‹ Enseignement universelChapitre 25 sur 36 · SB · texte numérisé non relu

SB

gustesylevrégttlité primitive. Si quelque traoe4'i* nëgalité sociale paraît encore aux yeux distraits dans les édifices destinés à la piété^ il y^a des mo- .men.3 9 pendant la prière, où la présence de Dieu éçlip^ tomt et remplit toutes les .Itiq^s^. Ge n'est pasà h société 9 c'est aux hommes qu'il apparaît; et^jqiiajcid l'orateur de la- chaire entretient ses a^tQu^a^ des mystères sacrés , il jne s'agit plus dfB p,eiipj.es> de qojcporations > d^ droits , de pri-r vUégc^, ni de . préteiitions» . Tout l'entourage disparait 9 rhpmme seul. reste muet en extase devant le créateur, et l'orateur ne parle, en son t^m,qu\descr;éatures« . .

:,., Toile. ^t la, position d'un improvisateur sa«» cré;,jc'^.t là surtout^ que Ji'improvisation estksa place* Nous avons de beaux discours écrits en ce.g»3re;.m9islçs plus beaux endroits ne produisent >jàmais l'effet de l'improvisation. Il faut sans doute se confirmer aux règles, c'est>-à-*dire, aux usages , dans ce genre comme dans les deux autres > on doit. partager le discours en points, ouïe composer tout d'une haleine selon les temps et lies lieux. Aucune de ces conventions ne peut nuire àl'effet. On y.estacooutumé , et l'habitude fait qu'onn'y songe pas. Les indifférons ou les pro- Êmateurs jugent avec le compas littéraire, et' ne

sont point émus.; mais le fidèle ne pense qutauK paroles ^ et il est pénétre. Cependant celui qui oserait violer les règles, troublerait l'assemblée par cette- tentative; ici la soumission aux règles est une loi sacrée : Tusage est un devoir ; c'est une audace condamnable de le cUanger saiis autorisation supérieure, sans ordre du chef reconnu en pareil cas. La langue même de la nature, la lan<^ gue des signes universellement compris sur tout le globe, s'altère par des conventions et des lois : vouloir faire mieilx est itn crime. Changer un geste, le restreindre, lui donner plus de développement, sous prétexte d'exprimer avec plus d'énergie le respect et l'adoration, enfin se permettre une expression quelconque non consacrée, est une profanation.

Les cultes diffèrent donc surtout par ce lan^ gage muet. Les signes des sentimens , de naturels qu'ils étaient dans le principe , sont devenus , peu à peu , arbitraires , et c'est un crime de les changer. Les cultes diffèrent encore par les règles du discours. D'un côté, toute la pompe oratoire est - permise : c'est une décoration , sans doute ^ inutile en soi, mais devenue nécessaire par l'usage. D'un autre côté ,:toute recherche est proscrite, lie langage le pluç simple est celui

qu'on préfère; toute ëlude grammaticale préliminaire est inutile^ et celui qui parle le premier devient, par cela seul, digne de servir à tous les autres d'interprète et d'organe auprès de Dieu, qui semble l'avoir choisi entre tous par l'illumination soudaine dont il a daigné l'inspirer.

Mais, dans tous les cas, c'est moins dans les livres de littérature que dans les habitudes autorisées qu'il faut prendre les règles qu'on doit suivre. Ce genre peut servir de modèle à l3)us les autres, et ne se règle par aucun exemple étranger.

Etudiez donc un discours de cette espèce, et rapportez-y tous les autres. Du reste, suivez pour tette étude la marche que nous avons tracée. N'oubliez pas surtout l'exercice de là traduction. Gardez- vous de croire que je vous propose une imitation servile, et que votre esprit n'ait rien à Êiire. Vous avez sous les yeux un beau développement d'une seule pensée d'un grand orateur. Choisissez • une autre pensée. L'orateur a puisé sa réflexion et toutes ses conséquences, toutes ses assertions et toutes ses ^preuves dans des Êiits historiques qu'il connais* sait et que sa mémoire lui a rappelés. Le livre que vous avez appris n'est pas moins riche en

faits 9 et vous les voyez tous en même temps; les réflexions que vous suggéreront ces j&its sont . intarissables : tous avez , comme cet écrivain y la faculté de combiner. Isolez- vous 9 parla méditation ^ de tout objet étranger qui pourrait vous distraire. Forcez votre esprit à se fixer sur un de ces Êiits y votre mémoire vous rappellera tous les autres ; comparez-les assez long-temps avec patience ; revenez-y sans cesse , et votre intelligence saisira un nombre infini de rapports : de là mille réflexions qu'il faudra transmettre par la parole y et vous aurez traduit Técrivain. Ce n'est point un maître que vous devez suivre par derrière et de loin ; c'est un émule qu'il s'agit d'accompagner ; son exemple ne doit point vous intimider ; voyez tout ce qu'un homme peut tirer du fait le plus ordinaire y de la réflexion la plus simple ; voilà votre tâche : elle est- digne de vous y mais elle n'est point au-dessus de vos forces.

Cependant , avant de vous hasarder ainsi dans cette lutte qui vous effraie , et dont vous croyez peut-être ne devoir attendre que de la confusion et de la honte , Élites un essai préliminaire. Ce long développement de la même pensée , pourquoi ne le feriez-vous pasTous-même? Emprun-

tant au maître toutes ses pensées , pourquoi ne les présenteriez-YOus pas dans un autre ordre? Ici j qui peut vous arrêter, si ce n'est la paresse ou le dégoût? Eh bien ! contentez-vous d'abord de renverser les paragraphes. N'avez -vous pas assez d'esprit pour changer les liaisons nécessaires , d'après Tordre de l'écrivain , dans d'autres liaisons nécessitées par la nouvelle combinaison que vous y substituez? Si vous Te voulez, cet essai vous réussira après quelques tentatives, ce succès vous enhardira; et,d'efForts en efforts ^ de renversemens en renversemens, bouleversant toutes lés idées sans les changer, vous arriverez à recomposer le même édifice sous mille formes différentes avec les mêmes matériaux.

C'est ainsi qu'il faut enseigner l'éloquence de la chaire. Sans doute , ceux pour qui le fait est nouveau ne peuvent comprendre cette explication, qui ne se rattache à rien dans leur tête, qu'avec une attention qu'ils ne sont peut-être pas disposés à nous accorder. Mais nous continuerons à répéter l'expérience qui nous réussit , sans nous mettre en peine d'expliquer ce qull nous est impossible de dire plus clairement.

En général , on ne songe pas qu'on Êiit à l'Eii"

Geignement universèt des objections qui , potir être quelquefois opposées de bonne fbi , n'eut soht.pas moins inrëfléchies. Qu'y a^t-îl de plus sûr et dé plus inÊdllible que la métkcfdé suivie par les igéomètres* pour nous conduire aux a|iplieatibns de cette science si utile datis la so-^ ciétë ? Cependant ^ si on se rappelle le temps où Ton a commencé à se livrer à cette étude \ on Terra qne^ d^bord, on n'aperccTaft aticun but d'utilité à tant de propositions et de recherches minutieuses. Quand le calcul dififérèhtiel à été inventé, on en a attaqué la possibilité ; encore au^ joard'hui, on n'est pas d'accord sur la rigueur des démofastrations qui en établissent les premiers ptîncipes. Il n'y a pas jusqu'à la' ligne difOite dont On n'a pas encore donné une définition àti goût des métaphysiciens. C'est le grand cheV^l de bataille de ceiix qui ne savent pa^ lés mathé^ matiquès ; si nous voulions les croire , hous n^en saurions jamais plus qu'eujt y et Fésp'èce hamàihi eii^rait encore à sO demander s'il est bien vi*ai que la ligné dik>ite soit le chemin le plus court. Si RoUe vivait, il ne cesserait de répéter : Dé-^ montrez-moi que le calcul différentiel doit-conduire au résultat qu'on cherche. Je vois bien qu'on y arrive; mais je ne me mettrai point en

route que je né voie y avant de partir > qu'il est certain que j'arriverai.

C'est foujours le même préjugé de la vieille éducation. On nous habitue à aller des réflexions aux Êiits.On demande la définition y les principes d'une chose qu'on n'a pas vue. On juge de cette chose par l'idée qu'on s'en forme d'après une desmption toujours inexacte et souvent infidèle ; et l'oit ne pense pas qu^en botanique ^ par exemple y il ne faut pas apprendre les plantes dans Linné, mais vérifier Linné en regardant les plantes.

Encore est-il plus Êicile de s'expliquer en parlant qu'en écrivant, et si j'écrivais pour le public , il y a long-temps que j'aurais renoncé à cette entreprise. Je n'ai donc pas d'autre projet que de rappeler à mes élèves la route qu'ils ont suivie y afin qu'ils puissent diriger les autres.

Que ceux qui désirent profiter de FEnseignement universel ne croient donc point que ce livre puisse lever tous leurs doutes , résoudre •toutes les objections , éclaircir toutes les difficultés ; mais qu'ils viennent à moi avec confiance ^ je me ferai un plaisir de les aider. Ce n'est que peu à peu, et dans nos établissemens où l'expérience se vérifiera en se répétant tous

les jours , qu'on s'ëclaircira par les &its beaucoup mieux encore que par mes paroles. Alors je serai tout à fait inutile pour tout , comme je le suis déjà pour beaucoup de branches des connaissances humaines, auxquelles j'ai eu occasion d'appliquer la méthode avec tous ses développemens.

En attendant cet heureux résulbit que tout le monde peut obtenir comme mpi, Êiites exactement ce que je dis, ce que vous m'avez vu faire.

Page 1