‹ Enseignement universelChapitre 24 sur 36 · DE L ÉLOQUENCE DE U CHAIRE · texte numérisé non relu

DE L ÉLOQUENCE DE U CHAIRE

La tribune est un^hampde bataille. La chaire est un trône d'où Forateur règne sans opposi-* tion comme sans partage. Il parle à des auditeurs dont il ne fait que développer les pen-* sées ; on lui obéit y et on aime à lui obéir. Qu'il réprime /les passions, ou qu'il encourage la vertu 9 c'est avec le même silence respectueux qu'on écoute j qu'on recueille au fond du cœur chaque parole qui sort de sa bouche. Tout le distingue de la foule qui l'environne; Il porte des vêtemens qui le font reconnaître, et sa pré-* seiice commande un silence universel. Placé audessus de l'assemblée, il lui parle avec une autorité d'autant plus imposante qm^ l'assemblée est plus nombreuse. Quel contraste imposant! Voyez la faiblesse de celui qui commande, et jetez les

yeux sur cette multitude : elle écoute^ les yeui baissés 9 un homme qui n'épargne aucun vice et ne flatte aucune Êiiblesse , qui réprimande, menace même, lui seul, de la voix et du geste , tout le peuple qui l'écoute.

Cette puissance vient du ciel : les éclats de la voix de Porateur n'irritejit point; au contraire ils nous touchent. Ce n'est pas un droit qu'il exerce, on le lui contesterait; c'estun devoir sacré qu'il remplit. Ge n'est pas lui qui nous menace ou qui nous rassure, c'est Dieu même qui nous parle par sa bouche. A ce nom,iiotts me seiitoïis plus que notre Êiîblésse, et nous écoutons avec respect* En vain notre conscience avouerait en secret là vérité des paroles de l'oratëBr, les passions ré^^ voltées n'écouteraient point la conscience; la vanité de chacun de nous insulterait à l'orgueil d'un de nos semblables qui se permettrait de nous donner des leçons qu'il aurait besoin de recevoir lui-même ; uiie conduite exemplaire ne lui donnerait pas cet empire, nous saurions avec art transformer ses qualités en vices j et, au lieu d'obéir, nous nous ferions à nous^mâtnes, et pour lé besoin^e nos passions, un devoir d'arracher le masque de ces vertus de parade: la chaire deviendrait un théâtre ; nous applaudi-^

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rions au talent, et nous mépriserions les con-* seils.

Ce que la nécessité même n'obtient de nous que difficilement, la croyance, le fait sans efforts. On obéit à la puissance ; les effets de la force ressemblent à ceux de la conviction : il faut un œil clairvoyant pour distinguer ces deux causes si différentes. Mais un peuple soumis à la voix d'un seul homme sans armes , sans cortège, sans puissance , c'est un miracle que la conscience ne saurait Ëiijre, et ce miracle de tous les jours est opéré par la foi.

L'orateur de la chaire est à la fois notre maître sur la terre, notre interprète auprès du maître des cieux, notre régulateur et notre guide. Il porte nos vœux et nos prières aux

pieds de l'Eternel; ses désirs sont nos désirs, ses espérances sont les nôtres : il ne .consulte personne. Son avis est toujours celui de tous les auditeurs; il ne recherche point leurs suffrages ; ils lui sont acquis d'avance sans réserve , sans restriction : le peuple est tout entier dans sa personne quand il lève au ciel ses mains sUppliantes. Toutes les distinctions disparaissent , toutes les conventions sociales sont oubliées; les hofnmes conservent, dans ces assemblées au-

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