‹ Enseignement universelChapitre 16 sur 36 · DE LA CHRONOLOGIE · texte numérisé non relu

DE LA CHRONOLOGIE

Voici encore ane science qui a besoin du calcul 9 et qui repose sur les connaissances mathématiques. Il n*est donc pas question ici de dire ce qu'il fout Êiire pour devenir chronologiste; il faut se borner à la chronologie que doit savoir un littérateur. Le peu que nous apprendrons doit toujours faire partie de nos répétitions continuelles, notre petite encyclopédie doit être sans cesse sous nos yeux. Il suffit de connaître , par exemple , la création , le déluge. Moïse y Saiil , Salomon y Nabuchodonosor , Gyrus , Alexandre, Popilius , Sylla, etc. Rien n'empêche qu'on emploie quelque soulagement pour la mémoire.

Vérifier la chronologie et la géographie , c'est se rendre compte par le. raisonnement, et d'a-^

près les Ëiits qu'on a appris dans les livres , que le Danube 9 par exemple^ doit êlreoùon le voit sur la carte; etqueTrajan doit occuper le rang qui lui est assigné sur les tableaux chronologiques.

Pendant cette vérification ^ la connaissance de la langue maternelle devient plus complète. On apprend les mots et les expressions de deux langues particulières.

Mais tous ces tableaux s'effacent peu & peu de la mémoire \ il ne £iut compter que sur la répétition ; et y comme on ne peut pas tout répéter, on doit se borner à très-peu de chose : la réflexion fera le reste.

Il y a beaucoup de méthodistes qui ont essayé de nous instruire en nous amusant. Je ne crois pas que cette route soit sûre. Le succès est éphémère comme le plaisir qui Ta produit. On nous amuse quelque temps avec des tableaux ou d|^ images ; il semble même que tout cela se grave profondément en caractères ineffaçables : illusionl la répétition dénature le plaisir dont la nouveauté nous a séduit ; plus on le goûte , plus il devient fade et insipide : on y renonce; le souvenir même ne nous en reste plus, et avec lui la science s'évapore et se dissipe.

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Je ne ^ense pas que Racine avait' beaucoup ie plaisir à réciter sans cesse EuHpîcle , ni Dëfiiosthèneà rouler des cailloux datis sa bbtichè , ni un virtuose à- répëier'à satiëté un concerto qu'il sait par cœur. On ne peut pas acquérir une instruction solide en s'amusànt ; qikelle que soit la science ou Tart que vous cultiviez, malgré Fatdeur qui vous entraîne ou le goût décidé qui vous y porte, il se trouvera toujours un détail qui vous j^laira moins, utie partie qui vous paraîtra fastidieuse , et, malgré tout votre génie, si cette partie, ou ces détails- négligés , sont nécessaires à la perfection de rensemblé^ vous n'atteindrez jamais à la perFection. Ualle^ gro vous touche peu, ayez de la patîence : étudie:È , répétez des allegro /on l'exécution ne sera pas complète. LW^x^io vous assomme par sa lenteur, ennuyez-vous à en jouer : oh ne s'instruît pas en s'amusant. Le ton plaisant vous déplaît , rironie vous révolte par son ainertiime z'étxiélÊÈz cette lan gue, ou votre tra gédie, qui aurait été par«faite, manquera d'eiflet dans le plus bel'endroit. On a besoin de tout, et on n^âime jamais tout également ; croyez-en Boileau : on ne fait que difficilement des versfaciles.Vousavez un plaisir trop constant^ défiez-vous de ce bonheur par-

fait; et ppur finir par un calambourg, le bpn-. lieur parfait n'existe pasfnême en peinture,

,Noùs disons donc à nos élèves de ne pas $'amuser ,. et c'est Iç sujet d'une nouvelle accusa-^ tion. On exténue les gens , on les écrase dans celte méthode, dit-on; et on oublie qu'il y a neuf ou dix heures par jour, je ne dis pas employées, mais au moins destinées à l'étude dans les autres établissemens. Nous ne sommes pas plus exigeans; mais nous disons : On ne s'ins*truit pas en s'amusant. Nous disons, comme le père dit à ses enfans dans La Fontaine :

TrayaiUes , prenes de la peine :

Cesi le fonds qui manque le moins.

Apprenez votre livre; tout y est, les vices, le^ vertus. Tout est dans tout. Celui-là était de notre avis , et il le portait jusqu'à l'exagération , qui disait : Donnez-moi une ligne de l'écriture d'un homme, et je lé ferai pendre. Racontez-moi une phrase de la conversation de qui vous voudrez ^ j'y trouverai tout ce qu'il vous plaira à force de Tinterpréter de mille manières. Tout fait«allusion à tout quand on veut Le lecteur feit toujours la moitié des frais de l'esprit de l'auteur ; ij

iait quelquefois tout le mërite de Pouvrage^ dit^ à peu près ^ fiossuet en parlant de ses auditeurs^ G*est peut-être une des raisons pour lesquelles les pièces qui fourmillent d'allusions finissent par devenir insipides. Il fout sans doute que Tesprit de l'auditeur travaille *, ce n'est pas tant ce que Fauteur dit que ce que le lecteur en pense qui nous instruit et nous attache ; mais on aim^a la liberté y on veut penser à son gré; et Técrivain qui ne parle que par allusions et par allégories^ nous mène trop ; il ne nous laisse pas aller nousmêmes ; nous sommes ^ pour ainsi dire , passif^ : c'est une énigme dont tout le monde sait le mot y et qui n'a rien de piquant pour personne. Au contraire j^ quand la peinture y qu'on met sous nos yeuX;» ne nous ofire^ par allusion ^ l'image d*aucun temps ni d^ucun lieu en particulier y chacun de nous reconnaît un personnage différent; nous imaginons même, suivant la disposition de notre âme, des objets divers dont il nous semble lire successivement la description. Un seul tableau de cette espèce tient lieu d\ine galerie complète de portraits^ dont la ressem-r blanee nous frappe davantage à mesure que nous regardons phis long- temps. Ce n'est donc pa& %t\ homme, c'est l'homme qu'il faut montrer. Je

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