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m'argumentei sur mes opinions , je n'ai pas encore vu un seul homme s'opposer en personne ^ ni se citer lui-même comme un exemple d'idiot ; c'est toujours tel ami , telle personhe de leur connaissance qu'ils me présentent comme preuve de la fausseté de mes principes. Dé divagations en divagations ^ il y en a un qui m'a demandé si les animaux avaient de l'intelligence. Gomme je ne suis pas précepteur de chiens 9 je l'ai renvoyé au P. Bougeant et à Descartes, qui ont traité la question à fond«
Mais ce n'est pas là de l'Enseignement uni- Tersel : ces questions oiseuses sont de la vieille école. Il s'agit de savoir ce qu'il faut faire quand on rencontre un homme à qui messieurs du génie refusent une intelligence égale à la' leur. Je prétends qu'il faut suivre la marche que j'indique ; c'est celle que j'ai suivie ; mes élèves sonlils devenus orateurs comme Bossuet? Je réponds qu'il faut travailler long-temps pour devenir Bossuet ; mais j écartant cette question détournée , proposée tout haut pour cacher ce qu'on pense tout bas, et traduisant moi-même ce que. vous dites dans ce que vous voulez dire : Mes élèves deviennent-ils des hommes comme vous, qui parlez? Oui sans doute : nous ferons la
^confrontation quand il vous plaira. Voilà le grand mot lâché ; voilà le plus gmnd trait de folie qui puisse me déceler à leurs yeux y je les entends rire ^ je vois leurs yeux étincelans de colère 9 selon leur caractère : j'insulte le pu^ blic I Pas le moindre respect ! pas la moindre iretenue dans rnes expressions ! Les voilà partis ; et pourquoi ce déluge de phrases qui vont pleuvoir sur ma tête ? Quel est mon crime ? quel mal ai- je feit à ce poète irrité, à ce litté* rateur en courroux ? Ai-je attaqué son honneur? ai-je dit qu'il était un sot? Point du tput : je dis qu'il est moi , et que je suis lui par rintelligence ; qu'il est au-dessus de moi par le &it, mais que je pourrais l'égaler* Le trésor qu'il a acquis lui appartient ; mais j'aurais pu l'acquérir à ce que je prétends : Rien que la mort n'est capable d'expier ce for&it I
Voyons cependant ce qui manque à notre élève pour faire ce que ces messieurs &nt. Une fois arrivé au point d'étudier, les plans et l'ensemble d'un ouvrage,, quelle plus grande difficulté a-r t-il à vaincre que celles qu'il a déjà surmontées. Jusqu'ici les mots, les expressions, dtCéy tout était arbitraire et de convention; maintenant presque tout est dans la nature ; tout le monde
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le fait par hasard : il s'agit de s'exercer à le Êiire quand on reut. Il y a quelques usages relatifs au genre qu'on traite, à la langue dans laquelle en écrit : on voit tout cela quand 6n regarde ; on lésait quand on l'apprend; on le retient quand on le répète , et on l'imite enfin sans s'en douter. Le reste consiste dans des figures de rhétorique que tout le monde emploie naturellement, et dont il ne Êiut qu'acquérir l'habitude : la gradation , la disposition , etc. , etc. , c'est de toutes les langues, de tous les pays, de l'homme enfin. La seule chose importante est toujours celle par laquelle nous avons commencé : méditer sur des faits. Or , le sermon que nous étudions , par exemple, non-seulement ne contient rien que l'homme le moins instruit ne connaisse et ne dise tous les jours , mais encore ce sont des réflexions familières pour notre élève , sans cesse présentes à sa pensée , puisqu'elles sont toutes dérivées des faits contenus dans Fénélon ^L'histoire de Télémaque nous fournit les réflexions de l'orateur sur le plaisir. Celle d'Idoménée nous ferait dire ce qu'il dit de l'adulation. Il semble que Massillon composait sur Protésilas. Enfin l'histoire d'Adraste est pleine de feits dont le sermon n'est que la (Conséquence.
Voilà ce que nos élèves peuvent imiter aussi bien que les orateurs de nos jours et, par conséquent, aussi bien que Massillon lui-même.
Quand on dit orateurs de nos jours ^ c'est ordinairement une insulte ; dans ma bouche , cela ne peut pas êti:e : je compare mes élèves à ceux d'entre eux qui ont le plus de talent , non pas dans l'intention de ravaler leur intelligence, mais pour faire sentir que, comme je leur accorde, malgré leur modestie qui se refuse gauchement à mes éloges, autant d'intelligence qu'à Massillon , j'égale à Massillon tous mes élèves, puisqu'ils ne sont tous pour moi que le premier venu. Ce n'est pas de l'intelligence de nos ora* teurs, mais de leur orgueil, que je ris. Rien n'est plus admirable , à mes yeux , que l'intelligence humaine ; rien ne me paraît moins fondé que les prétentions à la supériorité de nature. On prenait un ignorant pour un nègre , et un nègre c'était ^tout dire. Buffon était persuadé qu'un nègre n'était pas lui. La question est devenue au moins douteuse pour les nègres. Pourquoi ne suspendriez-vous pas votre jugement quand il. s'agit d'un ignorant blanc ?
Encouragez donc nos efforts, au lieu de nous susciter des entraves : que craignez-vous? Si
vous continuez à marcher j nous ne vous rattraperons jamais^ puisque nous n^avons pas plus d'esprit que vous. Restez à notre tête y nous tous suivrons ; soyez les che& de vos égaux : tout homme est Êiit, par sa nature^ pour diriger ses semblables^ qui pourraient le diriger également; mais cette égalité naturelle même maintient l'inégalité acquise par les circonstances^ l'inégalité de possessions. C'est précisément parce que nous sommes tous égaux par la nature que nous devons tous être inégaux par les circonstances.
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APPRENDRE et comparer, comparer et vérifier, voilà TEnseignement universel. Massillon avait à dire : Les grands ne trouvent point dfohs^ tacles quand ils veulent se livrer au plaisir ^ et voici Texëcution de cette partie du plan de composition : Le plaisir est le premier écueil de notre innocence j mais c'est V écueil privilégié de la vie des grands : le commun des hommes trouve des obstacles , les grands n'en rencontrent point : quels obstacles trouveraient-ils? Non , ils n'en trouvent point; David n'en a pas trouvé : ain^si ils n'en trouvent point.
Voilà un développement , un raisonnement oratoire. Reste le style, et votre élève doit le savoir par cœur , ou bien il n'a pas appris son
tiyre ^ il n'en oonnaît pas les mots et les exprès-* sions.
Le mot principal en latin est le verbe ; c'est pour cela qu'il s'appelle verbum par excellence; en français , c'est le substantif abstrait qui contribue le plus à former ee qu'on appelle le style. Exemple : Lé premier égueil de notre innocence , c^est /e plaisir; les nuires ^assious y plus tardives^ ne se développent et ne mûrissent , pour ainsi dire^ qu'wec la raison. Celle-ci la prévient , et nous nous trouvons corrompus avant presque de sa/voir ce que nous sommes. Ce pknchant infortuné j qui prend toujours sa source dans les premières^ MOEURS , souille tout LE COURS DE lA Ti^ dcs Hom-mes. Cest le premier trait empoisonné qui blesse l'ame; c^'est lui qui efface sa pr&nihre reauté^ et c'est de lui que coulent ensuite tous nos autres