‹ Enseignement universel (volume 2)Chapitre 17 sur 31 · NEUVIÈME EXERCICE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME EXERCICE

Le maître donne à faire des traductions , par exemple : Les regrets de V ambitieux sur les regrets de Calypso.

L'élève : U ambitieux ne -peut se consoler de Ici perte de ses titres et de ses dignités. Dans sa douleur y il ne peut plus supporter la vie. Il se voit abandonné , des flatteurs qui V entouraient , et qui le fuient. Il ne trouve en lui-même aucune consolation. Il sent dans son âme un vide affreux qu'il ne peut remplir. Les faveurs dont il a joui , les projets qu'il avait conçus ne lui paraissent plus qu'un songe. Tout lui rappelle d'amers souvenirs ., et ses pensées se tournent .sans cesse vers l'objet étemel de ses regrets et de son désespoir.

Voilà un nouvel exercice très important : c'est la traduction. Les regrets de Phiîoctète , dans le premier exemple , sont une imitation. Il n'y a que le nom et les faits à changer ; les expressions conviennent presque toutes aux deux sujets , parce que le sentiment que Phiîoctète éprouve a beaucoup de rapport avec celui de Calypso. Quand nous parlons des regrets de l'ambitieux,

nous généralisons davantage les faits; il ne s'agit plus de grotte ni d'antre : nous ne pouvons imiter que les réflexions de l'auteur ; et c'est cette espèce d'imitation que nous appelons traduction.

On peut traduire toutes les réflexions , et même toutes les suites de réflexions. C'est une source inépuisable d'exercices. On demande tantôt les regrets de l'ambitieux , tantôt ceux de l'avare , etc. L'analyse de l'idée regrets se trouve dans l'auteur, et tout le monde la savait avant de l'avoir lue ; l'analyse de l'idée ambition est encore dans le livre , et d'ailleurs on la connaît aussi d'avance : de sorte que celui qui a vérifié que Télémaque ne contient que des réflexions que tout le monde a faites , celui qui a appris la langue par nos exercices , est propre à tout. C'est véritablement ici le développement oratoire qu'on imite dès qu'on aperçoit un rapport entre le sujet qu'on se propose et le sujet traité par l'auteur. C'est ce que nous faisons tous au moyen de nos lectures qui nous inspirent à notre insu.

Sous ce point de vue , Fénélon est la traduction d'Homère et de Virgile ; Bossuet , Cicéron sont dans Fénélon. L'élève de l'enseignement universel qui les aura reconnus dans son livre, aura acquis des connaissances fixes et durables, puisqu'il n'oubliera jamais ce qu'il a si souvent répété.

On ne voit dans chaque leçon qu'un exemple ; mais le maître éleyé dans la méthode sait bien ce

qu'il doit faire; et ce que j'écris n'est pour lui qu'un mémento. Les autres ne voudront pas faire l'expérience , et n'ont par conséquent pas besoin de plus grands développemens.

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