‹ Enseignement universelChapitre 14 sur 36 · DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

DE L'HISTOIRE

L'histoike est le rëcit des vices, des vertus, des bonnes qualités ou des défauts de certains hommes. // ïCy a pas de meilleur moyen ^ dit Bossuet , de découvrir ce que peuvent les passions et les intérêts , les temps et les conjonctures. Nous prétendons, comme vous le savez, que ce moyen n'est le meilleur que parce que nous ne nous étudions pas nous-mêmes; mais fait cela qui veut. Je n'ai pas besoin, pour connaître 1 orgueil, de regarder, dans la nuit des temps, Nabuchodonosor; il me suffit de jeter un coup-d'œil sur mon voisin ou sur moi-même. Je ne comprendrais même pas tous les personnages de Thistoire si je ne leur ressemblais pas. Mais Bossuet était forcé, par les conjonctures, de suivre la vieille méthode qui suppose sans f aison que la connais-

sance des faits anciens est plus instructive que la connaissance des faits qui nous entourent ^ quoique ceux-ci soient absolument les mêmes. JBossuet a donc fait une histoire. Il nous reste à la vérifier j et la vérification suffira pour nous Tapr prendre.

Pndit qu^il est utilede connaître Fhistoire pour en parler avec les gens instruits. Geh est agréable sans doute; maison peut très-bien s'entretenir philosophiquement des mèÙYèmenB du cœur humain ^ sans aller bien loin chercher des faits et des exemples. Ainsi , l^tilité réelle de Thistoire résultant de la connaissance qu'elle nous donne

du coeur de l'homme ^ et chacun de nous se connaissant lui-même quand il lui plait> on n'a pas besoin d'étudier Néron et Marc-Aurèle pour savoir ce dont les hommes sont capables. Mais tout est conviction dans ce monde en fait de savoir* Gen'est pas de la science^des raisonnemens qu'on exige d'un homme ; c'est telle science , tels raisonnemens : ce n'est pas même telle science ; c'est telle partie de la science. Celui qui ne connaît pas les temps fabuleux prétend qu'ils sont inutiles à connaître. Qui sait par cœur les dynasties d'Egypte appelle cela le vrai savoir. Enfin^ quand nous parlons d'une science , l'amour-propre de

cksM^un de nous traduit; tout bas le propos de Sertorjôs <}UQ j'ai déjà cite, et noas disons : La scienoe n'^ pas dans la science ; la vraie science y la scienoe Htîleest toute dansée que j^en connais. II. est d'aiUemrs tous les joilrs) plus nécesciaii^ de restreindre ainsi le mot science. Nos derniers neveux serbnl encore plusembarrassés du choix; car les &its se succédant et se multijJiant cha-< l|ue jour, il fandî^ alors cofivsenir quç toutes nos cocmaissaiiceside détail snr Fantiquité sont d^nu^ tiles fadaises, et on en conviendra. Cependant on n'en conviendra pas parce ^e cela est vrai, mais pavce^u'on aura besoin d'en convenir . {Nos descendans ne sauHMit peut-i-être on jour rien dé ce que nous savons ; et je crois qu'ils nous vâxi'» diront , comme nous valons bieti itos ancetres^fs'il èM: permis "d'appeler cela ^valoir. Il résulte ide là q^e telle Ou» telle scienoe n'ôte nine-donnedel'in-t lèliigefilée-, -pas -plus qu'aune carrière ne doniie Ll Ëreùlté de tà$41er les pierres, de les dlisposei^jd d'élever un psAais ou une çaftmne. *

Le préjugé. qui nous fait croire à Ja sopécio^ rite de l'intetligence des savans a beaucotip d'ân7 convéniens; ii nous persuade que la mémaimét l'esprit c'est la même chose. Dèsxfu'on sait^ on s'imagine qu'on a raisonné, et l'on étudie de h

méilie manière les faits, qu'on ne peut pas deviner, et les réflexions d*autrui, qu'on doit faire $oi-mêine. On nous entretient dans cette abjection, en notts faisant croire que celui-là est tiii orgueilleux c[ui s'ëcrie : Et moi aussi je suis pdn* tre! On ne voit pas que l'orgueil n'est point dans éenoble mouvement de Pâme. G^est Tîntelligence hlunaine qui se regarde, qui se voit, qui se sent, qui se juge, il n'y a pas d'orgueil à dire tout hamt : Et ttioi aussi je suis peintre ! L'orgueil consiste à dire tout bas des autres : Et Vous non plus iFOUS n'êtes pas peintres. Je dis, moi, que nous Mffifnès lotis peintres. J'ajoute ; pour revenir à mon sujet , que nous sommes tous des modèles à étudier ^ il h'y<a pas un de nous qui ne soit,/ pour sa propre instructron , un aussi bon original que tous les originaux de Fhistôire.

Indépendâmîhent de la prétendue ' nécessité de cwinaître précisément tels fcits plutôt que^ tels 'autres, on va se récrier d'admiratioii sur Tacite : Les Annales de Tacite ne sont donc pas ,* selon vous , diira-t-on , la Source d'une solîde^ instruction ? — Oui, saris doute : mieux vaut' étudier l'art oratoire dans Tacite que dans tel gazetier qui ne sait pas sa langue , et qui ne sait pas même raconter les faits. Tacite , orateur.

est un beau modèle ; mais la rhétorique n'est pas rhistoire : et il n'y a pas plus d'histoire dans Tacite que dans tout autre historien. Je sais bien qu'on confond tout cela, et que l'historien le plus éloquent passe pour le meilleur historien. Aye? soin de £iire la distinction; et^^ d'après notre méthode , n'apprenez pasTacite, d'abord^ commencez par vous apprendre* S'il est vrai que ce qui se passe aujourd'hui fera un jour de l'histoire y démêlez , dans Tacite , la raison des explications 9 des réflexions , du blâme , des éloges qu'il donne à ses personnages; pensez aux commérages d'aujourd'hui ; vérifiez : vous trouverez tout cela dans Tacite. Séparez donc l'histoire de l'éloquence. Il y a , dans le monde ., une histoire sans réflexion de la part de l'écrivain ; il n'y en a qu'une : c'est l'Evangile.

I". Fait. Le premier homme, et la première femme ont succombé a la tentation. Tant qu'Adam et Èi^e obéirent a Dieu^ ils jouirent d'un bonheur que nous ne sentons point ; mais tous les peuples se font une image de cette félicité quand ils parlent de l'âge d'or.

Vérifiez.

Il n'y a qu'un personnage qui ne succombe jamais à la tentation : c'est Mentor ; mais Men-

tor n'est pas un homme. J*ai vu la peinture de l'âge d'or dans mon livre, et j'ai bien pensé que le bonheur, dont Fénélon retraçait l'image, n'ëtait , malheureusement, qu'une peinture. Je sais , par moi-même , qu'il n'y a pas de bonheur sans la vertu*

n« Fait* Cam tue son frhre AbeL ha jalousie nikre des meurtres.

Vérifiez.

Celui qui aurait lu l'histoire grecque penserait à Atrëe et Thieste, à Etéocle et Polynice, C'est le même crime. Abel était vertueux : voilà la différence. Mais, nous qui ne connaissons que Télémaque, nous dirons : Pygmalion fit périr son beau-frère ; Astarbé et Malachon , Protésilas et Philoclès nous fournissent aussi précisément la réflexion de Bossuet : La jalousie mère des

meurtres.

ni* Fait. Après le déluge j qui arriva 1656 0115 apt^ la création du mx)nde, les hommes construisent la tour de BabeL Premier monument^ dit Bossuet, de l'orgueil et de la faiblesse des hommes.

^ Vérifiez.

Idoménée fit élever des tours , d'où ses troupes

pouvaient accabler de traits ses ennemis , qu'il

* Il

ne croyait pouvoir rechercher sans bassesse. Les barbares implorent le secours de tous les peuples voisins^ et Mentor dit à Idoménée : C est par ces tours que vous êtes dans un si grand péril. Ces tours étaient donc un monument de l'orgueil et de la faiblesse dldoménée.

A quoi sert de connaître un fait plutôt qu'un autre? Y a-t-il des faits plus ou moins instructifs ? Il y a bien des monumens de l'orgueil et de la faiblesse des hommes dans Télémaque sans parler de ces tours. Etudions l'histoire comme on étudie une langue, pour nous mettre en rapport avec les hommes instruits; mais ne pensons pas y apprendre quelque chose de nouveau. Tout est dans notre livre , et notre livre lui-même ne contient que ce que nous savons tous. C'est une honte de convention d'ignorer les principaux faits de l'histoire , et il faut se soumettre à toutes les conventions : elles sont le lien de la société. Celle-ci peut très-bien se passer de nous ; mais son existence et son maintien nous sont absolument nécessaires. Suivons donc l'usage; mais n'oublions pas que c'est un usage que la raison n'approuve ni ne désapprouve, pas plus que l'usage contraire. Il y a toujours eu, il y aura toujours des usages; ils varieront de temps en temps;

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mais la raison n'interviendra jamais dans ces changemens que pour nous dire : Vous faites partie de l'espèce, suivez : d'ailleurs volentem ducunt y invitant trahunt fata. Si vous voulez pourtant demeurer homme dans ce tourbillon , conservez assez de sens pour voir qu'il s'agit d'un usage.

Ce qui est, dit-on, est bien ou mal. Si la chose est bien, pourquoi voulez- vous la changer ? Si elle est mal , pourquoi ne ferions-nous pas mieux? Je ne veux rien changer, parce que je ne veux jamais que ce que je peux. Et puis le bien, le mal, le mieux > sont des questions de rhétorique que la plupart des hommes résolvent presque toujours par la simple considération du temps : à les entendre le bien, le mal, le mieux, c'est le passé, le présent et le futur. D'ailleurs , je ne m'adresse, encore une fois, qu'à ceux qui suivent l'Enseignement universel. Continuons à vérifier Bossuet.

IV* Fait. Nembrody Jwmme farouche j, denent, par son humeur violente ^ le premier des conque^ rans. Il était roi de Babylone oii les Chaldéens obsen^èrent les astres , comme les Egyptiens les observaient a Thèbes et a Memphis.

Vérifiez.

On parle de Thèbes et de Memphis dans notre livre. Les Tyriens, dit Narbal, obsetvèrent les ùsifes , loin de la terre ^ suwant la science des Égyptiens et deà Babyloniens. Enfin , Adraste ëlalt conquérant, et il avait une hu* meur violente.

Que l'humeur violente soit le caractère dîstlnctif d'un conquérant, cela n'est pas difficile à voir. Cependant qu'un de vos élèves ne fasse point une objection que sa (>a)resse pourrait lui suggérer : Si tout est dans mon livre, et si mon livre est en moi , à quoi bon tout cet appareil ? Je vais m'enfermer dans moi-même, je m'envelopperai dans ma science, et je réfléchirai bien tout seul, puisque j'ai de l'intelligence comme un autre. J'avoue que cet exercice est le principal de tous ; il est la base de toutes les études; il feut y revenir sans cesse. Un quart d'heure de méditations sur vos lectures , vaut mieux que plusieurs mois employés k lire. Mais une méditation éternelle ne vous apprendra pas un seul mot dont vous avez besoin dans la société des hommes. Vous ne pourrez parler d'histoire, de géographie, de mathématiques , etc. , à personne. Tous ces faits , toutes ces langues différentes vous seront inconnus , et vous

serei classe d'aprè3 le degré de votre ignorastce. Sans doute, celte objection n'est qu'un prétexte; celui qui la fait le sent bien : aussi je doute qu'il soit satisfait de la réponse. On n'avoue jamais sa conviction quand on a intérêt de îi'être pas convaincu. Laissez ce paresseux quelque temps à lui-même ; il sentira bientôt les inco^véniens de cette contemplation taciturne de son être. Les Anglais, dit-on, sont pensans , et les Français sont légers. Je n'ai jamais compris cela. Si la chose est vraie , les principes de l'Enseignement universel sont faux ; car je crois qu'un livre anglais où se trouve la peinture des mœurs anglaises, n'est ni plus ni moins instructif qu'un livre français. Le peuple anglais ou le peuple français, c'est la même chose :, ce sont deux êtres abstraits. Je ne sais pas ce que c'est qu'un peuple qui a tort, ou un peuple qui a raison. Un Anglais, un Français ont la même intelligence : chacui^ d'eux en fait l'usage qu'il lui plaît. Vertus, vices, défauts, bonnes qualités, tout est égal de part et d'autre. La différence est dans la volonté, non pas dans la nature, ni dans le climat , ni dans le gouvernement : Homo sum^ humani nihil a me alienum puto, voilà la règle commune. Mais n'y a-t-il

pas des défauts pires que d'autres ? Question de rhétorique. Un Français parle quand il devrait se taire ^ et un Anglais se tait quand il devrait parler. Ce serait un discours plaisant que celui où Ton discuterait de quel côté est la raison. 11 y a de grands hommes en Angleterre, en France, partout ; il y en a de petits dans tous les coins du globe : sans doute ils ne sont pas difficiles à trouver, mais ils ne sont ainsi que parce que cela leur convient. Quant à moi, je lis l'histoire de France dans lliistoire d'Angleterre. Ceux qui croient au climat peuvent, encore une fois, se dispenser de continuer : la vérification de toutes les histoires sur une seule n'est pas à leur usage. Qu'ils apprennent tout, c'est le bon moyen de • ne rien savoir.

V* Fait. 2083 ans après la création du monde j du temps d'Abraham ^ Inachus fonda le royaume d'^Argos.

Joseph y fils de Jacob y descendant, d^ Abraham ; ses frères furent jaloux de sa vertu ^ et la jatousie est y pour la seconde fois^ cause d'un parricide.

Vérifiez.

C'est toujours la même chose. Cela a déjà été dit. Bossuet, dans la rapidité de son récit, sup-

pose que le prince conhait tous les détails historiques. L*écolier qui a lu YEpitome historiœ sacrœ sera donc instruit d'un plus grand nombre de faits que l'élève de Bossuet lui-même. Il est vrai que l'histoire de la religion doit être connue de tout le monde , et Bossuet n'a pas manqué, dira-t-on, d'en instruire le dauphin. Sans doute 9 mais je veux dire que celui qui n'aurait appris que Bossuet ignorerait beaucoup de faits de l'histoire profane; car, partout^ la marche de l'écrivain est la même; il avance toujours sans regarder à ses côtés. Cependant l'homme qui posséderait le discours sur l'histoire universelle embarrasserait l'homme le plus savant du monde qui aurait lu le même livre ; plus il en aurait lu d'autres, c'est-à-dire, plus il serait savant, moins il répondrait à l'homme de ce petit volume. Ne lisez donc pas toujours, mais relisez sans cesse. Vous ne saurez pas tout, mais vous saurez bien; écoutez les sa vans, leur conversation vous instruira ; parce que vous la retiendrez à l'aide de votre mnémonique. Mais ils n'apprendront rien avec vous. Les uns vous écouteront d'un air distrait et dédaigneux; les vrais sa vans, ceux qui ont remarqué qu'on s'instruit avec tout le monde , vous écouteront , mais

ils oublieront ce que vous aurez dit^ tout savaus qu^ils sont, s'ils ne suivent pas notre méthode sans le savoir ; s'il ne se forme {las une liaison d'idées qui rattache, dans leur tête, ce que vous dites à ce qu'ils ont appris laborieusement dans leurs veilles* On ne retient que ce qu'on répète : et si la répétition est continue, on va vite ; si elle ne se Êiit qu'à de longs intervalles, et à force de changer de livres, il faut ]{ien du temps pour qu'elle opère son effet. Cependant je vois que les autres semblent avoir pris des précautions pour cela : tous les livres sont copiés les uns sur les autres , et les rayons d'une vaste bibliothèque ne sont guère que des répétitions éternelles ; mais les sayans qui lisent ce que les savans écrivent sont loin de s'en douter, puisqu'ils amassent chaque jour de nouveaux livres. Aussi ce n'est qu'après avoir longtemps fatigué leurs yeux et leur esprit que celui-ci se ùàt enfin , malgré eux , de tout leur farrago , à peine un petit volume de produit bien net.

yp Fait. Cécrops fonda douze idlles dont il composa le royaume d'Athènes. Les peuples de C Egypte s'établissent en divers endroits de la Grèce.

Vérifiez.

» J'aime la Grèce ^ dit Sésostris; plusieurs }) Egyptiens y ont donné les lois. » fiemarquez que Fénélon suit notre méthode^ et qu'il ne compose que sur des Ëiits.

VIP Fait. Motse affranchit le peuple hébreu de la tyrannie des Egyptiens. Josué conquiert la terre sainte.

Pélops ligne dans le Péloponnèse. Belj roi des Chaldéens, reçoit , de ces peuples, les honneurs divins.

Vérifiez.

Voyez si la réflexion que vous fournit le Eût inconnu ne se trouve pas dans quelqu'un des faits de votre livre qui vous sont connus d'avance. Ainsi 9 par exemple ^ Bel reçoit les honneursdinns. Isis^Osiris^ etc. ^ les bienfaiteurs du genre humain ^ ont été souvent déifiés par la reconnaisssance^ dit Massillon. Dans ce cas c'est une folie des peuples , et , par conséquent , cela n'apprend rien ; mais si on suppose que Bel se faisait rendre les honneurs divins ^ ce trait d'orgueil n^est pas neuf non plus pour moi. Voyez Nabopharzan dans Télémaque.

VHP Fait. 2820. Prise de Troie.

Samuel dernier jugcj et Saul premier roi des Hébreux.

Médon et Niléèj fils de Codrus qui s'était dévoué a la mort pour le salut de son peuple , 5e disputent la royauté; les Athéniens créent des Archontes j et Médon fut le premier.

Vérifiez.

La mauvaise conduite de Bocchoris ( fils de Sésostris qui avait fait le bonheur de TËgypte ) révolta les Egyptiens qui nommèrent roi Termutis*

Nous avons déjà vu des haines et des disputes de frères. Les vices, les passions sont toujours les mêmes; les vertus aussi, témoins Sésostris et Codrus. Mais c'est surtout les malheurs, que causent les passions, que nous remarquons, parce qu'on n'est pas toujours puni sur-lechamp de ses fautes* La conscience parle quelquefois si bas, que la distraction des succès, l'emportement des passions étouffent sa voix pour quelques instans. C'est un soutien de plus pour notre faiblesse que de terribles exemples ! Mais le plaisir de bien faire est une assez douce récompense pour la vertu; rien ne peut nous distraire de cette jouissance intérieure : les exemples, les promesses sont moins nécessaires»

L'homme vertueux est payé à l'instant même ; le méchant tarde quelquefois à l'être; la récompense de la vertu l'accompagne toujours*

Nous préférons de parler dès vices , dans ces exemples de vérification ( et ici ce ne sont que des exemples ) , parce qu'il est plus facile d'être d'accord sur ce point; car on contestera que Sésostris fut un homme vertueux y et l'on ne trouve , au contraire , guère de contradicteurs quand on blâme. L'exercice sera donc beaucoup mieux compris de tout le monde.

IX® Fait. 261 de Rome. Rome^ qui s'était si bien défendue contre les étrangers^ pensa périr par elle-même : la jalousie s'était réveillée entre les patriciens et le peuple; la puissance con-^ sulaircj quoique déjà modérée par la loi de P. Valériusj parut encore excessive a ce peuple jaloux de sa liberté.

Vérifiez.

Notre plus grand ennemi y c'est nous-mêmes. On sacrifie j dit Mentor , les plus grands inté"

rets a ses faiblesses Est-ce donc là ce

vainqueur des Dauniens ?

Voici encore la jalousie mère des meurtres. Il est vrai qu'il s'agit ici de peuples et de patriciens; mais la passion est la même : c'est une tra-

gédie terrible 9 mais en même temps une coïxf4àie ridicule aux yeux de la raison. Nous avons d^jà entendu Massillon : L'élévation qui blçsse déjà rorgueil de ceux qui nous sont soumisj les rei}d des censeurs plus séi^hres et plus éçlcûrés de ^qs i^ices , C'est la traduction de Bossuet. Dans de telles circonstances ^ les patriciens faisaient de la rhétorique comme les tribuns. Dites cela aux tribuns^ dites-le aux patriciens^ ils s'emporteront et joueront U|ie nouvelle scène de la pièce qui se joue depuis le commencement du monde : pièce tragique poiir les individus^ et comique aux yeux de la raison, quap4 W songç à r^plomb , k Vemph^^s^ avec lesquels on débite tant de sornettes! Au milieu de toutes ces agitations, le mpud^ iv^ com?pe il va et comme il allait. Les individus m^me ne changent pas plus que Fespèce ; mais ils le pourraient : voilà la difTérence. Un peuple coupable , un peuple innocent , je Tai déjà dit , ces mots n'ont point de sens. Gela ne s'entend qu'en parlant d'un seul individu; car un individu seul peut changer de conduite, quoiqu'à le voir on le croirait entraîné par la nécessité comme l'espèce. Je n'ai point connu d'homme qui ait changé d'aviis. On se tait quelquefois, on le cache, on en

montre un autre que Ton fait même sonner bien haut; mais attendezle moment propice , et vous verrez: croyez au changement d'avis,' et vous se rez presque toujours dupe. Enfin , pour comparer les petites choses aux grandes y celui qui a dit que nos élèves.d'un an ne sont point dans les universités , le dira toute sa vie : il se taira peutêtre quelque jour ; mais , à la première circottS-^ tahce , il redira : Je disais bien que les feits ne sont pas constans. Ceux qui se âchent dé tant d'opiniâtreté ont tort. Telle est l'espèce, tel est f hoinme. Nous ne pouvons p^s faire des hommes en faveur de l'Enseignement universel Ceux qui sont pourraient se corriger , mais ils ne le voudront pas; et c'est dans ce sens que je dis : L'homme est pour l'homme le plus utile des instrumens comme le plus invincible des obstacles.

Celui qui serait élevé, dans les principes de l'Enseignement universel ne serait point orgueilleux. Tout homme a autant d'intelligence que lui ; il le sait bien. S'il a un malheureux caractère , il fait seS efforts pour corriger cette humeur qui le ronge. S'il a du courage , il s'en sert pour supporter la vie. Il sait que la rhétorique et la raison n'ont rien de commun ; il se

défie des prestiges de son éloquence quand l'action peut nuire au prochain. Nous n'avons pas besoin d'apprendre la rhétorique pour être soumis à son empire. Le cœur est le plus éloquent^ et par conséquent le plus dangereux des orateurs. Mais il est des circonstances où l'homme raisonnable (autant qu'on peut l'être ) s'abandonne avec plaisir aux douces illusions ^ à ce charme de l'imagination qui donne ^ à son gré y toutes les couleurs qu'il lui plaît à l'objet qu'on envisage. L'objet le plus terne, adroitement retourné, présente à l'œil ébloui une facette moins sombre, et quelquefois d'autant plus brillante que les ténèbres sont plus épais* ses. Arrêtez vos regards sur ce reflet du sentiment qui brille dans les yeux d'un ami fidèle, d'une épouse chérie , d'une tendre mère j ou d'un fils bien-aimé. Le plus petit rayon de lumière suffit pour éclairer les ténèbres quand l'on y vit depuis long-temps : ne détournez point ce précieux rayon ; ne songez point -à l'éclat qui lui manque. Regardez , regardez encore quels sont les objets qu'il vous montre. Ne. suflSsent-ils pas pour rassasier, une âme sensible? Un père heureux s'aveugle sur les défauts de ses enfans; mais, dans le malheur, on a presque

toujours de bons enfans, et alors que nous manque-t-il? La tendresse paternelle ^ ingé<nieuse à trouver des perfections en ce qu'elle aime y peut-elle cesser d'admirer ces images^ et de s'y complaire ? épuisera-t-elle cette source inépuisable de jouissances ? Ainsi le sage vit content même sans être heureux. Exercez-vous à cette rhétorique , vous en aurez souvent besoin ; . mais ne changez pas sans cesse d'allure. Tous les chemins de la vie sont rudes; vous aurez beau changer de route ^ vous ne sortirez pas de cette vie : restez dans votre sentier, allez tout droit; vous ne pouvez pas aller mieux si vous cheminez avec votre conscience.

Voilà les principes de l'Enseignement universel. Mais tout cela fôt-il faux , la méthode pour apprendre en un an ce qu'on enseigne en sept n'en serait pas moins vraie \ c'est un fait tout aussi vrai que celui-ci : La jalousie est mère des meurtres.

C'est à vous que je m'adresse, à vous qui, comme moi , travaillez pour vivre. Le chemin de l'instruction n'est pas le chemin de la fortune. Vous le connaissez bien le chemin de la fortune ; je le connais aussi, et ce n'est pas par bêtise que je ne l'ai pas pris. On le prend

quand on veut ; mais on n'y voyage pas toujours en bonne compagnie. La jalousie est mère des meurtres.

X* Fait. Durant tous ces temps ilya eu heaucoup de grands hommes parmi lesquels il se mêle beaucoup d^extraçagans a qui on ne laisse pas de donner te nom de philosophes y dit l'historien.

Tel dé ces philosophes que Bossuet appelle grands hommes , fut chassé d^Âthënes comme athée.

Faites attention à toutes ces sectes différentes. On change sans cesse, e sempre bene^ à entendre ceux qui adoptent lé changement.

Hippocrate était observateur; il faisait de FEnseignement universel ; il partait des Êiits. On nie aujourd'hui plusieurs faits avancés par Hippocrate. Ainsi on a cru long -temps à des £iits faux, ou bien on conteste à présent des vérités palpables. Voilà le cercle vicieux dont Tespèce ne sort pas. Mais , pourvu que quelques-uns des feits avancés par Hippocrate soient vrais , il a rendu un grand service ; il a montré la vraie route : il est le père de la médecine. Suivez l'exemple d'Hippocrate; attachez-vous aux faits , vous ferez de la rhétorique

après : qu'elle soit bonne ou mauvaise y cela n'a pas d'inconvéniens; mais n'imitez pa& le& ora«> teurs médecins ; ne vous laissez pas éblouir par les arti£u:es oratoires de ces grands écrivains.

De nos jours , M. Broussais a appris au monde un fait nouveau : on a nié le fait; puis on a suivi le vieux exemple des détracteurs de la vaccine ; on a discuté , les uns gravement , les autres avec fureur; on a écrit pour savoir si le fait pouvait €tre vrai. Cependant , si le fait est vrai , nous ne remercirons jamais assez M. Broussais ] et si le tait est faux , il ne vaut pas le temps qu'on perd à disputer et à faire des phrases sur rien. Voilà qui est évident : mais on ne peut pas changer l'usage. Il n'y a pas de corporation qui se soit jamais prononcée sur un Eût nouveau dans les sciences. Gela n'est pas de leur compéjteiiçe. Nec probcuisj nec improbatis ; voilà la langue des cwporations. Gela ne dit pas grand'chose ; mais c'est la langue des corporations. Pour apprendre cette langue il ne faut pas da maître : Maelzel suffit.

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