‹ Enseignement universelChapitre 9 sur 36 · VICES · texte numérisé non relu

VICES

Le style est dans les mots soulignés. Remplacez-les y il n'y aura plus de style. Le sentiment ne s^^t-41 plus communiqué ? Je ne dis pas cela ; je dis qu'il n'y aura plus de ^yle. Rappelez-vou» les livres dont on vante le style : vous y trouverez ces substantif abstraits. La conversation Êimilière ne parait relevée que par l'usage qu'on Élit de cette espèce de mots. Ce style n'est pa&

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le beau ; le beau est de tous les temps et de tous les pays : c'est un usage français. Tout cela ne fait pas la pensée ; mais c'est sa parure à la mode. L'habit ne fait pas l'homme ; mais l'habit habillé lui donne de l'importance aux yeux des gens qui se laissent séduire par l'apparence.

Cet emploi des substantifs abstraits se fait remarquer dans toute espèce de composition : tragédies^ poèmes^ poésies légères, etcVérifiei, et si vous trouvez l'observation exacte, ayez soin d'en faire l'application quand vous écrirez. Le verbe est le mot de mode en latin ; cela n'est pas étonnant : il est beaucoup plus complet dans cette langue qu'en français, où il manque de la voie passive. Nous ne pouvons parler passivement en français qu'avec plusieurs mots.

.Que les substantifs abstraits forment, ou non , la partie principale et distinctive de ce qu'on appelle style, peu importe; et cette opinion^ pas plus que toute autre, n'est de l'Enseignement universel. Sachez un livre; puis voyez, exami- • nez , regardez sous toutes les Êices : voilà notre méthode. Encore une fois , je n'énonce mes opinions que par forme d'exemple : si quelqu'un

prenait la plume pour les réfiiter, je préviens que je ne répondrai point ; mais je vous invite à lire la critique> non pas pour y croire, mais pour achever de vous convaincre , par ces nouveaux exemples , que ce conseil est le seul vraiment utile. Regardez toujours, et vous verrez toujours quelque chose de plus, d'égal , de semblable, de différent, de contraire même. La moisson se Êiit ainsi peu à peu , et on acquiert insensiblement la conviction que le sol est inépuisable : cela rend modeste et attentif à ce que disent les autres. Nous parcourons tous un pays inconnu et immense ; la relation de chaque voyageur doit être comptée; Thomme qui s'élève comme l'aigle au-dessus des nues, peut embrasser d'un coup-d'œil toute l'étendue du vaste domaine des sciences ; mais Féloignement où il se trouve de chaque partie ne lui permet pas d'en observer tous les détails. Ce n'est pas parce qu'on critique mes opinions qu'on a tort; c'est parce qu'on veut leur substituer d'autres opinions qu'il faudrait se contenter d'y ajouter. Aucune science n'est complète; aucune ne le sera jamais. Aristote n'a pas eu tort de dire autre chose que Platon ; c'est sa prétention de dire absolument le contraire qui l'a perdu. Je

pvëdtô à ceux cpii smvMM cet exemple qu^ils tomberont tous comme il est tombé.

Lorsqu'on étudlîe dans La Harpe ou dans Qutntilien les règles de l'art oratoire^ on s'attacbe à retenir par cœur ce qu'ils ont dit ; oi^ le récite sous mille formes différentes dans la conversation; on l'écrit 9 on s'en sert comme de raisons sans réplique. On suit ainsi, jusqiii^à la fin de ses joiirs>la vieille méthode, la méthode im tel a dit. Fa^s précisément le contraire : commencez par apprendre un auteur , répétez-fe sans cesse, i^àpportez-^y toutes vos autres lectures, vérifiet les remarques des grammairiens et des rhéteurs ; mais finissez par cette vérification , et votre instruction se fera rapidement et plus sûrement. Voflà ce que j'avance : ceci n'est pas une opinion, c'est un fiiit. Qu'on répète ou non l'expérience, peu m'importe : je crois d'avance qu'on n'en fera rien. L'espèce humaine n'entend pos : les petites espèces, c'est-à-dire , les corporations, sont de la même nature. Je m'occupe d'un individu , je lui offre mes services , et voilà tout. C'est un beau précepte que celui d'aimer son prochain comme soi-même, quoiqu'il soif bien difficile de Tobserver ! On le peut; mais il n'est pas dit : Aimez le genre humain comme vous-*-

même; cela n'aurait aucun sens. Le genre humain n'a besoin d'aucun individu; et, ipeHes que soient nos prétentions, ellea ne vont pas jusqu'à l'orgueil d'instruire le plus petit des corps savans. Ces êtres abstraits ont des habitudes , des préjuges invariables. Ils ont un idiome à part qu'on appelle la langue de la république des lettres, qui ne ressemble en rien à la langue de la république romaine. Je pense que c'est la dernière qu'il faut étudier , sauf à lire les commôntateurs dans l'idiome , si vous en avez le teiiqps.

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Ce que notis appelons synonymes ^ c'est-àdire y les comparaisons , voilà Tunique eiercîce de l'Enseignement universel : regardez et comparez toute votre vie, vous ne verrez jamais tout. Deux choses vous paraissent-elles semblables au premier coup-d'œil: cherchez-en les diflférences; sont-elles différentes à vos yeux : Tout est dans tout ^ voyez les ressemblances. Par exemple, vous seihble-t-il qu'une tragédie et une comédie ne se ressemblent point ; regardez : c'est la mêmechose. Ici, ce sont des gens passionnés que vous ne craignez point , et dont la sottise vous paraît ridicule par cette raison ; là, ce sont des gens passionnés dont les excès vous font trembler , et qui , par conséquent , vous imposent. L'animal éprouve des sentimens différens ; mais

la raison ^ qui n'est jamais émue , ne voit qu'un fou dans Orosmane aussi bien que dans le Misanthrope. Orosmane en fureur me fait trembler quand il s'écrie :

Que la terreur habite aux portes du palais.

Jamais il ne reverra Zaïre, dit-il, et, une minute après, il est à ses pieds. Alceste dit aussi que/amais il ne reverra Géphise. Celui-ci me fiiit rire ; mais je suis risible moi-même si je ne vois pas qu'Orosmane n'est pas moins ridicule. Une tragédie est une comédie aux yeux de la raison. Que de choses à imiter dans les tragédies quand on veut faire une comédie , et réciproquement! Nous savons tout cela , dira-t-on. Mais , messieurs, qui vous a dit que vous ne le saviez pas? Ai-je jamais soutenu que je venais révéler au genre humain quelque grande vérité inconnue jusqu'à ce jour ? Si cela était neuf, le comprendrait-on? L'Enseignement universel est basé sur ce que tout le monde fait, sur ce que nous Élisons tous les jours Age quod agis, dis-je à mon élève ; faites aujourd'hui , demain, toujours, ce que vous faisiez hier : vous étiez dans la route , ne vous en écartez pas; continuez

votre éducation comme vous Pavez commencée ; achevés l'élude de votre langue par le procédé que vous avez suivi jusqu'à ce jour ; n'en cban-* gez pas y vous n'avez pas appris dans les rudi* mens ce que vous savez; ne perdez point de temps; n'écoutez point ces gens qui veulent vous apprendre ce que vous apprendrez seul : ils vous retardent. — Mais j'ai confiance en leurs principes. — Suivez-les donc. Et vous, dis- je à un autre? — Moi, je suis pressé d'arriver, et je n'ai pas sept ans à ma disposition. Montrezmoi le chemin, s'il vous plaît. Je le lui indique, et il arrive. Voilà le fait ; je n'ai jamais dit autre chose; j'avoue même qu'à la rigueur, il n'avait pas besoin de moi. L'Enseignement universel n'est -rien ; ce n'est pas une nouveauté ; c'est l'ancienne méthode qui est une nouveauté, une véritable découverte , dont les perfectionnemens successifs sont autant de lieux de repos qui alongent la route de plus en plus. On s'évertue à la perfectionner, et, chaque jour, on réussit à rendre l'étude plus fastidieuse. Pour savoir la règle des participes toute seule , il faut dévorer des volumes. L'infini est là , sans doute , comme partout ; je le sais bien ; mais tous ces principes sont-ils le commencement ou

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la fin du chemin le plus court? Voilà la question^ et j'a^rme qu^elTe est résolue , non pas par moi 9 mais par la nature* J'imite sa marche ^ et les autres la changent : il faut bien que cela soit ainsi ^ puisque nous arrivons six fois, sept fois , huit fois pkis tôt qiitemx^

Cluatirr^thnr Secm.

Ji dis que l'élèye ira bien sans vous. Si c'est un homme qui veuille apprendre^ mettez-le surla route ; placez les garde-fous pour qu'il ne tombe pas à moitié chemin dans les participes ^ où leurs sectaires rappelleront sans cesse : ils rintimideront par leurs pronostics, et le flatteront par leurs promesses. Si c'est un enfant qui ait besoin, il marchera tout aussi bien seul que, rhomme même ; mais , dès que le besoin ne se fiiit plus sentir , prenez-le par la main ; défiez-vous de la paresse de son esprit; encouragez ses efforts , et récompensez ses succès par des éloges : il ne faut pas chez nous d'autres récompenses : le prompt succès suffit pour animer à l'étude, et nous en avons chaque jour des exemples. Ces exercices publics, ces prix de

la vieille méthode^ sont des insultes à Pinfério* rite de nature , si elle existe^ et des récompenses non méritées par le fort ^ si son rival est né &ible. Ne louçz jamais la nature; louez le tra* vail, la patience 9 la docilité; ne louez que les tertus; c'est cela qui nous manque à tous, et que nous pouvons acquérir. Tout le reste noua a été donné précisément pour atteindre ce but, seul digne de tous nos efforts. Mais le témoignage de la conscience est une assez haute récompense ; ce n'est pas même un homme véritable celui qui recherche autre chose y et je n'ai pas grande confiance en lui dès que je vois que ce témoignage ne lui suffit pas. Au reste , ceci est encore une opinion indépendante de la méthode. Qu'on se dispense de la combattre; je sens que je ne me fierai jamais pleinement à l'argumentateur qui désire autre chose que le témoignage de sa conscience. Personne, sans doute, ne jouit de ce doux témoignage sans aucun mélange ; mais le bonheur pur serait là : ceux qui le cherchent ailleurs me paraissent fous; moi , comme un autre, quand je les imite. Au surplus, chacun son avis ; mais ce n'est pas là notre méthode. A force de le répéter, on le comprendra peut-être. Si quelqu'un , qui aura

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