SOS
ment att Tauditeur ^ distrait par ce qu'il entend^ ne songe plus à ml rapprochenieut' qu'il aurait fait dans toute autre ciroonstahce. Exercez-vous à ne pas vous contenter de ces rapfiorts qui sautent aux yeux \ creusez dans votre sujet ; vos auditeurs pensent comme vous ; ce qui vous frappe d'abord les a saisis comme vous : ils ne vous sauront aucun gré de ce ^'ils disent^ de ce qui se présente tout de suite saiis qu'on l'attende. Variez vos combinaisons ^ choisisse^ celles qui vous ont le plus coûté : l'aiiiditeur sera étonné sans rien apprendre* Il pouvait lé dire comme vous ; mais il n'y pensait pas' au moment même où vous l'àVez dit ^ et cette ap^ parence de nouveauté lui plait. Yo^ilà ce que j'appelle dire du neuf ^ quoiqu'il n'y ait rien de . neuf. Joas était comme une tendre fleur : qui ne le disait point dans le temple ? Dites-le dans une circonstance où tout le monde y pense ^ cela s'appelle plat ; exprimez cette idée connue d'avance au moment où personne n'y songe ^ cela paraîtra neuf. Il ne peut pas y avoir de faculté particulière pour parler à propos , et mettre en place ce qu'il tàul dire. La &culté commune à tous les hommes consiste à apercevoir des rapports : ce talent se trouve dans toules
les t^eè d'hommes. La faculté d'apprendre à communiquer par des signes ces combinaisons de rintelligence y a été donnée à tout le monde. Juger de rcffet que produira ce développement successif^ selon la place assignée à chaque pensée^ à chaque sentiment^ est encore la même £açutté. On peut tout cela, mais il faut vouloir, il tout attendre, changer, revenir souvent h ce qu'on a d'abord mis à l'écart. Dans toutes ces ppi$ralions, dans toutes ces mantsuvres de^ls^ mémoire 9 le génie n'est que spectateur ; il juge ^ figures variée^ que donne un kaléidoscope agité par une main étrangère ; mais il n'apprend rien y pas plus que le lecteur de MsissiUon. Mon esprit n'apprend rien en voyant une combinaison nouvelle qui résulte de mes souvenirs ou de circonstances indépendantes de nm volonté. Je me rend& compte que je savais ce que je viens d'écrire , comme je savais ce que je viens 4^ lire dins Bossuet. C'est de là que nait , selon moi , la cause du dégoût que nous éprouvons dans l'étude où la volonté tient notre esprit à la chaîne : il çst sans cesse disposé k rompre ses liens. Forcez-le donc à la patience , exercez votre mémoire par des répétitions continuelles : vous ne gagnerez point d^esprit ; noais
votre esprit choisira sans aucune pein« {lyrini tous les objets qui se présenteront comme na-» turellement et par habitude. L'aptitude à la patience, dont parle Buffon, se conçoit très*» bien dans ce sens. Si vous avez le goût , la disposition, Tinclination ou le désir, ce qui est la même chose, vous réussirez par la volonté que vous avez ; vous ferez tout ce que je viens de dire sans qu'on vous le commande. Si vous avez plusieurs goûts , plusieurs dispositions à la fois , le succès devient plus incertain ; il Ëiut vaincre tantôt une inclination , tantôt une autre; ce combat vous distrait, vous ne réussissez à rien, et l'on vous déclare incapable par l'intelligence. Je dis , moi , que vous ne péchez point par sottise, mais par lâcheté ; que vous pouvez vaincre vos mauvaises dispositions ; que la raison vous a été donnée pour cela , k vous comme à tout autre. Essayez , et vous verrez. Ne pouvez-vous pas vous décider à louer ? Ek bien ! jetez-vous dans la satire^
La satire, littérairement parlant, h'est pas plus facile à composer que l'éloge. Si vous vous moquiez de moi en face, il vous faudrait un grand talent pour me faire goûter vos calembourgs ou vos jeux de mots. Mais attaquer un
komme absent , le tourner en ridicule , est chose aisée entre rieurs; Parlez toujours ; ceux qui vous écoutent sont disposés à IHndulgence : en faitde satire^ on ne conteste l'esprit à personne. Le lion seul s'indigne du coup de pied de l^e ; les autres animaux ne le trouvent jamais mal . appliqué j item, c'est toujours un coup de pied. Courage ; dans ce cas, il n'y a point d'obstacles à vaincre ; on vous accueille , on vous sourit ; prenez garde seulement que cette bienveillance n'encourage trop votre vanité : vous pourriez aller trop loin. Voilà l'écueil de la satire. Vous voyez bien que cette diifficulté peut encore se vaincre par la volonté, et que si vous donnez dans le panneau , c'est de vice que vient votre ànerie. Pcmr l'éloge , les difficultés se présentent dans un ordre renversé. Au premier mot de votre exorde , l'auditeur fronce le sourcil s'il est puissant ; il joue la distraction s'il est votre égal- \ on bàiile si vous parlez dans une assemblée } peu à peu votre voix s'éteint, les concessions se suivent, vous reculez au lieu d'avancer, et vous venez de donner la preuve de ce que je ne cesse de répéter : Ce n'est pas IHntelligence qui man->que, mais la volonté. Eh bien ! suivez l'usage, ne Ipuez plus, blâmez toujours; et si vous dési-r
re^ atsqiiéifir nm grande facilité en ce genre , rEn^eîgnement universel peutencore yqus ai4^. JEtudiez; une satife, vérifiez toutes les autre$i^ vous n'y trouverez que ce que vous avez dit vous-même; mais les combinaisons s'opèrent Êicilement , et vous deviendrez satirique et improvisateur si cela vous çonvieiat.
Dans tout ce que je dis sur Timprovisation , je sifppose, comme on le voit, que Félève ,dé^ »ifse câmmencer par acquérir ee talent. Si ^ en effet y il était question d'un élève qui eût com.mencé ses études sous votre direction y celui-rlà sait un livve; il n'a plus rien à apprendre; il lui reste seulement à vérifier : et, s'il a:l|i volonté, le talent ne peut lui manqua. Je suppose qu'on sache Télémaque > on a tous les matériaux d'une foraison -fiinèlure comme d'une satire. Il ne s'agit plus quede confixinterles styles, les expressions, et voir en quoi tout cela se ressemble ou difôre* C'est une langue commune avec des variétés qu'il Êiut connaître ; mai& cette connaissance ne se devine pas, elle s'acquiert : ce sont des diar lectes qu'il n'çst point pernais d'inventer. Pm»t de génie j s'il vous plait. Je prétends, du reste, que tous les matériaux de l'éloge sont dan$ Té* lémaque ; mais ib n'y sont que pqur nous, pour
4iatre mémoire - pour les autres , ilssoiit ëpar^^ isolés 9 sans suite : c'est comme -Vils n'y étaient pas. L'Enéide est dans Homère pour Virgile qui savait Homère; les tragédies de Racine sont daQS Euripide pour Racine^ non pas pour Ra* cine homme de génie ^ mais^pqur Racine homme qui savait Euripide, et qui rapportai!. touteAes lectures à ce seul poète , qu'il étudiait et éàmparaît sans cesse à tout.
Quand on. sait un livre , la matière ne manque jamais ^ les pensées abondant; il faut choisir et y mettre de l'ordre en parlant : voilà tout* Tâchez de vous rappeler. cette exp^ienco quQ oms avons j&ite : un honmie. nous déplaît, et' nous remarquons un de ses dé&uts ; je vous de-^ mandé quelle est l'action , les paroles de cet homme que nous n'ayons pas l'esprit d'inter-* prêter malignement; quel fst le £iit dont nous pe.puissicms pas induire la preuve du dé&ut que nous avons remar<}ué?Parle^t*il bien , c'est un bavard. N'allés pas plus loin, direz*-vous; Tévenee et Molière, tout le monde a dit cela , et le cMitraire aussi :
La naine un abrégé des merveilles des cieux^ •
Continuez. Ëh bien! je continue : chaque
bimne quatitë d'un personnage de mon livre peut donc se développer à Finfini , en passant en revue tout ce qui se &it et tout ce qui se dit dans les livres; car je puis prêter par la^ pensée à mon personnage ce qui appartient à un autre. Donc 9 un éloge ^ mille éloges sont dansTéléttaque pgr pièces et morceaux : les rassembla est impossible aux gens de la vieille médiode qui lisent tout; les réunir le livre à la main , est Touvrage de nos commençans; les présenter quand on veut en écrivant^ voilà Racine; enfin le dire à la première interpellation y voilà l'improvisation. L'écolier y Racine et l'improvisateur marckent chez nous sur la même route; le chemin» est direct^ il est unique : le suive'qui voudra. On le peut sans maître. Un maître n'est jamais nécessaire à Fhomme ; mais il est infiniment utile y non pa| à ceux qui veulent qu'on leur prouve que cette route conduirait au but y mais à ceux qui y n'ayant jamais réfléchi y et n'étant pas tourmentés du besoin de réfléchir y se laissent conduire avec docilité sans avoir le cout rage et la patience d'avancer tout seuls. Ils ont besoin d'un compagnon pour les distraire de la fatigue et de l'ennui du voyage : accompagnezles d(mc.
Si rhonune a la Êioultë de raisonner sur des JGsiits , en le supposant seul sur la terre y quel Eût plus digne de son attention que son semblable qui réfléchit et lui eqmmunique ses réflexions sur les Êiits dont ils sont témoinsen même temps ! Les pensées de Tun deviennent un nouveau sujet de pensées' pour l'autre. Il s'exerce à imiter l'exemple qufOn lui donne; et quand la leçon du maître n'aurait que cet avantage , rien ne peut la remplacer, même pour les hommes de génie, s'il y en a. On est d'accord là-dessus : l'étude de l'homme est la plus utile de toutes. Il n'y a pas de doute que Platon, écoutant Socrate, pouvait profiter davantage d'une seule conversation que nous en lisant tout Platon. Mais écouter n'est profitable que lorsqu'on s'entend. La leçon orale est bien fiigitive : le livre reste là , je puis l'ou* vrir quand il me plait tandis que les paroles s'envolent , on. ne peut plus les retrouver* J'ai souvent dit à mes auditeurs : Tant que vous ne ferez que m'écouter, vous n'apprendree rien, vous ne retiendrez rien, vous ne me com^ prendrez même pas. Prenez des notes, recomposez ce discours que j'improvise, vous serez perdus -dans ce labyrinthe : c'est un chaos que la lumière n'éclaire pour vous qu'9
demi y et souvent ^oint du toul. Cependant on sV)!bstinait à venir m'entendre dçs villes voisines y Taffluence ëtait si grande que le cours a ces&é faute de place pour contenir les auditeurs* Tel est Fascendant de l'improvisation : l'auditeur est flatte de suivre le cours de ce fleuve qui ne tarit jamais. On croyait d'ailleurs remarquer , dans mes discours, du vrai mêlé de on ne savait pas quoi de bizarre , de singulier , de neuf même, éomme s'il y avait du neuf. Cette dernière remarque, ^ quoique fausse, m'a Êiit beaucoup d'ennemis parmi les gens à prétentions qui craignaient qu'elle ne fût vraie. Enfin , je ne pouvais pas être compris parfaitement, et on a interprété malignement, calomnieusement ce qu'on n'entendait pas. De là cette colère qui m'a tant feîit rire#
Quand vous improviserez, ne Élites pas comme moi; Élites la leçon comme on. la fait : on ne "viendra pas vous entendre; mais on ne vous ^s'itiquera point. Cependant ne renoncez pas pour cela à notre marche ; ayez un livre commun entre vos élèves et vous ; saehez-le tous ; parlez alors tant qu'il vous plaira : ils comprendront tout ce que vous direz ; ils le retiendront çans peine , et ils iront sept, huit fois plus vite
que les autres. Si nous avions retenu tout ce que ndud. ont dit les dix ou douze discoureurs sne^ ce£Bi& que nous avons entendu parier quand lûms âàotis petits^ nous serions plus savans que qui que ce soit sur la terre» Mais autant en emporte le vent ^ parce qu'il n'y a rien de commmi' entre nous : le professeur voltige de branche en branche y ses réflexions ne se rattachent à rien de ûte dans ma tête» J'oublie ce verbiage ^ et lui aussi» Le plus savant des savans serait un professeur qui aurait retenu tout ce qpa'il a dit^ou un auteur qm saurait tout ce qu'il a ëcriL
Le moyen de rendre les collèges utiles serait» donc d'y introduire FEnsèignement universel > il n'y aurait rien à changer pour cela dans le^ per^nneL Vous riez > vous ti'êtc» pas dupes de ma petite précaniion oratoire y ni moi non plus. Vous savez bi)en qu'on ne me demandera pas ce qu'il £mdrait fiûre^ et moi aussi : voilà pourquoi je dëcUrié que je pourrais rendre les collèges d'Europe mille fois plus utiles qu'ils ne le sont. Infirme comme je le suis, j'aurais une ^grande tâche à remplir; mais je n'ai tant de hardiesse que parce que je sais bien que je ne m^engage pas beaucoup.
Vous voyez que je finis, comme Boileau, par
un trait de satire. Sur la tête de qui ce trait tombera-t*iI? Décidez comme il vous plaira. Je dis, moi^ d'après mes principes : cela ne tombe sur personne» L'Europe est un être abstrait qui n'a ni pensée , ni volonté. L'Enseignement uni-> veisel^ dans ce sens, est une absurdité^ comme la monarchie universelle. Je ne parle donc aux hommes qu'un à un ^ et à mesure que j'en trouve qui veulent m'entendre. J'avoue encore , à ma honte 9 qu'ib ne sont pas nombreux. Il n'est en^ core venu qu'un Anglais tout exprès de Londres pour profiter de la méthode suivie dans la Belgique. Si les Français , les Allemands , les Espagnols accouraient à nos écoles, il y aurait peut-être de quoi se fâcher ^ mais jusque-là y que ne nous laisse-t-on en paix enseigner dans notre désert ? c'est qu'on sait bien qu'on attendrait en vain pour pouvoir se mettre en colère ; et il y a des gens qui regardentces petits trans-* ports comme utiles à leur santé. Grand bien leur fasse!