DE LA GEOGRAPHIE
L'hIstoirb, éclairée par là géographie et là chronologie , est line étude accessoire qu'il iie faut pas négliger. Mais la géographie se voit ; il ne s'agit que de retenir les positions qu'on a observées sur la carte. Pidèles à notre système mnémonique^ nous n'étudions pas la géogra* phie comme science j pour l'approfondir, il feut attendre que l'on connaisse les mathématiques. Nous nous contenterons de régarder sur la carte la situation de tous les objets dont il est question dans nos livres. On peut même s'amuser à faire de mémoire des cartes qui ne contiennent que les noms des lieux dont on parle dans les livres que nous apprenons.
Vous observerez que nous ne développons en ce moment notre méthode que dans l'intentâon
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de montrer cominent on enseigne la langue maternelle. Les autres connaissances que nous rattachons à cette étude ne sont supposées qu'ap-^ cessoires. Quand on voudra apprendre quoi que ce soit à fond et promptement ^ on suivra la marche indiquée pour la langue maternelle : Ayez un livre auquel vous rapporterez tous les autres. Chaque science en particulier demande un développement spécial que je me propose de donner successivement. Maintenant il ne s'agit que de donner une règle pour acquérir des notions peu nombreuses , mais suffisantes ^ mais fixes et durables de tout le reste^ quand on sait bien une chose dont on Êiit sa principale occupation.
L'exemple que j'applique à la géographie suffit pour diriger dans toutes les autres études. Je suppose 9 en effet y que ^ sachant la littérature par la méthode , je veuille jeter les yeux sur un livre de physiologie. Mon intention n'est point de devenir physiologiste ^ mais les sciences sont soeurs; d'ailleurs je ne connaîtrai pas bien toutes les ressources de ma langue si je ne lis que les littérateurs : c'est dans la langue de la physique, par exemple 9 que nos grands poètes ont puisé tant d'expressions énergiques et de comparai^
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soné^ sensibles* Je lirai donc la physic^^ d^ns un bon écrivain ; je me perfecUonnçrai dUin» réttide des expressions el des locutions} je comparerai les styles des difiërens genres* Ces &ite et ces exercices nouveaux me feroni faire desréflexions nouvelles, et comme je continue la route qui m'a été tracée dès reiifance, je ne saurais m'égarer : point d'efforts, point de tâkonnemens ; je ne change point d'allure ; je ne re-* commence pas mon éducaticm j je reste dan$ mes habitudes ; je répète sans cesse ce que j'ai appris ; je crains toujours de l'oublier : c'est la base de tout l'édifice; c'est le terme de comparaison auquel je rapporte tout. Il se forme ainsi , dans ma tête y de perpétuelles liaisons d'idées; mais leur nombre ne saurait nuire à leur clarté : l'ordre qui règne dans toutes mes acquisitions ne me permet pas de les confondre. Tout est sous ma main , à ma disposition ; je le retrouve quand je veux. Je lis, par exemple ^ dan» un physiologiste, l'explication de ce qui se passe dans le sommeil; je compare ce que j'ai lu dan» mon livre de littârature, sur les songes, avec l'opinion du savant , et cette comparaison grave à jamais dans ma tête le raisonnement du mé^ decin à edté de la descriptkm du poète.
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lien eA ainsi de la botanique ei de toutes les autres sciences : les premiers ëlémens en so^t partout. Le littérateur emprunte de toutes p^rt^ il prend de toutes mains pour nourrir son es^ prit^ peur entretenir ou rallumer le feu de son imagination.
Personne ne doute que celui-là serait très-sa*vant qui connaitrait un livre , el qui saurait tous les commentaires auxquels il a donné lieu. U est vrai que cette supposition est absurde dans la vieille métkode : ce résultat ne peut •are obtenu qu-à force de veilles et d'années ; il est le £ruit des efforts continuels d'une mémoire qui succombe sans cesse sous le Êirdeau d'an nombre prodigieux de faits et de réflexions nouvelles, éparses, sans ofdre, et, par conséquent, sans liaison.
Mais ce qui paraît presque impossible devient un jeu quand on conunence par savoir un livre. Il e^t aiié de s'apercevoir que tous les autres livres ne sont autre chose que le commentaire et le développement des idées contenues dans le premier. C'est cette remarque , c'est cet eiercice^ que nous appelons T<hU est dans touê^ qui rend £unle l'acquisition d'un aombl*e illimité de connaissances nouvelles.
N^apprenez donc jamais rien sans le rapporter par la pensée au premier objet de tos ëtu* des. Cet exercice doit durer toute la vie. Amassez sans cesse , vous ne serez jamais écrasé sous le fardeau de la moisson. La chaîne de vos connaissances ne sera jamais interrompue; vous en retrouverez à volonté tous les anneaux qui se tiennent sans aucune solution de continuité. Les observations d'autrui, comme les vôtres, deviendront votre propriété assurée : vous la communiquerez quand il vous plaira , sans pouvoir l'aliéner jamais. 11 se forme ainsi des liai* sons intimes entre vos idées', elles s'entr'aident, elles se développent, elles s'éclaircissent l'une par l'autre; quoiqu'elles se touchent par tous les points, elles ne se mêlent pas. Tout a sa place assignée; tout s'e présente sans qu'on le cherche; tout se retrouve quand on le veut : la plus par&ite unité règne dans cette variété infinie. C'est un cercle immense, dont les poioAs innombrables se présentent à la pensée un à un, s'il lui plaît, réunis ou désunis au nombre qu'elle a fixé; enfin, dont tout l'ensemble et les détails ne forment qu'un tout que l'intelligence peut embrasser d'un seul coup-d'œil.
Celui à qui M. Las-Cases a enseigné l'anglais
a paiÊiitement compris cette méthode^ Ce n'é^ tait point, quoiqu'on en dise , un homme su-*- .; ^^
périeur par TinteUigence ; mais il fut extraorr dinaire par la volonté^ Jamais il n'aurait cru à notre méthode s'il n'en eût pas Êiit l'expérience. Il avait presque tout appris; mais il avait voyagé par Tancienne route, et lorsqu'il entra dans la nouvelle, il se crut égaré en pays perdu : il ne retrouva rien de semblable à ce qu'il avait vu; il lui semblait qu'il reculait au lieu d'avancer. Aussi^ écoutez ces paroles d'un homme en extase à la vue d'un événement auquel il ne s'atendait pas : s A peine , dit*il , a-^-on lu cin- ^
quante pages , qu'on est tout étonné de voir qu'an ») sait sa langue. » Voilà ce qui arrive ai;ix en*» fans mêmes 9 s'ils ne se découragent pas y comme le grand voyageur nous apprend qu'il a cent fois été tenté 4e le taire Tout autre savant comme lui n'aurait pas eu sa patience ; il se serait arrêté trop tôt; il aurait été convaincu qu'il fai* sait Ëiusse route , et il aurait perdu son temps : car l'illumination est soudaine et instantanée pour ainsi dire. Cette route ressemble ( en ceci seule^ient ) au voyage de long cours dans lequel, on ne voit pas la terre à moitié chemin ; mais 0^ arrive, et l'on voit tout, à l'instant où on y
pense le moins. Pesen bien les paroles du sarant qui à fait Petperience ! On est tout étonné de Voir qufon sait la langue. Que répondra-t-on à cela ? Je le sais d'avance. Le voici :
1 • Que le fait est Ikux ", que nous Tavons fabriqué pour le besoin de noire cause ; que ce M. Las-Cases, qui s'appelait autrefois M. Lesage, n'est qu'un élève anonyme de l'Enseignement universel, où que ce passage du Mémorial est de notre fabrique ;
2® Que, quand le fait serait aussi vrai qu'il est controuvé, il n'est pas encore concluant; qu'une méthode ne se prouve pas par Fexemple d'un seul individu; que nous n'avons pas d'autres faits, puisque nos élèves ont itê. refusés dan& les universités du royaume.
Souvenez-vous bien de dire à vos élèves que Targument le plus usité en rhétorique consiste à dire hardiment et effrontément le contraire de ce que ^adversaire soutient. Gela étonne le bon public : il faudrait qu'il se remuât pour vérifier ; mais il aime le repos.
Cette rhétorique, je le sais, ne fera pas fortune parmi les honnêtes gens qui réfléchissent ; mais la masse ne réfléchit pas. Elle sera donc convaincue que nos élèves ont été rejetés à Pexa-
men; cela est imprimé dans un journal, et même daté ; le moyen de refoser son assentiment aune assertion imprimée ! Le piège est certainement bien grossier , mais la niasse y donne tête baissée. Il serait bien impudent, dit-on, de nier un feiit qui serait vrai : l'écrivain , quel qu'il soit, est sans doute trop honnête homme pour s'abaisser à ce point. Conclusion : le fait doit être faux. Mais voici un autre embarras : nous disons ^ nous imprimons aussi que le &it est vrai. Regardez bien, c'est de l'imprimé que vous lisez; je signe ma déclaration, et la voici : J'ai appliqué la méthode de l'Enseignement universel à des sciences que je ne connais pas ; les individus sont vivans, connus de tous les administrateurs du pays; j'ai donné, en quelques mois, un état à des pères de famille; j'ai comme fondé des bourses à plusieurs lieues de moi , pour la jeunesse pauvre et studieuse, qui veut travailler. Il est vrai , et je l'avoue sans honte , cela ne coûte rien à ma bourse , comme on l'a dit' très-élégamment; il est vrai que je ne serais bon à rien si l'on ne pouvait servir ses semblables qu'avec de l'argent, puisque je n'en ai point. Je suis même forcé de refuser les lettres qu'on m'écrit sans être affiranchies. Voilà ma déclara-
ration. Les Wallons ent besoin de savoir le hollandais 9 je leur ai offert de les aider à remplir, à cet égard, les intentions du gouvernement. Rien de si simple, r^en de si aisé : réunissez vos académies, assemblez vos professeurs, entourez-vous de grammaires et de dictionnaires ; écoutez, consultez tous ces oraclçs, je ne m*y oppose pas ; je vous offre de vous diriger : essayez, n^essayez pas, peu m'importe; mais ne dites pas que Fétude du hollandais est longue et pénible. Rien n'est long par notre méthode; tout est long par la méthode de sept ans.
Prenez garde, je vous en prie; faites attention que tout ce que vous venez de lire est imprimé en caractères d'imprimerie, et faites, je vous en conjure , faites, pour moi, comme avec mes antagonistes : allons, soyez équitables, tenez entre nous une exacte balance; dites de moi ce que vous avez dit des autres ; Il &udrait que cet homme, qui signe, eût une impudence rare pour avancer ainsi un fait faux !
Vous voyez que je fais aussi ma petite rhétorique, et je juge qu'elle embarrassera plus d'un lecteur.
Profitons de cette divagation pour vous faire observer, mes chers élèves, que Tout est dam
iout. Ce qui nous arrive en ce moment est un £iit aussi ancien que le monde. Vous voyez bien que Fétude de mon livre est , dans ce sens ^ aussi, profitable que la lecture d'aucun autre»
Voici un singulier problème : Que le genre humain, qu'une assemblée quelconque n'ait point de volonté , je le conçois maintenant, dites-vous ; mais que tant d'individus semblent déraisonner, sans s'en apercevoir, je ne puis le comprendre , et je suis parfois tenté de croire que c'est vous qui êtes un menteur. Il vaut mieux, au bout du compte , croire que vous êtes fou , que d'accuser tant de gens de folie : pereat wtus. La raison publique est ma suprême loi. — Vous ne faites pas attention que je n'ai jamais dit que les autres ne savent pas raisonner ; je dis qu'ils déraisonnent volontairement , comme moi quand je bats la campagne, par orgueil, par passion, par préjugé, par mauvaise foi. L'homme ne se trompe jamais, surtout quand il s'agit de faire le mal et de nuire. Le duc d'Albe ne se trompait point; il savait bien qu'il faisait tomber la tête d'un innocent illustre, respecté de ses concitoyens : ceux qui, dans le temps, ne parlaient de ses atrocités qu'avec calme étaient ses sicaires, et ne se trompaient point , ou c'étaient des lâches
qui n'étaient point trompés. On ne se trotape jamais quand on fait le mal , ni quand on ca^ lomnie; autrement , il n'y aurait point de conscience.
Je ne demande donc l'avis de personne^ puisque Tavis des autres c'est le mien , et réciproquement , je donne au contraire avis , à tout le monde y que je puis enseigner le hollandais, que j'ignore, plus rapidement que tous les grammairiens du monde réunis* Je ne le dis pas pour qu'on le croie , je le dis pour qu'on le sadie : et que m'importe à moi que l'on parle hollandais, ou grec, ou latin, ou français? j'ajoute que je suis le premier maitre du monde , que je suis l'unique , et c'est de vous tous que je tiens mon brevet, car, me contester le fait, et déclarer qu'il est impossible, c'est reconnaître que je suis le seul capable. Eh bien ! je refiise même cet éloge ; je déclare , de plus , que vous pouvez tous faire ce que je feis; que chacun de vous le peut pour lui-même, sans maître ( pas plus moi qu'un autre) s'il veut suivre notre route.
Je me trompe, je ne suis pas l'unique : M. Las- Gases a dirigé son élève par notre méthode, et rélève a dit : C'e^t une méthode sûre , infaillibie , la meilleure de toutes les méthodes. Gon*-
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venez qu'en bofine rhétorique le suffrage clç cetélève-Ii vaut le suffrage de plusieurs corj>s sa-. van& qui n'ont pas répété Fexpérience.
A propos de répéter Fexpériencei per mettezmoi encore une petite observation : Quelle est Tacadémie en Europe qui a répété les expérien-* ces de Newton ? quelle est l'académie qui en doute ? O savans ^ quel exemple vous donnez aux ignorans l Quel est le médecin quia fait luimême l'observation qu'il cite? Quel est le can-*^ didat docteur qui a été témoin de tous les &its qu'il avance ! Quel est l'homme du monde qui ne répète, sans examen 9 non-seulement un fait^ mais une réflexion sortie de la bouche d'un grand? Tous cey gens-là sont-ils des bêtes?' Point du tout, cW une apparence : ils sont hommes comme moi , et je suis homme comme eux : je puis, comme eux, mentir dans mon ia« térêt; je puis appeler ^ comme eux , mon contradicteur un homme bizarre et singulier ; ils peuv^at, comme moi, user de mille petites sup^!«heri6s d'enfant pour tromper les autres; mais leurs efforts sont inutiles s'ils veulent se faire illusion à eux-mêmes, €)4i ne se trompe pas soi-même , mon bon ami lecteur. Tu peux te Ach» , et ta conscience te dira : Tu vien»
d^ajouter une sottise à la première. * — Mais je ne connais pas cet Enseignement universel. — Eh bien ! n'en pairie pas y mon cher y te dirat-elle. Ne t'occupe pas de ce charlatan de nouvelle fabrique , qui dit aux gens qu'ils peuvent se passer de son baume. Essayons de vivre désormais en bonne intelligence; il prétend qu'en m'écoutant toujours tu sauras beaucoup de choses, et qœ tu en apprendras facilement beaucoup d'autres. Gomme conscience, je t'apprendrai à ne calomnier personne ; comme raison (car je suis bonne à tout, selon lui), je te dirigerai dans tes études. — J'aime mieux me âcher. — Adieu donc, je ne puis vivre avec un fou; mais, je t'en préviens, tu ne seras point heureux , et je vais l'écrire sur ton front.
Je crois, moi, dit un modéré, que toutes les méthodes sont bonnes. C'est encore une ruse oratoire. Ne donnez pas dans ce panneau. Traduisez cet artifice au tribunal de raison. EUé vous dira que tous les chemins ne sont pas égaux. On a le droit de choisir, sans doute; mais choisir, c'est se décider par les différences qu'on aperçoit entre plusieurs choses. S'il y avait ressemblance par&ite, on ne choisirait pas ; on resterait en place , comme l'âne de la
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Êible entre deux boisseaux d^avoine , ou bien on pencherait machinalement y mécaniquement d'un coté plutôt que de Tautre y sans choix y sans décision. Ces mouvemens d^automates ne composent point l'allure de Thomme ; cela décèle les rouages matériels cachés sous une enveloppe matérielle : encore Êiut-il qu'une intelligence étrangère fasse mouvoir le ressort qui donne un air de vie à ce mannequin. Les Français ne se doutent pas qu'ils parlent flamand quand ils disent mannequin ; c'est pourtant ainsi que
les Flamands appellent un petit homme dans
leur langue. C'est une figure de rhétorique en français. Ceux qui veulent que Thomme soit composé de roues dentées , devraient convenir au moins que si l'homme est une pendule , cette pendule^là a la faculté de se montrer ellemême; quand elle se laisse monter par autrui, ce n'est point incapacité, c'est paresse de tourner la clé.
Non certainement, toutes les méthodes ne sont pas bonnes I Ainsi , il n'y a pas de milieu, la nôtre est meilleure ou plus mauvaise : la raison dit qu'il faut changer ou rester en place; que sept ans sont sept fois plus longs qu'un an , ou qu'un an dure moins que sept ,
Ëommeil vous plaira ; mais la raison dit quelque chose. Qu'un pèredefemiUedépensemillefrancs OU dix mille francs, c'est bien différent : décidez-*vous, mais ne dites pas que ces deux quantités sont égales; que toutes les méthodes passées, présentes et à venir sont bonnes^: cela ne ferait pas honneur à la méthode de nos pères , saiic* tionnée par Fusage de plusieurs siècles, si la première venue pouvait ainsi sans façon s'asseoir, à côté d'elle , sur le trône où elle règne , de temps immémorial, en dormant comme le roi de Cocagne. Les trônes ne se partagent pmnt ; ils ne sont utiles même au repos des peuples que parce qu'un seul règne sans égal, sans compétiteur. Quand les empereurs étaient deux , le peuple romain souffrait de leursdivisions. On ne vit en paix que sous un seul.
Que les hommes ^se donnent de peine pour accorder ce qui est avec ce qui serait raisonnable ! Gela est pourtant bien simple. Je vois ce qui est , ma raison le condamne, et je ne l'approuve pas. Ma raison me dit aussi que cet état de choses est invariable, et je iii'y soumets sans murmure. Mais je ne suis point humilié d'être emporté. par le torrent, et je ne veux pas non plus me donner niaisement l'air de le suivre par
raison ^ et après y avoir mûrement réfléchi. Je ne blâme rien : c^est du temps perdu ;.je ne loue pas : je mentirais.
Mais tout ceci est très-difficile à comprendre quand on n'écoute pas. L'élève de M^ Las-Cases n'a pas toift vu, et pourtant il savait regarder, celui-là. Il n'a pas vu que cette méthode , qui l'enchantait, devait être universelle; que toutes les méthodes le sont par leur nature. L'intelligence n'a qu'une manière d'être : elle applique la synthèse à tout quand il lui plait ; elle analyse tout quand elle veut : ce sont deux routes opposées, mais universelles. L'une est quelque* fois plus courte que l'autre. On va des rudimens à Gori\eille; cette marche ancienne est appliquée par toute la terre à toutes les sciences : nous allons de Corneille aux rudimens, et cette méthode est universelle et doit l'être. Quoi de plus simple? Eh bien , il ne l'a pas vu. Et je me fâcherais que tant d'autres qui ne sont pas lui ne l'eussent pas deviné ! C'est pour le coup que je serais fou.
Si on me demandait comment il n'a pas saisi une chose si simple , je dirais : On ne voit que ce qu'on regarde sans distraction, et nous vivons entourés de distractions. Les passions nous aveu-
glent : celui-là est emporte par ses désirs bouillons ; tin autre ne peut vaincre son opiniâtreté ; tel individu est trop heureux , il se complaît
dans sa situation qui absorbe toutes ses facultés morales ; il n'a que le temps de satisfaire les bejioins du^'éorps. Enfin , il y en a qui sont malheureux, et c'est une terrible distraction que le malheur ! Que j'aurais honte de moi-même si j'insultais à cette distraction-là.
J'ai déjà annoncé que j'avais remarqué plus d'une fois combien il est difficile de se faire comprendre. Des élèves à qui j'avais recommandé de vérifier la géographie, avaient cru qu'il fallait chercher , sur la carte , tous les lieux , les villes et lés fleuves dont il est fait «lention dans leur livre; en conséquence, suivant l'ordre de ce livre, ils cherchaient d'abord la position ^es lieux nommés dans la première page, et ainsi successivement. Ce travail était long et pénible.
Il faut étudier la géographie dans l'ordre inverse. On jette les yeux sur une carte, on la lit, et on s'arrête à considérer la position exacte de chaque point qu'on connaît, mais dont on ignore la situation sut le globe.
De celte manière il n'y a point de recherche , et on finit par jtout connaître sans tàtonnemens^
par «xcmple, je vois un fleuve, et la carie m'apprend quo e'est le Danube: je me rappelle ce que je connais sur ce fleuve , je le répète mentalement , l'histoire me rappelle la géographie, et réciproquement.
C'est paroe quB> dans la vieille méthode^ nous commençons sans cesse de nouvelles études, qu'il nous faut tant d'annéespour savoir peu de chose.
Qu'on ne s'étonne point -si je parle si souvent, et presque toujours dans les mêmes termes , de la supériorité de l'Enseignement universel : c'est un fait qui a été nié , et que je crois devoir afBr* mer en faveur dçs maîtres à qui j'aurais nui , aa lieu de les servir , si le succès pou^vait être cpu^ testé. Autrement, et en ne songeant qu'à moi, je garderais le plus profond silence sur ces criailleries« Je n'attache aucune importance à tout cela; le public n'a eu connaissance des résultats .^ue lorsqu'il est devenu de l'intérêt personnel des Belges de les annoncer aux pères de famille*