REPAS DU PREMIER LIVRE ^ REPAS DI] HUITIEME LIVRE
(c Ces deux repas se ressemblent, en ce que l'un et l'autre sont offerts à Télémaque et à Mentor, dans le dessein de les délasser ; ils étaient épuisés et avaient nagé long-temps ; mais le re-
pM d'Adoam est offert par bienÊiisancie : son but était de secourir des malheureux, tandis que lé but de Galypso était de flatter Télémaque par une bonne réception , afin de lui faire expli-^ quer ce qu^elle désirait savoir. L'un et Fautre repas se font après un entretien, et sont servis, Fun y par des jeunes nymphes , vêtues de blanc , et Fautre > par des jeunes Phéniciens , vêtus de la même manière. Un concert les embellit; ce concert, dans le premier repas, attendrit Télémaque; dans le deuxième, ce jeune homme goûte les plaisirs qui lui sont offerts pas Adoam ^ maïs il n'ose s'y livrer. Dans le premier, Galypso dissipe la peine de Télémaque; et, dans le deuxième. Mentor dissipe sa crainte. Dans le premier repas , Fénélon nous dépeint un jeune homme crédule , imprudent , prêt à se laisser séduire par les trompeuses douceurs qui Fenvironnent, exposé aux plus grands dangers (c'est-* à-dire, environné de plaisirs qui attaquent la vertu ) , dont il vient de se sauver ; au second repas, Fénélon dépeint le même jeune homme, instruit par l'expérience , craintif et se défiant de loî^^même.
B Dans le premier repas, Fénélon décrit les mets q«ii cojnpoaaieot le repas, parce que sa
simplicité et ta bonté de ces aliraens embeUis*saient sa description : ces mets étaient les productions d'une île où régnait un printemps éternel.
}} Dans le second repas y il ne parle point des mets 9 qui ne pouvaient être extraordinaires ; un vaisseau^ en pleine mer ^ ne pouvant ofirir rien dont la simplicité et la fraîcheur puissent embellir le récit d'un repas. ))
On a fait une objection : Télémaque y toujours Télémaque^ et rien que Télémaque ; c'est un cercle bien étroit pour le génie. Tous ces élèveslà seront jetés dans le même moule ; il n'y aura rien de plus monotone que la conversation de ces messieurs 9 rien de si lâche et de si contourné que leur style.
D'abord , je souhaite à tous ceux qui font l'objection, de bien savoir leur Télémaque; je le souhaite à tout le monde : on aurait pu y de son temps, le souhaiter à Fénélon lui-même. Mais il faudrait qu'ils l'eussent, comme nous, tellement répété , que les expressions leur lussent aussi familières que celles de la conversation qu'ils ont apprise par cœur , par la méthode de l'Enseignement universel ; enfin, qu'ils puissent dire à propos, comme bonjour ou honna nuit.
saisi de dimleur, ou abattu par la douleur , etc. C'est alors seulement qu'ils en sentiraient tout le prix.
Je les prie d'observer ensuite que ce reproche est inhérent à toute méthode d^instruction commune. Il est certains livres classiques qu'on met entre les mains de tous les élèves ^ et on n'a pas encore songé à craindre cet inconvénient. Il est vrai que y quoique sans y avoir songé ^ on s'est arrangé de manière à le prévenir , en nous faisant changer souvent de livres^ dont on ne répète, par conséquent, jamais aucun. Mais, nous, voudrait-on que, nous bornant à un seul auteur, nous prissions la précaution de ne pas l'apprendre de crainte de le trop bien retenir? Quand nous sortons des collèges , ne parlonsnous pas avec ce que nous avons appris et retenu 7
Mais tout cela rentre dans des discussions interminables : ne vous jetez point dans ce dédale. Contentez- vous de savoir, par expérience, que cette route conduit beaucoup plus vite que la vieille. Faites, et laissez dire. Vaccinez cet enfant, et il n'aura pas la petite-vérole, a dit un Anglais. Prouvez-nous comment il est possible que la vaccine garantisse de la petite- vérole ?
on( cl'ab^rà crié ks médecin». Puis le peuple a féfété : Prouvez-iiou&9 prouTesi*notis ! Et Jenner vaccinait. Enfin les médecins l'ont imite , les gouverneinen^ ont enfH)iiragi, ordconnë la vaccis^ , e^ des milliers d'bomm99 i^on viH)çinéa pé^ risaen^ encore de la petitç-yétale^ L'espèce hui^aifie est eomnie cela; Thotilp^e est libr^^ 1^ genre hutlUSiin i^e Test psis : il appartient h la petite-vérole pour toujours. Il paraît changer q^elquefais; inais c'est une apparence : il p^urf^ bien traquer un jour Ift petite-vérole paur h pe^tf^; HEiais j^maî^ il n'adoptera la vaccine » w l^en ce sera pour quelque mattivaise raison que î'içiiore. Tous les individus peuveiit être raisonnabies i 1^ genre humain ne peut pas l'être*. Il ne disciite rien; il roule , octfnme les planètes , par des loia éternelles ^ qui règlent jusqu'aux anomalies que nous croyons apercevoir dans SQu cours.
Un homme raisonnable choisit le médecin et le précepteur de son fils; le genre humain n'y £|it pas tant de façon, d Votre fils est dans l^ge d'apprendre y il faut lui donner un maître. Vous êtes malade y il Êiut appeler quelqu'un. Que prenei^vous ? il faut prendre quelque chose. — Mais appeler qui , et prendre quoi ? — Gela se-
fait trop long à discuter : appelez quelqu'un , et prenez quelque chose. — Mais quel maître ? •— Belle quegtiôji ! donnez-lui un maître que vous paierez. — - Maîè quelle méthode suivra- ^-il ? — Qu'importe ? tout chemin menfe à Rome. » Voilà le proverbe t c'est la sagesse des nations qui a parlé.
Le genre humain Se compose , dit-on^ d'individus ; il doit donc participer à leur nature. Je ne sais pas si cela doit être; mais je vois bien que cela n'est pas. On dirait que cet être de notre imagination ^ que nous appelons genre humain, se compose de la folie de chacun de nous, sans participer k notre sagesse individuelle. Une assemblée de sages serait un être sans raison , mue par des passions , agitée de transports de folie , dont vous ne verriez aucune trace dans chacun des membres qui composent la corporation à laquelle il appartient.
Vous croyez , sans doute ^ <^U€ je dis tdut ceci peur ine plaindre amèrement du mépris auquel vous êtes réservé, en suivant une méthode dont je voudrais indirectement démontrer l'excellence; que je (îherche à jeter des doutes sur la raison du seul juge reconnu de tous les prospectus, en calomniant le public , notre contem-
porain ; you& seriez dans l'erreur : je ne méprise point le public , puisqu'il n'existe pas ^ et je n« récuse point ce tribunal abstrait ^ pour en ap^ peler à un autre non moins abstrait : je veux dire la postérité, inutile et dernière ressource d'un auteur mécontent. Voici mon but : je veux vous donner de l'espérance et de la confiance. Travaillez avec ardeur à l'instruction des élèves qui vous seront confiés , et vous aurez des élèves quand même votre méthode serait détestable : tout le monde en a, vous le voyez bien.
Je reviens aux synonymes de compositicm. Voici une manière d'analyser les sujets de com-^ position du premier livre: Regrets, artifice, prière, invitation, lieu, invitation, conseils, repas, invitation, offre, prière, conseils, tempête, adresse, rencontre , péril (d'être immolé), prédiction, irruption , combat, victoire.
Chacun de ces sujets en contient beaucoup d'autres. Exemple : Regrets, départ, douleur, se trouver malheureux; immortalité, grotte, résonner, chant, nymphes, n'oser, parler, se promener, souvent, solitude, gazon, fleurs, printemps, éternité, border, île, le beau, lieu, modérer , douleur , ne faire que rappeler , tri^.teçse, souvenir, voir, auprès, immobile , rivage ^
mer , arroser de larmes^ sans cesse ^ être tourné^ le côté 9 vaisseau^ fendre les ondes , disparaître.
Il y a unité entre toutes ces idées : donc y chacune, étant donnée 9 peut reproduire toutes les autres dans la tête ^ non par un tour de force de Tesprit^ mais naturellement et sans effort. Alors on a du génie ^ c^est-à-dire, des liaisons dHdées ou de la mémoire 3 on . Êiit des boutsrimés sans le savoir. Par exemple : Écho étant donné 9 résonne, nymphe, souvenir, triste^ etc., me rappellent des faits ; et je compose une petite histoire, et j'ai du génie, c'est-à-dire^ de la mémoire.
Je viens de prononcer un blasphème; j'ai parlé de génie et de bouts-rimés : un peu de patience ; il y a bouts-rimés et bouts-rimés : ceux qu'on nous donne à remplir, et ceux que nous choisissons nous-mêmes. Quand Racine a écrit:
Je le urU tout saoglaDt. En baignant son visage ,
il avait à choisir dans tout Richelet , article cye ; mais, enfin, il ne pouvait pas prendre ailleurs : n'est<-ce pas là faire des bout^-rimés? L'esprit du poète regarde, voit et choisit, quelquefois avec
la rapidité de Téclair, le mot qui convient au sujet, et qui rime ; quelquefois , il l'attend longtemps, à ce que dît fioileau j qui dit aussi que les mots arrivent aisément Enfin , je suppose que le mot usage rappelle à Racine , d*après ses lectures, Fexpression Yusage du sentiment^ rendre l'usage 'y qu'il pense à Josabeth , il dira , comme je dis bonjour :
lidcs plçars du sentiment lui rendirent Tusa^e ,
et j*admire sa supériorité sur moi : je Tadmire d'autant plus que je comprends combien d'études, combien de répétitions il a fallu fidre pour arriver à cette perfection. Expliquer cela par le génie, c'est tomber dans les qualités occultes.
Qu'on ne dise pas que c'est imposer des entraves au génie , que le génie veut être libre. Je répondrai que le plus mince >écolier à qui l'on dirait : Voilà deux vers à retourner : je le pris tout sanglant^ mes pleurs lui rendirent Vusage du sentiment j en baignant son visage ^ et qui mettrait les deux vers sur pied ^ ne passerait pas pour un génie. Ojr, la pensée est dans le sujet, et les expressions dans la langue : que r^o*t-il pour le çénie ?
Quoi qu'il en soit, attachez la plus grande importance aux synonymes de composition. Il faut remarquer quels sont les passages de Fë-^ nélon qui font le plus d'impressioti à la lec-*' ture ^ on s'apercevra , dans la suite, que, dans tous les poètes, dans tous les orateurs, ce sont les mêmes sujets qui touchent et qui attachent. Gela tient à la nature de l'homme , et ne dépend point de nos conventions. Dans toutes les langues> dans tous les ouvrages, Fénélon se retrouve à chaque page : voilà pourquoi je répète sans cesse : Tout est dans tout. Il s'en faut bien que j'aie tout vérifié, quoique j'aie professé pendant quarante ans; mais j'ai été étonné de revoir dans Fénélon tout ce que j'avais lu« Adoptez donc de confiance cette maxime, Tout est dans toutj jusqu'à ce que vous ayez reconnu les ex^ ceptions par vous-mêmes, et vous tirerez , par vos propres remarques, cette utilité de notre aphorisme, que chaque exception, aperçue par la réflexion , ^ gravera facilement dans votre mémoire. Tout est dans tout est la mnémcmique de l'Enseignement universel.
Ce que je dis de la maxime Tout est dans tout y est applicable à la dénomination d'Enseignement universel que je donne à ma méthode.
La vérité est que je ne Tai point appliquée à Puniversalité des connaissances humaines ^ et cela n'est pas possible en fiiit : le temps me manquerait, quand même le pouvoir ne me manquerait pas, comme je le crois. Je vais m*expUquer clairement sur une dénomination qui a jeté Falarme sur les bancs des vieilles écoles.
Quand je suis arrivé eh Belgique, j'ai été touché de l'accueil que j'y ai reçu ; j'ai même obtenu, quoique étranger, une place de la générosité du gouvernement. J'avais appris beaucoup de choses en ma vie ; je ne les savais pas trop bien , comme il arrive à tous ceux qui divaguent en étudiant : Qui trop embrasse, mal étreint. J'ai offert à Louvain mes services gratuits à tous ceux qui voudraient en profiter s j'ai eu le bonheur de réussir; j'ai instruit rapidement des enfans et des hommes par la méthode dont il est question dans cet ouvrage. On s'est adressé à moi pour me demander des leçons de choses que j'ignorais; comme je donnais mes leçons gratuitement , j'ai osé entreprendre, et le succès a complètement répondu à mon attente. J'ai £ait apprendre le hollandais, le dessin, la composition musicale, que j'ignore. Aujourd'hui , quand je me trouve entouré de mes élèves , le plus ignorant de l'as-
semblée 9 c'est moi. Ce spectacle me Êiit plaisir ; je suis bien aise d'être utile à ceux à qui je dois tant« Je ne prétends point m'acquitter ; mais j'ai désiré faire voir que je savais sentir un bienfait; et, peut-être emporté par mon zèle, j'ai promis à tout le monde l'Enseignement uni-* versel gratuit. Je me trouve si heureux quand je songe à un père de famille à qui j'ai donné un état , à un fils dont je puis aider la piété filiale en lui fournissant les moyens de nourrir une mère pauvre qu'il chérit ! J'ai tenu parole jusqu'à ce jour. Je continuerai tant que je le pourrai dans le cercle des lois; car, avant tout, *je veux vivre tranquille à l'ombre de leur protection tutélaire. Tant qu'il me sera permis de le Élire, je redoublerai d'efforts pour tenir une promesse que je regarde comme sacrée ; et si les autres nations, entendant parler de ceci, n'étaient pas assez sages pour respecter un si beau motif et pour excuser un zèle qui leur paraîtra sans doute insensé, du moins les Belges ne se plaindront pas de moi : ils encourageront mes efforts , ils justifieront mon audace. Je prie seulement ceux qui s'adresseront à moi de le faire de bonne foi : point de ruses, point de subterfuges : je n'appelle personne ; mais je reçois tout
le monde. Celui qui e^t venu pôut tiie tàtef , il y h plus d'un an, et a^àiy de retour chez lui, m'ft écrit, par je ne Sais quelles in^igationè, une lettre dlnjures ^ au lieu de travailler , celuilà a fait une &ute ; je ne lui en reûi pas ; mais il m'a foit perdre un temps précieu* pour ceux de ses concitoyens qui désirent profiler de mes conseils. Si je suis un charlatan , il faudra mn-* venit au moins que cette espfece de diarlatani^me est rare * c'est le ca^ de dire> atec le f&ur^ nal de Paris : r En voici bien d'uM dutre ! »
Depuis quatre ans , on m'a envoyé tantôt Uft article de Y Observateur ^ tantôt un Sommaire deà leçons de M^ Jacotot-, une autre fois j'ai re*** eu un gros livre, en latin, où l'on se moque de moi, à ce qu'il m'a paru« J'ai fait ce que je conseille à mes lecteurs, si je les ennuie : je n'ai pas tout lu. Si ces messieurs voulaient s'instruire de ma méthode , ils viendraient me parler, ou bien ils continueraient à prendre de mes leçons gratuites. Quelques personnes ont été indignées de leur conduite à mon égard ; il y en â qu'on a chassés de plusieurs maisons. Si l'on vous calomnie, cela peut vous arriver comme à moi (car il y a dans le monde presque autant de calomniateurs que de charlatans), si l'on vous
insulte sans raison , plaignez les méchans , ne vous mettez point en colère; attendez, et slls se corrigent, et s'ils demandent pardon, souvenez-vous que c'est la preuve d'un grand cou* rage, et que nous sommes* exposés à faillir quand nous somrnç^ di^traitJ^ par quelque passion. Si les méchans s'obstinent, et qu'ils ajoutent l'outrage à l'outrage, vous n'avez rien à leur apprendre : ils savent bien qu'ils ont tort. Gardez donc le silence, et occupez -vous de vos 4lèvea : yem n'êtQ$ p$^ chargé» de ré4ueation di| genr^ huipain.
FaitQ^ attentiqn quQ cec^i n'est, pa» rîen q^e 4? l^i rbétonque : voIrQ cop^ience vq^ç^ dira.qiiç le précepte çst boiti , quoîquQ la période ne spît pa3 bien écrite»
Lfise^ partoiiit ,. si vous ave^; h loisir, toutes Jk^ diatribes cqptre rSknseign^iBwt uniyersfBL Nor tea tout ce, qui, dans c^ pamphlets,. seara d'açr cord £|Yec ce que je dis; cela Eût partie dci mes principes : mai$ n'oubliez îamais quem^s^pm-^ cipes ne SjOi^t p^s ma méthode.
<tDn}ihne €tcon.
Quand Fëlève a Thabitude de regafdei*, de comparer 9 et d'apercevoir les ressemblances et les différences; par exemple ^ quand il peut dire ce qu'il pense du repas donne par Galypso ^ dans le premier livre y el de celui d'Adoam; quand il a tiré, de ce rapprochement, la conséquence que , dans les repas, on parle ordinairement de ceux qui servent, de chants, de mets, etc. ; quand il a trouvé la raison de la différence des sentimens, d'après les faits et la posi» tion relative des personnages, il voit en quoi diffèrent rintention de Galypso et d'Adoam , ainsi que les sentimens de Télémaque dans File et sur le vaisseau ; il est saisi de douleur chez Galypso , d'étonnement et de respect quand il entend Mentor, etc., etc.
Quand relève parle d'abondance sur ces sujets différens^ le moment est venu de lui faire entreprendre iin ouvrage de littérature, c'est-à-dire, par exemple, un discours; car jusqu'à présent il n'a Élit que des morceaux.
On lui demande l'analyse du discours de Massillon sur les tentations des grands , ou de tout autre ouvrage de littérature. Il verra qu'un discours n'est autre chose qu'une proposition.
Les tentations sont plus dangeureuses pour les grands que pour les autres hommes.
Cette proposition se décompose en trois auti^es :
Le plaisir est plus dangereux ; L'adulation est plus dangereuse ; L'ambition est plus dangereuse.
Enfin , chacune de ces vérités se développe successivement.
1 • Le plaisir est plus dangereux :
Les grands ne trouvent point d'obstacles ; Ils ne craignent point la censure; Ils ne sont pas distraits par l'amour de la fortune.
2® L'adulation est plus dangereuse :
Elle fortifie leurs vices ;
Klls ooirrompt Uurs vertus.
3* L'ambition est plus dangekeuse :
Elles les rend malheureux ; Elle les avilit; Elle les rend injustes.
Yoilà un plau composé > comme on le voit, de propositions variées i absolument différentes les unes des autres. Cette condition est nécessaire. Le développement continuel d'une seule et même proposition deviendrait monotone et fatigante Ici , l'orateur s'est proposé dixdéveloppemens successifs et distincts.
1 ° L'exorde ( c'est - à - dire , le discours en
abrégé); 2*^ Les grands ne trouvent point d'obstacles
quand ils veulent s'abandonner au plaisir ; 3° La crainte de la censure ne les retient pas; U"" Dans hs grands j l'amour de lafortuna ne
dérobe aucun insta^it a la volupté ; 5® L'adulation fortifie leurs vices ; 6° Elle corrompt leurs vertus ; 7** ^ambition les rend malheureux ; 8** Elle les avilit ; 9** Elle les rend injustes ; 1 0° La péroraison (c'esl-à^direj, le discours en
abrégé y ou la cotiséquence de ce discours).
Ainsi la difficulté d'un plan de composition consiste à choisir, dans le nombre infini de développemens contenus dans une^oposition quelconque, ceux des développemens qui diffèrent le plus Fun de l'autre. De cette difBSrence sensible resuite la variété; et l'unité sera dans l'ensemble, puisque tous les développemens découlent de la proposition principale.
Si, dans vosétablissemens , il vous arrivait un ëlève qui eût fini les études ordinaires, même celles des universités, vous pourriez, ensuivant cette marche, perfectionner les connaissances ' élémentaires qu'il a acquises, et le dirigier dans tous les genres de littérature.
Ce n'est pas ainsi , dira le Journal de Paris ^ qu'on Élit un Bossuet , un Massillon , un Homère , un Virgile. Toutes ces dissections sèches et arides ne feront jamais un homme de génie. N'écoutez point cette rhétorique : essayez de Êdre apprendre à votre élève un livre du genre auquel il se destine, et qu'il y rapporte tous les autres du même genre; qu'il connaisse l'ensemble, les détails de l'ouvrage qu'il étudie; quîil puisse le refaire s'il était perdu, et vous verrez.
Je vous préviens seulement que vous ne
trouverez pas beaucoup d'élëves pour les con* duire à cette hauteur. On se livre rarement à un travail opiniâtre, comme Racine, ou bien on le fait de cœur , et on n'a pas besoin de maître pour cela. Je le sais ; mais j'ajoute qu'en ce sens, on n'a jamais besoin de maître. L'Enseignement universel n'est point nécessaire, puisque c'est la marche que l'homme suit naturellement quand il a besoin et qu'il n'est pas distrait par quelque passion ou quelque préjugé; mais, si l'Enseignement universel n'est pas nécessaire ^ il est très-utile : car tel poète qui se croit Racine, et qui n'ose pas le dire , deviendrait, selon moi , l'égal de ce grand homme s'il suivait la roule que notre premier tragique a suivie sans le savoir : il a appris, il a copié, il a imité, il a traduit tout ce qu'il avait appris et répété sans cesse.
Mais je dispense les critiques de toutes objections à ce sujet. Je suis aussi entêté dans mon opinion qu'ils peuvent l'être eux-mêmes. Je ne répondrai donc rien à ceux qui veulent que l'intelligence de Racine soit différente de la mienne. Chacun m'approuve au fond de l'âme quand il pense à soi. C'est l'application de mon système au voisin qui les importune et les tourmente. Depuis qu'on vient des villes voisines