ES ASSEMBLEES QUI EXERCENT LE POUVOIR MATERIEL
Dans quelques républiques de la Grèce , le peuple assemblé régnait sur lui-même. Les passions de chaque individu le bercent d'espérances, le flattent d'illusions trompeuses pour l€ déterminer à les satisfaire. Les orateurs tiennent le même langage à cet individu moral qu'on appelle peuple. On l'effraie en développant à ses yeux l'apparence menaçante des forces d'un ennemi redoutable ; puis , on lui montre qu'il peut céder avec honneur ; ou bien on exalte son courage par le tableau de sa gloire passée. Le souvenir de Marathon le réveille pour quelques instans. Eschine est exilé , la guerre est déclarée, Démosthène triomphe, mais Philippe compte sur la paresse qui est naturellement durable; il sait que ces transports sont
passagers de leur nature. Les succès de Torateur sont Touvrage du moment ; il enlève un décret comme Ofi emporte une redoute ; il jugé de ce qu'il faut dire suivant les temps et les lieux. La longueur des périodes , l'ordre littéraire, l'élégance , toutes les qualités du style ne constituent pas le mérite d'un pareil discours. C'est une phrase , un mot , quelquefois un accent , un geste qui a réveillé ce peuple endormi, et soulevé cette masse qui tend toujours à retomber de son propre poids. Tant que M anlius a pu montrer le Capitole, ce geste l'a sauvé. Dès que Phocion pouvait saisir le moment de dire une phrase , Démosthèiie était vaincu. Mirabeau l'avait compris ; il dirigeait les mouvemens , il commandait le repos par phrases et par mots ; on lui répondait en trois points : il répliquait , il discutait même longuement pour changer peu à peu la disposition des esprits ; puis i l sortait tout k coup des habitudes parlementaires, il fermait la discussion d'un seul mot. Quelque long que soit le discours d'un orateur, ce n'est point cette longueur ; ce ne sont point ces développemens qui donnent la victoire : le plus mince antagoniste opposera périodes à périodes, développemens à développement.
L'orateur Qst celui qui triomphe; cest i^elui qui a prononcé le mot , la phrase qui a Ëiit pendier la balance. Or, il n'y a personne qui n'ait eu de ces bonnes fortunes dans |a vie» Xout homme est Démosthène en ce sens ; mais Démosthène avait acquis le talent de Êdre à vo^ lonté ce qu'il avait fait mille fois sans s'en dou-* ter* Voyez ces assemblées qui semblent founnil-' 1er d'orateurs distingues : ce sont des gagneur? de bataille ) sans s'en douter; ils ne réflé^ chissent sur rien , ils ne remarquent pas quel eflfet a produit tel jour un coup-d'œil ^ un geste , un mot, un à-propos^ qui leur a échappé. Ils ne croient pas que s^ils ont la Ëiculté naturelle , tout le monde l'a comme eux, et que l'art tout entier leur reste k acquérir. Qui de nous ne parle pas bien mentalement et sans rien dire ? Qui de nous ne sait pas lire tout bas ? Quel est l'acteur qui donne à ses uftouVemens autant de grâces qu'il y en a dans notre jeu quand nous ne Ëiisons que penser k nos gestes sans en faire aucun ? Quel artiste met . plus d'âme dans ses chaiits que moi quand je ne chante pas 7 Ga# pendant je ne puis rien Ëdre , quoique j'ima-
gine la perfection ; c'est donc l'art qui me mianque, et non pas l'intelligence. Je n'ai pps,
comme on Ta dit, uiie aptitude à Tesprit;, j'ai Fesprit tout entier ; mais je n'ai pas Fart. La nature me parle dès que je commence à vivre; )'ëcoul|; et je comprends : voilà ma nature. Je sens mes besoins y je tâtonne pour les satisfaire^ je remarque que j'ai réussi y je m'en souviens^ Ce que j'ai Êiit par hasard, je le recommence à dessein, de propos délibéré et quand il me plaît ; voilà l'art : c'est une acquisition de la volonté. '
Gela est vrai des orateurs comme des en fans. Ils se forment dans les assemblées, comme nous nous formons dans la vie ; mille circonstances s'opposent au développement complet du talent : le besoin cesse , et on reste là. Celui qui ^ par hasard, a fait rire à ses dépens à la dernière séance, pouvait apprendre à faire rire toujours, et quand il le voudrait, s'il remarquait^ s'il étudiait tous les rapports qui ont amené ces huées qui l'ont déconcerté en lui fermant la bouche pour toujours. Tel fut le début dé Démosthène. Il apprit, en faisant rire de lui sans le vouloir , comment il pourrait exciter les éclats contre Eschine. Mais Démosthène n'était pas paresseux ; il ne pouvait pas l'être. Dans les assemblées souveraines dont
nous parlons , il nous faut une passion cous-*tante , ui> courage soutenu y une patience > à toute épreuve ; des veilles laborieuses • pour ne point laisser échapper le sceptre qu'on a usurpé y pour n'être point précipité de ce trône chancelant sous les efforts de tant de compétiteurs qui l'assiègent et l'ébranlent. Sa possession ne saurait se maintenir sans trouble ; tout le monde la dispute avec un droit égal (c'est l'in- * telligence); heureusement pour le possesseur , il faut trop d'activité pour y rester > et ses rivaux ne peuvent l'occuper que par intervalles : il succède perpétuellement à chacun d'eux ; et ce droit , qui revit sans cesse , semble n'avoir pas été interrompu : les interrupteurs sont trop nombreux pour qu'on les remarque. Démosthèipie et Mirabeau ne semblent jamais quitter la place; leur nom est le plus souvent répété, et l'on ne retient que ces noms-là. Demandez-^ leur de qu^ls artifices ils ont usé pour repreii^ dre la place qui leur avait été enlevée par hasard 9 et quel art ils ont employé pour s'y maintenir quelques jours.
G^est donc l'opiniâtreté de la réflexion et du travail qui l'emporte sur la paresse dans ces assemblées orageuses où l'on se dispute, où
s'arrache les auditeurs un à im ^ parce que chaque auditeur a son avis dont il change quelquefob à chaque minute. Il &ut connaître son avis d'aujourd'hui^ son avis du moment où l'on parle : or ^ cela se lit sur les figures. Un orateur qui ne voit pas ce que pense ^ dans une assemblée , l'auditeur le plus éloigne de lui ^ ne peut répondre de rien. II se complaît dans le sourire approbateur de quelques voisins^ et il ne peut modifier ses paroles^ puisqu'il ne voit pas qu'elles irri» tent dans le lointain; il n'aperçoit pas ce sourcil qui se fronce^ ce point qui annonce l'orage; un cri de colère Finterrompt et le surprend : ce cri peut lui être fiivorable ; mais c'est par hasard y ce n'est pas du talent ^ puisqu'il ne Fa pas prévu. Souvent la passion d^un seul se communique peu à peu ; cette avalanche grossit dans son cours i elle s'avance et tombe à Fimproviste sur la tête de l'orateur éperdu , et l'écrase.
Ge n'est pas encore dans ce cas l'intelligence qui a manqué à Forateur. L'eflfet terrible que produit tout à coup l'explosion* de la passion d'un seul, communiquée à toute une masse avec la rapidité de Fédair , cet effet est inévitable s'il
n'a^pas été prévu. Je parle toujours d*une assepfiblée composée d'individus isolés, et non d\in corps sur lequel pèse une masse réunie d'avance d'opinions et de préjugés, et formant un bloc que rien ne peut mouvoir en sens inverse de celui où il roule : c'est une matière inerte et sans réflexion ; il faudrait en <liviser les élémens avant toute tentative, et la division est impossible. Alors tous les artifices oratoires se réduisent à un mot. L'orateur qui cj^t : jiiux voix ! est celui qui parle le mieux. Eh bien ! cet exemple même est applicable à nos principes ; car l'orateur cherche la victoire, et pas autre chose, puisqu'il n'y a pas de raison dans tout cela. Essayez donc de détacher peu à peu quelque particule du rocher qui écrasera tout dans sa chute ; mais en attendant dites^ Aux voix! puisque c'est la langue du pays, puisqu'on ne comprend que celle-là. Combien de dp'constances précieuses ne laisse-t-on pas échapper quelquefois par une obstination mal entendue ! Quel coup ne porterait*on pas à cette masse de voix si on la grossissait à propos de quelques aux voix de plus ! '
En résumé, tout le monde sait cela; mais on se conduit comme ci «a ne k savait pas. Savoir
n'est rien , faire est tout. Exçrcez-Tous donc à faire; étudiez un discours^ un seul, sachez-le ^ rapportez-y tous les autres y vérifiez sur ce modèle tout ce qui se dit^ comparez à cette unité arbitraire tous les discours de même espèce : vous n'apprendrez rien ; mais tous aurez Fart de Élire quand vous le voudrez ce que vous avez fait mille fois sans le remarquer ^ et y par conséquent, sans utilité pour l'avenir.
Ce qu'il y a de singulier y c'est qu'on fait à chaque instant ce que je dis , quelquefois quand il ne le faudrait pas faire , et qu'on oublie Fartifice oratoire au moment où on en aurait besoin. Que l'homme serait respectable si la raison obtenait de liai ce que la lâcheté lui arrache ! Nous avons peur, et nous crions aux voix avec les autftsdUns le moment décisif où il faudrait périr plutôt que de céder ; nous en sommes quittes* pour quelques accommodemens avec notre coqscience, et, à quelques jours de là, nous nous croirions déshonorés de crier aux voix pour un but approuvé par la raison. Ces moitiés d'hommes qui . cèdent ou résistent à contre-sens ne sont pas des orateurs. Ils ignorent qu'il s'agit d'une guerre; ils croient aux proclamations, ils n'ont pas le courage de périr à leur poste ; ils
rougiraient d'un stratagème , dût-il assurer la
victoire. Le tacticien rit de leur délicatesse ; d'à-
bord il la loue, il lai^atte; et dès qu'il a pris la place, il insulte à cette demi-défense dont il avait calculé l'insuffisance :
Si j*eusse été vaincu , je serais criminel.
César savait cela : que dis je? tout Te monde le sait; mais César agisttiit en conséquence. Cependant, direz-vous, cette fourberie me fait horreur. C'est une autre question. Qu'importe que vous ayez horreur ou non ? Il ne s'agit que de ce que vous sentez comme homme ; je ne parle point de ce que dit votre raison. Si vous êtes né à Athènes, il s'agit d'une vertu : c'est un devoir que vous impose la qualité de citoyen. Combattez pour la patrie comme on combat. Si votre position vous permet de rester en place sans vous montrer sur le champ de bataille, qu'y venez- vous faire? Pourquoi trahir, par dès raisonnemens hors de saison, les intérêts dont vous avez pris la défense ? Pourquoi allez-vous à la gxierre comme on va dans un salon ? Qu'y a-t-il de commun entre les restrictions mentales, les égards, la politesse reçue dans les cercles,
et les ruses de la guerre? Ici la ruse même est uae vertu ^ parce qu'elle expose la TÎe de celui qui l'emploie ; dans le salon c'est le trait d'un caractère vil et bas. Croyez-moi , retournez dans votre endroit, et ne vous chargez point des a^ faires xl^autrui. Soyez bon père de famille , soignez les intérêts de vos enfans ; mais vous êtes trop paresseux pour travailler sans relâche à servir la patrie. L'heure a sonné, et vous n'êtes point encore au forum ML& &im , l'ennui vous &it sortir avant le temps ; vous avez pris une tâiche au-dessus de vos forces. On nous conduit au combat du sabre , il &ut aller de nous-mêmes au combat de la parole : cette vertu est plus pénible que celle dii guerrier. Ici il faut se vaincre sans ces^e; mais cette difficulté ne vient pas de l'intelligence.
ASSBlKBLéSS Qtll BXSftCBirT UN povVoiii mohal.
Dès que tout le peuple n'est plus à l'assem* blée, le pouvoir d'une réunion quelconque n'est plus que moral ; la force physique n'est pas en elle : celte force n'est qu'auxiliaire du corps délibérant j elle lui prête ou lui refuse son appui ; il cesse d'être quand elle l'abah-
donne à lui-même*. Le sënat romain n^ordomiait plus; il paraissait en suppliant sur le mont Aventin. Cette puissance Êictice tire son origine de l'opinion , de la crainte de l'avenir ^ et du contentement du présent. Otez tous ces mobiles ; elle n'est plus. Supprimez-en un ^ il y a combat sans victoire ; c^est une agitation, continuelle : plus de repos ^ plus de bonheur ^ et même point d'espérance; Supprimez deux de ces ressources ^ il y a menace de révolution, mais il reste l'espérance de retour ^ l'ancien ordre de choses , qui peut subsister encore avec quelques modifi-* cations nouvelles pour le rendre supportable à ceux de la nouvelle opinion, sans lui enlever le respect dont il était environné d'après les anciens principes. L'établissement du tribunat ne détruisit point le sénat ; mais il ÊiUait une plus grande vertu à un patricien pour obéir aux plébiscites qu'à un plébéien pour se soumettre aux sénatus-consultes : c'était de la part du peuple une vieille habitude. D'ailleurs, plus le pouvoir se resserre , plus il est dans la nature. Un homme a une volonté , une masse n'en a que l'apparence. Il &ut bien que cela soit dans la nature, des choses , puisque , depuis la création , les sociétés se rangent comme par instinct autour d'un seul :
qu'il usurpe 6u qu*on le choisisse , le Ëiit de Tobëissance est le même : qifil.y ait révolutions ou massacres^ c'est toujours à la voix d'un homme qu'on se groupe , qu'on marche , qu'on s'égorge; et ces globules isolés tendent, comme dans Tordre physique, à s'agglomérer en un seul. Telle est la loi de la matière; elle est la même pour les masses d'hommes. Cette gravitation vers un centre est universelle. C'est le fait le plus général dans l'histoire des hommes comme dans l'histoire naturelle. Aucune particule de la matière ne sait qu'elle est attirée ; l'homme le sait^ il est le seul être créé qui le sache. Il peut résister par la volonté, le poids de la masse l'écrase en passant : ce spectacle épouvante , et les autres cèdent volontairement, croyant qu'ils obéissent à la raison , tandis qu'ils n'ont pris conseil que de la peur qui fait déraisonner. .11 y a pour ces assemblées une marche fixe
dont elles ne s'écartent jamais. Celui qui l'a devinée connaît d'avance l'avis qu'on adoptera^ Appius Claudius était l'orateur qui comprenait le mieux ces principes d'inflexibilité. Un chef peut changer d'avis et fiiire adopter successivement toutes ses opinions sans murmure : il esjt homme, il écoute tantôt les passions, tantôt la
Voix de la raison. Auguste changea de conduite avec les circonstances. Un corps est une masse qui n'agit que par passion. Un sénat seul pouvait fonder là monarchie universelle ; cet état contre nature devait 'se dissoudre en* retombant dans les mains d'un seul. Un sénat a une allure déterminée qu'il ne peut pas changer lui'-même^ tet Forateur qui le pousse sur la route qu'il suit, et dans le sens de sa marche , réussit toujours sur tous les autres. Il y a dans les assemblées composées de cette manière une tendance perpétuelle k l'excès. Plus on exagère , plus on est sûr de triompher. C'est juste le mouvement accéléré d'une masse qui gravite sans cesse vers le même point malgré tous les obstacles : ne vous fiez point à ce repos apparent ; elle reste &ï place y mais elle tend à en changer» On l'arrête dans son cours, on suspend sa marche, on la repousse même en sens contraire, si vous voulez ; mais elle revient avec de nouvelles forces acquises en reculant; et plus vous avez fait d'efforts pour la faire rétrograder, plus il faut vou^ préparer à des secousses successives qui nécessiteront sans cesse de nouveaux obstacles. Mais toutes ces digues se rompront à la fin , et ce fleuve entraînera tout jusqu'à ce qu'il déborde.
A^iàez donc il ce débordement; subissez d'abord la loi de la nécessité^ puisquHl faut la subir un jour, et ne vous prépares point par de petites résistances 9 les maux de Tagonie que vous pou^ ves éviterp«Quelle sou£france pour un sénateur luttant de rhétorique contre Appius! Il était vaincu sans utilité. Soyez donc Appius dans ces assemblées, quand il Êiut Fêtre; c'est le seul moyen d'en finir promptement : le mont Aventin fera le reste. Alors c'est de Ménénius Agrippa que le corps a besoin datis les circonstances difficiles ; c'est lui qui sauve ce petit peuple qui ne voulait écouter qu'Âppius.
On voit que y dans ce cas y comme partout , il Ëiut connaître l'homme y il &iit se connaître soi* mên^e. Tout le monde sait cela, et ce n'est pas encore ici l'intelligence qui manque. On ne re^ garde pas, on n'étudie pas^ ou bien on oublie :
c'est comme si on n'avait pas appris. Etudies donc un discours de ce genre, un seul , et suivez la méthode dans tout le reste. Mais vous voyez %ien que, dans tout ce tumulte, il ne faut être distrait ni par la peur, ni par une autre passioUé Sans doute une passion , la fureur, la vengeance; suffit pour vous diriger, et vous n'avez pas bé-^ soin de leçon; mais une passion n'est pas un ta-
lent. Apjpius ti'était orateur qtte par haéai^d; M^nénius Tétait à volonté : il changeait de ton quand il le fallait^Voilàrempire sur soi-même, voilà la raison. Il ne faut pas que Thomme y re-* nonce jamais^ 'même quand il emploie la rhéto^ rique. Si le but qu'il se propose est d'accord avec la raison , ou les sentimens naturels qu'elle ap* prouve^ le talent acquiss'ennoblit^ la rhétorique devient l'auxiliaire de la vérité, et mérite notre reconnaissance. S'il s'agit de faire triompher l'erreur dans notre intérêt^ nous obéissons à nos passions, nous n'avons que de l'instinct , et , dans une autre circonstance, notre incapacité deviendra manifeste : nous n'avons point de ressources acquises pour un besoin imprévu. NoUs ressemblons à l'animal qui fait parfaitement une chose sans en pouvoir &ire une autre.
Mais, s'il s'agit de vaincre sei passions pour obéir aux lois que la société nous impose, s'il faut triompher de nous pour faire triompher autrui, alors la même raison qui n'explique point comment ce sacrifice peut être exigé de nous, cette raison, qui se soumet san3 examen, est pourtant encore la seule ressource qui nous reste pour bien remplir tant de devoirs sacrés, quoique inexplfcables. C'est elle qui dirige le
gënëral au milieu du carnage ; c'est celte puissance qui sèche les larmes dans son œil enflamme^ qui suspend à volonté l'exercice de tous ses sens ; au milieu des cadavres, il n'en sent pas la puanteur. Ce n'est pas une sensation trop violente qui fait oublier toutes les autres ; c'est une attention concentrée sur un objet qui semble empêcher de voir ce qu'il ne faut point regarder dans cet instant. Mais cette concentration est volontaire et n^esurée. Il voit tout , et ne pense qu'à ce qui lui plaît; il n'est pas entraîné, quoique tous ses mouvemens soient prompts comme l'éclair. S'il s'abandonne, c'est qu'il le Êiut : il s'arrête quand il le veut; il a l'activité de la passion la plus désordonnée : Aiais ce transport du corps n'est qu'une obéissance passive. Qu'y a-t-il d'étonnant que la raison triomphe des passions d%utrui quand elle a pris un empire absolu sur nous-mêmes 1^ 'J'out se fait par les passions, je le sais; mais tout, même ces sottises , se ferait encore mieux par la raison,Voilà le principe unique de l'Enseignement universel. Tous les autres en dérivent. Etudiez un livre, et rapportez-y tous les autres : voilà la règle unique de la méthode. Qui suivra la règle arrivera plus vile que qui ce soit. Celui qui vou-
drait 9 car tput le monde Iç peut ^ suivre la règle diaprés le principe ^ ferait tout mieux que nous touS) qui que nous soyons.