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la main, il faut qu'il y ait quelque aventure merveilleuse à laquelle il était difficile de s'attendre dans les faits que l'orateur a en vue* I^a vertu pure et sans tache ne serait qu'une amplification de rhétorique , qu'un bavardage sans raison, si ce n'est point Narbal qui parle; car il est le seul témoin d'un beau dévoûment de Télémaque, qui ne veut point sauver sa vie par un mensonge qui semblait innocent à Narbal lui-même. Enfin, pourvu que je dise toujours la venté serait inintelligible pour Télémaque s'il n'est pas question de circonstances ( connues de lui et de l'interlocuteur ) où il fallait dire la vérité. Voilà donc une bonne composition ; voilà ce qu'il faut imiter : c'est ainsi qu'il faut s'exercer à se renfermer dans les faits, sans divagation autant que possible. La difficulté de la langue , le manque d'expressions , les souvenirs trompeurs de la mémoire : voilà les obstacles qu'il faut vaincre. Voilà ce qui fait dire, même à Fénélon : Jusque dans les rivages les plus inconnus ; vivre et mourir ; et mon cœur n'aime que la justice. En effet, ces réflexions ne sont pas aussi spécialement applicables au sujet.
Je ne prétends pas qu'il faille dire ce que je dis ; on peut soutenir que je loue et blâme Fénélon sans raison. On peut se moquer de ces analyses, de ces dissections froides d'un critique subalterne qui ose couper les ailes du génie avec les ciseaux de 'la médiocrité (comme disait je
crois Bacular. ) Tachez de persuader à vos élèves qu'on les critiquera précisément comme je viens de critiquer Fénélon , et qu'on ne les louera jamais, parce qu'on est convenu de ne louer que les morts.
Au surplus, voici, je crois, la seule règle sans exception en littérature : Ne vous écartez pas de votre sujet. Quand vos élèves n'apprendraient que cela, vous leur auriez rendu un grand service. Or vous voyez bien ce qu'il faut faire pour obtenir ce résultat ; nous sommes capables de voir si nous nous écartons en parlant ou en écrivant sur des faits qui sont le sujet de nos discours. La difficulté n'est donc pas dans notre intelligence , mais dans notre mémoire qui ne nous rappelle pas le signe dont nous avons besoin. Faites donc apprendre la valeur de tous les signes qui sont dans Fénélon.
On vous dira que Boileau a dit :
Ce que l'on conçoit bien s'e'nonce clairement , Et les mots , pour le dire , arrivent aisément.
Vous répondrez : « Croyez-vous, monsieur, que Boileau a dit soit un raisonnement en bonne logique? — Mais l'autorité des grandshommes! — Admettez-vous l'autorité des grandshommes ? — Quel est le présomptueux qui oserait la rejeter? — De quels grands-hommes admettez vous l'autorité? — De tous. — Cicéron vous paraît-il un grand-homme? — Pourquoi cette question ? - — C'est que Cicéron a dit que les mots n'ar-
rivent pas aisément pour e'noncer clairement ce que l'on conçoit bien. » Cice'ron pense que les mots présomption > mouvemens sages, mouvemens mesurés , etc. , etc. , n'arrivent pas plus aisément que tabatière et mouchoir quand on ne les a pas appris , et qu'on ne les a pas répétés bien souvenl.
Laissez donc Fargumentateur, et vérifiez si votre élève connaît tous les mots, toutes les expressions , toutes les tournures , enfin tout ce qu'on peut apprendre dans Télémaque.