‹ Enseignement universelChapitre 18 sur 36 · DE L'ARITHMÉTIQUE · texte numérisé non relu

DE L'ARITHMÉTIQUE

La langue des mathëmatiqaes nous est encore absolument étrangère : il est temps d*en apprendre ]es élémens. Il &ut étudier les mathé« matiques, comme nous étudions la langue maternelle , pendant toute notre Vie : la méthode est toujours la même y commie je le ferai voir. Un géomètre y qui connaîtrait la marcho que nous avons suivie pour Tétude du français > imaginera facilemeht la ro]ate -qu'il &udrait suivre pour apprendre les mathématiques. Tous ceux qui ont été admis à Técole polytechnique se rappelleront que c'est ainsi à peu près qu'ils ont étudié. Plusieurs d'entre eux ont acquis ^ en un an 9 beaucoup plus de connaissances qu'on ne peut en acquérir en suivant la vieille méthode^ qui y divisant et subdivisant sans cesse les études

sans rien répéter, dirige lentement vers le but auquel on rfarrîvc jamais. Tirf élèrc^-qtiHrcir tous les prix du collège en mathématiques , ne sait pas, quelques années après, un mot de ce qu'il a vu. Voilà des faits ; Tépreuve et la contreépreuve ont été répétées. N'iiiipûrte, on s'en tient à l'ancien usage : nous avons déjà dit pourquoi. .

Il n^est pas question ici d'enseigner les mathématiques \ ce sera un sujet à part : il s'agit seulemetit de préparer Télève à les apprendre un jour, en lui donnant quelques coonaîfisaxices positives et inéfiaiçàbies.qiti serviront ^ iodde^. ment solide a toutes celles qu'il acquerra seul

parla suite.

• Gomme les hommes ont tous dds prétentions à la supériorité, les géomètres méprisent les littérateurs; ils insultent à leur ignorance, que j^i eateadu appeler crasse dans une certaine aca-demie. L'expression n'était pas poUe, mais elle est vraie. Un lâtiéraiéur ignore pour l'ordinaire tout œ que sait un élève de l'école polytechnique, et ce n'est pas peu dire. De Iciur côté, les littérateurs plaisantent dos plaîs^nteribes lU pwi lourdes des géomètres; «et conoone. ilâ. parlent mieux la langue maternaUis que ks al^briste$>

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et que c'est dans cette langue que cette grande question s'ajgîte, les littérateurs font rire aux dépens de leurs adversaires. Cette rhétorique qui rit n'a certainement rien de commun avec la raison , mais elle remporte aisément la victoire sur la fâcherie méprisante des géomètres. Quand Jupiter se fâche, on dit qu'il a tort; cela est vrai : mais Jupiter qui rit a-t-il donc raison parce qu'il rit? Rire et se lâcher sont des mou-* vemens convulsifs : ce sont deux maladies pas-^ sagères. Il est plus agréable de rire que de se fâcher; mais l'un ne prouve pas plus que l'autre, qui a tort ou qui a. raison. Ce sont pourtant les deux grands argumens de la rhétorique. Un géomètre a dit que la rhétorique est l'art d'avoir raison quand on a tort. Ce géomètre-là n'a dit que la moitié de la vérité. La rhétorique est l'art tl'avoir raison dans tous les cas , soit qu'on ait tort, soit qu'on ait raison. Socrate était accusé de donner à l'erreur les apparences de la vérité ; il était aussi accusé d'être l'ennemi des sophistes. On accuse de tout un homme qui vit. Il y a entre iin homme et un homme, le même état de guerre perpétuelle qui existe, comme dit BufFon , entre un coq et un coq. Mais le coq ne connaît point 'sa sottise, et c'est en cela qu'il nous est inférieur;

La vçrîté est, selon moi, qae Corneille vaut bien Newton , et réciproquement. C'était aussi Favis d'un grand géomètre. J'ajoute seulement que nous sommes tous nés pour être Corneille ou Newton par l'intelligence- Nous avons tous la faculté 9 mais nous ne faisons pas tous : voilà la différence. Cette différence est aussi réelle^ aussi positive y quoiqu'elle n'existe qu'en fait, que si elle dérivait de la nature ; et comme nous ne jugeons du prix des choses que par notre intérêt, peu importe aux hommes que je puisse leur rendre service si je ne le fais pas; que je puisse découvrir des vérités si je ne découvre rien ; que j'aie de l'esprit si je n'en montre point, enfin que j'aie pu apprendre à les attendrir quand je les fais rire à mes dépens.

Les hommes diffèrent et différeront toujours en fait , comme si leur nature était différente. Buffon qui a dit que le génie est dans la pa-tience , a dit aussi qu'iZ y a plus de distance de tel homme à tel homme ^ que de tel homme a telle bête. Que les citateurs des grands hommes se tirent de là comme ils le pourront.

Nous [n'avons pas tous les mêmes goûts , les mênies dispositions , c'est-à-dire, la même volonté; mais le plus petit enËinta la même in-

telligence qu^Archimède homme. Cet enfant est entouré d'objets qui lui parlent y tous à la fois, des langues différentes ; il faut qu'il les étudie séparément et dans leur ensemble ; elles n'ont aucun rapport, et elles se contredisent souvent. Il ne peut rien deviner de tous ces idiomes que la nature parle en même temps à son œil , k son tact, à tous ses sens. Il faut qu'il répète souvent pour se rappeler tant de signes absolument arbitraires; il faut qu'il étudie tous les objets pour savoir ce que son palais, son oreille en doivent attendre. Ces signes sont arbitraires y car ils dépendent de notre organisation , qui pourrait être tout autre si Dieu l'eût voulu. Alors , la nature restant ce qu'elle est , et notre àme ausâi , nous comprendrions encore la nature comme nous la comprenons aujourd'hui : cependant toutes ces langues seraient changées.

Si ce que je dis est vrai^ que d'attention ne fisiut-il pas pour apprendre tput cela? Cependant tout le monde lésait; on le voit, et on conteste k l'homme son intelligence ! Dès que la ^ volonté cesse. avec le besoin, l'intelligence se repose : nous paraissons sourds et muets, et l'^n nous prend pour des idiots. Ce que nous avdns &it ii'est-ildonc pas une garantie suffisante de ce

qi^e «QWi pçHVCtn» hm ? Est-il besoin de protubé^ iranc^ pow çxplîqncr toutes ces variâés ? Quand je; reg^r4ç > je tpÎ^ ; quand je suis distrait , je ne vois plf]^, préci^nent comme si je n7aYab pai9 \^ porptubérançcu Mais , dit-on» k protubécance fist 1^ çau^ dn la disposition à regarder k droite plo^tot qu'à gimdiie> et ce n'est m d'ailleurs q\iVn(Q dÎÉjpirte; de mot« : qu'importe que je lA^pq^e d^Qspirit OU de yoloiHé ^puisque, le ré« {fvJ^t sevà }e même? Il importe beaueoup de se d/$qidf^ pour Tune pu pwr l'autre opinion quam) il p'agit d'instruire^ ear le protubérant, tant q^'il r^ç dans sa protubérance >'s»it «m in&-* tinçtij^ ci'ç^ti-è''dîrç > ^© génie ; il n% pas besoin de yos çon^pite pour faire des déoeuvertes» paa pji^/l qu'uu cbien truCRer pour déterrer des trtt£« |e^, 3i yous yqules, au contraire > le conduire sur une autre route ;; impossible; il n'a pas cette prttr» ti4)érançe-li( : tous vos efforts aerôntinulUee»

Mais si vous supposez le principe liah(à^ in^ prqbm, Qmnid viwii; si vous supposez ayec bm» que Vbomme peut se vaincre lui-même; si ^ous çiroy^ quie lesi goûts et la volonté changent : y<ms ne chercherez point k faire de petiH M^ |îèf^> Q^mme dit le Journal de Paris:; vous ne donnerez pmnt d'esprit à vosi élèvies] tous tà^

cherez de leur donner de la velontét Mais alcirsy ^a^i^intj la volonté donnée est donc votre méthode > puisqu'ayec la volonté ^ conune ayec la protubérance y le re&te va tout seul? --^ Point du tout : la volonté qu'on a suffit certainement ; mais la volonté acquise par les efforts de la raison est une vartu« On a besoin d'être encouragé , d'être soutenu par Tespoir d^arriver promptement : or ^ l'ancienne méthodÙB est décourageante en œla qu'elle nous donne l'espéranee d'arriver «n sept ans} et> comme dit Oronte. ,

• fQWenl^ on di» Mpère ^ Alors qa*on espère toujours.

Je cite souvent le lofirnal de Paris j non pas que son mépris m'affecte plus vivement que celui de tout autre : on sent bien que je ne mens po$, si je crois que j'ai autant d'esprit qu'un autre; le dédain de qui, que ce soit doit me &ire rire, et non pas me Ëu:her» Mais le journal de la capitale d'un peuple où presque tout le monde montre tant d'esprit, me parait être le •^présentant natuipl de tous les antagonistes de mon. système.

- Ne perdea donc paa votre temps à lire les

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