête; et, prenant la figure de la fille de Dymas, une des compagnes de la princesse, qui était de son âge et qu’elle aimait tendrement, elle lui adressa ces paroles: « Nausicaa, pourquoi êtes-vous si paresseuse et si négligente ? Vous laissez là vos belles robes sans en prendre aucun soin; cependant le jour de votre mariage approche, où il faudra que vous preniez la plus belle, et que vous en donniez d’autres à ceux qui vous conduiront chez votre époux. Voilà ce qui donne une grande réputation dans le monde et ce qui fait la joie des parents. Allez donc laver ces belles robes, dès que l’Aurore aura paru. Je vous accompagnerai, et je vous aiderai à préparer tout ce qui est nécessaire; car, assurément, vous ne serez pas longtemps sans être mariée. Vous êtes recherchée par les principaux des Phéaciens, qui sont de même nation que vous. Allez donc promptement trouver le roi votre père ; priez-le de vous donne)- des mulets et un char, où vous mettrez les couvertures, les manteaux, les robes, et où vous monterez vous-même. Il est plus honnête que vous y alliez ainsi, que d’aller à pied, car les lavoirs sont trop loin de la ville. »

Après avoir ainsi parlé, la déesse se retire dans le haut Olympe, où est le séjour immortel des dieux, séjour toujours tranquille, que les vents n’agitent jamais; qui ne sent jamais ni pluies, ni frimas, ni neiges; où une sérénité sans nuages règne toujours; qu’une brillante clarté environne ; et où les dieux ont, sans aucune interruption, des plaisirs aussi immortels qu’eux-mêmes. C’est dans cet heureux séjour que la sage Minerve se retira.

Page 1