DE L'ÉLOQUENCE DU BARREAU
Un petit nombre d'hommes sont destines à la tribune ; mais le barreau est une profession exercée par toute la terre en feveur de l'opprimé qu*U faut sans cesse défendre contre des attaques qui se renouvellent^ à chaque instant. Là société s'est réunie pour convenir des droite et .des devoirs de chaque membre. Toutes les institutions sociales sont établies pour nous forcer à remplir nos devoirs, et pour nous assurer l'exercice de nos droits. Ces devoirs et ces
droits sont des conventions sociales; comme
les langues ; elles varient d'un peuple à tin autre : ce qiii fait, selon l'expression de Pascal, que la justice est plaisante aux yeux de la rai* son , puisqu'elle change d'avis suivant les temps et les lieux. L'obéissance que nous devons à
cette Justice civile est encore un mystère de la société. La loi le*reconnait elle-mêine : la chose jugée, ditrclle, n*est pas la vérité; mab vous devez vous y conformer comme si c'était la vé-' rite. Le juge, comme le législateur, peut se tromper; la loi, l'arrêt ne sont pas des leçons de raisonnement : ce sont des obligations qu'on vous impose. Il ne s'agit pas d'y soumettre votre raison, mais vos actions. La pensée d'un homme est indépcfhdante de celle d'un autve homme; mais les ûiouvemens du corps sont réglés.dans l'ordre social par une volonté étrangère* Le corps social se compiose de corps 4'h6mmes qui se meuvent, non point par la raison de chacun d'eux, mais par des raisons de convention qui n'ont rien de commun avec la -raison, puisque la raison ne change point et -que ces raisons diffèrent d'un pôle à l'autre. jMême quand ces raisons arbitraires sont d'accord ayeqjajraison universelle, elles sont encore autre! diose que la raison ; car elles ne tirent pas leur puissance de cette. conformité passagère qui n'est due qu'au hasard. '
Il ne suffit pas de régler ses actions d'après les lois ; il faut encore dii^ê, dans certains cas', pour l'exemple, qu'elles, sont Fouvragé de là
Y^son^JLe droit romain n*ést certâinemenl; pad 1^ raisoû écrite (pour les Chinois par exemple), mais c'est une raison écrite qui &&t supposée la xaisop sur quelques parties du globe* Tant qu\>n ne fi^it que pensçi^, on est homme; dtà qu*on parle, on devient citoyeki, et toutes les paroles doiVientét^e en harmonie avec la'parole de là société qui rè^le tout ce qui tient au physique; La .moindre discordance, la plus légère cacophonie ^t punie sévèrement ; je dis plus , elle e^t pmiis^able* Oii reste ^ns le même ton, Ht Fon croit qu'on est dans le ton; mais 4>n s'aper-* çoit l^iontôt de Terreur où l'on était quand on 'en chs^nge soî*même, ou quand on va dans un «utre^^pays* S'il n'y avait pas d'étoiles, nous nous croirioi^ sur une terre fix^ et immobile.
Ce que nous faisons, ce que nous disons au barre^iu, comme ii la tribune, comme à la guerre, est donc réglé par des suppositions. Tout est fiction : il n'y a que la conscience et la raison de chacun de nous qui soit invariable* L'état de société est fondé d'ailleurs sur ces principes. Si l'homme obéissait à la raison, les lois, les magistrats , tout serait inutile ; mais les passions l'entraînent : il se révolte, il en est puni d'une manière bienbiuniliante. Chacun de nous
se trouve fi>rcë de chercher tHi ^{^ui auprès de Tun contre l-ailtre^ Dans cette dure nécessité que lliomme ^ créée par sa £iute , il ne doit psis se plaindre d'obéir aux raisons d^autiiii, puisqu'il ,ne veut point suivre , sur une route invariable^ le guide infaillible qui hii avait été donné^poûr se .conduire. Il ne lui reste plus qu'à marcher aveuglément et d'après des ordres dont il ni^ .èômprend pas toujours le but ^ et qui se con«^ tredisent quelquefois. Slt trouve i dans cette infinité de lois 9 une anomalie qui l'arrête^ t^ n^ést jamais sa propre raison qui doit lever la diffi-. culte : le cas a été prévu^un autre que lui décidé^ Ut la décision est censée raisonnable.
Il est évident que, du moment où les hommes $e mettent en société pour y chercher protection ks lins contre les autres , ce besoin réciproque .annonce une aliénation de raison qui ne proïiiet aucun résultai raisonnable. Que peut faire de mieux la société, sinon de nous enchatnei* à J'éllat malheureux auquel nous noi^ vouons nous« mêmes? A Rome, l'homme né libre qui se ven*dait par l'entremise d'un tiers perdait ses droits à la liberté* Le sacrifice, une fois fait , devenait irrévocable. En vain sentait^l 4es regrets, en xAn sa raison se soulevait^elle contre les loi&
qu*îl deyait subir, la ;Sociëtë reposait tout entière sur le maintien des droits de rhommequi venait d'acheter un autre homme ; les formes sociales avaient été observées dans l'acquisition : cette raison, su{>érie^re dan^ Tétat social à la raison même , imposait silence au vendu»
Platon a dit que les hommes seraient heureux si les rois étaient philosophes , ou si les philosophes étaient rois. Gela est £iux. Un roi philo- .sophe, ou un philosophe roi, Êiit partie de k . société qui impose ses lois même à celui qui règne. Il n'y a pas tant de différence qu'on le croit entre les organisations sociales , quant aux efièts de ces organisations différentes pour le bonheur des peuples. Le peuple, c'est-à-dire, le plus grand nombre , ne prend aucune part à
ces discussions obscures qu'il ne comprend pas,
et qu'il ne voudra jamais comprendre. C'est moi, individu, qui ai besoin, pour mon intérêt particulier, que tel roi soit philosc^he , ou que tel philosophe soit roi *, je crois voir mon bonheur dans ce changement, et je me pessuadè aisément que j'y vois le bonheur public. Mais ces bonheurs différens, au dire de chacun , sont comme les raisons différentes; ils ne sont, pas le bonheur, comme, elles ne sont pas la. raison.
H n'y a qu'une raison ;' or , elle n'a pas organisé' l'ordre social : donc, le bonheur nY saurait être. Faites toutes les constitutions qu^l Vousplaira, on ne &it pas avec cela du bonheur pour la société. Je suis d'un avis^j^ai des préférences sans doute ; mais c'est, comme citoyen que je montais à la tribune j, j'ai aussi été à la guerre , et j'aurais voulu pouvoir détruire toute l'armée ennemie : tout citoyen le ferait s'il le pouvait; mais la raison se tait dans de pareils momens. L'intérêt seul se &it entendre ; il li'y a point d'hommes de. part ni d'autre ^ il n'y a que des soldats et des citoyens : on Êiit son devoir sans doute> c'est une vertu; mais ces vertus ne seraient pas nécessaires si nous étions içaisonnablés ; nous ne le sommes pas ^ nous ne le serons jamais : de là l'ordre social dont personne ne peut changer la nature. Lisez l'histoire d'un peuple ^ c'est l'histoire d'un autre peuple. La philosophie ne peut rien sur cet ordre immuable qui ne vient pas de la raison y mais des besoins que le défaut de raison a Êiit Aaitre ; et cela pour toujours.
L'avocat est ^ dans la société , un citoyen chargé d'uiie mission honorable. Le poste émineht qu'il occupe par ses talens et sa probité appelle sur lui les regards de ia multitude. Il est le diéfehr'
aeitr de tous ceux qui on% besoin de protection dans le malheur ;il n*esl jamais chai^géd^aecuscr tù de poursuivre : ses fonctions sont un pa€ro-« nage. La soeiëté lui permet de nous défendre contre ellc^ême et contre ses plus augustes agens ; noyés dans un déluge de lois , nous îgno« Tons sauvent nos devoirs ; et ,t quand la société veut punir notre ignorance ^ c'est pour noua sauver de ses rigueurs que Tavocat supplique à débrouiller un chaos où nous ne pourrioua que nous égarer. C'est pour apprendre à escuser^ nps fautes^ à justifier nos intentions^ qu'il veUlo et qu'il se livre sans jrelâche à Une étude labo-^ rieuse. C'est le seul intercesl^eur qui nous rest& dans les momens ou la société irritée s'arme tout entière contre un seul hotinme; il esile comsola* leur et le conseil de l'accusé. Le malheureux, sé« paré du reste dés hommes^ ne trouve plus d'appui que dansfavocat qui représente lui seul toute sa &miUe éplorée y qui* recueille Ses craintes etsea espérancies. A qui se confier dans une position où tout nous abandonne? Le pauvfe, dont la pauvreté aggrave encwe le malheur, ti'a pa& même quelquefois la ressource de choisk lui-même son défenseur; la société lui en désigne un j et,, quoiqu'elle le choisisse au liasardi dans une
Gorpomtion iKMabreuse^ cet ordre est. toujours composé d'kommes honnêtes , et le hasard même n'y peut trouver que 2èle i honneur > dëvoùmenl et discrétion. G'eSt peutrêtre le seul corps dans la société où la trahison soit sans^ exemple* Au-* cune considération ne détourne l'avocat du sentier de l'honneur ; dans les mornehs les plus diificiies ; quand la société paraît décidée d'à-* yance à condamner, et qu'elle lait un crime à l'avocat de l'accomplissement d'un devoir sacré ^ on en a rarement vu refuser le poste d'honneur: jamais^et ce spectacle Êiit honneur à rhumai^ité^ jamais un seul ne s'est I&chement rendu le mi-* nistre ni le complice des fureurs de la société prête à se renverser de ses propres mains, en violant les promesses les plus sacrées. L'honneur des avocats est peut-être le seul honneur pur et sans tache sur toute la terre. Partout on trouvo de la sincérité et du mensonge, de la fidélité et de la perfidie ; mais voilà tout un ordre , dis** perse en tous lieux en corporations , où la fra-^ hison est inconnue* C'est sa nature. Tel homme aurait une faiblesse, et se laisserait aller à une mauvaise action , qui en devient incapable daiaa rexercice de ses fonctions comme avocat* Lorsque la vie d'tita citoyen n'est point atta«
qnée y et qu*îl faut le protéger dans ta pèssesàon de ses biens , la tâche de Tavocat n'est plii^ dangereuse ^ mais ses fonctions ne sont pas moins respectables. Une réunion d'bommes choisis représente la société, et juge alors sans passion et sans crainte entre deux contendahs incapables de toute influence. Ce tribunal auguste, outre le respect qu!il inspire , tire encore son principal lustre du combat que se livrent , en sa pré- «efiee et sous les yeux du public, les défenseurs des citoyens qui * viennent demander jusUce. Le talent de l'avocat est comme la décoration de cette scène imposante. Les discours prononcés devant les juges, l'attention des magistrats, le silence du public qui attend Farrêt, tout donne à cette cérémonie un appareil qui annonce à la fois la forc^ de la justice qui va prononcer par ses organes, la faiblesse des ci« toyens qui écoulent dans un respectueux silence, et la suprématie d'une classe d'homm'es à qii^ seuls appartient le droit de pcMrter la parole dans d'aussi graves circonstances.
Il est nécessaire que l'avocat sache improvistr : Fimprovisation esl encore plus indispensable au barreau qu'à la tribune. Dans les assemblées politiques , on se prépare d'avance a
soutenir un procès par^crit; chaque orateui* présente la chose sous le point de vuç.quî Ta 'frappé dans son cabinet; ces discours successif^ n'ont aucun rapport entre eux : tout se passe en lectures insupportables s'il fallait les écoufidr toutes ; mais l'assemblée laisse lire , parce qu'elfe ne prend aucun intérêt à ces combats de plume oh chaque lutteur se présente en l'absence de son rival qui viendra ensuite espadonner seul. Ils portent en Pair des coup^ qui seraient mortels si quelqu'un se trouvait là pour les recevoir j ils parent dès coups qui ne leur ont point été portés, ou qui ont été paré¢ fois. On ima^ gine de part et d'autre une attaque qui ne devait pas avoir lieu. Lé contradicteur a beau faire un mouvement imprévu, s'avancer sur une route où il n'était pas attendu, on le laissé passer, et on se précipite sur un autre chemin qu'on dispute à ceux qui oseraient s'y présenter; et, comme on ne rencontre point d'obstacles,' on reste, de part et d'autre, maître du champ de bataille qu'on s'est forgé. C'est la scène des spadassins de théâtre , dont les coups passent sous le bras, et ne touchent jamais le corps des adversaires que rien n'empêche ae crier victoire ou de recommencer sans cesse ce jeu, sans
autre dii&cuUé que celle de .crier toujours ^ Jieareusement la vwi finit par s'enrouer et s'éteindre. Ces combats ne finiraient jamais faute de combattâhsv ils finissent au contraireparce qu'il y en aurait trop si on les admettait tous à rbonneur de cette giinre^ par supposition.
L'avocat ne peut pas jouir de ce priyitéged'mL homme qui parle à se& égaux* Il parie i, lui» à ses supérieurs qui le. rappellent à la queslioa qutad il s'en écarto. Il peut, sans doute^ prépa'^ rer sa plaidoirie j mais au criminel y mais à la réplique 9 la question change de face à chaque instant : l'avocat qui n'a pas l'habitude de l'improTÎsation, peut diriger ses cUens par des conseils de cabinet, écrire des mémoires éloquens^ mais il ne triomphera point à la barre«
Comment là méthode de l'Enseignement uni-versel s'applique*t-eUe à celte espèce d'improvisation ? C'est ce qui me reste à vous développer* Je suppose donc qu'un jeune homme qui a fini seâ études se présente à vous pour appren^ dre à plaider; car vous savez que nous n'allons; chercher personne, et nous n'ignorons pas que nous ne sommes pas nécessaires . à qui veut acquérir ce talent ou tout autre.'
{'. Faites apprendre par ooeur le pkidtoyer tle Gocbin pour Rapalli contré . sa femme , sut* cette . question : Si la crainte de mcuiquer tme fortune ÙtelaliberU a la personne qui se marie iCQHtre son inclination ?
l^ choix du plaidoyer est arbitraire ; liiais j'indique celui quia fait Tobjet de nos études. Il est néicessaif e d'avoir un terme de comparaison auquel ^n rapporte tout dansJa suite des exercir çes. C'est la méthode générale dans TEnseignement universel. Dès qu'on sait un peu le plai-*^ doyer, on le répète chaque jour toutentier, puis oncommenceà lelireavec^ttention pourleoom-* prendre : c'est en vain que vous écouterez . les ^iservations d'un maître^ vous ne les retiendrez que si les faits qui lui ont suggéré ces réflexions sont sans cesse préséns à votre pensée. 'Vos propres réflexions s'effaceront elles-mêmes peu à peu y si vous oubliez le fait qui leur a donnai naissan^.
La leclure de ce qui va suivre ne peut donc avoir ni intérêt, ni utilité pour ceux qui n'ont pas la patience ou le temps de faire l'étude que je recommande comme un préliminaire indis^ pensable. Vouloir juger d'une expérience san9 en suivre le procédé dans tous ses détails , n'est
ses
pa» d'un homme raisonnable; doota* dW> résultat qu'on a pas obtenu soi-même est d'un sage 'y décider jhurdiment qu'on sait d'avatnce -■ quel effet doit produire dans la tête d'un homtne tel assemblage de connaissances qu'on n'a pas^» c'est nne présomption qui est malheureusement aiussi commune que le charlatanisme* Nous ne nous corrigerons ni les uns ni les autres de pro** ipettreplus que nous ne pouvons ^ et de juger témérairement du possible ou de l'im possible ^ par des axiÔBOies de métaphysique. Il &ut se défier également de là vanité qui oroit pouvoir tout 9 et de la vanité qui assure que les résultats que nous n'avons point obtenus sont impossibles. Si cela était faisable^ un homme comme moi le .ferait^ ou du moins le devinerait ^ ou enfin le comprendrait. Je ne l'ai ni fiiit^ni deviné , ni compris ; vous voyez bien que cela est impossible; ce raisonnement est décisif ; d'ailleurs^ j'ai prononcé ^ je n'en reviendrai pas. Cette sottise , sans être plus raisonnable , est pourtant moins grave quç la mauvais foi de celui qui me disait poli-> ment^ à moi, en lisant les compositions d'un de mes élèves de dix ans : Cest admirable! 4^ est sublime! c^est incroyable! Mais il faudrait voir écrire. .
' On. reproche aux académiciens de dire entre '
Nul D*aura de Tespitt, kqrs nous et nos amis.
Nous sommes tous académiciens sur ce points Moi 9 qui ne suis plus académicien , je c^ois que celui qui dit tout cela a autant d'esprit que mpi^ et moi autant que lui^ quel qu'il soit* Je le prie de ne pas se fâcher, et de croire,^ sur ma pa-* rôle , que si cette découverte prouvait ma supériorité sur un autre', elle démontrerait ma supériorité sur moi-même, puisque je ne Tayais pas faite hier. Or , je ne pense pas que j'aie aoquis de l'esprit.
2<'. Exorde. Je remarque l'expression former, une union ; je me représente Gochin à la barre; je juge, d'après la connaissance dm £Lits,.quel était le sentiment de l'orateur; je devine, son intention en employant cette expression plutôt qu'jm autre synonyme.; ce signe arbitraire , unions me parait bien choisi pour inspirer de l'intérêt, et pour déteria||er les juges à maintenir le mariage ; former une union me semble une comparaison choisie entre mille autres , pour peindi^e un choix libre et spontané, et
réBjichi\ foAner est un mot que je n^énténcld point dans la conversation familière, et jefontie le projet de le faire entrer dan*8 ma langue' d'improvisation.
Si je iâis toutes ces rëflexions^me voilà devenu ' riche de deux mots ; je les savais par cœur y mais ils n*ëtaîent point à moi : c'était Gochin que je récitais. Maintenant je viens de les approprier à mon usage; ils sont devenus , séparés ou réunis , les signes dé mes pensées et de mes sentimens : désormais, dans mes répétitions journalières, je ne saurais prononcer cet exorde sans réveiller en moi toutes les idées que j'y attache ; et si , dans une circonstance particulière et analogue, j'éprouvais le même sentiment, l'expression se présenterait d'elle-même.
C'est ainsi que ce seul discours devient immense par l'étude que j'en ferai ; car je me propose de continuer cet examen des mots et des expressions jusqu'à la fin. Voilà' la première . indication du maître : l'élève marche seul^ il ' n'a plus besoin de guide à cet égard. Mais cette indication est inutil^H celui qui ne sait pas le discours, ou qui l'ouj^lie Êiute de le répéter.
3" Ne formerait plus — si pour — il suffisait.
Je remarque attentivement cette locution
destinée à jexprimer c0 raison^^^meii); logi<|i«e^ abstrait et applicable djj[u$ toutes „les çiri:oii$-. iïcnçes imagioablas :
Celatie serait plus j si ceci était; Qr,y celaddii être ; donc j ceci ne peut pas êtr^p
Je dis qiie ce rapport^ cett^ vue de Tesprit, H^e raisonneoieat est de toutes les causes* Il faut do^e que j'y applique ma réflexion , et que j*en. compare la rédaction à toutes celles que je trou^^ verai dans la suite : voilà une source intarissable de synonymes de locutions* I^s différences et les ressemblances se tîrei^t de l'identité oju de la variété des sejatimens que l'orateur veut com* muniquer.
Cette comparaison des locutions synonymes xuie. fois indiquée , ou psisse à d^utres observations.
4^ Je fais encore remarquer sur cette locution qu'elle est divisée en deux p^^^ies : ce qui donne deux combinaisons différentes ; car on peut dire ; si pour — il suffisait — ne formerait plus. Voilà donc encore un ç^rçu nouveau et , par conséquent^ une étude nouvelle à proposer à vos élèves. Bien entend^ que je ne vous propose que des modèles d'exercice : ce sont des exemples^
et non des lois» Tout ce qu'on voit est utile; il
faut. Jfoailler clans tpUs' les sens : la matière est inépuisable I et c'est là raison pour laquelle nous nous renfermons dans les bornes d'un seiil plaidoyer. L'étude des renversemens a cet avantage qu'elle nous conduit à découvrir que l'ordre des idéei est lui-même un signe qu'il faut bien connaître pour remployer k propos.
Comparez donc les ordres ; ne négligez point cette nouvelle espèce de synonymes.
5^ Une âme sensible, etCé, jusqu'à çfe con« ùxiinte et de violence.
L'orateur donne ici l'explication du mot alléguer qu'il a prononcé dans la première phrase. Toiit le procès est dans ce mot, comme vous le verrez. Généralisant cette observation , je me dis, toutes les fois que je lis un mémoire ou un plaidoyer : Quel est le mot principal 7 Et je compare les marches suivies par l'orateur dans tous les cas. Voilà des synçnymes de développemens.
Gochin renferme ici toutes les objections de la partie adverse , dont il a soin d'atténuer l'effet par la supposition qu'il fait d'un cas qui n'existe pas, en parlant d'une femme follement éprise de quelque passion : faites remarquer que cette ruse est celle des oonunérages ; que tout le monde
^ as^e^ d^espril pour enfoncer ainsi tout doucement le poignard; que ce n^est pas PinteUigènce qui manque, mais qu'il faut remarqua oe qu'on lait nsdurellement tous les jours, afin d'àp* pffrawhseÀ le faire avec art.
6** Là dignité, etc^ fusqu'à de leur famille.
Voilà le développement de l'idée prknitiVe : U ne suffU pcLs^
Je remarque aussi que je dis tous les jours mais, et je grave dans ma mémoire cette forme du mais oratoire; j^aurai donc soin de comparer encore ces formes nouvelles.
Ces formes ont pour bût de changer la question, et de présenter la cause sous la forme la plus Êivorable à notre client.
1^ Il y en a peu, etc., jusqu'à de tous les engagemens.
Ce paragraphe est une répétition de la première phrase; il contient les fûts principaux du procès.
Voici Tordre dans lequel les idées de la première phrase se succèdent dans cet alinéa :
Union — liberté et consentement •=— former — nœuds sacrés — indissolubles — liberté et consentement — indissoluble * — allégiier^ — prétendu — termes vagues — - sacrés.
Aiilsi .roràteoL' se répèle sans cesse, sans se répéter jâmsdsé Uti petit nombre d'idées^ oom-^ bîiiéCB ^ et répétées fiom diverses formes > suffi-^ 8^11 1 doue pour fitire uft discours* La Téritable différence tient donc aux faits qui ne. sont ja*maÎB Uè mâmes. Je puis douô faire de^ syuonynte6 de discours; ils sont tous Tun dans l'autre^ et dès que j'en saurai un , j'y rapporterai facilement t<>us lés autres, 8<i Lé sieur RdpaUi^ etc.^ jusqu'à de rompre, Dand la Auite du discours y Fôrateur a laissé échapper à dessein le mot folU pàâsioifi ; on poui^rait le lui reprdchei^ : il terminé en répondant indirectement à Fobjection qu'mi pourrait lui Élire \ mais il reste dans Tunité y car il Té^\je sMirée et indissohhle é
Ici finit Fexorde. Il est visible que Tordre des pafagi'àphés pourrait être différent ^ et que le diséoufs pourrait commencer par la fin; mais cet ordre serait le signe d'un sentiment différcfntj Ce sferait en quelque sorte commencer par detnander excuse : l'adversaire aurait compris lé sens de cet ordre de pensées , et il n'aui^t pas ttianqué d'en tirer avantage*
On voit que chaque ihot, chaque expression chaque explication , chaque développement,
ainsi que Fiirdre de toutes ces parties .mitre ellés^ sont autant de signes dtffîrens *de pen« sée& et de sentimens divers; que l'orateur doit prendre gardé de ne point se trahir en employant tout cela au iiâsard et sans reflexion ; comme il doit épier son ladversaire afin dede^ viner tout ce qu'il a dans Tàme pour lui ré'^ pondre, et tirer parti de la plus légère inad* vertance. Le barreau est un champ clos.
Dès le premier jotir on s*exerce à pari» en renversant les paragrl|ihes de Texorde ; puis qn donne une phrase y une idée seule par où l'élève doit commencer eh improvisant les liaisons nécessaires dan^ le nouvel ordre qu'il est obligé d'inventer sans préparation.
Remarquez en outre qu'on peut plaider toutes les caiises de Gochin en suivant la marche de notre plaidoyer , et réciproquement, qu'on pei)t plaider contre Rapalll en se dirigeant d'après un plaidoyer quelconque pris pour modèle.
Vous reconnaissez bien notre méthode. On prend un livre , et l'on y rapporte tous les au^ très. On vous demandera pourquoi vous déco^ rez cet Enseignement du titre d!unwerset?Yous pouvez répondre, si vous avez un mcnnent de loisir , que ce nom lui a été donné parce qu'il
est applicable à tout ^ et tous pouvez m^adresser ceux qui veulent apprendre quoi que ce soit. O» vous dira peut-être : Puisque je conviens que toute métbodeest universelle de sa nature^ pourquoi donné-je ce nom dé préférence à la nôtre ? Vous répondrez que, jusqu^à présent, elle est la seule qui mérite ce titre,, puisqu^il n'est pas enccNire venu dans Fidéé d^un maître d'écriture , par exemple , de croire qif il put diriger qud-' qu'un danfi l'étude des mathématiques ou de la logique. Voilà ce que \^à répandrez , ou bien vous garderez le silence^ et vous obtiendrez le même résultat, quelque parti que vous prenie^^ Yous ne serez pas coittpris de ceux qui ont le dessein prémédité de ne pas comprendre». Continuons.
ft"* LfS siàir Rapalli est originaire , etc., jusqu'à de Paris.
; L'orateur commence par les faits antérieurs au fait du mariage dont il s'agit. Jus ex fact» oritur^ est la règle de l'avocat lorsqu'il raconte les faits. Cette règle le décide dans le choix des circonstances qu'il doit présenter aux juges,, et dans Pordre qu'il suivra pour la compositiowt de ce tableau destiné à disposer les auditeurs eH; laveur, de son client»
Bemarquez donc que vous remarquer la rakon du choix et dé Tordre des Êiits.
Observez que, dans un plaidoyer, Pordre dans lequel l'avocî^t a acquis ses idées se trouve renversé. Eh effet , il a commencé dans* Texordc par nous dire qu'il ne suffit pas d'alléguer vaguement un prétendu déÊiut dé consentement; il nous raconte maintenant que le sieur RapalH, noble et riche , avait obtenu une charge honorable. Il est évident que ce récit a pour but de démontrer la réflexion faite dans Texorde; mais justifier une réflexion n'est autre chose que suivre , dans le développement parlé ou écrit, un ordre inverse à celui des i<ïees, puisque la réflexion tire son origine du fait qui lui est an-^ térieur.
Vexorde est donc un rédt généralisé» Il faut étudier les exordessous ce nouveau pointde vue. Voilà un exercice ajouté à tous les autres. Tout homme qui trouve un exorde superbe à la pre^ mière lecture, ne sait pas ce qu'il dit; il admire évidemment sans réflexion, et il parle sans penser. Gomment peut-on savoir si l'exorde c'est-à-dire, la conséquence des faits est raisonnable, quand on né connaît pas les feits? C'est la forme matérielle qu'on admire j les abstrac-
tioqs IMA16 cbs^rm^t i nous laissons divaguer nos pensées tandis que rorateur parle; iiotis in«vfintoiis, uiie cause k laquelle puisse convenir tout ce qu'il dit ; CBt ouvrage de notre imagination nous feéduit^ et nous persuade enooire mieux que le récit exaet de$ fkit&: nous serions passif en Féçoutant ; nous sommes acti& eo composant nous-mêmes.
L'orateur^ dans son exorde^ compte donc sur Tactivité de notre intelligence, et dès qu*il a réussi à la mettre en mouvement, ilest sûr du succès : il triomphe de nous par nous-mjêmes»^ Dan6 l'improvisation , il a des ressources qu'il n'a pas en écri^S^nt :.il peut, par la manière de prononcer et de détacher les mots ^ appeler ho^ tre attention où il lui plaît, et la laisser reposer . quand ri le faurt.
On doit dojic exercer l'élève à lire. Y^^^î 1^ règle de notre déclamation dans l'Enseignement universel r II ïCy a point de déclaination. Ce qu'on appelle déclamation est un art d'inven'* tion , et non pas un art d'imitation : or, lious ne voalôi)is qu'imiter la nature. Nous (tison»» nous f qu'il faut lire comme il Ëiut écrire. Celui qui a étudié la déclamation , lit tout à livre ou« vert ; nous ne sommes pas si sa vans : nous n'o-
§erion^, pas lire ee c|ue nous ne comprenons pàs^ et nous ne comprenons ( d'après Tétymbiogie dtt* mot) que ce qiie notre esprit prend ensemble et \jOit tout entier. Si quelqu'un sait lire^ c'est' Talma sans doute. Demandez^lui Vil oserait lirer un morceau qu'il n'a pas lu d'avance. Nos lecteurs de salons ne font pas tant de cérémonie : ils lisent san^ Êiçon le premier livre qui leur tombe sQus la main ; ils ne voient pas que cette lecture est un mensonge; ils imaginent ^ ils împrovi* sent, et la suite donne souvent un démenti perpétuel à leur- début : c'est une traduction qu'ils inventent ; d'une histoire ils font un ro-^ man. Je prétends que pour dire le premier mot d'Athalie, Oui..»», il &ut connaître toute la pièce. On ne peut pas plus lire, que jouer un concerto il^ vue.
Mais je m'arrête. Comment Êiut-il lire ? comme on parle* Prenez votre voix , votre ton , vos geste» à vous; soyez vous-^méme. Tout ce que nous; avons dit sur les trois genres est eÉcore appli-* cable ici.
Ainsi on dira l'eicorde, les faits, tout le dis-^ cours d'après les principes dans lesquels il doit' être composée
10'), Xe nonuné, etc., jusqu'à l'objet aimk
Dans ce pa^graphie et dïiis ks sui^ams, j» centinue à feVreL «marques.
Ici je vois qœ rorate-r répond indireclement à une objection qu^il passe sous silence. Ldv Toici : Le sieur Rapalli s'était introduit y sovs^ différens déguisemens, dans la famille de la demoiselle Delorme. Cochin détruit cette objec^ tionsans eh parler. Je n'ai -pas de peine à deviner quelles sont les objections qui ne méritent qu'une réfiitation mdirecle) et je ferai des comparaisons de toutes ces espèces de solutions^
Ceux qui connaissent le barreau ont remar-. que plus d'une fois l'importance de la distine-v tion que nous venons d'établir. H ne faut rien laisser sans réponse^ sans doute; mais un commençant donne souvent à une objection plus, d'importance qu'elle n'en aurait sans -Fappareit qu'il donne indiscrètement k sa réponse. Les anciens ne manquent point de tendre ce piège à l'inexpérience de la jeunesse : un mot a-t--il été prononcé p# l'adversaire^ un moyen faible avancé par la partie adverse, l'apprenti qui aperçoit un déÊiut de raisonnement croit a voir fait une découverte; il attaque avec ardeur le poi>nt laissé à dessein sans défense ; il triomphe dans une question étrangère à la question j il