DES FONCTIONS OU DES ACTES PRINCIPAUX DE LA VIE CHEZ LES INSECTES
Dans le premier chapitre de cette histoire des Insectes, nous avons cherché à établir le rang que cette innombrable classe d'animaux paraît devoir occuper sur l'échelle des êtres, au moins sous le rapport de l’animalité ou de ce qui constitue essentiellement l'être animé. En effet, les Insectes viennent immédiatement après les animaux vertébrés, puisqu'ils ont un tronc articulé, supporté par des membres flexibles, solides et extensibles auxquels ils impriment toutes sortes de mouvements qu'ils peuvent produire à un degré tel que, relativement à leur masse, la plupart ont la faculté de se transporter sur la terre, dans l’air et dans l’eau et à sa surface avec plus ou moins de rapidité.
Les Insectes sont doués également de la propriété de percevoir vivement et à distance, au moyen de leurs cinq organes des sens, la plupart des qualités des corps et peut-être apprécier quelques-unes de ces qualités mieux que nous ne pouvons le faire nous-mêmes.
Les organes qui servent à la respiration sont disséminés dans toute l'étendue de leur corps, afin de mettre l’air en
contact avec leurs humeurs et pour les rendre propres à lentretien de la vie. Enfin, les Insectes doués de tous les organes de la nutrition et de ceux qui leur servent de complément comme moyens de reproduction, sont certainement plus parfaits que tous les autres animaux sans vertèbres.
Nous allons étudier chacune des quatre grandes fonctions destinées à produire la locomotion, les sensations, la nutrition et la reproduction, en commencant par l’examen des moyens qui les font jouir de la motilité.
1° DES ORGANES DU MOUVEMENT. — La faculté de produire et d'exécuter des mouvements s'applique non-seulement à la masse du corps de l'animal et de ses parties, mais elle peut être communiquée ou transmise aux matières avec lesquelles 1l est en contact.
Quoique les mouvements soient très-variés dans la classe des Insectes, les organes qui servent à les produire sont beaucoup moins compliqués qu’on ne pourrait le supposer au premier aperçu. D'abord, toutes leurs régions étant paires et symétriques, il en résulte qu’à partir de la ligne moyenne du tronc, la structure d’un seul côté donne l’idée exacte de la partie correspondante. Cela suffit done pour les régions latérales. Îl n’en serait pas de même pour certains mollusques, tels que les Acéphales, etc.
Quant au tronc, dont nous avons indiqué les divisions principales et la structure apparente, nous n’aurons à en étudier les régions qu'après avoir expliqué les diverses fonctions qui paraissent devoir leur être attribuées, suivant les différents modes de transport, tels que la marche, le saut, le vol, le nager, etc. De même, lorsqu'il s’agira de la bouche, des antennes ou des yeux, nous rechercherons comment à lieu
De
la motilité de ces parties qui servent à diriger leurs actions. Nous suivrons une marche semblable pour les organes de la reproduction dans les individus des deux sexes qui empruntent chacun à la motilité les moyens d'obtenir de ces organes les résultats qu’ils doivent donner.
Nous aurons à examiner successivement tous les mouvements qui s’exercent sur le trone, ceux que la tête exécute sur le corselet, puis les articulations de ces trois parties du thorax sur elles-mêmes et sur le ventre ; surtout les moyens qui mettent en mouvement les pattes et les ailes, de même que les articulations mobiles des anneaux du ventre dans tous les ordres de la classe des Insectes.
La plupart des articulations des pièces solides dont se compose au dehors le corps des Insectes, s’exécutent soit au moyen d'un ginglyme angulaire, sorte de charnière qui permet aux pièces de s'éloigner ou de se rapprocher, soit d’un mouvement de rotation dans lequel la partie solide tourne sur elle-même plus ou moins complétement. Il y a bien quelques autres mouvements compliqués, dont l’action est empruntée à plusieurs portions mobiles accessoires : dans la plupart des cas, deux séries de fibres motrices, dites musculaires, sont la cause productrice de ces mouvements. Ce sont des faisceaux d’une substance dont l'élément chimique est de la fibrine, divisée en filaments nombreux, rapprochés presque toujours parallèlement entre eux; mais qui ne sont pas liés par un tissu tomenteux ou vasculaire, comme dans les muscles des animaux vertébrés; ces filaments sont toujours réunis par paquets en faisceaux spécialement destinés à produire chacun un mouvement particulier : chaque petit faisceau représente un muscle; ses fibres sont
constamment fixées à l’intérieur de deux pièces cornées, solides, dont l’une sert de point d'appui ou de résistance, et dont l’autre est mobile et entraînée dans le raccoureissement ou par la contraction qui, s'opérant sur la longueur des fibres, se communique ainsi aux pièces mobiles auxquelles elles font continuité. Presque toujours deux faisceaux sont liés à la production de chaque mouvement particulier. L'un peut être considéré comme l’extenseur de la partie mobile : celui-ei est en général moins volumineux ou composé d'un nombre de fibres moins considérable ou moins longues; l’autre muscle, qui devient un fléchisseur, ou un adducteur, a des fibres en plus grand nombre ou plus longues, et il a plus de force.
Ces muscles sont toujours placés dans la cavité même, comme dans un étui solide terminé par des articulations ; de sorte que les pièces cornées des membres, par exemple, forment des tuyaux, ou des attaches intérieures pour les muscles : absolument comme cela a lieu et en grand dans les pinces des Homards et des Écrevisses , qui sont très-propres à la démonstration dans ce cas. C’est un caractère remarquable des articulations chez les invertébrés, que tous leurs organes moteurs sont ainsi renfermés dans l’intérieur des parties solides de leur corps et non situés en dehors, comme les muscles de la vie de relation chez la plupart des animaux vertébrés.
Dans l’Insecte vivant, quand l’anatomiste l’examine à l'état frais, ces fibres musculaires sont à peine distinctes, car elles sont comme gélatineuses et transparentes; mais l’action de l'alcool, des acides ou du calorique les rend blanchâtres, opaques, et permet d'en observer mieux la structure. On
voit alors à la loupe, qu’elles portent, sur leur longueur, un grand nombre de plis transversaux. Quelquefois ces faisceaux musculaires sont retenus dans une gaîne qui limite et détermine, jusqu’à un certain point, la direction que le raccourcissement ou la contractilité semble suivre d’une manière toute particulière. Plusieurs de ces muscles paraissent pouvoir diriger leur action sur une corde plus solide, sur un tendon plat présentant une grande surface, ce qui leur donne plus de force pour déplacer la partie sur laquelle s’insère ce tendon; celui-ci, en outre, peut quelquefois se mouvoir par inclinaison, ou par une sorte d’articulation lisamenteuse déterminant une action réfléchie. On a retrouvé dans la structure ou dans cet assemblage de fibres contractiles des variétés de formes semblables à celles qu'on a observées dans les muscles beaucoup plus puissants des animaux vertébrés. M. Strauss, qui les a décrits, dans le Hanneton, leur a assigné des noms indiquant leur forme conique, pyramidale, cylindrique, triangulaire; leur structure simple ou composée ; ils sont alors dits pennés ou emplumés, semi-penniformes, rayonnés, en éventails, etc. Généralement, les muscles des Insectes, considérés d’après leurs fonctions, peuvent être regardés comme extenseurs, fléchisseurs, adducteurs, abducteurs, rotateurs, etc.
L'étude anatomique des muscles dans les insectes offre cette difficulté que ces organes ne sont réellement circonscrits, limités et distincts que par leur insertion, d’un côté sur le point où ils paraissent fixés et qui leur résiste, et d’un autre côté sur celui qui, étant mobile, devient la terminaison de leurs fibres, de sorte qu’il faut nécessairement les couper en arrière ou les altérer, si l’on veut concevoir leur
manière d'agir. Malheureusement, par ce procédé anatomique, les filaments qui les composent se séparent les uns des autres ; ils forment une sorte de houppe qui s’épanouit et flotte dans le liquide dont on a besoin de se servir, afin de mieux observer les parties devenues roides et inflexibles. Dans les insectes mous, comme dans les larves ou les chenilles, mais surtout dans les Orthoptères, tels que les Sauterelles, cette étude est un peu plus facile. Lyonnet, dans son admirable traité sur l'anatomie de la chenille qui ronge le bois du saule (cossus ligniperda), a donné d'excellentes représentations de ces organes du mouvement. On trouve également des descriptions et des dessins exacts des muscles dans la Bible de la Nature, de Swammerdam, et M. Strauss en a fait une énumération très-complète dans la larve et dans l'insecte parfait de notre Hanneton vulgaire. Nous-même, nous nous sommes livré à cette étude sur plusieurs insectes, et nous avons consigné, dans le premier volume de l’Æ/natomie comparée, de Cuvier, nos propres recherches que nous avons jointes à celles de ce savant, lorsqu’en 1798 il a bien voulu nous associer à ses travaux et à la publication de cet ouvrage.
En revoyant ces articles, rédigés d’après les préparations anatomiques que J'ai faites, il y a maintenant près de soixante années, ] y retrouve des détails qui suffiront pour donner une idée exacte des organes du mouvement dans la plupart des insectes, en faisant connaître d’abord les muscles de quelques larves et ensuite ceux de plusieurs insectes parfaits ; nous allons les reproduire ici.
Organes du mouvement dans les larves d'insectes. — Les insectes, changeant de forme à chaque époque de leur
vie, présentent des différences nombreuses dans les organes destinés à leurs mouvements. Ainsi tous les insectes ailés qui subissent une métamorphose complète ont des formes autres que celles qu'ils doivent avoir par la suite, surtout pour les organes du mouvement. Dans ce premier état, ou en sortant de l’œuf, on sait qu'ils portent généralement le nom de larves ou de chenilles.
Sous cette première forme, les insectes sont recouverts d'une peau flasque et molle, divisée en segments ou en anneaux qui peuvent se mouvoir les uns sur les autres, à l’aide de bandelettes fibrineuses situées dans l’intérieur du corps. C'est à l’aide de ces anneaux seulement que certaines larves rampent, en appuyant alternativement et successivement chacun des segments de leur corps sur le plan qui le supporte. Telles sont les larves de la plupart des insectes à deux ailes, comme celles des Mouches, ou de ceux à quatre ailes nues, comme celles des Abeilles en particulier. Quelquefois la surface de ces anneaux est hérissée d'épines, de soies roides ou de crochets, pour qu’elles trouvent plus de prise sur leur point d'appui. C'est ce qu'on peut observer sur les larves des Oëstres, des Tipules, des Stratiomes, des Syrphes, etc.
Le corps des larves, dans plusieurs ordres de la classe des insectes, porte en dessous, du côté de la tête, six petites pattes, formées chacune de trois articulatious, dont celle qui est à l'extrémité libre est écailleuse, ou terminée par un ou plusieurs crochets. C'est à l’aide de ces membres que l'insecte, en les opposant les uns aux autres, peut saisir une partie des corps environnants, s’y accrocher et tirer ensuite le reste de son corps vers ce point fixé d’abord. C’est ainsi que sont conformées la plupart des larves des Coléoptères qui vivent
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dans l'intérieur du bois, comme celles des Capricornes, Leptures, Rhagies, etc, dont les pattes sont excessivement courtes. Dans les sinuosités qu’elles creusent à l’aide de leurs mandibules, elles se meuvent au moyen de plaques ou de tubercules dont leur peau est garnie sur le dos et sous le ventre, ce qui donne à leur corps une forme tétraèdre, et à leur marche rampante quelque analogie avec le mode d’ascension des ramoneurs quigrimpent dans nos cheminées en se courbant en Z.
Enfin, les larves des Lépidopteres et celles des Uropristes, parmi les Hyménoptères, sont des chenilles qui, outre les six pattes écailleuses articulées, ont un nombre variable d'autres fausses pattes non articulées, terminées par des crochets disposés en cercles ou en demi-cercles et attachés à la peau par des appendices rétractiles, à l’aide desquels elles se traînent en se cramponnant sur les corps.
Les larves des insectes, qui ne subissent qu’une demi-métamorphose, comme celles des Hémiptères et même la plupart des Aptères, la Puce exceptée, n'offrent aucune différence quant aux pattes.
Après cet exposé des organes extérieurs du mouvement des larves, nous donnons pour exemple l'indication des muscles dans une Chenille, dans la larve d’un Scarabée, d’un Hydrophile et d’un Capricorne.
Muscles dans une Chenille. — La couche la plus profonde des muscles de la Ghenille est formée de quatre rangées principales, deux répondant au dos, et deux au ventre. La direction de leurs fibres est longitudinale. Les muscles du dos sont séparés entre eux, à droite et à gauche, par le vaisseau dorsal, et de ceux du ventre par les principales trachées. Ils commencent leur série par la jonction du premier anneau,
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au moyen de deux faisceaux de fibres un peu séparées entre elles, en venant s’insérer à une sorte de ligne tendineuse produite par le bord du second anneau qui l’unit au troisième. Il en est de même entre tous les autres anneaux du corps. Cependant, sur le troisième, les fibres, quoique distinctes, deviennent beaucoup plus grosses. Les fibres charnues se continuent sans interruption apparente sur tous les autres anneaux. Elles diminuent d’épaisseur vers les derniers pour former divers faisceaux distincts, de trois à six. Ces muscles, par la contraction qu'ils produisent, raccourcissent le corps, surtout lorsqu'ils agissent avec ceux du ventre; mais lorsqu'ils se contractent séparément, on conçoit qu’ils doivent recourber le corps du côté du dos.
Les muscles longitudinaux du ventre sont séparés entre eux à droite et à gauche par le cordon médullaire nerveux et ganglionnaire; et d'avec ceux du dos par les organes respiratoires ou les principales trachées. Ils ont la même apparence que ceux du dos, avec lesquels on peut les comparer par leurs directions, leurs attaches et leur usage. Ils sont évidemment les auxiliaires des dorsaux, mais ils leur sont opposés lorsqu'ils agissent séparément.
Entre les muscles longs du dos et la peau, on en trouve de plus courts, dont la direction est oblique, inclinée de dehors en dedans vers la ligne dorsale entre les intersections annulaires. Quelques autres de ces muscles sont opposés en direction, de sorte qu’ils forment avec les précédents deux lignes réunies en V qui se portent de dedans en dehors. Ces deux ordres de muscles obliques n’ont pas la même quantité de fibres entre chaque anneau. On conçoit que ces petits faisceaux musculaires, lorsqu'ils agissent isolément sur chacun
des anneaux, se rapprochent dans le moment de leur contraction, et comment l’anneau diminue alors de diamètre et de longueur, ce qui facilite la progression.
Il y a, de même, sous les muscles longs du ventre, d’autres petits faisceaux de fibres obliques, formant aussi deux ordres, à cause de leur direction. Ceux qui sont obliques de dedans en dehors ont plus de fibres, étant composés de trois ou quatre faisceaux. Ils agissent à peu près comme ceux du dos qui leur correspondent, mais de plus ils étendent la portion de peau sur laquelle sont fixés les tubercules destinés à servir d'appui aux fausses pattes.
Outre ces muscles longitudinaux et obliques, il en est de latéraux, situés au-dessus et au-dessous des embouchures des stigmates qui sont les origines des trachées. Les uns sont droits, d’autres transverses ou obliques. On conçoit qu'ils doivent concourir à tous les mouvements latéraux du corps par leur contraction régulière et simultanée.
Tels sont les muscles du tronc; mais les pattes vraies ou fausses, ainsi que la tête, ont des muscles importants à faire connaître.
Les muscles des pattes écaiileuses ou vraies garnissent l’intérieur des pièces cornées qui les forment et qui sont au nombre de trois. Ils meuvent chacune de ces articulations, ainsi que l’ongle terminal. Chacune de ces pièces offre cinq ou six faisceaux. Ceux dont l’action s'exerce sur l’ongle se terminent par deux tendons continus aux fibres charnues venant du second et du troisième article. Ces tendons s’insèrent à deux tubercules de l'extrémité supérieure de l’ongle, en opposition avec sa concavité où avec sa pointe. Îl est pro-
bable que cet ongle se redresse par la seule élasticité que
lui fournit son mode d’articulation, l'effort n'étant pas en général nécessaire dans ce sens pour son action.
Les muscles des pattes membraneuses sont au nombre de deux pour chacune. Ils s'étendent du centre de la patte, où ils s'insèrent, jusqu’au delà du stigmate où ils s'attachent en dedans de la peau par des bandelettes plus où moins obliques. Leur usage est de retirer le centre de la patte, pour faire rentrer dans sa concavité les crochets dont son limbe est armé. Il est présumable que les muscles obliques du ventre produisent l'effet contraire lorsqu'ils se contractent.
Les muscles qui agissent sur la tête ou sur le crâne de la Chenille en totalité, sont en assez grand nombre pour la mouvoir en dessus, en dessous et sur les côtés. Les supérieurs s'attachent sur le second et sur le premier anneau du trone, et s'insèrent à l’occiput ; ils forment deux faisceaux dont le plus interne est plus considérable. Les muscles latéraux ont une direction très-oblique; ils proviennent de la région ventrale et vont se fixer sur les parties latérales de l'occiput. Enfin, les fléchisseurs inférieurs paraissent être la continuité des fibres musculaires droites de l'abdomen et ils forment huit ou neuf faisceaux.
On voit que ces descriptions, faites d'apres les objets mêmes que nous avions préparés dans ce but, ont le plus grand rapport avec les belles figures que Lyonet a gravées avec une si grande perfection.
Nous ne donnerons pas ici la description des muscles des larves d'un Scarabée et d’un Hydrophile, celle de la myologie du Capricorne pouvant suffire.
Muscles de la larve d’un Capricorne.— La forme générale du corps, chez les larves des Coléoptères xylophages ou ligni-
vores, diffère beaucoup en apparence de celle de la plupart des insectes de ce mème ordre. Elle représente à peu près un quadrilatère très-allongé, et l’ensemble du corps reste presque le même dans toute son étendue, qui augmente proportionnellement avec la croissance. La tête rentre en grande partie dans la peau du cou, qui forme là comme une sorte de bourrelet. Des muscles très-forts sont destinés à produire cet office.
Les tubercules saillants et charnus, qui se voient le long du dos et du ventre, servent, en quelque sorte, de pieds à cette larve pour sa progression dans les galeries qu'elle se creuse. Ces saillies tuberculeuses, par les contractions alternatives de leurs muscles très-analogues à ceux que nous avons indiqués dans les Chenilles, semblent pouvoir faire avancer le corps qui se traîne ainsi également, en s'appuyant sur le dos et sur le ventre. Nous ne croyons pas devoir entrer dans plus de détails sur les organes du mouvement chez les larves, dont les formes et la manière de vivre sont très-variées : mais il en est autrement dans les insectes parfaits.
Des mouvements chez les Insectes parfaits. — Parmi les animaux sans vertèbres, les insectes doivent occuper le premier rang en raison du grand nombre de mouvements qu’ils peuvent exécuter. On trouve, en effet, dans leur organisation toutes les conditions nécessaires pour produire les actions volontaires. Ils réunissent même plusieurs des facultés rarement combinées chez d’autres êtres animés que nous regardons comme les plus parfaits. Ils marchent, courent, sautent, nagent et volent aussi bien que les mammifères et les oiseaux ; de plus, ils peuvent se mouvoir sous l'eau comme certains poissons et quelques reptiles.
Les insectes doivent ce grand avantage aux articulations
nombreuses dont leur corps est composé. Examinons la plupart des mouvements que peuvent exécuter leurs diverses régions.
A la tête, nous trouvons d’abord deux modes d’articulation principale : dans l’un, les points de contact sont solides et le mouvement est subordonné à la configuration réciproque des organes et à leur mode de jonction; dans l’autre, l'articulation est ligamenteuse ; la tête et le corselet sont réunis et maintenus rapprochés par des parties molles, des membranes et des muscles. L’articulation réelle et solide de la tête offre quatre modes différents. Dans la conformation la plus ordinaire, la tête porte, du côté de la gorge ou en dessous, un ou deux tubercules lisses, reçus dans des cavités correspondantes du bord antérieur du prothorax; c’est au moins ce qu'il est facile d'observer dans les grands individus de l’ordre des Coléoptères, tels que les Scarabées, les Lucanes, les Capricornes. On conçoit que ce double point d’articulation borne le mouvement à un simple déplacement de devant en arrière qui dirige la bouche, tantôt en avant, tantôt en arrière ou en dessous. Le second mode d’articulation se voit quand la partie postérieure de la tête est tout à fait arrondie; elle peut alors tourner sur son axe comme dans une cavité cotyloide, qui est bordée par le pourtour du correspondant prothorax. C’est ce qu’on observe dans les Charansons, les Brentes, les Réduves et beaucoup d’autres à col arrondi et plus ou moins allongé. L'axe du mouvement se trouve, dans ce cas, comme déterminé par lc centre d’articulation, et la bouche de l’insecte peut se porter tantôt de devant en arrière, tantôt à droite et à gauche, en dessus, en dessous et dans toutes les positions intermédiaires. Le
mouvement est d'autant plus libre que le col, qui supporte cette sorte de petite sphère, est plus long et la cavité plus large, comme dans la Raphidie.
La troisième sorte d’articulation, qui s'opère encore sur des surfaces solides, à lieu lorsque la tête paraît comme tronquée en arrière, où elle présente une surface plate, articulée tantôt sur un petit tubercule du prothorax , tantôt sur un plan plat; c'est ce qui a lieu dans presque toutes les familles des Hyménoptères et dans le plus grand nombre des insectes à deux ailes seulement, tels que les Mouches, les Syrphes, les Asiles, etc.
Dans le quatrième mode principal de l'articulation de la tète, nous trouvons un seul mouvement permis; c’est une sorte de ginglyme ou de charnière angulaire. Il y a moins d'exemples de ce cas, qui nous est offert par quelques espèces de Coléoptères rostricornes, tels que l’Attelabe du coudrier ou noisetier. La tête se termine en arrière par un tubercule arrondi, logé dans la cavité correspondante de la première pièce du corselet ; mais, là, le rebord se trouve échancré sur un point qui permet à la tête de s’abaisser dans ce seul sens.
Il n'y a guère que dans les insectes Orthoptères et chez quelques Névroptères qu'on remarque une articulation simplement membraneuse ou ligamenteuse. Dans ce cas, le mouvement de la tête sur la poitrine n’est gêné que par le haut, en dessus, ou du côte du dos, étant retenue là par une avance du thorax; mais, en dessous, la tête est absolument libre. Les membranes ligamenteuses proviennent du pourtour du trou occipital, et se fixent à la partie antérieure du prothorax; comme elles sont assez lâches, elles permettent une grande étendue au mouvement dans tous les sens.
Les muscles destinés à mouvoir la tête sont fixés dans l'intérieur du corselet. On peut, en général, les distinguer en releveurs ou en extenseurs, et abaisseurs ou fléchisseurs. Immédiatement au-dessous du métathorax, ou dans la région moyenne du corselet, on trouve une paire de muscles qui s'attachent à la partie antérieure de l’écusson, lorsque cette pièce existe, on à la partie supérieure de la poitrine ; ces muscles s'insèrent derrière et au-dessus du crâne, au bord du trou occipital. Ils tirent la têteen arrière, et ils la relèvent quand elle a été abaissée. En dehors de cette première paire de muscles, on en voitune autre beaucoup plus grêle, qui, s'insérant aussi sur ce même bord du trou occipital , est plus extérieure et se dirige obliquement vers les parties latérales et postérieures du corselet, où elle s'attache. Ges muscles, comme on le conçoit, font tourner la tête de côté, quand ils agissent séparément; mais ils la redressent et portent la bouche vers la ligne moyenne lorsqu'ils se contractent ensemble. Il est évident que, dans les insectes dont la tête est articulée en genou, ces muscles, devenus rotateurs, ont beaucoup plus de développement.
Les fléchisseurs de la tête sont aussi au nombre de quatre, deux de chaque côté. La première paire s'attache dans la partie interne et postérieure du thorax sur une petite avance cornée qui, dans les Coléoptères, est souvent de forme carrée, et dont les angles sont terminés par des branches solides. Ces muscles se portent vers la partie inférieure du trou occipital. D'après leur direction, ils doivent tirer la tête en arrière et en bas. La seconde paire est plus courte ; elle vient de la région inférieure et latérale du corselet, et se fixe près des précédents, aux fonctions desquels elle participe. Cepen-
dant, quand l’un d’eux se contracte isolément, il doit entraîner la tête de son côté.
Le CorsELET, comme nous l'avons déjà dit, peut être considéré comme divisé en trois régions, qui ne sont pas toujours séparées. Ainsi, dans les Hyménoptères, comme les Guêpes, les Abeilles, la première pièce, ou le prothorax, qui supporte les pattes antérieures, et contient en même temps les muscles propres à les mouvoir et aussi ceux qui agissent sur le crâne, n'est qu'une sorte d’anneau incomplet ne paraissant presque pas du côté du dos. Cependant, dans les Chrysides ou Systrogastres, cette pièce est bien développée et complète en dessus.
Nous avons dit également, en parlant des formes de ces parties solides du corselet, que, dans les Taupins et autres genres voisins, parmi les Coléoptères sternoxes, le corselet présente en arrière deux prolongements pointus , dont les saillies s'opposent à un trop grand renversement en arrière, et en outre, une autre pointe recourbée, que l’insecte fait entrer, comme un ressort élastique, dans une fossette creusée au milieu du métathorax, qu'on a regardé longtemps comme la poitrine. C’est surtout cette région du corselet qui mérite un examen particulier.
Dans les Coléoptères, le prothorax, ou la région antérieure qui porte les deux premières paires de pattes, est tellement distincte, que seule elle est souvent désignée sous le nom de corselet, et que les deux autres régions ont été confondues sous le nom de poitrine. C’est sur cette seconde région, ainsi regardée longtemps comme une seule pièce, que sont articulées en dessus les ailes, au nombre de quatre ou de deux , et constamment la paire moyenne des pattes, tandis que les posté-