‹ Enseignement secondaire moderne. Homère. L'Odyssée, traduction française de Madame Dacier, revue et corrigée avec analyse et extraitsChapitre 50 sur 93 · Anticlée, mère d’Ulysse · texte numérisé non relu

Anticlée, mère d’Ulysse

« Je voulus embrasser cette chère ombre; trois fois je me jetai sur elle, et trois fois elle se déroba à mes embrassements, semblable à une vapeur ou à un songe; ce qui redoubla ma douleur. « Ma mère, m’écriai-je, pour- « quoi vous refusez-vous au désir extrême que j’ai de « vous embrasser? Pourquoi ne voulez-vous pas que « joints tous deux par nos tendres embrassements, nous « mêlions ensemble nos larmes, et que nous puissions « nous rassasier de regrets et de deuil? La cruelle Pro- « serpine, au lieu de cette chère ombre, ne m’aurait-elle « présenté qu’un vain fantôme, afin que, privé de cette « consolation, je trouve dans mes malheurs encore « plus d’amertume? »

« Je lui exprimais ainsi mes regrets. Elle me répondit :

« Hélas! mon fils, le plus malheureux de tous les « hommes!-la fille de Jupiter, la sévère Proserpine, ne « vous a point trompé ; mais telle est la condition des « mortels quand ils sont sortis de la vie : les nerfs ne « soutiennent plus les chairs et les os; tout ce qui com- « pose le corps est la pâture des flammes dès que l’esprit « l’a quitté ; et l’âme s’envole de son côté comme un « songe. »

[Après Anticlée, Ulysse voit les femmes et les filles des plus grands capitaines. Mais il s’aperçoit que la nuit s’avance et il interrompt son récit. La reine Arété engage les princes des Phéaciens à lui faire le lendemain de riches présents. Ils le promettent, et Ulysse, à la demande d’Alcinoiis, continue le récit de ce qu’il a vu dans les enfers.]

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