‹ Enseignement universelChapitre 35 sur 36 · SI · texte numérisé non relu

SI

( si M. le duc de Lé vis à raison dans son calcul désespérant) doivent être administrées par des intelligences bornées. Sans parler des connaissances du métier qu'on ne peut acquérir qu'en le faisant 9 et qu'il faût^ par conséquent ^ faire avant de les avoir acquises^ il est évident (si M. le duc de Lé vis ne se trompe pas) que y de toutes les espèces d'animaux 9 la plus mal gouvernée est l'espèce humaine. Les bœuÊ ont un pâtrej M. le duc de Lévis aura beau dire que c'est une bêle : il est pourtant moins bêtC' que ses boeu&«

La docti;^ne du duc est véritablement déses-^ pérante pour le petit nombre ^ d'hommes de génie que la nature « jetés par-ci par-là sur le globe. C'est un vivant étouffé sous des monceaux de cadavres. Pauvre Corneille ! qu'avaîs^tu fait ? Quel crime avais-tu commis quand Dieu t'a mis. sur la terre. Te voilà soumis à une multitude d'intelligences subalternes ; obligé d'obéir aux ordres de M. le maire ^ de M. le sous-intendaiit^ de M. l'intendant , tous, gens ( selon M. le duc de Lévis } qui ont probablement l'esprit faux. H y a tant de sots d'après le système de l'inégalité, que la nuée de comniijs qui vont aux msfÎFies, aux intendances, et qui pèsent sur toi, doit êtri^ UA fardeau, bien l^umiliaQt poui: ton génie»^

S'il y a qoelffues Parisiens iwisés^ au moment où nous ëcrivons, que je les plains I Quatre lieures soiinent : voyez les rues encombrées d'imbéciles (système du duc ) qui viennent de 'piquer le bureau aux mairies^ aux préfectures ^ aux ministères. Le sort du pays est entre leurs mains. N'y art-il pas de quoi gémir en pensant à toutes les bévues que ce tas de sots ( système du duc) ont dû tx>mmettre par incapacité. Gom* bien ne doit-il pas y avoir de pauvres hères ^ d'esprits êiux^ d'idiots, d'incapables (système dn duc) entre le premier ministre e( le dernier des gardes*champêtres!

S'il &ut renoncer àl'opkiion que les homimcis sont semblables, s'il est certain que les intellig^ices ont des portées différentes , il faudrait jauger les cervelles avant de choisir un simple bourgmestre; autrement il peut arriver (systëmedu duc) , il doit même arriver très-souvent qu'on ninnme un sot, une intelligence mfé» rieure à Vintelligence d'un grand nombre des babitans de la ville. Que de murmures n'excitera point l'élévation de ce crétin ! Puisque les intelligences sont inégales, il faut nécessairem^it que j'aie plus ou moins d'esprit <me mou cadi; et, comtoe je suis juge et partie, je ne manque-»

ni pas dé décider la question en m^ 'faveur.

M. le duc n'a pas tu que s'il est une opinion perturbatrice y c'est la sienne» II. est pair de France ; il a, selon nous^ comme tout autre^ les qualités intellectuelles pour étr# un bon pair. Il peut comprendre les ministres lorsquHls pro* posent une loi; il a l'intelligence de juger d^ ayantages et des ineonvéïiiens du projet» Slfiis eelui qui croit (d'après lui) qu'il y a un gr4ud nombre de betes^ doit trembler à ce mot : fournée de pairs. M. le duc a dû être effrayé ce jour^là ( d'après ses principes ).

Avant que la religion eût proclamé ta légitimité des rois , il n'y avait sur la terre que des gouvernemens de fait. Les maîtres du monde étaient embarrassés pour s'expliqui^ à eulLmemes leujr élévation sur leurs semblables* Enfin ils avaient imaginé que leur origine étaiit divine ; Alexandre disait bcmnement qu'il était fils de Jupiter. Les empereurs romains étaient des dieux ; il suffisait d'avoir régné trois jours pour être divinisé ; et , dans ce temps de culbutes , le culbiitant écoutait l'apothéose du culbuté avec un sang^froid imperturbable ^n attendant son tour. Alors ^ l'opinion de 9L le duc ne suffisait pas pour expliquer Tétai des

choses 9 et on avaât reeours à une supposition plus rationnelle y comme on dit. Un monstre écrasait les peuples qui n'avaient pas alors la consolation de penser que ce monstre avait plus d^esprit qu'euf. Gomme homme, son joug eût été insupportable; mais comme demi^^dieu, il n^ avait rien à dire.

La religion nous enseigne que M. Néron est un homme comme un autre. Si ce monsieur s'à-^ muse à illuminer ses jardins avec des chrétiens enduits de suif, dois-je croire, avec1)f..le duo, que ce monstre a une intelligence supérieure qui a droit à l'obéissance passive de toutes les intelligences inférieures. Les chrétiens se sou-i mettaient à ce monstre, mais ce n'est pas d'après le système du duc. Néron faisait des vers , mais un autre eût pu en faire de meilleurs; et comme cela pourrait arriver dans tous les pays du monde , les académies^ juges- suprêmes en fait d'esprit, distribueraient bientôt de véritables couronnes. On mesurerait l'angle facial de Néron, on tàterait ses protubérances > et l'on, déciderait ainsi de son trône. Quels désordres naîtraient de ces expéri^ces préliminaires auxquelles il faudrak soumettre ceux qui sont aïK pelés à régner ^

Les chrétiens obéissaient à Néron ; cependant ils le regardaient comme un homme , et même comme un méchant homme. Néron était leU;^ «mpereur. Nabuchodonosor avait^ comme on sait y une grande idée de lui*même. Ce n'est poîiït par cette raison qu'on lui obéissait; il n'avait pas de droit personnellement pour ' commander aux Jui&* Il régnait , voilà le fait; il était 9 comme dit Bossuet, le serviteur de pieu y comme Néron ^ comme tout le monde; comme tous les Êiits y il servait les desseins éternels de Dieu. Voilà la pensée qui justifie ce qui est 9 quel qu'il soit; voilà la seule raison de la patience avec laqiielle on doit supporter les faits. L'opinion de la sii^ériorité intellectuelle des supérieurs dé fait^ est évidemment mal fondée en mille circonstances. Le système d'éducation de M. le duc serait abrutissant et peu sûr; nous IMnvitons à en imaginer un autre. Il serait malheureux, dans l'intérêt de l'ordre établi, qu'il ne pût se maintenir que par la croyance de l'inégalité des intelligences.

Au contraire , l'Enseignement universel dit que tous les hommes ont la même intelligence, et que, par conséquent, il n'y aucune raison de préférence sous ce rapport ; d'où nous con*

eluons que tout changement ne peut rien amëiiorer. Qui ehoisirait<^on si on avait le choix? et surtout de quel choix pourriez-vous dh*e aujourd'hui avec assurance : Nous nous en félidn terons ' encore demain ?

Français ,■ je vous invite à juger par vousmêmes ce que vous disent vos docteurs. C'est à vous à vous (décider et à choisir entre les deux

. opinions^ pour vous diriger dans Tëducation de vos enfiins. M. le duc de Lévis ne vous tiendra.

•jamais ce langage ; il ne le pourrait pas sans in-* oonséquence , il vous a juges incapables de le juger. II y a (selon lui) tant d'esprits faux et tant d'imbéciles parnû vous, qu'il ne saurait ^humilier jusqu'à se soumettre à une décision émanée d'un peuple de sots ; ce n'est pas une opinion qu'il énonce , c'est une vérité qu'il proekme et qu'il vous impose. Il ^t vrai que, par une bizairerte inexplicable, il semble quelquefois s'autoriser de vos suffrages et s'appuyer du eonsentement des peuples; mais ce ne peut être dans sa bouche qu'une figuré académique , à moins qu'il ne croie à Tégalité des intelligences que quand il s'agit de prononce sur leur inégalité.

Quant à moi, je vous reconnais tous pour

jtiges compëtaens en cette matière comme eii toute autre , aussi bien que les académiciens , les duc^, les pairs ^ les «recteurs et les ihspec^ teurs : choisissez donc entre la méthode explicatrice et la nôtre; voyez si vous pensez, comme nous 9 qu'une méthode «st abrutissante quand elle -est explicatrice. Que ceux qui sont de Tavis de M« lé duc- continuent à envoyer leurs en- £ms dans les collèges ; ce n^est pas à eux que je parle*

Mais ceux d'entre vous qui ne sont pas assesK riches pour payer tant de bonnes explications ^ feront bien de m'éoouter encore un instant. Laissons le dtic : j'en ai parlé si long-temps parce que je connais l'empire des préjugés. J'ai essayé d'ouvrir les yeux à quelques pères de famille qui ont entendu dire toute leur vie ce que l'académicien a répété , sans y changer un seul mot ; mais un vieux proverbe semble rajeuni dans la bouche d'un académicien; il acquiert de nouvelles forces dans les paroles d'un duc et pair. Qui d'entre vous n'a pas eu l'étourderie de dire quelquefois : M. le duc l'a dit, donc, cela est vrai; un savant académicien l'a dit, donc cela est vrai ; un ^oblefpair l'a dit, donc cela est vrai? On peut £Mre un discours a?^c cette matière-là,

mais un n'en fera jamai& un raisonnement* 9I. le duc* a ^it une longue lettre avec ce peu de mots : // jr a beaucoup d'hommes qui ne font rien de bon ; doM ils ne pourraient rien faire de bon quand même Us. le voudraient. Lisez at-* tentivement la ps^raphrase académique^ et vous n'y trouverez pas autre chose. Est-ce là mode du jour de ipaisonner ainsi? ^académicien a bien fait de s'y œnfprmer. On doit suivre les usages du siècle ^ il faut marcher avec lui. Chose plaisante i M« le duc vanle beaucoup la méthode de renseignement universel y il veut qu'on me donne une grosse pension , et qià'on me fasse ^ non pas duc^ mais conseiller d'état ; il met à ses largesses une petite condition y c'est que je renonce à cette méthode dont il vante les résul-r tats extraordinaires. Plusieurs beaux esprits ont déjà eu l'idée de M ^ le duc ; c'est une idée pleine de réflexion; vous allez voir. Je dis : Dans l'Enseignement uniç&rsel^ on dirige les élèves d'après l'opinion de l'égalité des intellin gences. Les beaux esprits répondent : Ne diriv gez point d'après cette opinion , et nous demanderons une grosse pension pour vous, c'est^^à-dire, à ce qu'il me semble^ nous adop*^ terons }a méthode , et nous vous ferons conseiU

Ai9

aeillér d'étal /dès que vous aurez renonce k votre méthode.

Français^ je ne vouâ empêche pas de dire dès belles choses avec M. le duc^ si cela peut vous amuser; il faut prendre son plaisir où on le êrouve ; permettez-moi seulement de vous dire que r£nseigneiâent Universel est une méthode par laquelle on dirige ses élèves d'après Topinioit de Tégàlité des intelligences. J'ai connu des savans qui raisonnaient plus juste que M. le duc de Lévis;^ ceux-là disaient r Puisque l'Enseignement universel repose sur l'opinion de l'égalité et que cette opinion est absurde , il faut proscrire ce soi-disant enseignement. Notre académicien est un modéré quf veut tout accommoder, €t il veut à toute force qu'on prenne la méthode sans la prendre, c'est-à-dire, qu'on dirige les élèves d'après l'opinion de l'égalité, en rejetant l'opinion de l'égalité; il coupe en deux la défini-' tion de l'Enseignement universel. Selon lui c'est une méthode superbe au moyeii de laquelle on dirige les élèves. Cette direction est une belle invention de mapart et mérite une grosse pension, k condition que je ne dirai pas comment il £iut diriger. Alors on pourra diriger d'après Fopimoh de M. le duc, ce qui ne changera rien à lar

méthode. Est-ce que c'est encore la mdde à Paris de raisonner ainsi? C'est comme si- on disait à la société des méthodes: Toutes les méthodes que vous prônez sont ei^cellentes ; mais laisses, vus explications , cela ne &it rien k une méthode ezplicatrice. . •

M* le duc étant le plus illustre de nos anta^ gonistes dans Tordre social > j'ai cru utile pour . le$ Français de les prévenir à ce sujet. Si je parlais auiç Prussiens ou aux Anglais ^ ils se moqueraient de moi. C'est un autre ordre social. Je n'aurai^ à prémunir les Anglais contre le préjugé de l'inégalité des intelligences que dans le cas oii ils croiraient à la supériorité intelleC'^ tuelle de M. le duc, comme il a eu la bonté de reconnaître la mienne.

Il y a une autre objection contre l'égalité des intelligences 9 M. le duc n^ l'a point faite; c'est dommage. On dit : Les volontés ne sont pas égales, donc les intelligences sont inégales. IJn cerveau malade n!a pas de volonté ; donc il ne peut pas montrer son intelligence , donc il n'en a pas; donc, il n'en pourrait pas montrer quand même on lui rendrait la volonté en le guérissant* C'est l'objection il ne pourrait pas quand même il voudrait j sous une forme physiologique;!!

n'a pas è^ Tolenté p»oe qu'il «st malade ; donc^ quand même il ne serait pas malade ^ quand même il recouvrerait le libre arbitre, il n'aurait pas d'intelligence ; car il n'en montre pas Êiute de volonté ; donc^ il n'en pourrait pas montrer, quand raêmel Ce qu'il y a de singulier; c'est que l'espèce humaine est la seule, entre les animaux, qui soit sujette à cette maladie. L'homme est quelquefois assez malade pour avoir l'air d'une bête, mais les bêtes n'ontjamais de maladies qui leur donnent l'air d'un académicien.

Nous n'aurons jamais que des opinions sur tout cela- Beaux-^esprits ! philpsophes ! physiologistes I etc. résignez-vous* de bonne- grâce, vous ne connaîtrez jamais la vérité \ dites : Noîis croyons à l'inégalité des intelligences, et j'écouterai vos raison^. Mais ne dites pas : Nous * sommes certains, autrement permettez^-moi de .vous rire au nez. Je suis sûr , moi, que vous ne savez pas ce qtie vous dites , quand vous avez la présomption de parler ainsi.

Français , après vous avoir dit ce que je croîs propre à démontrer qu'il n'y a rien dé dé- Montré sur ces importantes questions, il vous reste à prendre votre parti. Choisissez entre deux opinions rivales ; restez dans l'abnttisse-

ment ou prenez lé chemin de rEmancîpatidri intellectuelle. Que les pères de Êimille qui veu-^ lent émanciper leurs enfans mevdonnent un moment d^attention^ je vais leur dire ce quHl Ëiut faire pour parvenir à ce but, fussent-ils les plus pauvres et les plus ignorans de tous les hommes. ,

4 ^ Celui qui veut émanciper autrui, doit être lui-même émancipée

2^ Un paysan , un artisan, père de famille^ s'émancipera intellectuellement , s'il pense kce qu'il est et à ce qu'il fait dans l'ordre social.

3^ Dès qu'un paysan réfléchira sur lui-même, il verra que les artisans sont hommes comme lui.

4° L'artisan reconnaîtra son semblable dans' le paysan é ;

5** Le paysan , c'est-à-dire, l'homme qui cultive la terre , est un être qui a l'intelligence de faire toujours mieux ce qu'il fait. Il n'y a pas un paysan qui ne puisse perfectionner la méthode qu'il emploie pour cultiver la terre.

go j[ ji'y 21 pr|g m^ artisan qui ne soit un homme tout entier! Tous les perfectionnement dans les arts sont dus à des artisans.^

7^ L'artisan et le paysan sont donc des £u-es penâans comme les académiciens.

8^ Le paysan et ràrtisan cpii ^e rëfléchissènt pas à ce qu'ils font ne sont pas incapables de il

réfléchir.

9^ Dès qu'ils voudront réfléchir à leur métier, ils. seront émancipés.

i 0^ Il ne suffit pas de réfléchir une fois par hasard , il faut en avoir la volonté constante.

1 4 " Il faut réfléchir sur toutes choses.

1 2® Il faut penser aux outils qu'on emploie , et voir si on ne pourrait pas perfectionner ces outils 9 ou en inventer d'aulares. Aucun paysan y aucun artisan y n'a besoin ni de l'avis^ ni des explications de personne pour penser à cela.

1 3^ Il Êiut penser à la manière dont on emploie ces outils.

14° L'artisan et le paysan peuvent montrer la même intelligence dans l'exercice de leur 'profession. C'est le même homme employé à deui choses différentes.

1 5* L'artisan peut voir que le paysan a les mêmes vertus et les mêmes bonnes qualités que les artisans*

1 6° Des deux cotés ce sont les mêmes vices et

les mêmes dé&uts.

1 7" Il en est de même de toutes les pratiques de Tartisan. Tous les hommes sont semblables^ ' 1 8^ Si le paysan pense à tous ceux avec qui il a affaire , il verra que son domestique et son maître sont^Tun et Tautre ^ hommes comme lui. Même conscience pour se bien conduire , même intelligence pour agir avec esprit ^ quand ils 1q veulenté

Quand on a réfléchi y sans explications ^ à- la ressemblance morale et intellectuelle qui existe entre tous les hommes^ on est émancipé.

4 9^ Tout père émancipé peut faire l'éducation de ses en&ns sans le secours d'aucun maître explicateur^

Ecriture et Lecture.

Un père émancipé priera un disciple d'écrire les prières que l'en&nt sait par cœur.

Le père exigera que l'enÊint montre et écrive chaque mot qu'il prononce.

Dès que l'enfant saura lire les prières écrites, il saura lire les prières imprimées. Et cela ne

coûtera rien. Il saura tout lire et tout écrire sans argent,

it.

Emancipation dii fils.

Le père émancipé fera lire à son fils* le pré*mier livre de Télémàque. L'enËint le copiera , l'apprendra par cœur et le récitera tous les jours. Le père émancipé verra bien que Galypso ressemble à toutes les femmes qu'il connaît.

Galypso est triste comme tous ceux qui sont tristes; elle s'ennuie^ elle espère, elle craint, etc., comme tous les gens de la ville et du village. ^

Le père émancipé verra bien que tous les personnages du livre ressemblent aux hommes et aux femmes qui courent les rues dans son pays ; mais il n'expliquera pas tout cela à son fils. Il se contentera de lui dire : Quç penses-^tu de cette Galypso ? de ce Télémaque ? enfin de tous les personnages dont on parle dans le premier livre? Que penses-tu d'une déesse P d'un malheureux P d^un naufrdgeP àe faire sent" blantP enfin de tout ce qui est dit dans le premier livre ?

Dès que TenÊint aura répandu quelque chose qui paraîtra raisonnable au père émancipé, cet enfant sera lui-même émancipé, puisqu'il pense sans explications.

Chaque mot du livre fournira des questions au père. Le fils écrira ses réponses. Le premier livre est inépuisable. Ces exercice doivent se fsûre tout le reste dé la vie«

Ârilkin^tique.

Le père priera un disciple de lui prêter la plus courte des arithmétiques. L'enfant la copiera ; il la comprendra sans explications et y par conséquent, sans argent.

Ici se termine l'éducation des enfans du plus pauvre des paysans et des artisans. Le fils est destiné à faire le métier de son père ; il n'a pas besoin d'en savoir davantage. Il émancipera S€^ enfkns à son tour, et, peu à peu, le nombre des hommes augmentera, et le préjugé de Tiné* galité des intelligences se dissipera.

Géométrie y etc. Math^matiqaes.

Si le përe (je le suppose émancipé Ini-meiMy cette condition est nécessaire pour tout maître d'£aseignement Ujaiversel) est assez ricbe pour se passer du travail de çon fils, et sHl veut cQn*tinuer son éducation ,. il hjki donnera; mfi livre de géométrie^ etc., et lui dira simplement : Lis, v regarde, et explique-moi cela. Qu'en penses-tû? &is*moi quelque chose à ton idée d'après ce qu^ tu as appris.

Toutes les sciences sont dans les livres pour un enfant émancipé. Tout père émancipé peut vérifier si le fils étudie , pense , explique et fait quelque chose de celte science qu'il a apprise» .

Vf.

Il en est dememe de tous les arts.

^écapitirlatioB.

Un père est émancipé quand il a réfléchi i • sur sa profession et sur la manière dont il

f exerce -, 2^ sur les hommes qui Ten vironnent , pour savoir s'il» lui ressemblent par Tintelligence, s'ils ont les mêmes vices et les mêmes vertus \ enfin , quand il a vérifié en quel sens il est vrai de dire que Tout est dans tout.

Un père émancipé peut émanciper ses enfans , en exigeant qu'ils fassent, sur quoi que ce soit, ce qu'il a Êiit lui-même.

Voilà tout, ' Ce que je viens de dire suffît pour les classes les plus pauvres et les plus ignorantes de la société. Parlons nmintenant aux autres.

Qui que vous soyez, si vous voulez émanciper vos enfans, il &ut commencer par vous émanciper vous-mêmes. Faites donc l'exercice Tout est dans tout^ tel qu'il vient d'êti^e expliqué.

Les riches.

Dans tout pays, les plus riches et les plus pauvres sont les plus libres dans l'éducation de leurs enÊins. Les lois , là où elles se mêlent de l'instruction, ne songent point aux malheureux de la dernière classe ; les très-riches ne tiennent aucun compte de l'organisation universitaire.

4ft9

Les réconqynses promises aux soldats de ce régiment ne.peuvent être méritées par les ior digens , «t sont trop peu de chose pour être ambitionnéjes par les autres. Ainsi cet esclavage ne pèse réellement que sur la classe moyenne , qui ne forme nulle part la majorité de la nation. II y a sur toute la terre beaucoup moins d'en&ns dans les collèges que dans les rues.

Voltaire disait :

Si l'étais roi, je voudrais être juste. Et chaque jour de mon empire auguste Serait marqué par de nouveaux bienfaits.

Jedis,moi :Si j^étais roi^ou prince^ou duc j'élèverais mes enfans moi-même ». Si j'étais comte , vicomte , baron , banquier très-friche y etc. y enfin ^i j'étais, par ma position sociale^ indépendant des savans, si je n'avais nul besoin, pour mes enfans , des certificats d'un examinateur abrutissant, je les émanciperais, c'est-à-dire, que j'éloignerais tout maître explicateur.

Plus on s'élève dans l'ordre social , plus l'émancipation intellectuelle est applicable. C'est là surtout où il faut être homme , et il suffit de l'être , quand on est placé si haut; on ne pourrait

pas même devenir savant. Dans ce eas, il suffit d'être émancipé pour émancip<îr ^ enfens. Les gouverneurs , les précepteurs doivent étre^ sous les yeux d'un tel père de femille, ce que sont^ dans les établissemens d'Enseignement universel, les répétiteurs.

Il n*y a rien à dire de plus sur ce sujets

La classe intermëdîaîre.

Il y a des pays ( en Angleterre , par exemple) ou celle-ci est libre. Mais je parle aux Français pour qui l'instruction est réglée par la loi.

Dan», cette classe même , Téducation des demoiselles est abaiidonnée au libre arbitre des pères de Ênnille. Elles ne sont pas destinées à des examens pour telle ou telle école. Efttues des emplois, on n'exige rien d'elles; la mère peut les élever à son gré ; et j'aî dit ce qu'il &ut faire pour cela dans mes ouvrages.

Enfin il peut arriver que , dans cette clas^ même , il ise trouve des hommes qui ne se soucient pas de profiter des avantages promis auK collégiens*

Eli ))ien ! que ceux-?}à commencent par s'é*^

manciper eux-mêmes, s'ik ne le sont pas , puîs ils éinancîperont leurs enfcns comme îl a éié Ht à Tarticle des pauvres.

Gela fait> il &ut entrer dans TEnseignement unÎTersel. Or , la marche qu'il faut suivre pour cela est tracée dans mes ouvrages, apprendre quelque chose et y rapporter tout le reste , d'a^ près ce principe : Tous les Jwmrhes ont une égale intelligence.

Mais la masse des individus de la citasse dont nous parlons n'est pas tout à fait libre. Le plus grand nombre est obligé de porter le joug des examinateurs abrutissans^ et^ par conséquent, d'appeler des explicateurs dans certains cas. Alors l'Enseignement universel est gâté.

Cependant rien n'empêche qu'en n'éman* cipeles garçons dès leur enfance* Ils peuvent apprendre à lire, à écrire, à dessiner, à jouer du piano , etc. , par la méthode des pauvres. Elevés à réfléchir , ils réfléchiront sur les explications qu'ils seront forcés d'entendre plus tard ; mais elles ne les abrutiront plus , parce qu'ils sauront qu'elles ne sont pas nécessaires. Et le genre humain s'émancipera peu à peu , malgré les explications dont il sentira qu'il n'a que faire.

Français, l'opinion est la reine du monde.

Tous les grands changemens dont parle Thistoire Sont dus au changement d^opinion. La face politique de la France est changée ; c'est un fait. Qui a produit ce changement? L'opinion. Vous êtes sous le joug des explicateurs , pourquoi cela ? parce que vous croyez à la nécessité des explications. Si vous changiez d'avis, tout l'échafaudage abrutissant s'écroulerait de lui-même. Si les villages croyaient à l'égalité des intelligencesi^, l'université changerait de ton et de langage y l'académie française donnerait , pour sujet de prix, Féloge de Topinioh nouvelle* Quelques esprits forts diraient peut-être encore tout bas : J'ai plus d'esprit que mon voisin; mais y en public , à la barre ^ à la tribune des députés, et même à la chambre des pairs, on n'oserait plus insulter à l'espèce huntfiine. Par toute la terre, c'est l'opinion des paysans qui fait la loi. Abrutis comme ils l'ont été jusqu'à ce jour , ils imposent durement leur manière de pensera ceux même qui les gouvernent. Les sultans paraissent tout-puissans ; quel est celui qui oserait rire , en parlJht de Mahomet qui s'avisa un jour de mettre la lune dans sa manche? L'opinion, quelle qu'elle soit, est la reine du pays où les paysans la proclament.

Français ^ votre sort est clans {os mains. Vous n'ayez pas besoin de maîtres explicateurs. Des que vous le croirez, il n'y en aura plus.

Au surpins , vous voilà prévenus. Sera-ce la France, ou l'Angleterre, ou l'Allemagne, qui adoptera la première l'opinion de l'égalité des intelligences ? Je l'ignore. C'est à Dijon, ma patrie, qu'il y a le moins de disciples de l'Ensei* seignement universel. Peut-être cela commencera-t-il Lors de l'Europe. Encore une fois. Français, vous aurez été prévenus.

Les personnes qui liront attentivement mes ouvrages remarqiieront que le nouveau système d'instruction renferme deux parties distinctes.

La première partie est relative au mode d'enseignement ; la seconde à l'ordre des études.

Mode d*en$elgncin«nt.

On a donné le nom de méthode à une certaine limite d'explications orales, données par un maître instruit à un élève ignorant. Cette signification du mot méthode y étant connue de tout le monde, n'est pas applicable à l'Enseignement universel où l'on n'explique rien. De-

là vient que beaucoup de sa vans de très-bonne foi n'ont pas compris celte phrase : L'Enseignement universel est une méthode par laquelle on enseigne ce qu'on ignore. En effet , si par le mot enseigner on veut dire expliquer^ comnrn-* niqùer ce qu^on saitj il est évident que la phrase dont il s'agit renferme une contradiction palpable; c'est renonciation d'une absurdité.

Il faut même avouer qu'au premier aperçu , il est difficile de se faire une idée nette de ce que

signifient ces mots : Enseigner ce qu'on ignore. En effet, on a toujours cru à rinégalité des intelligences, pâtr conséquent, à la faiblesse de l'intelligence des enfans et, par suite, à la né- *e^ité des explications orales : il est donc naturel que ceux qui ont l'opinion de l'inégalité regardent comme un homme qui a le délire celui qui dira : J'enseigne ce que j'ignore. En vain traduira-t-il autrement cette pensée, en vain ajoutera-t-il : On apprend wec moi ce que figréore. Cette seconde phrase n'est pas plus intelligible que la première , pour celui qui eft préoccupé de l'idée que lès explications sont nécessaires. En vain l'auteur essaiera-t-il d'exicliquer ce fait bizarre en disant : L'élève apprend sans explications , parce que les intelli-

gences âiont égales* C'est précisémcnb cette prér tendue explication qui renverse tout le sysr tème. Les plus raisonnables diront : Il est aa moins très*douteux que les intelligence^ soient égales ( Fauteur lui-même avoue quç cette égalité ji'est qu'une opinion ) ; il est , par conséquent, très - douteux qu'un ensuit ait as$çz d'intelligence pour se passer d'explica^ tions orales ; ainsi le système des maîtres ignCK rans est un système absurde. Les plus modérés siemblent au moins avoir le droit de penser que les promesses de cette espèce sgnt téméraires^ et les essais très-aventureux.

Je conviens d6 tout cela. Je ferai seulement observer aux personnes qui parlent ainsi de bonne foi , qu'elle^ changent la question sans y faire attention. Il ne s'agit point de pivmessés^ mais de choses faites. On raisonne y quand il Êtut regarder ; on discute la possibilité , tandis que le fait est présent.

Je ne dis pas : Je crois que les intelligences sont égales, donc un enfant peut s'instruire sans maitre explic^teur; c'est là ce qu'on appelle un système.

Mais je dis : J'ai enseigné ce que j'ignore , ou , si vous voulez , plusieurs personnes ont

apprid avec moi ce que j'ignore t donc elles ont appris sans explication ; j'en préviens le public afin qu'il puisse profiter de cette expëriencé nouvelle. Je crois que tout homme a rinteHigence d'écrire sans explications ijf'ert ai vu beaucoup d'exemples. Je crois que tout homme a l'intelligence de rfc^^mer très-bien , dès le premier essai, sans explications ;y'en ai vu beaucoup d'exemples. Je crois que tout homme peut apprendre sans explications l'exécution , la composition, l'improvisation musicale; qu'il peut faire des romances, des duos, des trios, des quatjiors , des partitions, etc. , sans maître qui lui explique le contrepoint; j'en ai vu beaucoup d'exemples. Je crois que tout homme peut écrire les langues comme les meilleurs écrivains sans aller au collège; j'en ai vu beaucoup d'exemples. Je crois que tout homme peut bien modeler dès le premier essai, et qu'il peut mélanger les couleurs en peignant tout de suite d'après nature, toujours sans qu'on lui donne aucune explication; j'en ai vu beaucoup d'exemples. Je crois que tout homme peut apprendre très*-vite et très-bien les langues mortes et vivantes sans explications (il s'agit toujours d'explications orales ),/e« ai vu beaucoup d^exemples. Je crois que tout homme

peut apprendre la prononciation cVune langoê étrangère sans aucune explication^ seulement en entendant parler; j'en ai vu beaucoup d'exemples. Je crois enfin que tout homme peut tout apprendre seul et sans explications orales* Voilà ce que je dis. Je pense qu'on ne peut que me savoir gré d^avoir publié les faits dont 3'ai été le témoin. Qu'arrivera-t-il ? Quelques pauvres essaieront, et ils réussiront fou5. Si quelques-uns seulement réussissent, ils verront s'ils ont manqué d'intelligence ou de volonté* De leur côté, les savans réfléchiront à cet ensemble de faits nouveaux , inoi^is et pourtant incontestables , et ils verront le parti qu'ils peuvent tirer de la découverte.

Quoi qu'il en soit, je ne dis pas : Je crois, etc., en conséquence je propose tel système d'éducation, mais je dis : J'ai vu y etc.,*et je pense, etc. Pensez comme moi si vous voulez ; je veux vous rendre service en vous annonçant des faits qui n'ont jamais été vus par personne.

. Lorsque, au. milieu de toutes les méthodes explicatrices , je fis cette annonce au public, il était Êicile de prévoir ce qui est arrivé. Le bien- Êiit fut promulgué dans un style peu soigné, et , par cette raison , très-énergique , peut-être

même wi peu dur. Les e^^licaleurs furent irrités; le public même^ qui a Topinion de Tinégalité ) se révolta ; et^ comme il arrive quand on estÊ^chéyOn alla jusqu'à nier les faits. Mais peu à peu les esprits se calmèrent, et déjà on ne jette plus de cris quanti on entend parler de l'égalité Vies intelligences. On commence à croire que quelques personnes peuvent s'instruire sans maître explicateur ; on n'oserait même plus déterminer la quotité d'individus capables d^ob-r tenir ce résultat : plus on essaie y plus on en trouve. On dit même qu'il n'y a point d'homme sur la terre qui n'ait appris quelque chose par lui-même et sans maître expUcateur. On a rai* son ; l'Enseignement universel existe réellement depuis le commencement du monde à côté de toutes les méthodes explicatrices. Cet enseignement, par soi-même, a réellement formé tous les grands hommes. L'artisan daii^ sa boutique , dès qu'il veut réfléchir , se perfectionne tou{ seul. Tout hon^me a fait cette expérience mille foiç dans sa vie, et cependant jamais il n'était venu dans l'idée de personne de dire à uft autre : J'ai appris beaucoup de choses sans explications, je crois que vous le pouvez comme moi. C'est bien peu de chose sans doute, et personne n'y avait

jamais .pens^. Gela est, je Ta voue, ti^op simple pour qu'on le comprenne la première fois qu'on l'entend dire. L'homme s'est créé une infinité de besoins factices qu'il regarde comme nécessaires. Les explications orales soilt de ce genre ; il y a du hasard à s'en être aperçu , mais le publier est un bienfait»

Je dis que cettç découverte précieuse est le fruit du hasard ; et le public me saura peut-être quelque gré de lui raconter cette petite histoire.

Je me trouvai, comme on le sait , lecteur dans une université étrangère par une suite de ôirconstances extraordinaires. Les premiers élèves qui se présentèrent à moi pour apprendre le français ne comprenaient pas tous cette langue ; il y eni avait , dans le nombre, qui n'entendaient pas ce quç je disais. Je mis entre leurs mains un Télémaque airec une vieille traduction de leur langue maternellei Un camarade, servant d'interprète, leur dit, de la part du professeur, d'apprendre le texte français en les invitant à s'aider de la traduction pour le comprendre. Ces jeunes gens apprirent courageusement la moitié de ce premier livre, jusqu'à ces mots : Tétais parti d'Ithaque. Alors je Içur fis dire de répéter sans cesse ce qu'ils. savaient et de se con-

tenter de lire le reste poor le racooter.Puis;JeLéiHr discTécrirece qu'ils pensaientde toulcela* J'avais été explicateur toute ma vie ^ je croyàii» y par . conséquent ^ comme tous mes confiPères, qu^ Is^ explications^ et surtout mes explications, étaieiU nécessaires; quelle fut ma surprise quand je vis qu'on pouvait s'en passer ! Le fait était sous mes yeux, il ne in'était pas possible de le r(svoquer en doute. Je pris mon parti , et me décidai à ne rien expliquer pour m'assurer jusqu'où l'élève pourrait aller ainsi sans explications. Il arriva que les élèves mettaient l'orthographe et suivaient les règles de la grammaire à mesure que les vingt-quatrelivres leur devenaient fami"* lierspar la répétition. Mais un résultat qui m'é-;* tonna au-delà de toute expression , fut de voir que ces petits étrangers écrivaient comme les écri*> vains français, et, par conséquent, mieux que moi et mes collègues les professeurs explicateurs. Ces premiers résultats frappèrent tous les yeux, et beaucoup de sa vans même les admirèrent ; mais personne ne comprenaient la méthode , personne ne voyait qu'i7 ny avait point de méthode. Tout le monde était dans l'erreur oii est tombé dans la suite le savant et honnête Kinker ; on attribuait lés progrès des élèves il

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