‹ Enseignement secondaire moderne. Homère. L'Odyssée, traduction française de Madame Dacier, revue et corrigée avec analyse et extraitsChapitre 30 sur 93 · Ulysse est introduit par Minerve dans le palais du roi · texte numérisé non relu

Ulysse est introduit par Minerve dans le palais du roi

Nausicaa arrive au palais de son père. Elle n’est pas plus tôt entrée dans la cour, que ses frères, semblables aux dieux, viennent au-devant d’elle, détellent ses mulets, et portent dans l’intérieur les vêtements qui étaient dans le char. Elle-même rentre dans son appartement. Euryméduse, qui l’avait élevée et qui avait alors soin de sa chambre, lui alluma du feu et prépara son souper.

Alors, Ulysse jugea qu’il était temps de partir pour arriver à la ville. La déesse Minerve, qui l’accompagnait de sa protection, l’environna d’un nuage et le rendit invisible, de peur que quelqu’un des superbes Phéaciens le rencontrant ne lui dît quelque parole de raillerie et ne lui demandât qui il était et ce qu’il venait faire. Comme il était donc près d’entrer, la déesse alla à sa rencontre, sous la figure d’une jeune fille qui portait une cruche. Ulysse, la voyant, lui dit: « Ma fille, voudriez-vous bien me mener au palais d’Alcinoüs, roi de cette île? Je suis un étranger qui vient d’une conirée fort éloignée, et je ne connais aucun des habitants de ce pays. »

La déesse lui répondit: « Etranger, je vous montrerai avec plaisir le palais que vous demandez, car il est près de celui de mon père. Vous n’avez qu’à marcher dans un profond silence, je vous conduirai moi-même; souvenezvous seulement de ne regarder et de n’interroger aucun de ceux que vous rencontrerez : ces habitants ne reçoivent pas volontiers les étrangers, ils ne les voient pas de bon œil et ne leur rendent pas tous les soins qu’ils méritent: ce sont des hommes nés pour la marine, et qui, se confiant en la bonté de leurs vaisseaux, font des voyages de long cours; car Neptune les a faits comme maîtres de la mer. Leurs vaisseaux volent plus vite qu’un oiseau ou que la pensée même. »

En finissant ces mots, elle marche la première et Ulysse la suit. Aucun des Phéaciens ne l’aperçut comme il traversait la ville au milieu d’eux ; car la déesse Minerve l’avait environné d’un épais nuage qui les empêchait de le voir. Ulysse, en marchant, ne pouvait se lasser d’admirer les ports, la beauté des navires dont ils étaient remplis, la magnificence des places publiques, la hauteur des murailles et les remparts palissadés : autant de merveilles dont il était surpris.

Quand ils furent arrivés tous deux devant le palais du roi, la déesse dit à Ulysse : « Etranger, voilà le palais que vous demandez. Vous allez trouver le roi à table avec les princes. Entrez hardiment et ne témoignez aucune crainte; car un homme hardi, quoique étranger, réussit mieux qu’un autre dans tout ce qu’il entreprend. Les affaires demandent du courage. Vous adresserez d’abord vos prières à la reine; elle se nomme Arété, et elle est de la même maison que le roi son mari ; jamais femme n'a été plus estimée ni plus honorée de son mari. Ses fils ont aussi pour elle tout le respect et toute la soumission qu’ils lui doivent, et elle est adorée de ses peuples, qui laregardentcommeleur déesse tutélaire, et qui ne la voient jamais passer dans les rues sans la combler de bénédictions. Aussi est-ce une femme d’une prudence consommée et d’une rare vertu. Tous les différends qui s’élèvent entre ses sujets, elle les termine par sa sagesse. Si vous pouvez attirer sa bienveillance et gagner son estime, comptez que bientôt vous aurez tous les secours nécessaires pour vous en retourner dans votre patrie et revoir vos amis et votre palais. »

Après avoir ainsi parlé, la déesse disparut, quitta Taimable Schérie, et, prenant son vol vers les plaines de Marathon, elle se rendit à Athènes et entra, dans la célèbre cité d’Erecthée.

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