‹ Enseignement secondaire moderne. Homère. L'Odyssée, traduction française de Madame Dacier, revue et corrigée avec analyse et extraitsChapitre 41 sur 93 · Les Gyclopes · texte numérisé non relu

Les Gyclopes

« Nous nous éloignons de cette côte fort affligés, et nous sommes portés par les vents sur les terres des Gyclopes, gens superbes, qui ne reconnaissent point de lois, et qui, se confiant en la providence des dieux, ne plantent ni ne sèment, mais se nourrissent des fruits que la terre produit sans être cultivée. Le froment, l’orge et l’avoine croissent chez eux en grande abondance ; les pluies de Jupiter grossissent ces fruits, qui mûrissent dans leur saison. Ils ne tiennent point d’assemblées pour délibérer sur les affaires publiques, et ne se gouvernent point par des lois générales qui règlent leurs mœurs et leur police; mais ils habitent le sommet des montagnes, et se tiennent dans des antres. Chacun gouverne sa famille et règne sur sa femme et sur ses enfants, et ils n'ont point de pouvoir les uns sur les autres.

« Vis-à-vis et à quelque distance du port de l’ile que ces Gyclopes habitent, on trouve une petite île toute couverte de bois et pleine de chèvres sauvages, parce qu’elles n’y sont point épouvantées par les hommes, et que les chasseurs, qui se donnent tant de peine en courant dans les forêts et sur les cimes des montagnes, n’y vont point pour les poursuivre. Elle n’est fréquentée ni par des bergers qui gardent des troupeaux, ni par des laboureurs qui travaillent les terres; mais demeurant toujours inculte, elle n’a point d’habitants : voilà pourquoi elle est si pleine de chèvres sauvages. Et ce qui la rend inhabitée, c’est que les Gyclopes, ses voisins, n’ont point de vaisseaux, et que parmi eux il n’y a point de charpentiers qui puissent en bâtir pour aller commercer dans les autres villes, comme cela se pratique parmi les autres hommes, qui traversent les mers, et vont et viennent pour leurs affaires particulières. S’ils avaient eu des vaisseaux, ils n’auraient pas manqué de se mettre en possession de cette île, qui n’est point mauvaise, et qui porterait toute sorte de fruits ; car tous ses rivages sont bordés de prairies bien arrosées, toujours couvertes d’herbages tendres et hauts; les vignes y seraient excellentes et le labourage aisé, et l’on y aurait toujours des moissons abondantes, car le sol en est riche. Elle a un port commode et sûr, où l’on n’a besoin d’arrêter les vaisseaux ni par des ancres ni par des cordages; quand on y est entré, on peut attendre tranquillement que les pilotes et les vents appellent. À la tête du port est une belle source d’une eau excellente sous une grotte toute couverte d’aulnes. Nous abordâmes à cette île par une nuit fort obscure, un dieu sans doute nous conduisant, car nous ne l’avions pas aperçue ; ma flotte était enveloppée d’une profonde obscurité, et la lune n’éclairait point, car les nuages la couvraient tout entière. Aucun de nous n’avait donc découvert l’île, et nous ne nous aperçûmes que les flots se brisaient contre les terres que quand nous fûmes entrés dans le port. Dès que nous y fûmes, nous pliâmes les voiles, nous descendîmes sur le rivage, et nous abandonnant au sommeil, nous attendîmes le jour. Le lendemain, dès que l’aurore eut ramené la lumière, nous commençâmes à nous promener dans cette île, dont la beauté nous ravissait. Les nymphes, filles de Jupiter, firent lever devant nous des troupeaux de chèvres sauvages, afin que nous eussions de quoi nous nourrir. Aussitôt nous allons prendre dans nos vaisseaux des dards attachés à des courroies, et nous étant partagés en trois bandes, nous nous mettons à chasser. Les dieux nous eurent bientôt envoyé une chasse abondante. J’avais douze vaisseaux : il y eut pour chaque navire neuf chèvres, et mes compagnons en choisirent dix pour le mien. Nous passâmes tout le reste du jour à table jusqu’au coucher du soleil: nous avions de la viande en abondance, et le vin ne nous manquait point; car, à la prise de la ville des Ciconiens, mes compagnons avaient eu soin de s’en fournir et d’en remplir i les vieni des e en • qui sont ertes xceldes a un ’ les land 3 les une oute une ant, iverail ère.

ne ■res ous sur enené ans tes, tx uni 10S JUS ; à mne ur oidu de ail mlir de grandes urnes. Nous découvrions la terre des Cyclopes, qui n’était séparée de nous que par un petit trajet; nous voyions la fumée qui sortait de leurs cavernes, et nous entendions les cris de leurs troupeaux.

« Dès que le soleil se fut couché et que la nuit eut répandu ses ténèbres sur la terre, nous nous mîmes à dormir sur le rivage, et le lendemain à la pointe du jour j’assemblai mes compagnons et je leur dis : « Mes « amis, attendez-moi ici ; avec un seul de mes vaisseaux « je vais reconnaître moi-même quels hommes habitent « cette terre que nous voyons près de nous, et m’éclaircir « s’ils sont insolents, cruels et injustes, ou s’ils sont « humains, hospitaliers et touchés de la crainte des dieux. »

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